Psychanalyse
Florence Guignard questionne, au fil de cet ouvrage comprenant deux tomes, la validité des paramètres psychanalytiques pour aborder les formes actuelles de la souffrance psychique. Plus d'un siècle après la parution des Trois Essais sur la théorie sexuelle, le statut et le mode de fonctionnement de la sexualité infantile dans le développement psychique humain et dans sa psychopathologie ne sont pas à l'évidence les mêmes qu'en 1905. Ainsi, selon l'auteur, la théorie psychanalytique ne devrait pas être considérée comme un roc inamovible, mais plutôt comme un ensemble de modèles, dont il importe de remettre en question et de requalifier sans cesse les configurations conceptuelles. Ce premier tome se donne pour tâche de revoir et d'analyser plusieurs concepts majeurs de la métapsychologie, non seulement à l'aune des avancées de la méthode et des modifications de la technique, mais aussi à la lumière des changements anthropologiques et sociologiques survenus depuis la naissance de la discipline. Une telle recherche, profitable au clinicien d'aujourd'hui, se poursuivra dans le second tome par l'étude critique des configurations des transferts, du trauma et des identifications.
Réunissant une quinzaine de contributions de psychanalystes de nombreux pays et différents courants, Psychanalyse et vie covidienne propose une première approche de la façon dont la pandémie de Covid-19 pourrait infléchir la pratique psychanalytique. Des changements imposés au cadre (séances en ligne), jusqu'à la prise en compte du trauma de l'isolement et du bouleversement de notre l'ancrage social (exigé par le confinement et les gestes de protection sanitaire), en passant par l'ébranlement de notre déni «ordinaire» de la mortalité (« cela n'arrive qu'aux autres »), ce livre explore ce que la pandémie peut nous apprendre sur la façon de comprendre et de traiter individuellement la détresse collective. Il met nos outils psychanalytiques à l'épreuve des profonds changements psychosociaux et environnementaux que le XXIe siècle nous réserve.
Proposé voici presqu'un quart de siècle, le concept d'Infantile a gagné sa majuscule et ses lettres de noblesse en devenant, au fil du temps, un outil indispensable dans la clinique psychanalytique. « Concept de troisième type », l'Infantile permet de rendre fonctionnels et efficaces avec les patients de tous les âges les liens-entre-les-liens tissés par le transfert et le contre-transfert, en référence à la double hélice entre névrose infantile et névrose de transfert révélée par Freud. Traduit en cinq langues, ce concept a gagné bien des pays en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique Latine et, plus récemment, en Amérique du Nord. L'Association psychanalytique internationale (API) l'a choisi pour thème de son prochain congrès international qui se tiendra à Vancouver en 2021. Avec la collaboration de Jérémy Tancray et la participation active de l'auteur, Ithaque propose ici une nouvelle édition, époussetée, revue et augmentée, de ce livre originellement paru en Suisse en 1996 et épuisé depuis de nombreuses années. Très attendue, cette publication comporte également deux chapitres inédits et un index, comblant ainsi une lacune dans la bibliothèque psychanalytique contemporaine.
Reprenant huit articles parus entre 2016 et 2020, Thomas Ogden montre ici le cheminement l'ayant conduit à postuler ce qu'il appelle un « changement d'orientation » de la psychanalyse en réponse aux transformations radicales (et plutôt silencieuses) subies par la discipline depuis la fin du XXe siècle Selon Ogden, nous passons aujourd'hui d'une psychanalyse épistémologique à une psychanalyse ontologique. Si la première s'efforce de comprendre et d'interpréter les conflits psychiques et le monde interne de l'analysant en privilégiant les contenus (rêves et associations libres) apportés en séance, la seconde, appuyée sur le contenant (l'appareil à penser les pensées et la capacité de penser), vise non pas la connaissance de soi mais l'expérience de soi, qui que l'on soit. Dans la psychanalyse épistémologique, la technique principale est l'interprétation du transfert ; dans la psychanalyse ontologique, où il est question d'être et de devenir, l'essentiel se joue par un maniement très particulier du contre-transfert.
A y regarder de près, la pratique sociale se fonde sur le transfert, et elle a contracté ainsi une dette envers la psychanalyse, et d'autant plus qu'elle est déniée, refoulée, rejetée. Cet ouvrage fait l'hypothèse que la visée éthique n'est pas incompatible avec les pratiques sociales. « Copyright Electre »
Dix auteurs, dix histoires courtes et percutantes à déguster en quelques minutes : un voyage littéraire aussi varié que surprenant.
