Don Quichotte
Au mieux méconnu, le plus souvent caricaturé, le mouvement antifasciste en France fait l'objet de nombreux fantasmes. Qu'ils soient politiques, médiatiques ou policiers, ils font tous de « l'antifa » soit un « casseur », voire un tueur de flics en puissance, soit un « jeune étudiant idéaliste en mal de sensations fortes », comme fut présenté Clément Méric au lendemain de son meurtre par des skinheads néonazis. Bien loin de ces préjugés, cet ouvrage retrace l'histoire récente du milieu antifasciste et la constitution de ses différentes tendances, met au clair la question épineuse de son rapport à la violence, et brosse le portrait de ces hommes et femmes, souvent jeunes, qui se mobilisent en son nom. Derrière les cagoules, les fumigènes et les slogans, Sébastien Bourdon, dont c'est là le premier livre, montre grâce à un accès inédit à cette mouvance qui sont réellement ses militants et militantes ; leurs combats et leurs façons de lutter ; et ce que représente cette nouvelle génération d'antifascistes. Images à l'appui, il permet également de découvrir les codes et représentations visuelles du milieu, de ses références historiques à ses revendications, en passant par ses détournements de la culture populaire. Journaliste indépendant, Sébastien Bourdon travaille régulièrement pour Mediapart et a notamment contribué à une série d'enquêtes sur la présence de néonazis dans l'armée française.
Vingt ans se sont écoulés depuis l’ouverture du procès de « l’affaire d’Outreau » à Saint-Omer, une des plus célèbres affaires pénales d’agressions sexuelles sur seize mineurs impliquant dix-sept adultes. Fait sans précédent, à l’issue du procès en appel qui a eu lieu à Paris, le président Jacques Chirac a présenté les « regrets et excuses » de l’État à douze de ces adultes longtemps incarcérés, finalement acquittés. L’affaire d’Outreau a divisé l’opinion en deux camps irréconciliables, et mis le feu aux médias. La nuance a disparu du champ de vision. Sans rien éluder, ce livre s’appuie sur l’examen minutieux des 20 000 pages du dossier d’instruction, des dossiers périphériques, d’autres pièces, parfois inédites, et sur le récit détaillé, heure par heure, du procès. Il permet de comprendre enfin la complexité des faits, d’en rectifier certains, de déceler les incohérences et les failles de l’enquête, de mieux appréhender la souffrance des enfants victimes, mais aussi de mettre au jour nombre d’éléments jamais révélés auparavant. Il était temps. Auteur de plusieurs romans noirs (Tout (ce que je sais) vient du noir, La Voix des maisons) et d’un récit alarmiste sur le monde nucléarisé (Ma vie atomique), Jean Songe, enquêteur libre, a publié dans la même collection Sodexo. La gloutonne (2021).
Qui était Charles Tillon ? Comment le chef et créateur des FTP (Francs-tireurs et partisans) a-t-il pu sombrer dans l’oubli ? Son parcours, digne d’un héros populaire, est celui d’une navigation à vue dans les eaux démontées du xxe siècle. D’une guerre mondiale à l’autre, des navires révoltés de la Méditerranée aux sables brûlants des bagnes de Biribi, d’une jeunesse prolétaire et militante aux aventures ministérielles, du Front populaire victorieux aux tragédies du Frente popular, de la Bretagne socialisante à l’Allemagne agonisante, du pacifisme amer à la Résistance armée, du lyrisme de la Reconstruction à l’insanité stalinienne, de l’exclusion du Parti (accusé de « nationalisme bourgeois », de défiance envers l’URSS, de complot contre le parti et d’appropriation de fonds secrets en vue de buts cachés…) au ralliement à l’esprit de 68, de Prague abandonnée aux loups nazis à Prague envahie par la soldatesque rouge, de victoires en défaites, de trahisons en trahisons … Fabien Tillon, en voulant lui rendre hommage, rend aussi justice à son grand-père. S’appuyant sur des sources familiales jamais exploitées mais aussi de nombreuses archives, il brosse brillamment le portrait d’un homme engagé qui, trahi par les siens et victime des pires travers du stalinisme, incarna vaille que vaille l’honneur du communisme français. Fabien Tillon, petit-fils de Charles Tillon, s’est fait historien de cette « vie en rouge » pour rendre justice à son grand-père. Journaliste, il est aussi l’auteur de plusieurs essais sur la bande dessinée et le manga. Scénariste, il a co-réalisé une demi-douzaine de romans graphiques et livres pour enfants, dont La Route de l’acide (avec Paolo Cossi, Nouveau Monde Graphic) et Roi du vent (avec Gaël Remise, La Boîte à Bulles).
« L'argent magique » existe, et ce sont les entreprises qui en profitent. En deux ans de pandémie, elles ont obtenu des centaines de milliards d’euros d’aides nouvelles, qui se sont ajoutées aux milliards d’euros d’aides directes ou indirectes déjà en place. Qui sont, dès lors, les « assistés » ? Le vrai « pognon de dingue » est celui qui alimente les caisses des grands groupes, pas celui qui finance les services publics ou la protection des plus démunis. Avant la pandémie, les aides aux entreprises augmentaient déjà trois fois plus vite que les dépenses sociales. Distribuées sans véritables conditions, sans suivi et sans transparence, elles ne servent qu’à perpétuer les carences d’un modèle économique à bout de souffle, qui enrichit les milliardaires, détruit des emplois et dérègle le climat. L’ère du « quoi qu’il en coûte » inaugurée au printemps 2020 n’a que très peu profité à l’hôpital, à l’éducation et aux travailleurs essentiels. La pandémie aura surtout servi à consacrer la mise des finances publiques au service du secteur privé. Adieu l’État-providence pour tous, bienvenue dans le corporate welfare, l’État-providence pour les entreprises ! Maxime Combes, économiste, travaille sur la mondialisation et le réchauffement climatique et contribue au magazine en ligne Basta ! (bastamag.net). Il est l’auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (« Anthropocène », Seuil, 2015). Olivier Petitjean, journaliste, est le cofondateur de l’Observatoire des multinationales et son coordinateur depuis 2013. Spécialiste de l’investigation sur les grandes entreprises et le lobbying, il est l’auteur du Devoir de vigilance (éd. C. L. Mayer, 2019).
