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Entre réalité grinçante et échappées fantastiques, Aux bords de la vie de Claude Schnerb vous invite à croiser des personnages aussi décalés qu'inoubliables : un fils de fée et de crapaud, une lady gourmande de chocolat.
Et si la vérité n’était qu’un jeu de miroirs ? Des mensonges gros comme le risque explore avec finesse les masques que nous portons tous, entre ego, création et quête d’identité.
Au fond du regard la besogne avance lentement. Mon père lâche ses outils, se redresse, s'appuie sur le coude et me scrute. - C'est sympa de faire ce chantier ensemble, me dit-il. La face orientée vers le soleil, il me sourit la main placée en visière au-dessus des sourcils ; je reste de glace. De fines croûtes strient sa bouche qui dans sa jeunesse aimantait celles des femmes. Souffrant d'une maladie de peau il l'égratigne sans cesse avec ses ongles, sans se les brosser, même quand il vient de réparer le carburateur de la voiture. Ses traits se tendent, la sueur ravine ses rides. - Tu fais la gueule ? m'interroge-t-il. Mes yeux abandonnent les siens pour mes chaussures, leurs coutures qui sautent, les lacets durcis par le ciment. À la commissure de mes lèvres point un sourire. - Tu dis rien ? insiste-t-il. Son visage respire la frustration ; au lieu de l'exprimer par des paroles il fait siffler ses naseaux. - Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je hausse les épaules et shoote dans un silex. Sa vue et sa main qui coupait la lumière trop vive chutent sur les graviers. Des mots se fendillent à la lisière de sa bouche, je les devine plus que je les entends. Dans un soupir il remue la tête de droite et de gauche. Il est à terre je suis debout mon ombre tire un trait noir sur son corps.
Le vin, pour l'ivresse. Étoilé parce que consigné. C'est la misère qui vous y attache, à ce vin-là. Il est mauvais mais pas cher et l'on peut, au fin fond de la déveine, troquer sa bouteille vide contre quelques sous qui, ajoutés à d'autres, permettront d'avoir assez pour en racheter un, deux ou trois litres. Juste de quoi tenir une soirée de plus. « Sa couleur est râpeuse, trouble, compacte, presque solide, son goût âcre et rêche. Lentement, il déchire l'oesophage et vient couler dans l'estomac, glacial. Le ventre a alors un mouvement de rejet face à cette intrusion, un spasme de dégoût qui arrache un frisson bref intense. Mais le vin n'en a cure. Il se répand déjà dans la chair, dans les nerfs, dans les veines. C'est que, hautain et sûr de lui, il parcourt d'un pas conquérant son domaine. D'ailleurs, voici déjà les cellules qui le reconnaissent et s'ouvrent, avides. »
Ce soir-là, comme tous les soirs, il rentra assez tard de son travail. Comme tous les soirs, son geste automatique à la boîte aux lettres, qui, ce soir-là, était vide - Parfait ! se dit-il - puis les six étages, la clef dans la serrure, la porte ouverte et refermée, le coup d'oeil sur le répondeur. Le témoin ne clignotait pas, personne n'avait cherché à le joindre. Et c'était bien ainsi. Comme il désirait être tranquille, du moins tenter de l'être, avec soi-même seulement, il débrancha répondeur et téléphone. Ferma sa porte à double tour. Seul il se voulait. Sans liaison avec le monde. Contact néant, fils coupés. N'être qu'un blanc, une absence, un silence. Il décida et ne décida pas. C'était, ce soir-là, une évidence. Il se retrouvait donc face à lui-même, et il alla d'ailleurs se regarder un moment dans la glace de sa salle de bains, ce qui lui était une façon, ce soir, de prendre conscience de l'existence corporelle de ce soi qui, si souvent, tente de s'oublier en de nombreuses occupations ou vains divertissements. Puis il s'allongea sur la moquette du salon, pour sentir l'espace, le plein espace vide autour de lui. Avant d'aller, paisible, se coucher. Le matin s'ouvrait, vaste. Et sans réveille-matin ! Sa décision, en effet, demeurait irrévocable : il n'irait pas travailler.
Dans les romans pour la jeunesse qui ont fait sa réputation depuis une quinzaine d'années, Anne-Marie Pol cherche à faire partager ses passions : la danse, le théâtre, l'amour des animaux... Dans Cabrita la sauvage, elle dresse un beau portrait de jeune fille rebelle, au coeur d'un Moyen Âge rude et violent.