Il y a chez Freud un travail très particulier de la nomination. Ce travail donne à voir comment se dégage peu à peu la notion de matériau - essentielle pour l'ensemble du corpus freudien. Le matériau est ce qui est à observer, à élaborer, à décrire. À la recherche d'un objet que rien ne laissait prévoir, la démarche freudienne se règle sur l'usage du langage et constitue de la sorte le matériau de sa pratique clinique et théorique. Dès lors, la question du matériau porte à s'interroger sur la traduction et la transmission de l'oeuvre de Freud. Ce livre de Jean-Michel Rey nous entraîne à nous demander en quel sens on peut dire que Freud fait l'histoire. Il s'agit, de même, de réfléchir aujourd'hui sur l'incidence de la psychanalyse sur la culture philosophique et littéraire contemporaine. P. P
Dans une lettre à Stefan Zweig, Freud avouait avoir lu plus de livres d'archéologie que de psychanalyse. Le modèle archéologique est, en effet, très tôt présent dans l'oeuvre de Freud ; et Pompéi, Rome, Athènes deviendront les lieux d'un enjeu théorique où la métaphore archéologique est, d'un certain point de vue, constitutive du texte psychanalytique. Pour ainsi dire au coeur de cette métaphore, on se doute qu'est sollicitée toute la question d'un passé enfoui et de ses vestiges. Mais une archéologie - fut-elle fictive - ne saurait se contenter de cette seule référence. La ressource « archéologique » freudienne comporte une critique des conceptions philosophiques et biologiques de la mémoire et une véritable invention conceptuelle. En ce domaine comme dans d'autres on peut parler d'une actualité de la recherche de Freud. Dans Le Refoulé de l'histoire, Sofia Stril-Rever analyse le paradigme archéologique tel qu'il fonctionne dans le texte et ainsi tel qu'il est propre à former les modèles de la théorie psychanalytique. L'auteur s'interroge sur les changements intervenus dans la psychanalyse et sur le rôle que peut y jouer l'abandon de ce paradigme. Enfin, cette réflexion est nourrie d'une curiosité relative au devenir de la science archéologique. P.F.
Les textes qui composent ce recueil abordent les rapports du sujet à la langue, celle que l'on dit maternelle. Les termes qui la désignent ne peuvent-ils pas d'ailleurs prêter à confusion ? Car les petits restes de l'enfant merveilleux qui ne finit pas de se meurtrir, ces rescapés d'une brisure, ces éclats d'amour, de nostalgie ou de croyance qui occupent le sujet, constituent la langue d'un exil intérieur. Assujetti à sa passion, le sujet traque cette langue inarticulable du trauma comme d'autres recherchent des fragments de textes, des parchemins égarés, des objets de fouille, ou des insignes, qui toujours se dérobent. « L'enfant mort » défini ici comme le point d'ancrage de la pulsion de mort dans le Moi, comme une insistance à mettre des mots à l'endroit d'une parole suspendue, esquisserait un terme de passage, un octroi et soutiendrait la fonction symbolisante de la langue. L'auteur fera appel à la clinique, à des personnages de romans ou de films, et au souvenir d'un danseur baroque et insensé image stylisée de l'exilé pour évoquer ces différentes métaphores de l'exil de la langue.
"J'étais de celles qui ne se laissent pas faire et qui entendent bien le faire savoir. Mais j'étais aussi à un moment charnière, et deux voies s'offraient à moi : la tradition, qui m'obligeait à consentir à être celle que mon mari avait épousée ; ou la voie de mon désir, un chemin sans garde-fou, sans mode d'emploi, où tout serait à inventer. Choisir de me sacrifier aurait fait de moi une épouse aigrie et une mère aigrie. Tout le monde en aurait pris pour son grade, à commencer par mes enfants. Cela m'était inconcevable. Je ne voulais pas être cette femme du ressentiment. Et je ne voulais pas aimer au détriment de mon désir. Embrassant une solitude nouvelle, j'ai donc choisi d'accéder à ma vérité de femme." Être dans son désir pour ne pas être à côté de sa vie, c'est tout le combat de Fouzia Taouzari, qui raconte ici cette force qui nous pousse à nous libérer des interdits de la tradition et à dépasser les crispations de la vie amoureuse. Tant il est vrai que si ne vient pas s'y loger le désir, l'amour risque fort de n'être qu'une amère prison...
