Graveurs de Mémoire
A un tournant de son existence, Jeannine PILLIARD-MINKOWSKI, la fille des psychiatres Françoise Minkowska et Eugène Minkowski, se sent un devoir de retracer le parcours de ses parents. "J'ai le sentiment très intense que leur vie mérite d'être évoquée, d'autant que leurs travaux suscitent encore au sein de la psychiatrie actuelle un intérêt grandissant et constant, si j'en juge par le succès de la réédition des travaux de mon père sur la schizophrénie et ceux de ma mère sur Van Gogh et Rorschach. L'originalité de leur oeuvre (...) se perpétue malgré les années qui passent."
Oran. La guerre est entrée dans la ville. Les habitants du quartier juif sont particulièrement désorientés : devront-ils quitter cette terre d'Algérie où les traditions juives et berbères se sont côtoyées, mêlées depuis si longtemps ? Haïm subit les événements au milieu de ses joies, ses peines et soucis d'enfant. Son rêve ? partir en tournée avec son père dans les villages du sud oranais.
Henry Jean-Baptiste retrace ici les étapes de son itinéraire au sein de trois pouvoirs de la République. D'abord magistrat à la Cour des Comptes, pour le contrôle juridictionnel des comptabilités publiques. En qualité de conseiller personnel de deux Présidents de la République, Léopold Sedar Senghor à Dakar (Sénégal), puis Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée, il participe à un pouvoir exécutif ouvert aux rapports Nord-Sud. Puis, durant seize ans, comme député de Mayotte, il exprime à l'Assemblée nationale les aspirations d'un territoire éloigné de la République.
L'auteur nous parle ici de ses vingt ans passés au Gabon. Sans nostalgie et parfois avec humour, elle s'exprime sur ce qui l'entoure, s'attardant sur des vues du pays, des situations souvent surprenantes, la vie de tous les jours, loin de certains clichés habituels.
"Très attaché dès l'enfance à "mon" école républicaine, j'ai traversé la période d'occupation allemande, échappant en zone sud, aux rafles programmées pour être déporté en Allemagne. Résistant à 17 ans, agent de liaison, je me suis occupé d'enfants de déportés, à la libération pendant les premières années de ma vie active." Ces 15 récits sont destinés aux enfants de "génération en génération", aux enfants de la Shoah, non seulement à nos enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants.
Alexandrie, la ville refuge, est décrite ici comme point d'attraction pour les Juifs persécutés ou victimes de troubles intérieurs et de conflits armés qui, sous l'Empire ottoman, ont choisi l'Egypte comme patrie. Ils ont trouvé en elle un havre et laissé sur elle leur empreinte culturelle. L'auteur décrit les expériences de ses grands-parents qui ont tous, pour une raison ou une autre, quitté leur pays d'origine pour s'installer en Egypte, et notamment à Alexandrie.
Lorsque l'on est française en Tunisie, espagnole en France, occidentale par son éducation, orientale au fond de son coeur, comment réussir à établir des liens harmoniques entre les différentes cultures qui ont jalonné sa vie ? Peut-on parvenir à une parfaite harmonie ? Voici posée toute la problématique très contemporaine de l'appartenance à une double culture. A travers des souvenirs et un retour aux sources porteur de révélations, la protogoniste montre la richesse de chacune de ses cultures : la conjugaison culturelle démultiplie les bonheurs !
Ayant vécu adolescent la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation de la France, l'auteur veut transmettre le devoir vital de mémoire, pour pouvoir combattre l'amnésie, la banalisation, la dérision voire la négation qui entourent ces Années Noires. L'Exode, les bombardements, l'internement par la Gestapo, le Débarquement... ballotté dans la tourmente de la guerre, notre conteur confie son témoignage. Loin du simple récit d'un miraculé de l'Histoire, c'est un hymne à la vie retrouvée avec la Libération que célèbre l'auteur.
