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Ce livre n'est pas une étude de la religion de Victor Hugo, ni un Victor Hugo devant Dieu. Il n'a pas pour objet d'utiliser la poésie pour en tirer des renseignements sur la religion, la foi, le Dieu de l'auteur. Il part de la poésie pour arriver à la poésie. Il montre comment le divin, perçu et exprimé comme un mouvement d'énergie expansive, est exercé, accompli en poésie par le poète. Hugo nomme X l'Inconnu du problème du monde. Inconnu inconnaissable : X reste X. Pas de nom, pas de forme. Mais une force diffusive, dont le signe même de l'inconnu trace et fait voir le schéma : un rayonnement, qui est celui de Dieu et celui du poète. Cette poésie a un lieu : l'exil lui ouvre un fond des choses, où s'originent la nature et le droit, lieu quelconque et divin à force d'être au fond. Et c'est une action. Résistante au tyran, elle vit les délais du divin. Résistante à la pression de Tout, qui est trop, elle tient dans et contre le divin, invente la prise de force. Et c'est un triomphe ! Elle ne trouve pas un objet, un dieu, mais une réversibilité du divin. Elle imite son effusion, prend forme sur X, quadruple lancer de bras ou de rayons : elle renvoie le divin au divin.
Cette approche ethno-critique du roman de Flaubert nous permet d'échapper enfin aux réductions psychologisantes, si habituelles, et aux stéréotypes culturels, si fréquents dans la lecture littéraire. L'étude fait entendre les différents charivaris que connut le bruyant XIXe siècle, charivaris matrimoniaux traditionnels, bien sûr, mais aussi scolaires, artistiques et industriels, charivaris qui résonnent tout au long de l'oeuvre au point de se confondre avec l'écriture même du roman. Cette lecture fait ressortir l'étonnante culture folklorique de la fiction et nous révèle le rôle textuel des araignées, de la place, du pilon de l'Aveugle, de la fête des Rois, des personnages carnavalesques et des valeurs de carême, de la société paysanne, juvénile ou petite bourgeoise, voire encore du contrôle communautaire direct ou médiatisé des moeurs. On comprend mieux comment Emma - Madame Charbovari - prise en tenailles entre la culture coutumière villageoise et les stratégies homaisiennes (pleines d'avenir) de contrôle du champ social, s'épuise à conquérir, moderne et solitaire, une vie personnelle plus intime et plus forte. En fin de compte, ce livre interroge le partage entre culture lettrée et culture ordinaire et conduit le lecteur à sa propre ethnologie.