H.C. essais
" Le livre qu'on va lire a paru pour la première fois en 1976 : on était alors en pleine offensive des " nouveaux philosophes " ; ces jeunes gens allaient partout annonçant " la mort de Marx ". Je l'ai conçu, ce livre, comme une première riposte à ce déchaînement contre Marx et Lénine. Allaient suivre, deux ans plus tard, L'Établi, récit de l'année que j'ai passée comme OS (ouvrier spécialisé) chez Citroën, puis, encore deux ans après, Le Sucre et la Faim, enquête dans les régions sucrières du Nordeste brésilien. D'une certaine façon, on pourrait dire que ces différents livres se complètent et constituent un ensemble : il y est question du système Taylor, du mouvement paysan, de la résistance à l'exploitation. Qu'en est-il aujourd'hui ? L'URSS s'est effondrée, il a coulé beaucoup d'eau sous les ponts de la Neva [...] ; la misère, dans nos pays, frappe avant tout les immigrés, les sans-papiers, les sans-droits, pendant que les riches affichent avec insolence leurs gains mirifiques... Trente-quatre ans ont passé depuis la première publication de Lénine, les paysans, Taylor : les analyses contenues dans ce livre restent pertinentes à mes yeux ; je n'en changerais pas une ligne... " Robert Linhart, mars 2010. Robert Linhart, est dans les années 1960, l'un des fondateurs du mouvement maoïste français. Il a, entre autres, publié L'Établi (Éditions de Minuit, 1978).
La fin du XXe siècle a vu, à la droite de l'échiquier politique, l'émergence de partis extrêmes ou radicaux, en rupture avec les traditions nazie ou fasciste, et dont l'objectif est bien la conquête du pouvoir par la voie électorale et démocratique. Ces mouvements permettent de penser les mutations de l'extrême droite et son adaptation aux temps présents. Ce livre définit et décrit les différentes familles de cette partie du spectre idéologique, avec une attention particulière portée aux 28 pays membres de l'UE, sans négliger la Russie. Il revient ainsi sur l'histoire récente de ces partis ou mouvances, leur programme idéologique et, au-delà, leur vision du monde. Leurs résultats électoraux et la sociologie de leur électorat y sont exposés de façon à faire émerger le " minimum commun " qui les rassemble, même si leur hétérogénéité et le poids des spécificités nationales ne permettent pas de parler d'une " internationale de l'extrême droite ". Contrairement aux idées les plus paresseuses, Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg montrent qu'on fait fausse route en expliquant la montée des partis nationalistes, populistes et xénophobes, par la seule variable de la crise économique. Leur audience croissante est plutôt le symptôme d'un très profond questionnement des cadres traditionnels de l'identité européenne, de la représentation politique et des références libérales ou conservatrices des droites de gouvernement. Jean-Yves Camus dirige depuis 2014 l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et est chercheur associé à l'IRIS. Nicolas Lebourg est chercheur à l'Observatoire des radicalités politiques et chercheur associé au CEPEL (CNRS-Université de Montpellier). Membres du programme European Fascism de l'Université George Washington, auteurs de nombreux ouvrages, ils sont régulièrement invités à commenter l'actualité des droites extrêmes et radicales.
Qui sommes-nous vraiment, nous qui avons affiché une telle détermination dans le refus de la violence aveugle et notre foi dans la République le 11 janvier dernier ? La cartographie et la sociologie des trois à quatre millions de marcheurs parisiens et provinciaux réservent bien des surprises. Car si Charlie revendique des valeurs libérales et républicaines, les classes moyennes réelles qui marchèrent en ce jour d'indignation avaient aussi en tête un tout autre programme, bien éloigné de l'idéal proclamé. Leurs valeurs profondes évoquaient plutôt les moments tristes de notre histoire nationale : conservatisme, égoïsme, domination, inégalité. La France doit-elle vraiment continuer de maltraiter sa jeunesse, rejeter à la périphérie de ses villes les enfants d'immigrés, reléguer au fond de ses départements ses classes populaires, diaboliser l'islam, nourrir un antisémitisme de plus en plus menaçant ? Identifier les forces anthropologiques, religieuses, économiques et politiques qui nous ont menés au bord du gouffre, indiquer les voies difficiles, incertaines, mais possibles d'un retour à la véritable République, telle est l'ambition qui anime ce livre. Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié Le Destin des immigrés (Seuil, 1994 et "Points Essais", 1997), Le Rendez-vous des civilisations (Seuil/République des idées, 2007, avec Y. Courbage), Après la démocratie (Gallimard, 2008) et Le Mystère français (Seuil/République des idées, 2013, avec H. Le Bras).
