Essais H.C.
Les gays sont depuis longtemps perçus comme une minorité engagée à gauche, tolérante et progressiste. Figure éminente et dérangeante de la communauté gay, Didier Lestrade affirme que ce n'est plus le cas. Il montre que le racisme gagne du terrain chez les gays, en France mais aussi en Europe. On oublie ainsi souvent que Pim Fortuyn, le leader de l'extrême droite aux Pays-Bas, était ouvertement gay. Et, à la différence de son père, Marine Le Pen s'est bien décidée à " draguer " les homosexuels qui, parfois, se laissent séduire par son discours. Mais ce n'est pas tout. La France découvre l'égoïsme et l'absence de scrupule de certaines personnalités gays dont les " frasques " (pour rester poli) sont révélées à l'opinion publique. Pour Didier Lestrade, cette élite gay (souvent au " placard "), obsédée par ses privilèges, son prestige et son argent, témoigne aussi de la droitisation des gays, symptôme d'un individualisme et d'un consumérisme forcenés qui gagnent la communauté. La charge est rude, elle appuie là où ça fait mal. Un livre fort, emporté, personnel. Journaliste, militant, écrivain, Didier Lestrade est une figure importante de la communauté gay, et l'auteur de plusieurs livres parmi lesquels Act Up. Une histoire (Denoël, 2000) et, plus récemment, Cheikh. Journal de campagne (Flammarion, 2007). Il a quitté Paris en 2002 et vit actuellement en Normandie.
AAA... Telle est la note maximale décernée par les agences de notation financière, précieux label de bonne gestion qui obsède les gouvernements soucieux d'inspirer confiance aux prêteurs et aux spéculateurs. Pour sauver leur triple A, les dirigeants européens, avec le concours de la Commission européenne et du Fonds monétaire international, imposent à leurs peuples, austérité, régression sociale et violations des droits humains. Les auteurs analysent la crise et les mesures appliquées depuis qu'elle a éclaté, en refusant la logique néolibérale qui protège les responsables et fait payer le prix aux peuples qui en sont victimes. Un audit complet de la dette publique est la seule solution pour en déterminer la part illégitime qui doit être annulée. Ainsi débarrassés du fardeau de la dette, les Européens pourront sortir de la crise en menant une autre politique que celle d'austérité, dangereuse et injuste, aujourd'hui en vigueur. Audit-Annulation-Autre politique, voilà le AAA que nous voulons, celui des peuples et non celui des agences de notation. Seules des luttes sociales puissantes lui permettront de voir le jour, afin d'opérer un changement radical de logique à la hauteur de l'enjeu. Damien Millet est professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans et porte-parole du CADTM France (www.cadtm.org). Éric Toussaint est docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique et membre du conseil scientifique d'ATTAC France. Ils ont écrit plusieurs ouvrages et dirigé la rédaction de La Dette ou la Vie (Aden-CADTM, 2011), qui a reçu le Prix du livre politique à la Foire du livre politique de Liège en 2011.
Après L'Argent caché de l'Élysée, René Dosière, explore le train de vie de l'État : un dossier complet – et édifiant – sur les dérives des dépenses publiques. Dix années d'investigations parlementaires lui ont permis de briser le tabou des comptes de la présidence de la République. Le député-enquêteur met en évidence la croissance des dépenses élyséennes, conséquence de l'activité intense du Président Sarkozy mais aussi de comportements dispendieux dans et hors du palais. Élargissant ses investigations au gouvernement, René Dosière établit, pour la première fois, le coût réel d'un ministre. Les têtes de l'exécutif échappent à la rigueur qu'elles imposent aux Français. Dans les cabinets ministériels, effectifs et rémunérations augmentent à vive allure ! Dans un style, dont le sérieux n'exclut pas la vivacité, L'Argent de l'État lève le voile avec précision et clarté sur le budget de l'État, l'un des trop nombreux angles morts de notre démocratie. René Dosière, député de l'Aisne, lutte depuis des années en faveur de la transparence de la gestion publique. Son travail rigoureux et tenace sur le budget de l'Élysée et le train de vie des responsables politiques fait désormais référence.