"S'il existe des grands-parents merveilleux, il en est également des redoutables. Le paysage généalogique antérieur à notre venue au monde est déterminant non seulement pour notre destinée personnelle, mais aussi dans la façon dont nous allons incarner ce rôle décisif pour les générations futures. De même qu'on est souvent parent à l'image des nôtres, ce qu'ont été nos grands-parents pour nous, qu'on les ait connus ou pas, conditionne celle ou celui que nous sommes susceptibles de devenir." (Bruno Clavier) Quels ont été nos grands-parents pour nous ? Faut-il être fier de ses racines ? Comment être bénéfique à sa propre descendance ?
Trop aimé.e ? Pas assez ? Comment survivre à une mère insuffisamment bonne ? Des écrivains ont trouvé la solution. Annie Ernaux, Nancy Huston, Delphine le Vigan, Marguerite Duras, Pascal Quignard, Hervé Bazin, Simenon, Colette, Albert Cohen, Romain Gary, Saint- Exupéry, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, etc. : pour elles et eux, l'amour maternel n'a jamais été à la bonne place et ce fut un peu "l'amour en moins" ou "l'amour en trop"... La lecture et l'écriture ont été leur bouée de sauvetage. Fait curieux, après la mort de leur mère, ils ont tous écrit une autobiographie, comme la tombe où ils pouvaient placer leur mère, se réconcilier avec l'image maternelle. À défaut d'avoir eu une mère aimante, ils ont créé une mère aimable.
Malgré l'urgence, une majorité de psys ne sont pas préparés pour aider les victimes de violences sexuelles ! Des millions de personnes. L'ampleur colossale des violences sexuelles est enfin reconnue par notre société. Et maintenant ? Bruno Clavier en est convaincu, le problème ce sont les psys, en première ligne pour aider les victimes. Bien qu'il existe aujourd'hui des structures spécialisées, des associations et des numéros verts, depuis plus d'un siècle les psychi atres, les psychanalystes et les psychologues n'ont, dans leur grande majorité, pas été formés à la prise en compte de la réalité des violences sexuelles. En cause, non seulement le déni de notre société, mais aussi une théorie qui a nié cette réalité. Son auteur, Freud, avait une raison secrète à cela. Ce secret et l'incroyable faille thérapeutique qui a conduit des générations de psys dans une impasse empêchant la plupart d'aider les victimes comme ils le voudraient, sont au coeur de ce livre. Pour que plus jamais l'on n'entende ces mots : "Cela ne se peut pas", "Je ne savais pas".
Qu'y a-t-il dans le regard étonné que le nouveau-né pose sur le monde ? dans le "pourquoi" insistant de l'enfant ? dans la sidération de l'adulte à l'écoute d'une note, d'un rythme, d'un trait d'esprit inouïs ? dans le vol suspendu du danseur ? Le surgissement d'un nouveau radical qui va bien au-delà du renouveau lié à la remémoration d'un signifiant refoulé, tel que Freud l'avait formulé. Il est la clé d'un lieu auquel le mot ne donne pas accès et que Lacan situait "plus loin" que l'inconscient. Mais comment s'approcher d'un tel lieu ? L'acte de création semble y mener lorsqu'il offre à notre perception de quoi appréhender l'invisible, l'inouï. Et n'y a-t-il qu'une réponse à cet étonnement ? Quelles instances psychiques met-il en jeu ? Pour répondre à ces questions, la religion offre une piste intéressante : le choix inconscient que provoque le nouveau radical sera celui de l'hérétique (qui veut que l'étonnement subsiste) ou celui de l'inquisiteur (qui veut le voir abdiquer). C'est ainsi que certains philosophes contemporains - tel Alain Badiou - sont conduits, au nom du dogme chrétien inventé par saint Paul, à ne voir qu'une imposture dans l'étonnante universalité des lois de la Parole données par Moïse. L'étonnement est ce qui cesse avec le dogme : lorsqu'il est la voie par laquelle le sujet entre en résonance avec la loi et l'outrepasse ; lorsqu'il rend le complexe d'OEdipe plus complexe en le renvoyant à son ancêtre Dionysos, dieu de ce qui sonne et résonne ; lorsqu'il donne accès au nouveau absolu délivrable par le réel.