La Révolution française les avait émancipés : elle leur avait accordé les mêmes droits civils et politiques qu’aux autres nationaux à condition qu’ils acceptent de reléguer la pratique religieuse dans la sphère privée. Les Juifs de France jouèrent le jeu et se dévouèrent sans compter à la République, apportant leur contribution au développement de la démocratie et de la laïcité. C’est la grande époque du franco-judaïsme. Malgré les persécutions antisémites dont ils sont l’objet sous Vichy, les Juifs de France continuent, après la Libération, d’être animés par l’esprit d’intégration républicaine, en dépit de la création de l’État d’Israël (1948). C’est la vague des rapatriés d’Afrique du Nord, après les indépendances, qui donne la première inflexion : les nouveaux venus n’ont pas la même culture de l’intégration que les Juifs issus de l’est européen. La guerre de Six Jours (1967) marque le tournant : Israël attend des Juifs du monde entier un soutien sans faille. S’amorce alors la formation du franco-sionisme : fidélité au pays d’appartenance, bien sûr, mais aussi à Israël et à sa politique, quelle qu’elle soit. C’est ainsi qu’aujourd’hui les institutions dominantes du judaïsme français s’efforcent de convaincre les Juifs que leur destin est lié non plus au principe d’une République juste et exigeante, mais à un « État nation du peuple juif » à tendance messianique et qui discrimine les minorités non juives. Du franco-judaïsme dominant sous la IIIe République au virage franco-sioniste d’aujourd’hui, l’histoire des Juifs de France a connu bien des vicissitudes. La voici racontée par l’un de leur fils, sur la base d’une documentation exceptionnelle et à travers un récit riche et coloré. Charles Enderlin est journaliste. Il a été le correspondant de France 2 à Jérusalem de 1981 à 2015. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le Proche-Orient.
René Dosière Argent, morale, politique René Dosière est un rocardien de la première heure. "Penser clair, parler vrai, agir juste " est resté sa devise. C'est au nom de ses convictions qu'il dénonce depuis de nombreuses années gabegie, mauvaise gestion et pratiques douteuses dans l'organisation de nos finances publiques. En fin de mandat présidentiel de la gauche, il dresse un état complet de la situation budgétaire de la France, des avancées et des blocages, et apporte des réponses précises et nouvelles sur le coût des campagnes électorales, la rémunération des élus, le financement des partis, le train de vie des pouvoirs publics...Fort de son expérience, il propose des solutions vers plus de rigueur, de transparence et de contrôle démocratique. Le député René Dosière a décidé de ne pas se présenter aux législatives en 2017, il est donc, plus que jamais, libre de sa parole, libre d'intervenir dans la campagne présidentielle, pour exiger qu'entre argent et politique la morale s'impose. René Dosière est député de l'Aisne et ancien vice-président de l'Assemblé nationale. Il s'est fait connaître par son travail scrupuleux et tenace sur la gestion des finances publiques. Il est l'auteur notamment de L'argent caché de l'Élysée (2007), L'argent de l'État (2012), L'État au régime (2012).
" D'abord ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, puis ils vous combattent, enfin vous gagnez. " Mahatma Gandhi Depuis quinze ans, Jean Ziegler consacre toutes ses forces au combat en faveur des damnés de la terre au sein de l'Organisation des Nations unies. Successivement Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation, puis vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, il n'a cessé de se battre, dans le cadre de ses nombreuses missions, contre la faim et la malnutrition, en faveur des droits de l'homme et de la paix. Combats prométhéens ponctués de grands succès... mais aussi d'échecs. Ce sont ces moments qu'il relate ici, au plus près du terrain, des manœuvres de coulisses, de l'action délétère des prédateurs du capitalisme financier mondialisé, soucieux avant tout de maximiser leurs profits. De défaite en victoire, le témoin implacable du jeu sordide des puissants de ce monde s'interroge : comment aller plus loin, comment faire en sorte que l'utopie qu'avaient conçue Roosevelt et Churchill, cette organisation susceptible de réguler les conflits internationaux et d'assurer le minimum vital aux peuples du monde, renaisse de l'état de paralysie dans lequel elle est tombée ? Et c'est finalement un message d'espérance que livre le combattant de toujours au terme d'un récit vibrant et engagé. Jean Ziegler a notamment publié Les Nouveaux Maîtres du monde (2002), L'Empire de la honte (2005), La Haine de l'Occident (2008) et Destruction massive (2011).
300 à 500 milliards de dollars, tel est le montant estimé des profits réalisés chaque année sur le marché mondial de la drogue. Principal receleur de l'argent de la mort : le système bancaire suisse, qui n'a pas son pareil pour accueillir et recycler les capitaux internationaux à l'abri des regards indiscrets. Quatorze ans après la publication d'Une Suisse au-dessus de tout soupçon, violent réquisitoire contre l'hypocrisie du secret bancaire et du compte à numéro, Jean Ziegler démonte un à un les rouages du recyclage international de l'argent sale, dont Zurich est aujourd'hui la capitale. A travers des exemples précis, il montre ainsi que des multinationales du crime, disposant de réseaux commerciaux bien implantés, de laboratoires modernes, de milices entraînées par des professionnels, d'établissements bancaires fort accueillants, ont pénétré l'appareil d'Etat lui-même, et juissent, dans "l'Emirat helvétique", d'une protection efficace de la part de certains responsables politiques et judiciaires. En faisant la lumière sur l'organisation des réseaux de la mort, en nommant les responsables et leurs complices, ce livre veut contribuer à l'anéantissement d'une puissance meurtrière qui, à Zurich comme à Medellin, concurrence aujourd'hui le pouvoir des Etats. Jean Ziegler. Professeur de sociologie à l'université et à l'Institut d'études du développement de Genève. Conseiller national (député) au parlement de la Confédération. Auteur de nombreux ouvrages sur le tiers monde.
