Esprit de défense
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Décider la politique de défense de la nation est un acte grave et on peut redouter que les hommes ne s'y engagent sans la réflexion qu'elle mérite. Or nous vivons dans un monde où, comme le constatait Alexis de Tocquevillle au siècle dernier, nous sommes portés « aux élans rapides et aux conceptions superficielles de l'intelligence ». Face à ce risque qu'elle a perçu depuis longtemps, la société américaine a éprouvé le besoin de créer des institutions particulières dont on parle beaucoup : les think tanks ou « réservoirs de pensée » dont le métier est la recherche et le conseil. Depuis 1945, aux États-Unis des dizaines de think tanks réfléchissent au profit de la défense. Même si la stratégie nucléaire a été et demeure l'un des domaines privilégiés de leur activité, ils ont abordé tous les aspects de la politique de sécurité : armement classique, rapports avec les alliés, prospective géopolitique, place des innovations techniques et même problèmes de personnels. Quels sont leurs statuts, leurs modes de fonctionnement et le bilan de leur action ? C'est à ces questions que répond l'auteur. En conclusion, il s'interroge : de telles institutions ne seraient-elles pas utiles à notre propre réflexion politico-stratégique dans un environnement international de plus en plus complexe ?
Depuis que la puissance aérienne pénètre la stratégie, la maîtrise de l'air et de l'espace s'est chargée d'une mystique, où l'attirance pour ses techniques futuristes se trouble d'un sentiment de vulnérabilité face à la menace surgie du ciel. Cristallisé dans la guerre froide, ce potentiel se libère en 1991 contre l'Irak. Dans le golfe Persique, théâtre favorable à l'emploi de l'arme aérienne, deux cultures s'affrontent par arsenaux interposés. Mise en oeuvre au plus fort de la posture militaire américaine, la puissance aérienne paralyse rapidement et à peu de frais l'adversaire irakien, qui se dérobe sur le terrain pour développer, sans grand succès, une stratégie psychologique. La guerre du Golfe marque-t-elle la manifestation ultime d'une forme de conflit dépassé, ou annonce-t-elle une révolution dans la conduite de la guerre moderne ? Si tel est le cas, la suprématie aérienne des États-Unis, voire de l'Occident, est-elle durable ? Incitera-t-elle nos adversaires potentiels à abandonner l'affrontement conventionnel pour développer des stratégies indirectes ? C'est à ces questions que tente de répondre l'auteur, dont la réflexion stratégique et technologique sur la dimension aérospatiale de la guerre du Golfe vient enrichir un domaine trop rarement abordé dans l'hexagone.
Égrenées au long de vingt-cinq années, les réflexions regroupées dans cet ouvrage, Défense et Océans se limitent à quelques aspects généraux de la Défense et aux dimensions que lui donnent ou devraient lui donner les océans, particulièrement dans l'avenir. Publiés ou non, sous le pseudonyme de Nicolas Polystratu ou sous le nom de l'auteur, ces textes, parfois coupés pour des raisons de discrétion encore nécessaire, n'en sont pas moins libres dans leur expression et, au-delà de leur intérêt documentaire, veulent être surtout un encouragement pour tous les officiers à travailler, lire, et écrire, seul moyen d'affiner sa pensée et de parvenir à influer autant que faire se peut sur l'évolution de la Défense. C'est pourquoi ils sont fondamentalement centrés sur l'homme, sur l'officier et sur « l'homme de mer » puisqu'il s'agit de propos de marin, mais propos qui peuvent être étendus aux trois Armées.
La guerre de demain sera-t-elle électronique et presse-bouton, ou bien fera-t-elle encore appel aux hommes ? Se déroulera-t-elle entre des missiles et des antimissiles, ou bien entre des guérilleros et des armées industrialisées, puissantes mais empêtrées dans les montagnes ou dans la jungle ? L'intelligence artificielle y remplacera-t-elle le cerveau humain ? À travers les outrances médiatiques qui ont accompagné la « guerre du Golfe » de 1991, le grand public a pu s'imaginer que la guerre, désormais, c'était l'électronique. L'enlisement des troupes de l'ONU dans l'ex-Yougoslavie l'a ramené à d'autres réalités. Alors qu'en est-il exactement ? C'est à cette question que tente de répondre l'auteur.