Qu'y a-t-il dans le regard étonné que le nouveau-né pose sur le monde ? dans le "pourquoi" insistant de l'enfant ? dans la sidération de l'adulte à l'écoute d'une note, d'un rythme, d'un trait d'esprit inouïs ? dans le vol suspendu du danseur ? Le surgissement d'un nouveau radical qui va bien au-delà du renouveau lié à la remémoration d'un signifiant refoulé, tel que Freud l'avait formulé. Il est la clé d'un lieu auquel le mot ne donne pas accès et que Lacan situait "plus loin" que l'inconscient. Mais comment s'approcher d'un tel lieu ? L'acte de création semble y mener lorsqu'il offre à notre perception de quoi appréhender l'invisible, l'inouï. Et n'y a-t-il qu'une réponse à cet étonnement ? Quelles instances psychiques met-il en jeu ? Pour répondre à ces questions, la religion offre une piste intéressante : le choix inconscient que provoque le nouveau radical sera celui de l'hérétique (qui veut que l'étonnement subsiste) ou celui de l'inquisiteur (qui veut le voir abdiquer). C'est ainsi que certains philosophes contemporains - tel Alain Badiou - sont conduits, au nom du dogme chrétien inventé par saint Paul, à ne voir qu'une imposture dans l'étonnante universalité des lois de la Parole données par Moïse. L'étonnement est ce qui cesse avec le dogme : lorsqu'il est la voie par laquelle le sujet entre en résonance avec la loi et l'outrepasse ; lorsqu'il rend le complexe d'OEdipe plus complexe en le renvoyant à son ancêtre Dionysos, dieu de ce qui sonne et résonne ; lorsqu'il donne accès au nouveau absolu délivrable par le réel.
Freud a découvert des espaces inconnus où glissent et s'entrechoquent des icebergs immobiles, oscillant dans un temps qui ne passe pas : l'inconscient. Il a inventé une méthode pour en explorer les profondeurs, un discours pour le présenter. Formulant les règles de sa pratique, s'efforçant d'écrire l'événement psychique, il n'a cessé de remettre en chantier le discours de sa méthode. La psychanalyse est sa "création". Les uns la récusent, d'autres veulent la refonder. Des traducteurs, des psychanalystes, des philosophes et d'autres commentateurs, français, anglosaxons, germanistes, ont particulièrement interrogé durant la seconde moitié du XXe siècle la manière dont il a pensé et exposé sa théorie. Pour relever les contraintes spécifiques qui se sont imposées à son écriture, Jean-François de Sauverzac a dû relire nombre d'entre eux, écouter leurs interprétations du rêve de Freud : son désir de fonder la connaissance rationnelle de l'inconscient. D'où un retour au texte freudien, à quelques figures saillantes de la rhétorique et des stratégies mises en oeuvre, puis, par delà le mythe d'un texte originaire ou perdu, un effort pour suivre, entre concepts et signifiants, le mouvement de ce work in progress et de son éternel retour.
Ce livre met en lumière un visage inconnu de l'enfant autiste. Si cet enfant n'est jamais entré dans le "monde des gens", c'est qu'il a été frappé d'une indicible peur devant son étrangeté et médusé par sa beauté. Cette révélation rend la figure du petit garçon ou de la petite fille hors du temps et hors d'atteinte tout à coup moins énigmatique. C'est non seulement cette rencontre manquée avec l'Autre que Henri Rey-Flaud nous fait découvrir, mais encore les stratégies savantes mises en oeuvre par l'enfant pour ne pas être submergé par le réel, ni emporté par la dynamique du langage : ainsi Sarah accrochée à son coquillage-fétiche ou Antonio maniant son miroir, lieu de sa disparition et de sa renaissance. Que ces défenses soient insuffisantes à contenir sa peur, c'est ce dont témoigne la façon qu'il a de murer son regard, sa voix et son corps. Une rétention, quelquefois totale, difficile à soutenir pour les parents. Mais la forteresse dans laquelle il se replie n'est pas vide : un guetteur veille en permanence, attentif à l'Autre redouté et, on ne le sait pas, souvent attendu. Son visage "partagé par le milieu", selon la formule d'un patient, un oeil tourné vers l'intérieur et l'autre vers le monde, exprime cette contradiction. Le lien subtil ainsi maintenu avec la communauté des hommes montre que de telles conduites de retrait ne sont pas l'effet d'une incapacité mais d'un refus résolu qui invalide la mise en cause brutale des parents, avancée par les premiers spécialistes. L'enfant autiste présente une figure inédite du "non-agir" promu par les sagesses orientales, qui détermine son rapport paradoxal à la "normalité" et montre que la guérison, dans son cas, signifie rompre le charme, lever l'enchantement qui le tient prisonnier.