L'ancien Premier ministre s'exprime pour la première fois sur les moments importants de notre histoire, des années soixante-dix à aujourd'hui, dont il a été un acteur essentiel et parfois de premier plan : l'union de la gauche, Mitterrand et le pouvoir, Matignon et la cohabitation avec Jacques Chirac, la campagne présidentielle de 2002 et celle de 2007. Sur bien des points, Lionel Jospin apporte des révélations, des informations qui éclaireront les coulisses de l'Histoire. Le livre est celui d'un homme qui se livre sans détour et sans tabou, sur le ton de la confidence, plus de cinq ans après avoir quitté le pouvoir et la politique active. Du berceau à Matignon, il se confie et raconte son parcours personnel et politique, partie prenante d' une aventure collective, celle de la gauche depuis les années cinquante. C'est sa vie et c'est notre histoire.
D'un retournement l'autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandr
Le rideau s'ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour. La pièce peut commencer : lessivés par la crise des désormais célèbres " subpraïmes " (sic), les Banquiers s'apprêtent à sonner à la porte de l'État pour lui demander de mettre la main au porte-monnaie... avant que le résultat de leurs acrobaties ne fasse exploser les dettes publiques et conduise à la rigueur pour tous – pour tous les autres qu'eux. C'est une forme particulière, et inattendue, celle de l'alexandrin, qui est ici convoquée pour mettre en scène la crise de la finance mondiale. Peut-être en effet fallait-il l'ambivalence d'un vers qui convient à la tragédie aussi qu'à la comédie pour saisir et la déconfiture d'un système aux abois et l'acharnement bouffon de ses représentants à le maintenir envers et contre tout. Mais ce que ces " élites " aveuglées par leur domination, et déjà disqualifiées par l'Histoire, ne voient plus c'est qu'un retournement peut en cacher un autre. Et celui des marchés annoncer celui du peuple. Le texte de la pièce est suivi d'un post-scriptum : " Surréalisation de la crise ". Économiste, Frédéric Lordon est notamment l'auteur de Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières (Raison d'agir, 2008), La Crise de trop (Fayard, 2009), Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010).
Rumeurs Aujourd'hui, la rumeur est partout : dans les médias, sur Internet, dans les couloirs, les conversations. Qu'on l'appelle rumeur, buzz ou encore légende urbaine, elle imprègne tous les secteurs de la vie quotidienne, l'économique, le social, la politique, le show-business, le marketing, le lobbying, la finance... Jean-Noël Kapferer analyse en profondeur ses ressorts fondamentaux dans cet ouvrage devenu la référence incontournable sur le sujet et traduit en seize langues. Jean-Noël Kapferer Professeur à HEC et expert mondial de la communication, il a publié de nombreux ouvrages sur la communication, la persuasion, les marques. Édition augmentée d'une postface sur l'impact des rumeurs sur Internet
La conquête de L'occident Le projet secret des islamistes Novembre 2001, des policiers européens investissent la luxueuse villa d'un banquier islamiste sur les bords d'un lac suisse. Ils y découvrent un document gardé secret depuis près de vingt ans : le " Projet ". Ce texte, connu seulement d'une poignée de spécialistes, décrit la stratégie clandestine qui vise à " établir le règne de Dieu sur Terre ". Tous les moyens sont bons dans cette conquête du monde : infiltration de la société, propagande, alliance avec les combattants de la Guerre sainte... Le " Projet " révèle un pan caché de l'histoire de l'islamisme en Occident. Inspirés par les idées radicales des Frères musulmans, ses émules ont tissé en Europe et en Amérique un réseau de mosquées, de centres religieux, d'institutions charitables qui poursuivent le même but : créer une société idéale fondée sur le Coran, étendre la sphère de l'islam et mettre fin à l'hégémonie de la civilisation occidentale sur le monde. Menée durant plusieurs mois en Europe et aux États-Unis, cette enquête soulève des questions essentielles pour l'avenir de nos sociétés : qui sont vraiment les islamistes " modérés " qui prétendent représenter les musulmans d'Occident ? Quelles idées veulent-ils propager, et avec quelles méthodes ? Riche en révélations exclusives, cet ouvrage apporte des réponses précises, informées, dérangeantes.