- Papa, je voudrais faire une enquête sur les maos, qui faudrait-il interviewer à ton avis ? Il a grimacé... – On ne parle plus jamais du maoïsme en France, et toi, qui en étais une des têtes pensantes, tu es devenu silencieux. J'aimerais demander à ceux qui militaient avec toi alors, ce qu'ils pensent de ton silence. Haussement d'épaule. – Tu sais papa, moi, quand tu t'es arrêté de parler, j'avais quinze ans. À quinze ans, on a beaucoup de souvenirs. Arrête de penser que parce que tu parais vivre sans mémoire, c'est pareil pour tout le monde ! Il me regarde, il a les larmes aux yeux. – C'est notre secret ma petite fille... – C'est quoi notre secret ? – Que tu saches tout ça, et que moi je ne parle plus. Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement prochinois en France et auteur de L'Etabli. Mon père est une des figures les plus marquantes des années 1968. Malheureusement, il en est aussi l'une des figures les plus marquées. En chemin pour retrouver les anciens compagnons de mon père, j'ai découvert leurs enfants. À travers leurs souvenirs, c'est ma propre enfance qui a ressurgi : tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents révolutionnaires... VL Virginie Linhart née en 1966 est réalisatrice de documentaires. Elle a publié Volontaires pour l'usine. Vies d'établis 1967-1977 (Seuil, 1994).
Vive la crise ! ou l'art de répéter (inlassablement) dans les médias qu'il est urgent de réformer (e
Au début des années 1980, de dévoués journalistes se sont donné pour mission de faciliter l'" entrée du capitalisme dans la gauche ". Par une heureuse coïncidence, cette aspiration correspondait très exactement avec celles des " socialistes " de gouvernement, qui ambitionnaient alors de rompre avec... le socialisme. Ce reniement requérait un solide travail de " pédagogie ", où le quotidien Libération prit par exemple toute sa part en confectionnant dès 1984, avec la complicité de l'ancien communiste Yves Montand et pour accompagner la stupéfiante émission " Vive la crise ! ", un hors-série d'anthologie où se trouvait l'essentiel de ce qui allait fonder, pour trente ans, le discours de la presse dominante. Trois décennies plus tard, l'édifice idéologique ainsi construit n'en finit plus de s'effondrer dans la crise. Cette dislocation aurait pu inciter ces (obstinés) forgerons du consentement à plus de modestie. Mais les pontifes du temps ont ceci de particulier qu'ils ne connaissent pas la honte. Confrontés aux effets concrets de leurs prédications, ils concèdent parfois (mieux vaut tard que jamais) qu'il conviendrait d'" humaniser " un peu les marchés, mais c'est pour mieux répéter que l'unique façon de remédier à la crise du capitalisme est d'opter pour toujours plus... de capitalisme. Sébastien Fontenelle est journaliste. Derniers ouvrages parus : Les Éditocrates ou Comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi (collectif, La Découverte, 2009), Même pas drôle. Philippe Val de Charlie Hebdo à Sarkozy (Libertalia, 2010).
En quelques années, Marine Le Pen a réussi un tour de force : incarner et imposer le nouveau discours du Front national. Une stratégie pensée et calculée. Depuis 2007, l'héritière Le Pen laboure son fief du Pas-de-Calais, où elle enchaîne les bons scores électoraux. Elle en a fait son laboratoire politique et rêve d'y devenir députée, face à une gauche dépassée et à une droite impuissante. Patrice Machuret dresse ici un portrait de Marine Le Pen qui s'attache autant à sa personnalité, à son entourage amical et aux pressions familiales, qu'à sa trajectoire politique. Il entreprend, loin de toute démarche militante, de saisir au plus juste le nouveau Front national à travers sa présidente. Dure et agressive dans les médias, à qui elle doit tout, Marine Le Pen est une personnalité complexe, fragile et colérique, égocentrique et bonne copine, revancharde et désintéressée. Elle est le nouveau visage de l'extrême droite. Patrice Machuret est journaliste politique et éditorialiste à France 3. Longtemps en charge de la droite, il a suivi l'actualité du FN dès 2002. Il est l'auteur de L'enfant terrible, la vie à l'Elysée sous Sarkozy (Seuil, 2009) et d' Un long dimanche à Versailles, la République à la Lanterne (Seuil, 2010).
Le 14 janvier 2011, Ben Ali fuit la Tunisie, qu'il a gouvernée d'une main de fer pendant vingt-trois ans. Le pays vient de faire sa révolution, premier acte du printemps arabe, saluée par le monde entier. La France officielle, elle, reste pétrifiée et défend jusqu'au bout le dictateur. Comment expliquer que jusqu'à la fin, et au plus haut sommet de l'État, la France ait affiché son plus total soutien à Ben Ali et à son clan ? Telle est la question à laquelle répond ce livre édifiant : à droite comme à gauche, on ne compte plus les responsables politiques et diplomates qui ont tissé des liens étroits avec la dictature de Carthage, les entreprises françaises qui ont prospéré grâce à leurs liens avec la mafia de Tunis. Quant aux médias et aux intellectuels jusqu'au monde de la culture, ils sont nombreux ceux qui se sont fait les apôtres du régime de Ben Ali. Il faut dire que certains hôtels de luxe de Tunis sont particulièrement accueillants... Corruption et affairisme, réseaux politiques, liens d'amitiés : depuis la révolution, ceux qui, en Tunisie, vivaient dans la peur acceptent aujourd'hui de parler, le voile trop longtemps jeté sur les complicités de l'ancienne puissance coloniale se lève peu à peu. Ce livre révèle que la France s'est compromise au-delà de ce qu'on pouvait imaginer. Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix sont journalistes à Mediapart.
