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Publiée en 1917, cette biographie de Paul Verlaine est extrêmement recherchée depuis lors. Son auteur est Ernest Delahaye, condisciple de Rimbaud, et ami fidèle du poète. Ce témoignage de première main sur la vie et l'oeuvre de Verlaine associe les confidences reçues du poète, les récits des « copains de la bande » (Rimbaud, Germain Nouveau, Charles Cros, Forain etc.) et les réflexions et souvenirs personnels de l'auteur, à qui Verlaine dédia le célèbre poème qui commence par ces vers : « Dieu, nous voulant amis parfaits, nous fit tous deux/Gais de cette gaîté qui rit pour elle-même/De ce rire absolu, colossal et suprême,/qui s'esclaffe de tous et ne blesse aucun d'eux. »
« Rimbaud est alors à Stuttgart, y apprenant l'allemand, Verlaine ignore son adresse. Il m'a prié de faire parvenir la pieuse missive. Ma réponse tarde, pour une raison majeure : c'est que cette reprise de relations, ce retour vers un passé qu'il veut mort, agace, en le parti qu'il a pris d'un effacement définitif, l'auteur d'Une Saison en enfer : j'en ai reçu à l'égard de celui qu'il dénomme comiquement "Loyola", une page de ricanements... et je ne sais vraiment comment dire à notre pauvre ami quel genre de succès il obtient. Verlaine revient à la charge. Correspondance active, pressante, qui embarrasse beaucoup ma jeune diplomatie. "Pourtant il faut que j'y aille... son adresse, je t'en prie, son adresse !..." Facile à dire ; mais j'aimerais autant, pour le plus grand bien de l'un et de l'autre, ne point amener cette conversation que je sais parfaitement inutile. En tout cas, je ne puis le faire sans l'assentiment de Rimbaud. Je compte presque sur un refus. Il m'écrit : "Ça m'est égal. Si tu veux, oui, donne mon adresse au Loyola." Trois jours après, Verlaine est à Stuttgart. »