Les Samaritains sont aujourd'hui l'un des plus petits peuples de la terre : ils ne sont guère plus de cinq cents. Ils sont aussi l'un des plus anciens, puisqu'ils faisaient partie du peuple juif, dont ils ses sont séparés peu avant l'ère chrétienne. La cause du schisme : ils ne reconnaissaient pas le temple de Jérusalem et lui préféraient le mont Garizim, près de Naplouse, qui fut effectivement le premier sanctuaire des Hébreux, lors de leur arrivée dans la Terre Promise. D'autre part, leur " patrimoine génétique " étant resté intact depuis les temps bibliques, les Samaritains descendent authentiquement des Tribus perdues dont le sort a toujours intrigué les juifs et les chrétiens : de l'Afghanistan à l'Équateur, des États-Unis au Japon en passant par le Caucase, beaucoup ont vu en eux des ancêtres. Aujourd'hui devenus des citoyens de plein droit de l'État juif, ils continuent à fêter leur pâque sur le mode antique, en sacrifiant des agneaux. Léon Poliakov nous donne ici les résultats d'une enquête à travers les continents et les textes. Il le fait à sa manière, en montrant qu'on ne répond pas à des questions sans en poser d'autres. Et le livre s'achève avec une étude de Gilles Firmin sur l'histoire de la critique de la Bible, d'où il ressort également que les subtilités, voire les contradictions de cette critique, s'accroissent à mesure qu'augmentent nos connaissances : face aux juifs et aux chrétiens, les Samaritains pourraient avoir eu raison sur le fond.
Que s'est-il passé depuis que l'" entreprise France ", comme on dit maintenant à l'Elysée, a changé de propriétaire, le 6 mai au soir ? Dans cette chronique des Cent Jours du sarkozysme triomphant " sans tabou ni complexe ", on assiste à l'installation d'un nouveau système. Derrière des mots neutres – bouclier fiscal, TVA sociale, franchise médicale –, il s'agit d'enrichir les riches en faisant payer les pauvres. Derrière l'hommage à Guy Môquet et aux martyrs du Vel d'Hiv, on rafle les sans-papiers qui n'ont pas " vocation " à rester parmi nous. L'oligarchie de la finance, de l'armement et du show-biz, se resserre autour du président de tous les Français et l'asservissement des médias cimente le consensus ambiant. Mélangeant à dessein les sources les plus variées, s'aidant d'entretiens avec Jacques Rancière (sur la notion de populisme), Alain Badiou (sur la trahison chez les anciens maoïstes), et Daniel Bensaïd (sur l'actualité du marxisme), Eric Hazan donne à voir une évidence, que chacun est plus que jamais tenu de taire : la guerre civile continue. Éditeur et écrivain, Eric Hazan dirige les éditions La Fabrique. Il est notamment l'auteur de L'Invention de Paris (Seuil, 2002), Chronique de la guerre civile (La Fabrique, 2004), LQR, La propagande du quotidien (Raison d'agir, 2006).
En 1991, lors du coup d'Etat néo-communiste contre Mikhaïl Gorbatchev et sa perestroïka, la plupart des dirigeants des républiques soviétiques musulmanes approuvent les putschistes. Quelques jours plus tard, les mêmes proclament l'indépendance de leur pays. Aussitôt apparaissent de nouveaux drapeaux et de nouveaux slogans louant la patrie, l'indépendance et la nation. On lance des concours pour l'hymne national et le dessin des armoiries de l'Etat. Les partis communistes se transforment en partis du président. La langue nationale devient l'idiome officiel, même si on l'écorche. Les dirigeants, tous issus de la nomenklatura soviétique et encore à la solde de Moscou quelques mois auparavant, tiennent des discours nationalistes. Comment donc se sont fabriquées ces nations ? Comment ont-elles pu surgir sans être portées par un nationalisme ancien et durable ? En réalité, comme le montre Olivier Roy, l'Union soviétique a été "une formidable machine à fabriquer des nations". L'ouvrage reconstruit cette création improbable de nouvelles nations musulmanes en Asie centrale - Turkménistan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan, Kazakhstan et Azerbaïdjan - après le communisme. Un livre majeur, par les informations qu'il fournit et la réflexion qu'il propose sur une région géostratégique sensible entre toutes.
Couples fracassés, divorces, séparations comme s'il en pleuvait : les histoires d'amour finissent mal en général. En quelques ddécennies, une ritournelle amusée des années 1980 s'est changée en description lucide d'un fait social, et tend à devenir une loi de la conjugalité ordinaire. Considérant que les explications socio-économiques ne suffisent pas à comprendre cette évolution, Denis Moreau, philosophe marié, amateur éclairé de rock'n'roll et lecteur profond de l'Évangile, se demande comment préserver nos amours des forces de destruction qui les menacent. Tour à tour tragique, corrosif et tendre, il analyse le mariage non comme un devoir ou une institution dépassée, mais dans ce qu'il considère être son sens et sa valeur : une réponse convaincante à la question que chacun se pose, " comment réussir sa vie ? ". On connaissait les romans d'amour, les lettres d'amour. Voici un essai d'amour, écrit avec la ferme conviction qu'il peut y avoir de grandes et belles choses dans nos histoires d'amour conjugal, en général. Denis Moreau est professeur de philosophie à l'université de Nantes. Outre des études spécialisées en histoire de la philosophie moderne, il a publié, chez Bayard, des essais plus personnels : Les Voies du salut. Un essai philosophique (2010), Dans le milieu d'une forêt. Essai sur Descartes et le sens de la vie (2012).