Depuis des années, chômage et désindustrialisation persistent sur fond de dette et de déficit de notre balance commerciale. Ces graves difficultés, conjuguées à un inquiétant divorce entre les citoyens et les entreprises, donnent l'impression que la France a manqué son insertion dans la mondialisation et n'a plus son destin entre ses mains. Or il n'en est rien. La France peut encore choisir son avenir, mais elle doit le faire sans attendre. Elle doit choisir entre différents modèles de développement économiques. La mondialisation ne couronne pas le modèle libéral-financier, elle marque au contraire le succès du modèle commercial-industriel qu'incarnent l'Allemagne, le Japon ou la Chine. La crise de 2008 n'a fait que le confirmer. L'urgence de la situation et les échéances électorales à venir nous imposent de faire un choix clair, qui permette aux entreprises de développer des stratégies de croissance, définies et mises en oeuvre en accord avec les salariés et leurs représentants, et assurant la compétitivité de la France au niveau international. Ce livre présente cette stratégie et indique les mesures à prendre, législatives et réglementaires. Il n'y a plus de temps à perdre.
La philosophie n'est pas un ingrédient obligé pour se détendre entre amis, mais - allez savoir pourquoi - elle est toujours présente. Reste à l'accomoder au mieux. Et la science est tout aussi difficile à placer entre la poire et le fromage. Plutôt que de plomber l'ambiance avec Aristote, Schopenhauer et le théorème de Gödel, les auteurs de cet indispensable manuel proposent de réhabiliter la métaphysique à l'apéritif, de louer le pornoéthique au moment du gigot et de refuser le dessert au prétexte que vous êtes épicurien. Au passage, vous avez stupéfait votre voisin de gauche ("Mon chien est situationiste, que faire ?") et interloqué votre voisine de droite : "Êtes-vous carbon neutral, mademoiselle ?" Il n'est pas absolument garanti que vous soyez réinvité. Sven Ortoli, fondateur de Science & Vie junior, est conseiller de la rédaction de Philosophie Magazine. Michel Eltchaninoff est professeur de philosophie.
Pour la première fois un socialiste prend le pouvoir. François Mitterrand a dix jours pour se préparer - rien n'est négligé, des symboles au protocole en passant par la composition, avec Pierre Mauroy et en grand secret, du gouvernement. Dix jours chargés d'une intense activité, de tension, d'émotion aussi. Dix jours pour marquer un changement fort. Installé dans son bureau-pigeonnier de la rue de Bièvre, Mitterrand reçoit beaucoup, consulte, échange avec les responsables du PS. Loin des micros et caméras. Pendant ce temps, à Matignon, Raymond Barre assiste sans broncher à la fuite des capitaux et aux attaques contre le franc... tandis qu'à l'Élysée Valéry Giscard d'Estaing, qui veut réussir sa sortie, peaufine son " au revoir " télévisé aux Français. Pierre Favier journaliste politique, chargé de " couvrir " pour l'AFP les activités de François Mitterrand a suivi ces événements au jour le jour. Pour ce livre, il a interrogé tous les acteurs et de très nombreux témoins, tant publics et connus que personnages plus discrets - Jacques Attali, Robert Badinter, Michel Charasse, Jacques Delors, Hubert Védrine, Anne Pingeot, Lionel Jospin, Serge Moati, Pierre Mauroy, Danielle Mitterrand, Hubert Védrine, André Rousselet, Evelyne Richard, Laurence Soudet, Jean Glavany, Jean-Marcel Bichat, Jack Lang, Jean-Bernard Mérimée, Jean-Philippe Lecat, François-Xavier Stasse... Il a recueilli confidences, anecdotes, réflexions : le souvenir de ces jours est indélébile mais le temps a permis un tri, un regard neuf et plus aigu sur les enjeux et les émotions de ces dix journées. Un récit chronologique, à l'image de ces dix jours : dense et bien rythmé !