Cet ouvrage retrace le parcours de Robert, "casé" par son club de football dans le groupe de Résistance le plus ancien de la ville de Moulins, celui de la police, alors qu'il était activement recherché par la gendarmerie. Confronté à la milice de Limoges suite au massacre qu'elle a perpétré à Marigny, il réussit à ramener deux auteurs de la tuerie. Dès lors, il est chargé des affaires de "collaboration" et "d'intelligence avec l'ennemi"...
"-D'où es-tu ? -De Bedous, dans la vallée d'Aspe. -Et moi, d'Arras-en-Lavedan, c'est de l'autre côté de Lourdes, par rapport à ta vallée ! Bienvenue, mon gars ! Pourquoi es-tu là ? -Je me suis enfui pour m'enrôler dans l'armée française, je ne supportais plus la présence des Allemands chez nous. J'ai suivi deux copains qui étaient requis STO, mais moi je n'avais pas encore l'âge. Mes parents n'étaient pas au courant de mes intentions." François Gerbet apprécie la jeunesse et l'enthousiasme de celui qui sera un bon compagnon de route...
Tranches de vie vécue plutôt qu'analyse historique, l'auteur nous conte huit ans de vie un peu décousue, entre enfant juif caché à la campagne et mère très malade, puis dix ans de séjour dans les Maisons d'Enfants de déportés de la Commission Centrale de l'Enfance. Et, de même que sur les clichés d'époque, où les orphelins de maisons d'Enfants sont souvent souriants, il faudra sans doute, dans ce récit, y regarder de plus près. Peut-être y verra-t-on alors quelques bleus à l'âme, ou encore les fantômes de cicatrices jamais vraiment refermées.
Déporté à douze ans, avec sa mère et ses jeunes soeurs, au début de l'insurrection de Varsovie (août-octobre 1944), Antoni Jaxa-Bykowski (1932-1986) écrit ce témoignage dans les années soixante-dix. Retrouvé des années après sa mort, il est publié ici pour la première fois. Toute l'infamie des camps est décrite. L'auteur raconte aussi ce qui lui a permis de survivre.
Lorsqu'elle arrive en France en 1958, après l'indépendance de la Tunisie, Geneviève Goussaud-Falgas est bien décidée à tourner la page : cette époque coïncide avec son entrée à la faculté, à Toulouse, et elle veut construire sans nostalgie sa nouvelle existence. Quarante-six ans après, le passé resurgit par hasard. Naît alors un impérieux besoin de faire revivre, par la saga de sa propre famille, l'univers disparu de l'émigration européenne en Tunisie : une histoire d'hommes et de femmes pris dans l'époque coloniale puis de la décolonisation, tels des oiseaux migrateurs.
Ce livre retrace l'histoire de l'auteur et des générations qui l'ont précédée. Le récit de cette saga familiale commence à Tantoura (Palestine turque) avec ses grands-parents maternels, se poursuit à Safed avec ses arrière- grands-parents, puis nous ramène en arrière vers Benjamin II, célèbre voyageur du milieu du XIXème siècle et premier maillon de "la chaîne". Fidèle à la vocation de ses ancêtres, l'auteur nous fait revivre son action dans la Résistance en France, et en particulier, sur le Plateau de Chambon-sur Lignon, puis son engagement de pionnière en Israël, avant même la naissance de l'Etat.
"Par où commencer ? Y a-t-il un premier souvenir ? Mon père me tient par la main pour m'aider à grimper quelques marches d'un escalier dans une ruine poussiéreuse de Babylone, mais je ne me souviens pas à quel moment j'ai réalisé que j'étais dans cette ville mythique". Ces souvenirs couvrent les 23 années que l'auteur a passées à Bagdad, depuis sa première enfance (il est né à Bagdad en 1929) jusqu'à son départ vers la France en septembre 1953. "Deux petites décennies qui auront suffi pour nous pousser dehors, et réduire à néant 2000 ans d'un passé glorieux".
1942, l'année du Crime. La Côte d'Azur est en zone libre, jusqu'au jour où de Vichy, Paris, Berlin, les ordres partent pour entreprendre les premières déportations massives des Juifs venus de toute l'Europe à Nice et dans les Alpes Maritimes. Inattendues, brutales, sans la moindre présence allemande, les premières rafles du mois d'août provoquent la stupeur et se transforment en cauchemar. A travers les personnages de Louise et de Julien, ce témoignage rappelle ce que fut à Nice la responsabilité française dans la mise en oeuvre de la Shoah.