"J'ai découvert que toute notre histoire était falsifiée, fabriquée de toutes pièces et que ceux qui avaient créé la civilisation arabe et sa grandeur furent bannis, condamnés, rejetés, emprisonnés, voire crucifiés. Il faut relire cette civilisation et la revoir autrement : avec un nouveau regard et avec une nouvelle humanité." Adonis Adonis, poète arabe, né en 1930 à Qassabine en Syrie. Les éditions du Seuil ont publié les trois volumes de son œuvre poétique al-Kitâb. Houria Abdelouahed est maître de conférences à l'université Paris Diderot, psychanalyste, traductrice et auteure, entre autres, de Figures du féminin en islam (PUF, 2012).
Nous sommes au cinquième siècle de l'ère planétaire. Il y a déferlement mondial des forces aveugles et barbares, mais il y a aussi mondialisation de la demande vivre et de mieux vivre. Les symptômes de mort et de naissance se confondent. Cette situation agonique ne vient pas seulement de l'addition aux conflits traditionnels de crises nouvelles. C'est un tout qui se nourrit des ingrédients conflictuels, critiques, problématiques et qui porte en lui le problème des problèmes : l'impuissance de l'humanité à devenir l'humanité. Il est proposé ici une réforme de pensée qui nous permette de concevoir toutes choses dans leur contexte et dans le tout planétaire, une définition de nos finalités terrestres. Il n'y a plus de salut garanti mais on peut énoncer un évangile de la perdition. Nous voici sur la minuscule pellicule de vie entourant la minuscule planète perdue dans le gigantisme univers. Cette planète est pourtant un monde, le nôtre. Nous découvrons les secrets de notre arbre généalogique et de notre carte d'identité terrienne, qui nous font reconnaître notre matrie terrestre au moment où les sociétés éparses sur le globe sont devenues interdépendantes et où se joue collectivement le destin de l'humanité. La prise de conscience de la communauté de destin terrestre doit être l'événement clé de la fin du millénaire. Nous sommes solidaires dans et de cette planète. C'est notre Terre-Patrie.
Edgar Morin s'interroge sur ces trois évidences – l'amour, la poésie, la sagesse – qui illuminent nos vies tout en cachant leur énigme et leur complexité. L'amour ne vit, soutient-il, que dans l'état d'un " innamoramento " se régénérant de lui-même. La poésie, en deçà et au-delà de son mode d'expression littéraire, est cet " état second " qui nous envahit dans la ferveur, l'émerveillement, la communion, l'exaltation, et bien sûr l'amour ; elle nous fait habiter, non seulement prosaïquement, mais aussi poétiquement la terre. Quant à la sagesse, elle était dans le monde antique synonyme de philosophie. La question posée ici est : peut-il y avoir une sagesse moderne ? Et l'on verra de quelle façon amour, poésie et sagesse ont partie liée.
Chez Flaubert, on " schlingue d'une façon fantastique ", et chez Hugo on " pue de la gueule ". Balzac manque de " thunes ", Vallès de " pognon " et Proust de " pépètes " – Zola n'a même plus " un radis ". Marot " bouffe " et Montesquieu " se fout " de tout. Dans ce dictionnaire, on croise des " pouffiasses " chez les Goncourt, des " maquereaux " chez d'Aubigné, des " racailles " chez Calvin et de simples " flics " chez Verlaine. Mauvaises fréquentations ! Mais qui ébranlent la vision, souvent bien étroite, que nous avons de notre langue et de notre patrimoine littéraire – en un mot, du temps.
Plongeant ses sources dans la haute antiquité biblique, le fondamentalisme messianique juif a pris son essor en juin 1967, après la conquête de la Cisjordanie et, surtout, du Haram Al-Sharif, le troisième lieu saint de l'Islam - là où se trouvent aussi les ruines du Temple d'Hérode, là où le patriarche Abraham avait prétendu sacrifier son fils Isaac. Convaincus que le monde est entré dans l'ère eschatologique, les militants de ce mouvement religieux, allié à la droite nationaliste, s'opposent à toute concession territoriale, et a fortiori à la création d'un Etat palestinien souverain et indépendant. Les idéaux, la politique, les principes qui avaient inspiré le sionisme des origines, libéral et pragmatique, ont été, à mesure que progressait la pénétration du fondamentalisme juif dans la société israélienne, de plus en plus marginalisés. Dans ce nouveau document d'enquête, Charles Enderlin décrit la lente diffusion de l'idée messianique et son corollaire, le développement de la colonisation juive en Cisjordanie, qui rend impossible toute solution à deux Etats. Un nouvel Israël est-il en train de naître, menant le Proche-Orient à un point de non-retour ? Charles Enderlin est le correspondant permanent de France 2 à Jérusalem depuis 1981.