À quoi pense un psychanalyste, marxiste de surcroît ? Quels sont ses interrogations, ses centres d'intérêts ? En tant que thérapeute, il pense à ses patients ; il a des préoccupations d'ordre clinique, technique. Mais son option philosophique élargit son horizon et, partant de son expérience médicale, il interroge les comportements politiques. Le transfert n'est-il pas aussi vécu en dehors du strict cadre de la vie affective ? Comment l'individualiste le plus forcené est-il pris, malgré lui, au piège d'une idéologie dominante ? De quelle manière s'établit une personnalité, au croisement des histoires familiale et sociale ? Dans quelle mesure le militant est-il un « croyant » ?... Telles sont les questions que se pose un psychanalyste déterminé à « servir deux maîtres à la fois » : les impératifs thérapeutiques et déontologiques de sa science, et ceux de son appartenance politique. Aussi est-il constamment incité à voir par-delà le fauteuil et le divan, au-delà de l'archéologie d'une subjectivité, l'histoire qui se construit. Bernard Muldworf est médecin des hôpitaux psychiatriques et psychanalyste. Il est membre du conseil de rédaction de la revue La Pensée.
Tragédie humaine, économique et culturelle pour deux peuples, la guerre d'Algérie fit plus d'un million de morts et bouleversa deux nations : une république s'effondra, l'autre naquit. Mais sur ce qu'ont enduré les combattants, sur les traces psychiques qui les consument encore, peu fut dit ou écrit, surtout en France. Les « anciens d'Algérie » se taisent, et les gouvernements français successifs se sont autorisés - jusqu'à présent - à leur dénier toute aide ou droit particulier. Il fallait donc que quelqu'un prêtât l'oreille à leur silence et leur détresse, que l'on aidât leurs réticences à se dissiper, afin de les comprendre et, peut-être, de les soulager. L'un des leurs le tente ici, en tant que psychanalyste, sans complaisance, et sans masquer l'ampleur de la tâche, y compris sur le plan théorique.
Dans ce recueil de textes, réunis après la mort de Conrad Stein, on trouvera des clés pour la conduite de la cure. Des clés pour traverser les difficultés de l'analyse et en affronter les énigmes : celle du féminin, de la séduction, du tragique... Conrad Stein y révèle l'inévitable implication du psychanalyste dans le parcours de ses patients et dans les mouvements de la vie psychique que le transfert actualise. "Je ne veux pas que vous soyez intact de moi", lui dit un jour une patiente. Conrad Stein montre en quoi l'élucidation des processus en jeu dans la situation analytique est un objectif majeur de la psychanalyse. Il montre que cette notion, loin de figurer dans le contenu manifeste des écrits de Freud, se trouve essentiellement dans ses "linéaments", c'est-à-dire entre les lignes de l'oeuvre, pour qui se laisse aller à une lecture plus imaginative que studieuse. Au travers de textes inédits, d'articles ou de transcriptions de séminaires - parmi lesquels "Le bois de l'holocauste", "OEdipe le surhumain" ou "Les Érinyes d'une mère" -, Conrad Stein lance aux lecteurs un appel inattendu : assumez, assumons la responsabilité de notre plaisir dans la lecture "poétique" du texte freudien. Elle apportera plus de "bien" qu'une lecture trop savante. En se laissant interpréter, le texte dévoile les "passions de l'âme" et mène vers une vérité subjective.