Ces histoires, racontées par un homme ordinaire qui ne se prend pas pour un héros, sont des récits de moments vécus pendant la guerre d'Algérie. Puissent ces histoires vraies faire sourire assez pour aider un peu les uns et les autres à faire le deuil de ce conflit absurde et leur permettre de bâtir un avenir commun fertile et heureux !
En 2000, j'ai écrit un texte, Mon père, publié dans le journal L'Humanité, qui dénonce le calvaire de mon père, Lucien Fontenel, dans le camp de Tinfouchy pendant la guerre d'Algérie, et les douloureuses conséquences qui ont marqué mon enfance. Cet ouvrage est un vibrant hommage de l'auteur à son père.SS
René Navarre devient une vedette en France et à l'étranger, grâce à son personnage de Fantômas. Il débute sa carrière dans le théâtre puis entre chez Gaumont où il découvre le cinéma avec Louis Feuillade. En 1915, il fonde sa prope firme et se lance dans des projets audacieux. Un film de propagande, une série de dessins animés et le premier feuilleton hebdomadaire, La nouvelle Aurore. La presse le surnomme le Roi du cinéma, à la fois producteur et réalisateur, il contribue à la sortie de nombreux films.
16 juillet 1942. A 4 heures du matin, je suis réveillé par les polices françaises. En quelques secondes, ils prennent d'assaut tous les étages et, en un tour de main, toutes les serrures de porte sont défoncées à coups de crosse de fusil. Toute ma famille, à l'exception de mon père qui avait disparu la veille au soir, est en état d'arrestation. Direction : Pithiviers et l'antichambre de la mort, Drancy... Qu'avons-nous fait pour mériter un tel sort ? Rien. Foudroyé à 5 ans par la rafle du Vel' d'Hiv, me voilà seul, sans famille, sans abri, tel un arbre déraciné, tel une ombre errant dans les rues...
J'ai quatre-vingt quatre ans, et j'ai l'impression d'avoir vécu plusieurs vies. Toujours optimiste, Judith Hemmendinger livre ici ses pérégrinations. D'abord l'Allemagne, où elle est née, puis la France et enfin la Suisse. De retour en France après la guerre, elle dirige, à 21 ans, une maison de jeunes rescapés, dont Elie Wiesel. Ensuite, Londres et son mariage avec Claude. Israël, et encore la France, avec diverses expériences professionnelles. Enfin, le retour à Jérusalem, où son emploi d'assistante sociale lui fait côtoyer juifs et arabes de tous horizons.
Oui, je les ai vus partir, Hélène, Albert, Paul, monter dans ces autobus parisiens à plate-forme arrière... vers la gare de Bobigny et une destination inconnue ; j'ai vu des milliers d'inconnus, femmes, hommes, enfants, vieillards, de toutes conditions et nationalités grimper dans ces autobus en vue de leur "déportation". Cela explique pourquoi et comment j'ai été préoccupée de comprendre les conditions historiques d'où ont surgi ces événements. Mon assistance à l'Institut d'Histoire du Temps Présent, parallèle à mon propre enseignement, a été d'un apport essentiel.
L'auteur n'a que 3 ans lorsqu'elle quitte son Alexandrie natale, expulsée d'Egypte avec toute sa famille après la crise du canal de Suez en 1956, comme des milliers de Juifs français, anglais ou apatrides. C'est la saga de ce second Exode, dont on commémore cette année le cinquantième anniversaire, qu'elle s'est mise en devoir de raconter à la mort de son père, Nonno, disparu en 2002 à l'âge de 83 ans.