Qu'il s'agisse d'inégalités de traitement en fonction du sexe, de la race, de la sexualité, de la religion, de l'origine, des handicaps, de la santé... les discriminations sont aujourd'hui perçues et combattues comme la figure centrale des injustices. S'il est indispensable de les décrire et de les mesurer, il faut aussi que l'on sache mieux comment elles sont vécues par celles et ceux qui les subissent. L'écart est grand, en effet, entre les inégalités objectives et la manière dont les personnes les ressentent et, surtout, dont elles les tiennent pour justes ou injustes. Pourquoi moi ? s'efforce de rendre compte de ce vécu plus divers qu'il n'y paraît. De l'" expérience totale " qui fait de la discrimination le cœur de l'identité et du rapport au monde des individus à la distanciation que d'autres parviennent à installer grâce à un ensemble de stratégies et de tactiques, se déploie un espace de discriminations vécues de façon plus ou moins intense. Ces expériences sont déterminées par le jeu complexe des conditions sociales. Ainsi les plus discriminés ne sont pas nécessairement ceux qui éprouvent les sentiments d'inégalité les plus aigus. La comparaison entre l'école et l'hôpital montre que les discriminations sont perçues de façon très différente dans ces institutions pour lesquelles la diversité des cultures et des personnes ne constitue pas le même enjeu. Les discriminations et les luttes qu'elles entraînent révèlent de profondes transformations de notre vie sociale et de nos subjectivités ; non seulement elles dévoilent des injustices intolérables, mais elles montrent comment les individus essaient de se construire comme les sujets de leur liberté et de leur identité quand l'ordre social perd de son unité et de son ancienne légitimité. FrançoisDubet, OlivierCousin, EricMacé et SandrineRui sont enseignants à l'Université de Bordeaux Segalen, chercheurs au Centre Émile-Durkheim et associés au CADIS à l'EHESS.
Comment, en l'espace de trente ans, le PS et le monde ouvrier sont-ils passés de l'amour fou au mépris ? Ce livre tient la chronique tragique d'une longue histoire passionnelle, émaillée de séparations fracassantes et de retrouvailles douloureuses, de drames et d'engagements non tenus. Il explique pourquoi, en 1981, 70 % des ouvriers avaient contribué à la victoire du PS, alors que c'est aujourd'hui le FN qui est qualifié de " premier parti ouvrier de France ". Entre ces deux dates, au fil des choix politiques engagés par les hiérarques du Parti socialiste, et des réactions plus ou moins avisées des représentants de la classe ouvrière, notre couple, de plus en plus mal assorti, doit faire face à l'effondrement du monde communiste, à l'arrivée de la " deuxième gauche ", à la montée du chômage et à la conversion des socialistes à l'Europe, au libéralisme et à la société postindustrielle. Les noms de François Mitterrand, Jacques Delors, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Dominique Strauss-Kahn, Lionel Jospin et François Hollande, entre autres, marquent les étapes de ce désamour, de l'abandon au mépris. Au terme de nombreuses péripéties, que Bertrand Rothé rappellent de façon cinglante, le vieux couple en arrive aujourd'hui au divorce. Bertrand Rothé est agrégé d'économie, il enseigne à l'université de Cergy-Pontoise et collabore régulièrement à Marianne. Au Seuil, il est déjà l'auteur de Lebrac, trois mois de prison (2009) et, avec Gérard Mordillat, de Il n'y a pas d'alternative. Trente ans de propagande économique (2011).
Cessons de nous raconter des histoires sur " la crise " ! Et regardons de face le cœur du problème qui se pose à la société humaine en ce début du XXIe siècle : les contraintes écologiques interdisent que le niveau de vie occidental se généralise à l'échelle du monde. Il devra donc baisser pour que chacun ait sa juste part. Autrement dit, l'appauvrissement matériel de l'Occident est inéluctable. Comment allons-nous vivre cette mutation : en changeant nos sociétés pour nous adapter au mieux à ce nouveau monde, ou en nous opposant au sens de l'histoire, au prix d'un déchaînement de la violence ? Déjà en cours de traduction dans plusieurs langues, ce récit phosphorescent d'idées originales prend comme fil conducteur les tribulations de l'humanité depuis son apparition sur terre. Captivant et à rebours du discours dominant, il nous invite à une dérangeante lucidité. Mais ce livre est également habité par un optimisme communicatif : oui, un nouveau monde est possible. Hervé Kempf poursuit un travail de synthèse et de renouvellement de l'écologie politique, qui rencontre la faveur du public, en France et à l'étranger. Récemment : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (2009) et L'Oligarchie ça suffit, vive la démocratie (2011).
Toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim, tandis que des dizaines de millions d'autres, et leurs parents avec eux, souffrent de la sous-alimentation et de ses terribles séquelles physiques et psychologiques. Et pourtant, les experts le savent bien, l'agriculture mondiale d'aujourd'hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d'êtres humains, soit près du double de la population mondiale. Nulle fatalité, donc, à cette destruction massive. Comment y mettre fin ? En prenant d'abord conscience des dimensions exactes du désastre : un état des lieux documenté, mais vibrant de la connaissance acquise sur le terrain par celui qui fut si longtemps en charge du dossier à l'ONU, ouvre le livre. Il s'agit tout aussitôt de comprendre les raisons de l'échec des formidables moyens mis en œuvre depuis la Deuxième Guerre mondiale pour éradiquer la faim. Puis d'identifier les ennemis du droit à l'alimentation. Pour saisir enfin le ressort des deux grandes stratégies à travers lesquelles progresse à présent le fléau : la production des agrocarburants et la spéculation sur les biens agricoles. Comme toujours avec Jean Ziegler, la souffrance a un visage, l'oppression un nom, et les mécanismes à l'œuvre sont saisis dans leur application concrète. Mais l'espoir est là, qui s'incarne dans la résistance quotidienne de ceux qui, dans les régions dévastées, occupent les terres et opposent le droit à l'alimentation à la puissance des trusts agro-alimentaires. Ils attendent de nous un indéfectible soutien. Au nom de la justice et de la dignité de l'Homme. Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler est aujourd'hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Professeur émérite de sociologie à l'Université de Genève, il a consacré l'essentiel de son œuvre à dénoncer les mécanismes d'assujettissement des peuples du monde. Récemment : L'Empire de la honte (2005) et la Haine de l'Occident (2008).
Après la Seconde Guerre mondiale, les élites économiques européennes, affaiblies par leur collaboration avec l'Allemagne nazie, doivent faire profil bas. Aux États-Unis, la peur du communisme paralyse la société. Pendant trente ans, des deux côtés de l'Atlantique, les classes moyennes vont profiter de cette situation et prospérer. Mais à la fin des " Trente Glorieuses ", les libéraux sentent que l'heure de la revanche a enfin sonné. Pour imposer leurs idées, ils utilisent une arme rhétorique redoutable : TINA, le fameux acronyme thatchérien de " There is no alternative ", qu'ils vont répéter et faire répéter par tous les médias jusqu'à ce qu'il soit entendu comme une vérité révélée. Il n'y a pas d'alternative au capitalisme, au marché, à la mondialisation, à la déréglementation financière, aux baisses de salaires, aux délocalisations, à la disparition des protections sociales, etc. Cette idéologie va infester les sociétés occidentales, provoquer le déclassement social du plus grand nombre et des profits gigantesques pour quelques-uns. Une oligarchie confisque alors le pouvoir. Mais quand la crise financière de la fin des années 2000 met en péril sa fortune et son patrimoine, l'État recouvre soudain toutes ses vertus. Ceux qui hier le vilipendaient réclament son secours à grands cris. Il n'y a pas d'alternative, il faut sauver les banques ! Et pour renflouer les pertes abyssales de l'économie de casino, ce sont encore les plus démunis qui seront rançonnés, à commencer par les salariés. Jusqu'à quand ? Agrégé d'économie, Bertrand Rothé est l'auteur de Lebrac, trois mois de prison (Seuil, 2009). Romancier, cinéaste, Gérard Mordillat est notamment l'auteur de Rouge dans la brume (Calmann-Lévy, 2011).
Nous sommes au commencement d'un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l'ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde " nouveau " qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l'émergence d'une modernité radicalement " autre ". Elle ne se confond plus avec l'Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Une longue séquence historique s'achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l'événement. On annonce un " choc " des civilisations, alors même que c'est d'une rencontre progressive qu'il s'agit. On s'inquiète d'une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n'ont jamais été aussi fortes. Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les " civilisations " se rapprochent les unes des autres. De l'Afrique à la Chine et de l'Inde à l'Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l'état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l'avènement prometteur – et périlleux - d'une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences. Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l'histoire humaine. Jean-Claude Guillebaud, avec ce livre, parachève sa grande " enquête sur le désarroi contemporain ", engagée en 1995 et plusieurs fois couronnée par des prix ou récompenses internationales
" Finalement, la guerre de Yougoslavie aura été la guerre des occasions perdues : celle d'ériger l'Europe en véritable acteur politique, sujet à part entière de l'histoire du XXIe siècle ; celle de donner un coup d'arrêt décisif au fascisme qui vient. Nous savons d'expérience que l'effronterie des dictatures est à la mesure exacte de l'irrésolution des démocraties. La nuit qui tombe sur Sarajevo est en train d'obscurcir le continent entier. Si nous ne faisons rien, si, une fois l'alerte passée, nous ne nous retournons à nos petites affaires, alors nous serons tous vaincus. La guerre s'élargira, la haine gagnera, le fascisme renaîtra, et il ne nous restera plus qu'à contempler, la rage au cœur, la ruine d'une Europe que nous avions mérité d'aimer. " J.J.
