Lettre à
" Non, vraiment, le terme "islamophobie' est mal choisi s'il doit désigner la haine que certains tarés ont des musulmans. Il n'est pas seulement mal choisi, il est dangereux. [...] Lutter contre le racisme, c'est lutter contre tous les racismes, alors lutter contre l'islamophobie, c'est lutter contre quoi ? Contre la critique d'une religion, ou contre la détestation des gens qui pratiquent cette religion parce qu'ils sont d'origine étrangère ? " Charb, acteur majeur de Charlie Hebdo depuis 1992 et fervent défenseur de l'égalité des droits, témoigne de son inquiétude de voir la lutte antiraciste remplacée par une lutte pour la protection et la promotion d'une religion. Car le terme " islamophobie " laisse entendre qu'il est plus grave de détester l'islam, c'est-à-dire un courant de pensée parfaitement critiquable, que les musulmans. Or, si critiquer une religion n'est pas un délit, discriminer quelqu'un en raison de son appartenance religieuse l'est, incontestablement. Un opuscule salutaire pour démontrer que le mot " islamophobie " contente à la fois les racistes, les islamistes radicaux, les politiques démagogiques et les journalistes fainéants.
Alors que l'extrême droite gagne du terrain en France, Nicolas Lebourg s'adresse à une dizaine de personnages fictifs dont le parcours et les idées les amènent à se tourner vers le vote FN. Du professeur d'histoire-géographie d'Albi à l'étudiant gay nouvellement arrivé à Paris, en passant par l'ouvrier agricole de Senlis, tous sont confrontés à la globalisation, économique et culturelle, à la perte de légitimité des grands partis de droite et de gauche. Écouter ces voix-là, entendre les déceptions politiques, le sentiment de déclin et de déclassement social, et comprendre comment le FN a su s'adresser à eux ouvre l'espace de dialogue indispensable à la vie démocratique. En adressant à chacun de ces électeurs une lettre dédiée, Nicolas Lebourg nous éclaire sur la stratégie de communication sophistiquée dont use le FN pour gagner une grande part de l'électorat. Dans un livre courageux qui combine parcours de vie et réflexions sur l'islam, celui qui se définit à juste titre comme le fils d'un mariage heureux, et donc possible, entre Marianne et Mahomet, pose sur l'islam un regard aussi nouveau que nécessaire.
C'était en février 2013, tu rentrais tout juste de Pyongyang, Dennis ; une forêt de micros t'attendait. Tu as sorti à CNN, à propos de ton nouvel ami Kim Jong-un : " He has to do the job, but he is a very good guy ! " Tu avais ton look spectaculaire habituel : tatoos, piercings, mini-boléro à paillettes sous lequel tu étais torse-poil, Ray-Ban vert pomme, tignasse rasibus lapis-lazuli, chapeau de clown, le geste flou, la démarche divagante... bref, du pur Rodman. Seulement, là, tu ne sortais pas du lit de Madonna, comme jadis, mais d'un séjour en Corée du Nord, aux frais du dictateur, et tu te payais notre tête à tous. Deux mois après le retour tonitruant de l'ex-star américaine du basket clamant son amitié pour ce dictateur " qui doit faire le boulot, mais qui est un type bien [sic] ", l'ONU publie son rapport terrifiant sur la Corée du Nord et saisit la Cour pénale internationale pour crime contre l'humanité. Dans cet essai, Élise Fontenaille dresse un tableau précis et documenté de la Corée du Nord. Elle nous éclaire sur l'horreur des camps, les méthodes de pression de la dictature militaire, les scandales de la métamphétamine et de la famine qui ont ravagé le pays, et ce dictateur déjanté, ado attardé, qui diligente des essais nucléaires. Les frasques de Rodman, loin d'être anecdotiques, montrent à quel point la société du spectacle l'emporte sur la raison. Un texte enlevé et passionnant qui nous entraîne dans le pays le plus fermé du monde.