25 janvier 2011, l'Egypte explose : Dix-huit jours de mobilisation, d'espoir, de violence aussi, qui aboutissent au départ, le 11 février, de Hosni Moubarak, au pouvoir depuis presque 30 ans. La boite de Pandore égyptienne s'est ouverte. Les mots se sont libérés. Mais les maux, eux, sont toujours là. Ceux d'un pays en surchauffe, dont les deux-tiers de la population a moins de 30 ans. Cette jeunesse qui a " fait " la révolution, et qui se retrouve en grande majorité sans emploi. Saura-t-elle guider son pays vers la démocratie ? La transition s'annonce compliquée : le régime de Moubarak laisse derrière lui un vide politique abyssal, où seuls les islamistes ont prospéré. Seront-ils les principaux bénéficiaires du changement ou bien la société civile longtemps anesthésiée va-t-elle se réveiller ? Quel rôle l'armée désormais au pouvoir jouera-t-elle dans ce processus ? Les bons indicateurs économiques (plus de 6% de croissance avant la révolution) n'arrivaient pas à masquer le fait que 40% de la population ne vit qu'avec environ 1,5 euro par jour. Qu'en sera-t-il dans une économie à genoux ? L'émigration clandestine vers l'Europe qui s'était développée ces dernières années risque-t-elle de s'accélérer ? La révolution égyptienne a aussi été celle du civisme et de la citoyenneté. " Dignité " et " fierté " en ont été avec " liberté " les mots emblématiques. Seront-ils suffisants pour effacer des décennies d'humiliations, de corruption, de paix mal assumée avec Israël, de tensions croissantes entre la majorité musulmane et la minorité chrétienne copte ? La religion, en particulier l'Islam, restera-t-elle la " valeur refuge " qu'elle était devenue pour les égyptiens ou bien les laïcs ont-ils une chance de se faire entendre ?
UN DEMI-SIÈCLE APRÈS AVOIR BRIÈVEMENT GOUVERNÉ, Pierre Mendès France demeure dans la mémoire nationale l'une des grandes figures de la République. Quels principes, quelles valeurs incarne-t-il pour justifier un tel prestige ? Pour répondre à cette question, François Stasse entreprend de définir le contenu du mendésisme. Il analyse ce qu'apporte cette pensée sur les plans politique, institutionnel, économique et international. Il en distingue les aspects qui ne paraissent plus adaptés au monde actuel de ceux qui pourraient constituer une doctrine pour l'avenir. Il voit dans le mendésisme une éthique de la République dont les lignes de force sont le respect intransigeant de certaines valeurs morales, l'ambition d'une démocratie généralisée et la volonté du citoyen de rester maître de son destin. Cet essai, qui prend en compte les études les plus récentes publiées sur l'ancien président du conseil, ouvre ainsi de nombreuses réflexions touchant à la philosophie politique et aux problèmes actuels de la démocratie médiatique à l'économie mondialisée. Par-delà ses diverses composantes, le mendésisme apparaît dans cet ouvrage comme un plaidoyer pour la dignité du politique.
À l'automne 2005, la France connaît la pire vague d'émeutes de son histoire contemporaine. L'intensité des affrontements survenus après la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois soulève nombre de questions restées sans réponse. Qui sont les émeutiers : des professionnels de l'agression, des délinquants, des gamins isolés ou des révolutionnaires ? Qu'est-ce qui déclenche la révolte ? Comment se propage la vague des violences urbaines ? Quelle place tiennent les minorités ethniques ? Pourquoi nos voisins européens, soumis à des conditions économiques et sociales semblables, ne sont-ils pas touchés par ce phénomène ? Le pouvoir n'a d'autre réponse que la posture guerrière - notoirement inefficace. Les instruments qui permettent d'anticiper, de dégonfler une crise, voire de la prévenir, ne sont pas mis en oeuvre. Pire, lorsqu'ils existent, ces outils sont régulièrement détruits par nos responsables politiques. La mise au rebut de la police de proximité au profit de la seule force détériore les relations avec les banlieues et les minorités ethniques sans améliorer la sécurité de chacun. Sebastian Roché a scruté l'événement, sa chronologie, l'engrenage de la révolte, le profil des émeutiers et leur goût du frisson, l'attitude des pouvoirs publics et du ministre de l'Intérieur, celle des médias et des juges. La conclusion est simple : sans un changement profond de nos institutions policières et de nos outils de réflexion et de gestion, le risque d'une nouvelle vague d'émeutes menace. S'appuyant sur une analyse scrupuleuse des faits, loin des tabous, des clichés et des idéologies, Sebastian Roché propose des solutions réfléchies et pragmatiques.