" Le septième jour, pour moi, c'est le mardi. Le mardi est, depuis des années, jour de bouclage au Nouvel Observateur. Cette échéance scande ma semaine ; elle dessine un après et un avant. Jusqu'au jeudi, jour de parution du "journal", comme nous disons, je vis dans l'après : c'est le temps de l'écho, et aussi des repentirs. Mais le vendredi matin, j'entre dans le temps de l'avent. Une nouvelle semaine commence : incertitudes, projets avortés, attention flottante à l'information. J'aime cette organisation chronique de l'existence ; elle m'épargne le vague à l'âme et le narcissisme du week-end. Et puis, elle introduit entre les événements une curieuse hiérarchie. Ceux qui surviennent le mercredi, tandis que mon papier est en train de s'imprimer, et fait déjà route vers le lecteur, je le regarde avec rancune, et un peu de méfiance : huit jours plus tard, beaucoup d'entre eux risquent d'être oubliés, recouverts sous la sédimentation incessante des nouvelles. Comment pourtant les réintégrer dans l'actualité, sans donner au lecteur le sentiment qu'on lui propose le journal de la semaine précédente ? Tel est justement le rôle du chroniqueur hebdomadaire : au-delà du quotidien, tenu de refléter le présent immédiat dans sa diversité baroque, il lui incombe de faire les premiers tris, d'entreprendre cette première organisation de l'actualité, destinée à la rendre lisible à nos contemporains, avant que l'histoire à son tour n'opère ses choix. " J.J.
Nous avons " affaire " au Japon tous les jours. De ce pays, de cette culture ne nous parviennent que des échos chiffrés – clôture de la Bourse, nombre de voitures importées, etc. nous nous contentons, faute de mieux, de clichés, voire de poncifs désobligeants. Ce qui nous manque le plus, c'est une connaissance véritable de la vie quotidienne des Japonais, de l'habitat, du rapport à l'argent, des relations entre les générations, de l'école... Jean-François Sabouret n'est ni un journaliste en quête de papiers spectaculaires ni un voyageur fasciné par l'exotisme. " Japonologue " averti, directeur du CNRS à Tôkyo, il a décidé qu'un travail d'information multiforme devait être mené parallèlement aux recherches scientifiques dont il est l'auteur ou le promoteur. C'est pourquoi il a accepté d'adresser aux auditeurs de France-Inter une chronique régulière, à la fois reflet de " la vraie vie japonaise " et invitation à franchir le miroir. Ces lettres matinales ici rassemblées portent sur mille sujets : les enterrements, la folie des concours, la lecture, les immigrés, l'espionnage industriel, la chute de la natalité, la prostitution des étrangères, l'antisémitisme, les gangs... C'est souvent émouvant, parfois drôle, toujours surprenant. Aux ignorants, c'est-à-dire à nous tous ou presque, Jean-François Sabouret offre l'occasion d'entreprendre une plongée dans cette société " secrète ". Et les connaisseurs apprécieront la précision de l'information, le goût de la nuance et l'extrême diversité des centres d'intérêt. Avant d'acheter un guide, lisez Jean-François Sabouret.
Après le succès de Danse avec le siècle, dans lequel il racontait son itinéraire hors du commun, Stéphane Hessel aborde les thèmes qui lui sont chers et qui ont été au cœur de sa vie professionnelle comme de ses engagements constants. Face aux dérives de l'économie mondiale, aux inégalités et aux injustices qu'elles engendrent, que peuvent proposer ceux qui, comme lui, veulent réfléchir concrètement à de nouvelles solidarités ? Récit personnel de rencontres et de moments forts vécus en quelques mois par l'auteur, le livre donne aussi la parole à dix spécialistes du développement qui, dans un dialogue fructueux, apportent une contribution essentielle aux défis du nouveau siècle.
Le corpus hagiographique musulman a fabriqué la figure d'un prophète comme référence absolue. Le fait historique se mêle à la légende et celle-ci devient la réalité. Mais comment s'est construite la prophétie ? Et comment s'est constituée une biographie imaginaire du prophète ? Comment la légende a-t-elle triomphé du fait historique au point de devenir l'Histoire sacrée et empêcher toute pensée ? Dans quel contexte est né le Coran ? Et comment le statut des femmes s'est-il dégradé dans les pays arabes ? Les auteurs, développant ces questions, tentent d'apporter leurs éclairages, par de fines analyses historiques et par des exégèses des commentaires religieux. Ils rappellent que face à cette conception obscurantiste du monde et de l'humain, la mystique célèbre l'amour et le féminin. Adonis est né en 1930 à Qassabine en Syrie. Ses poèmes et essais sont traduits dans le monde entier. Les éditions du Seuil ont publié les trois volumes de son œuvre poétique al-Kitâb (Le Livre, Hier, le Lieu, Aujourd'hui). Ainsi qu'un premier volume de Violence et Islam, avec Houria Abdelouahed, maître de conférences à l'université Paris Diderot, psychanalyste, traductrice et auteure, entre autres, de Figures du féminin en islam (PUF, 2012) et de Les femmes du prophète (Seuil, 2016).
La science est-elle encore au service de l'Homme ? Le vivant et ses secrets, l'humain et ses mystères ont-ils les moyens d'échapper aux lois du marché ? La biologie, la médecine ne représentent-ils pas aujourd'hui des enjeux industriels et financiers trop lourds pour s'encombrer d'une morale ? Sur ces questions brûlantes, un biologiste et un philosophe se livrent à un dialogue éclairant, nourri d'exemples concrets : décryptage du génome humain, clonage, assistance médicale à la procréation, thérapies géniques... Un appel à la raison éthique contre la tyrannie économique, un cri d'alarme à l'adresse des citoyens...