Fabrice Nicolino s'adresse à une petite fille de trois ans pour lui parler alimentation. Il raconte notre histoire en une dizaine de chapitres, du paléolithique à aujourd'hui, en passant par les "grandes découvertes", comme la conserve, l'invention des abattoirs industriels, la constitution de groupes puissants, le poids de l'agroalimentaire en France, les effets du lobbyng, etc. " Ma poussinette, tu n'as pas encore trois ans, tu ne sais pas encore lire (...) Mais je pense que tu as déjà retenu cette saine leçon de choses : l'empire de la bouffe est monstrueux. Pour la raison simple que tout le monde mange et qu'il est si facile d'empocher de grandioses bénéfices, l'industrie de la nourriture ne pouvait que croître en embellir. Pardon, croître et enlaidir tout ce qu'elle approche de près ou de loin. " Après s'être adressé à Raymond, paysan de 90 ans, sur le " vaste merdier qu'est devenue l'agriculture ", Fabrice Nicolino s'adresse à une petite fille de trois ans pour lui parler alimentation. Cette fillette, il va lui falloir attendre quelques années pour en profiter, mais cela le ton de la " lettre " est donné. Fabrice Nicolino nous raconte une histoire, celle de l'Homme qui mange, la nôtre donc. En une dizaine de chapitres, du paléolithique à aujourd'hui, en passant par les " grandes découvertes " comme la boîte de conserve, l'invention des abattoirs industriels, la constitution de groupes puissants, le poids de l'agroalimentaire en France, les effets du lobbyng, etc. Deux chapitres plus positifs terminent cette histoire : l'un consacré au mouvement international Slow Food, l'autre à des régimes alimentaires, au Brésil et en Thaïlande, qui montrent leur supériorité sur la malbouffe industrielle. Le bilan est aussi instructif qu'effrayant, mais Fabrice Nicolino n'a pas perdu tout espoir, il a foi en cette petite fille et en sa capacité à faire de cette " abominable histoire de la bouffe " une " belle histoire de la bouffe ".
Il y avait les pubs de mode et de cosmétique ultra-photoshopées, voici à présent la littérature photoshopée ! " L'homme est blanc, dominant, riche, musclé, performant sexuellement et pénétrant. La femme est blanche aussi, pauvre, pénétrée, elle attend qu'un homme la comble sexuellement (et si possible la comble aussi de cadeaux). " Les romances érotiques se suivent et se ressemblent : la femme et l'homme répondent à des stéréotypes étriqués, leurs interactions sont autant simplistes que convenues et le désir féminin doit se cantonner à quelques clichés hyper réducteurs. Quant aux maisons d'édition friandes de ce genre littéraire, qui séduit de plus en plus de lectrices, elles empruntent à la production industrielle ses méthodes et ses cadences. Saviez-vous que chaque personnage doit avoir une blessure secrète ? Qu'il y a des tapis en poils de bête sur lesquels il ne fait pas bon faire l'amour ? Que six jours peuvent suffire à écrire une romance ? Ou encore que chaque personnage a une " fiche " consignée sur un tableau Excel ?... " " Camille Emmanuelle, qui a écrit sous pseudo une douzaine de romances érotiques, nous ouvre les portes de ce genre littéraire qui, à force de favoriser une sexualité normalisée, devient un obstacle à une réelle libération sexuelle de la femme. Avec la verve qui la caractérise, elle dénonce l'éternelle comédie qu'on veut, encore, faire jouer à l'homme et à la femme. "
"Ce qui a été fait peut-il être défait ? Oui, jurent quelques siphonnés, dont je suis. Pour les besoins d'un projet industriel amoral, on a vidé des milliers de villages et rempli les banlieues de millions de prolétaires, dont beaucoup devenus des chômeurs perpétuels. Mon vieux Raymond, ne me dis surtout pas que tu ne regrettes rien. Moi, si. Une autre histoire était possible." Fabrice Nicolino, dans ce brillant essai, dresse un état des lieux de l'agriculture, soumise depuis un siècle à une folle industrialisation, au recours incontrôlé à la chimie et à des politiques productivistes désastreuses. Un livre incontournable pour retrouver la raison et imaginer une agriculture qui remette l'humain au centre de ses préoccupations.