Annales littéraires de l'Université de
Une nouvelle série de portraits consacrés aux métiers d'autrefois. « Copyright Electre »
Victor Hugo sous un jour inédit : voici l’analyse rigoureuse et passionnée de ses manuscrits, brouillons et textes oubliés, menée par deux spécialistes reconnus.
Bagatelles pour l'éternité (littéraire). On se souvient du jugement de Pline sur Martial : « il a écrit ses bagatelles en vue de la postérité ». Jeux, mais jeux sérieux de moraliste, suggérait de son côté Martial. Le paradoxe de l'épigramme achemine vers quelques questions. Comment le texte bref peut-il faire oeuvre ? À ce qui n'a pas d'étendue, quelle place donner dans le champ de la littérature ? Et quel poids quand la ténuité de la forme se double de la frivolité ou de la contingence radicale du sujet ? Le choix de la brièveté relève souvent d'une démarche ambiguë : modestie affichée, mais biais pour échapper aux contraintes des grands genres et contestation des valeurs, stylistiques et mentales, qu'ils véhiculent. Les dix-sept études ici rassemblées permettent d'envisager, à partir d'exemples typiques, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, des fables d'Ésope aux nouvelles de Borges, des lais de Marie de France à un roman éclaté de R. Pinget, de Gaspard de la Nuit d'Aloysius Bertrand aux Phrases pour éventail de Claudel, certaines des stratégies et des significations de la brièveté. Là, comme dans les prologues de théâtre, les pièces en un acte, et aussi, pour une part, la fable, le miracle (Gautier de Coincy), ou le conte, dominent la considération pratique de la réception, le souci de s'accorder à l'impatience ou la fantaisie du public. Mais le bref ne se conçoit guère sans une esthétique. Malgré la diversité des postulations et des projets, on repère des méthodes similaires : l'ellipse, présente dans le récit lacunaire du poème en prose, et, déjà, dans les silences d'histoires folkloriques du xvie siècle ; la discontinuité, qu'imposent l'impressionnisme de la notation dans le Journal des Goncourt, et plus encore les souvenirs inorganisés de l'autobiographie contemporaine ; l'art du démembrement, qu'il s'agisse du discours, pour l'ostentation spectaculaire d'un aphorisme, ou de la structure syntaxique, pour la sourde résonance des mots du poème. Quelques approches complètent ces analyses en dégageant tel modèle épistémologique sous-jacent à l'écriture des moralistes classiques, ou en étudiant des textes réflexifs, arts poétiques, théorie romantique du fragment.
On trouvera rassemblées ici plusieurs études sur différents textes d'Alain Robbe-Grillet, qui forment le parcours de lecture d'un « analisant ». Le terme, par la licence orthographique qu'il s'octroie, tend à souligner les liens qu'il entretient depuis la lecture avec son homologue analysant. Là, il y a sur le divan une parole déréalisée, c'est-à-dire libérée des conditions pragmatiques de l'échange par le cadre de la cure ; ici, il y a couché sur le papier un discours suspendu, affranchi de l'épreuve de réalité par le cadre du texte littéraire. Pour que l'analyse s'engage, textuelle ou non, il faut y mettre du sien, reprendre à son compte l'énonciation restée en souffrance ; il y faut du transfert, il faut un sujet supposé savoir ou un texte supposé détenteur d'une énigme. Dans cette affaire, le texte n'est donc plus le patient supportant les violences d'une herméneutique. Il est le répondant d'une parole qui se construit entre ses propres mots, dans ses propres mots.
La femme occupe une place privilégiée dans l'oeuvre de Victor Segalen. L'exaltation de la différence, qui fonde son Esthétique du Divers, inscrit en effet la réflexion du poète sur l'essence de la féminité dans le cadre d'une appréhension plus large du monde et des rapports humains. La figure féminine se révèle sous des aspects variés, et parfois contradictoires, qui trahissent l'ambivalence des sentiments que l'auteur nourrissait à l'égard de la femme, compagne attirante ou menaçante, lumineuse et mystérieuse. C'est tout l'intérêt de cette étude, une des premières à aborder les écrits de Victor Segalen d'un point de vue thématique, que de faire ressortir l'extrême complexité de cette image omniprésente dans l'ensemble de l'oeuvre.