Dans ce recueil de textes, réunis après la mort de Conrad Stein, on trouvera des clés pour la conduite de la cure. Des clés pour traverser les difficultés de l'analyse et en affronter les énigmes : celle du féminin, de la séduction, du tragique... Conrad Stein y révèle l'inévitable implication du psychanalyste dans le parcours de ses patients et dans les mouvements de la vie psychique que le transfert actualise. "Je ne veux pas que vous soyez intact de moi", lui dit un jour une patiente. Conrad Stein montre en quoi l'élucidation des processus en jeu dans la situation analytique est un objectif majeur de la psychanalyse. Il montre que cette notion, loin de figurer dans le contenu manifeste des écrits de Freud, se trouve essentiellement dans ses "linéaments", c'est-à-dire entre les lignes de l'oeuvre, pour qui se laisse aller à une lecture plus imaginative que studieuse. Au travers de textes inédits, d'articles ou de transcriptions de séminaires - parmi lesquels "Le bois de l'holocauste", "OEdipe le surhumain" ou "Les Érinyes d'une mère" -, Conrad Stein lance aux lecteurs un appel inattendu : assumez, assumons la responsabilité de notre plaisir dans la lecture "poétique" du texte freudien. Elle apportera plus de "bien" qu'une lecture trop savante. En se laissant interpréter, le texte dévoile les "passions de l'âme" et mène vers une vérité subjective.
Ce livre met en lumière un visage inconnu de l'enfant autiste. Si cet enfant n'est jamais entré dans le "monde des gens", c'est qu'il a été frappé d'une indicible peur devant son étrangeté et médusé par sa beauté. Cette révélation rend la figure du petit garçon ou de la petite fille hors du temps et hors d'atteinte tout à coup moins énigmatique. C'est non seulement cette rencontre manquée avec l'Autre que Henri Rey-Flaud nous fait découvrir, mais encore les stratégies savantes mises en oeuvre par l'enfant pour ne pas être submergé par le réel, ni emporté par la dynamique du langage : ainsi Sarah accrochée à son coquillage-fétiche ou Antonio maniant son miroir, lieu de sa disparition et de sa renaissance. Que ces défenses soient insuffisantes à contenir sa peur, c'est ce dont témoigne la façon qu'il a de murer son regard, sa voix et son corps. Une rétention, quelquefois totale, difficile à soutenir pour les parents. Mais la forteresse dans laquelle il se replie n'est pas vide : un guetteur veille en permanence, attentif à l'Autre redouté et, on ne le sait pas, souvent attendu. Son visage "partagé par le milieu", selon la formule d'un patient, un oeil tourné vers l'intérieur et l'autre vers le monde, exprime cette contradiction. Le lien subtil ainsi maintenu avec la communauté des hommes montre que de telles conduites de retrait ne sont pas l'effet d'une incapacité mais d'un refus résolu qui invalide la mise en cause brutale des parents, avancée par les premiers spécialistes. L'enfant autiste présente une figure inédite du "non-agir" promu par les sagesses orientales, qui détermine son rapport paradoxal à la "normalité" et montre que la guérison, dans son cas, signifie rompre le charme, lever l'enchantement qui le tient prisonnier.
Freud a découvert des espaces inconnus où glissent et s'entrechoquent des icebergs immobiles, oscillant dans un temps qui ne passe pas : l'inconscient. Il a inventé une méthode pour en explorer les profondeurs, un discours pour le présenter. Formulant les règles de sa pratique, s'efforçant d'écrire l'événement psychique, il n'a cessé de remettre en chantier le discours de sa méthode. La psychanalyse est sa "création". Les uns la récusent, d'autres veulent la refonder. Des traducteurs, des psychanalystes, des philosophes et d'autres commentateurs, français, anglosaxons, germanistes, ont particulièrement interrogé durant la seconde moitié du XXe siècle la manière dont il a pensé et exposé sa théorie. Pour relever les contraintes spécifiques qui se sont imposées à son écriture, Jean-François de Sauverzac a dû relire nombre d'entre eux, écouter leurs interprétations du rêve de Freud : son désir de fonder la connaissance rationnelle de l'inconscient. D'où un retour au texte freudien, à quelques figures saillantes de la rhétorique et des stratégies mises en oeuvre, puis, par delà le mythe d'un texte originaire ou perdu, un effort pour suivre, entre concepts et signifiants, le mouvement de ce work in progress et de son éternel retour.