L'auteur revient sur sa vie en Pologne de 1930 à 1945, dans laquelle il mêle la grande Histoire et l'histoire quotidienne de tous ceux qui ont partagé son quotidien; les membres de sa famille, les amis, les compagnons d'infortune. Il décrit sa vie à Janowo, localité de Pologne à majorité chrétienne, la tension croissante jusqu'en 1939. Puis, le ghetto de Lodz, la vie d'une famille nombreuse où se côtoient tous les courants; religieux, bundistes, sionistes, communistes et son incessant combat pour rester en communication avec le monde extérieur. Mais bientôt le ghetto est liquidé et les survivants sont expédiés vers les camps.
L'auteur témoigne ici des quarante années de maçonnerie passées à la Grande Loge Féminine de France. De sa vie professionnelle à son Initiation. De sa place au sein d'une Loge jusqu'à la fonction suprême : la Grande Maîtrise. Toute une expérience, toute une école de vie, qui lui ont donné l'envie d'écrire. Ce livre servira ainsi à celles et ceux qui se posent des questions sur l'utilité du travail en Franc-maçonnerie.
L'auteur revient ici sur ses expériences médico-chirurgicales et humaines avec Médecins Sans Frontières et en tant qu'ancien ministre belge de la Coopération Internationale, en Angola, au Cambodge, en Yougoslavie... mais aussi à Ostende (Belgique) où il a exercé la chirurgie pendant près de 20 ans. Il nous fait vivre le procès médical qu'il eut à traverser, partage ses points de vue à propos de la bioéthique, ses limites et ses transgressons dans nos pays riches.
Menâa. Oued Abdi. Algérie. Ces récits relatent "la vie de Menâa", avant la guerre d'indépendance algérienne: années de lumière et de louange; puis, automne 1954, la guerre, les longues années de nuit et de sang, mais aussi de foi et d'espoir, dans la crainte de voir se dissoudre l'amitié entre nos deux peuples. La violence, de part et d'autre. Les embuscades, les bombardements, les exécutions. La torture. Automne 2004 : le voyage de Menâa, parcours de mémoire et d'amitié.
L'histoire d'un jeune Marocain à qui on avait appris "Nos Ancêtres les Gaulois", et qui, la tête pleine de rêves de gloire et de justice, s'embarqua pour la France afin de rejoindre la Résistance. Ses rêves, ses rencontres, ses joies, ses gloires... Ses tristesses et ses désillusions!
"40 boulevard Haussmann", c'est l'adresse des Galeries Lafayettes, le plus grand magasin du monde occidental. L'auteur, ancien directeur général des magasins du boulevard Haussmann de 1993 à 2006, retrace ici son parcours professionnel. Il nous livre les réflexions d'un homme qui, entré 40 ans auparavant dans cette entreprise familiale centenaire, s'est trouvé brutalement témoin de l'affrontement des "deux cousines héritières" dont la violence a fait la une des médias entre 2004 et 2005...
Comment transmettre l'Histoire de sa famille décimée dans les camps de la mort? Après un voyage à Auschwitz, l'auteur reprend le flambeau de la mémoire au moment où sa mère, rescapée de l'Holocauste, perd la sienne.
Témoignage historique, critique et rare de fils de "collabo", ce premier écrit nous plonge dans une atmosphère pleine de sensibilité, de poésie et d'humour, malgré des situations empreintes d'une intense gravité. Nourri dans le culte de l'Evangile par sa mère, méfiante à l'égard du régime de Vichy, l'auteur va peu à peu rejeter toute doctrine religieuse et autre forme de croyance. Il nous raconte ici son parcours humaniste de libre-penseur et son engagement laïque et politique et fait part de sa crainte d'un retour archaïque au fondamentalisme de toutes les religions, des racismes générés et des périls communautaristes contre les préceptes fondateurs de la République.
Il s'agit du récit d'un couple ayant passé de longues années en Afrique. D'abord le Dahomey (actuel Bénin) sur les traces du roi béhanzin et de sa culture artistique, puis l'Oubangui, le Soudan et enfin durant sept ans le Tchad. Tandis que lui pourchassera les moustiques, vesteurs de tant d'épidémies, elle créera une école où les jeunes seront initiés aux arts plastiques et aux anciennes traditions tombées dans l'oubli.