« Camarades qui souffrez sous le joug stalino-fasciste ! […] Toutes les libertés démocratiques sont anéanties. Les préceptes de Lénine sont bafoués. Camarades, dressez-vous pour le combat. Anéantissez la bête sauvage Hitler et ensuite renversez Staline ! Vive la grande révolution populaire. » Sous le règne de Staline, et malgré la terreur d’État, des groupes de 4 à 17 gamins, âgés de 10 à 16 ans, se forment, partout en URSS. Souvent au nom de l’idéal léniniste et de la révolution bolchevique, ils critiquent violemment le régime du petit père des peuples. Leurs actions sont modestes : réunions en petits comités, distribution de tracts… Ces jeunes ne semblent pas présenter de grand risque. Ils seront pourtant pourchassés, appréhendés et envoyés au goulag... Qui étaient ces gamins ? Pourquoi effrayaient-ils tant Staline ? Ce livre raconte pour la première fois le sort de ces dissidents en herbe. Grand spécialiste de l’histoire soviétique, Jean-Jacques Marie est notamment le biographe de Lénine, Trotsky, Staline et Béria. Son dernier livre au Seuil, Les Femmes dans la révolution russe (2017), avait été salué par la critique.
Née en 1966 dans un hangar à anchois de Marseille, la société Sodexo est aujourd’hui une multinationale qui se déploie dans plus de 80 pays. Championne française puis mondiale de la restauration d’entreprise, elle gère plus de 17 000 cantines en milieu professionnel, mais aussi 5 600 dans les écoles et universités, 4 000 dans les hôpitaux, 3 000 dans les maisons de retraite, sans oublier 1 700 sites miniers et pétroliers, 1 100 bases militaires et 130 prisons. Dans un futur proche, cette gloutonne discrète compte bien s’occuper de tous les aspects de la vie d’un milliard de personnes de tous âges. Ce récit-enquête aux parfums plus relevés qu’un plateau-repas relate l’histoire de cet appétit insatiable et dévoile le plan stratégique des dirigeants, lequel se résume à cette formule : Focus on growth. Autrement dit se concentrer sur la croissance, même si cela signifie toujours moins de services publics, toujours plus de privatisations, toujours moins de lois, toujours plus de marché… Un voyage édifiant au coeur du capitalisme français, lequel n’en ressort pas grandi, raconté par un satiriste admirateur de Karl Kraus et de George Orwell qui, en nous faisant découvrir un géant industriel méconnu, nous interpelle de façon civique, critique et drôle. Auteur de plusieurs romans noirs (Tout (ce que je sais) vient du noir, La Voix des maisons) et d’un récit alarmiste sur le monde nucléarisé (Ma vie atomique), Jean Songe ne compte pas en rester là.
Charles Enderlin retrace ici un demi-siècle d'espoirs et de violences au Moyen-Orient. Arrivé en Israël en décembre 1968, il sera très vite familier de la vie politique israélienne, interlocuteur de choix des civils comme des militaires, de la gauche comme de la droite, des religieux comme des laïcs, et des Palestiniens, de l'OLP comme des islamistes. Il assiste dès la guerre d'octobre 1973 aux grands événements de la vie du pays et du Proche-Orient. Devenu correspondant pour France 2, il va, des années durant, expliquer en pédagogue aux téléspectateurs français les arcanes d'un conflit d'une rare complexité, et leur dévoiler le dessous des cartes. Ce souci d'indépendance lui façonne une image de reporter courageux et d'interviewer coriace, mais fait aussi de lui un ennemi pour les extrémistes de tous bords. Toujours sur la brèche de l'actualité, partout aux premières loges, le récit épique qu'il fait ici de cinquante ans de bruits et de fureur, mais aussi d'espoirs et de communions, nourris aux informations les plus précises et parfois les plus secrètes, est à la fois une leçon de journalisme et de clairvoyance.
Voici un livre-Molotov à l'usage des timides, des affligés et des gueulards. Nous y retraçons l'épopée des grands emmerdeurs, offrant une glissade au pays des têtes dures, de l'âge des mythes à nos jours. Alors apparaît dans sa puissance, dans sa densité de diamant, dans sa désarmante et fascinante simplicité, ce coup de génie qui est venu à nos anciens et qu'ils ont fini par faire écrire dans la loi, histoire d'être bien sûrs que toutes et tous se souviennent de quelle façon le monde est fait - la grève. Après tout, pour changer le monde, il faut peut-être commencer, depuis notre rang dans la galère, par tourner le dos au frappeur de tambour ; arracher à la chiourme la façon de penser du rameur. Alors, volte-face ! Profitons-en pour battre le rappel de ceux qui en ont assez et leur raconter d'où vient leur ardeur, de quel inépuisable roman ils sont le dernier chapitre. Léonard Vincent