« Il n'y a pas à guérir la crise d'adolescence, ni à la raccourcir, mais plutôt à l'accompagner et, si on savait comment, à l'exploiter pour que le sujet en tire ce qu'il peut de mieux » (Octave Mannoni, 1984). Tel est le défi que relève ici Patrick Delaroche, avec la conviction que l'approche analytique de l'adolescence recèle un potentiel encore insuffisamment exploité.Il y a un grand risque, trop facilement encouru par les temps qui courent, à oublier que tout un processus inconscient se joue dans la « charnière » adolescente. Conclusion des promesses oedipiennes, révélation de la vérité de la sexuation symbolique, déplacement de l'amour pour les parents sur des figures extérieures idéalisées, puis sur un objet d'élection : autant de tâches psychiques qui remettent en cause le narcissisme vital.Les avatars sont nombreux : conduite à risques, bouffée délirante, phobies, TOC et autres syndromes dont la psychiatrisation fréquente se révèle parfois franchement antinomique avec une reprise en main de son destin par le sujet. Une écoute authentiquement analytique, quitte à ce qu'elle emprunte des formes peu « classiques » (jeu de rôle, entretien isolé, psychodrame individuel, face-à-face...), offre dans bien des cas une alternative ou un appoint précieux.Ce livre teinté d'optimisme ouvre des perspectives qui, au-delà des milieux analytiques, retiendront l'attention de tous ceux qui, dans leurs études ou leur pratique, sont confrontés aux énigmes de l'adolescence et à ses souffrances.Patrick DELAROCHE, psychanalyste et pédopsychiatre, est médecin-directeur de l'hôpital de jour pour adolescents de Ville-d'Avray depuis plus de trente ans ; il est l'auteur en matière d'adolescence d'une oeuvre abondante qui fait référence et a trouvé un écho considérable dans le grand public. La naissance de la psychanalyse de l'adolescent en France : une histoire en trois temps. Processus d'adolescence, processus analytique. De la psychiatrie à la psychanalyse. Comment le transfert peut-il devenir thérapeutique ? Adolescence et père idéal. L'adolescent et l'institution.
La psychanalyse entre savoir acquis et méthode de découverte Freud entre méthode, savoir et pouvoir médical. Choix des analysants et mise en place d'une psychanalyse. La cure : une construction à deux. Le psychanalyste face aux Traumas, aux deuils pathologiques et à leurs influences transgénérationnelles. Le parcours analytique et ses aléas. Méthode psychanalytique et formation des analystes.
La psychanalyse a moins éclairé les angoisses, peurs, terreurs et affects voisins que l'amour et la haine. L'ouvrage s'efforce de rendre compte de ce fait, et, compte tenu de la place omniprésente que les peurs avouées, larvées ou masquées ont prise dans nos vies et nos sociétés, s'attache, sur fond d'une relecture de Inhibition, symptôme et angoisse, à jeter les bases d'une véritable métapsychologie freudienne de l'angoisse.L'auteur montre que notre psychisme est façonné par ces affects de peur - l'existence du Je en dépend. La prématuration, autrement dit notre inachèvement de départ, nous impose en effet de les subir et les traiter pendant toute l'enfance grâce au seul psychisme, par incapacité de réactions adéquates (fuite, etc.).L'angoisse et les affects connexes sont ici envisagés en tant que phénomènes d'interfaces énergétiques et dynamiques entre le Je et ses espaces mitoyens - Ça, sur-Je, réalité extérieure. Il les traite uniment, d'où qu'ils viennent, en créant des systèmes d'équivalences, en se différenciant et compliquant. C'est ainsi que le Je s'invente (et le courage avec). Toutefois, les défenses symptomatiques, névroses traumatiques, etc., démontrent la fréquence et la diversité de ses échecs - dont les processus, et, par conséquent, les thérapies possibles sont présentés.Ce livre fait oeuvre pionnière en s'attaquant sous l'angle de la psychanalyse à une question, celle de la peur, qui laisse souvent perplexes les sciences sociales autant qu'elle peut faire le bonheur de certains politiques. Il témoigne ainsi des possibilités d'éclaircissement du contemporain sur la base des apports freudiens, et sera aussi un ouvrage d'instruction et de réflexion pour tous ceux qui sont engagés dans des études ou dans la pratique psychologique.Michèle BOMPARD-PORTE est psychanalyste et professeur des Universités. La nouvelle thèse sur l'angoisse. Révision du cas de Hans et avancée dans la nouvelle théorie de l'angoisse. La névrose de contrainte et ses symptômes. Une tentative d'unification de l'Angst. Élaboration des pertes et séparations. L'angoisse comme « force psychique » fondamentale.