Partage de Midi a une caractéristique surprenante : c'est une pièce autobiographique, affirmée comme telle, écrite par Claudel, de son propre aveu, pour se délivrer d'un drame particulièrement angoissant et qui le laissait démuni. Mais l'auteur dramatique ne dispose pas d'un je qui lui permettrait de se dire : il n'est pas sujet de l'énonciation (au moins pour le dialogue), il n'y a pas de personnage particulier auquel il puisse déléguer sa propre parole. L'autobiographique dans ce texte pose donc une question que nous n'avons pas fini de trouver devant nous. Il est assez extraordinaire de voir un auteur dramatique mettre en scène sa propre histoire ; ici le projet autobiographique est consubstantiel à l'écriture : le drame n'est pas écrit à l'aide de matériaux autobiographiques, il est écrit pour tire autobiographie, pour donner sens au biographique aléatoire. Jamais on n'a vu de cas plus flagrant d'intertextualité biographique : Claudel écrit et réécrit Partage de Midi, avec le sentiment d'écrire et de réécrire sa propre vie, comme si le texte biographique et le texte dramatique étaient l'envers et l'endroit du même texte.
Ces pages regroupent un ensemble d'études qui éclairent des aspects laissés dans l'ombre des rapports entre langage et pouvoir à l'âge classique. Elles révèlent un langage qui est puissance de l'union de l'âme ballottée entre l'idée claire et distincte et l'imagination, puissance constitutive de l'espace public et non simple police des âmes par le pouvoir, chair et sang enfin du mouvement par lequel la pensée humaine tente de s'approcher d'une infinité divine qui la dépasse.
Marie Miguet-Ollagnier réunit dans Les Voisinages du moi sept études portant sur des oeuvres ayant un rapport oblique avec le projet autobiographique. De même que René Char s'est senti le voisin de Van Gogh et a chanté ce qui le reliait au peintre de la Provence, de même les auteurs étudiés se sont réclamés d'une famille charnelle ou spirituelle. Ils ont pu choisir de se dire à travers un personnage admiré de leur famille (Hélène Cixous, Serge Doubrovsky), ils se sont adressés à l'hagiographie, aux mythes gréco-latins (Claude Louis-Combet) ou judéo-chrétiens (Jean-Baptiste Niel), ils ont trouvé des émissaires dans la littérature et la peinture (Michel Butor, Claude Simon). Se montrant tour à tour du dedans (je) ou du dehors (il, elle, S.), ils se sont avancés masqués. Le voisinage s'est parfois dilué dans un paysage brumeux, celui dont Marguerite Duras n'a cessé d'estomper les contours.
Les Communistes : Aragon a publié pour la première fois ce gros roman historique entre 1949 et 1951, avant de le réécrire de fond en comble en 1966. Avec un titre pareil en pleine guerre froide, il prenait le risque de ne toucher qu'une partie de son lectorat potentiel. Porté aux nues par la presse communiste, ce roman à thèse ne réussit qu'imparfaitement à convaincre les lecteurs de l'autre bord politique. C'est que sa réception s'insérait dans un contexte de crispation politique, surdéterminé par les batailles idéologiques du PCF
On a tant écrit sur les amphores romaines en Gaule qu'on pouvait croire le sujet momentanément épuisé. Il n'en est rien, et c'est ce que prouvent les Actes de la table ronde CNRS, Culture qui s'est tenue à Metz en 1990. Maîtresse du jeu, Fanette Laubenheimer a su grouper autour d'elle d'excellents spécialistes, intégrer leurs recherches dans une solide structure de réflexions et organiser le très vaste débat dont on avait grand besoin. Une entreprise novatrice et réussie...
Longtemps taxé de frénétisme et d'incohérence, Octave Mirbeau (1848- 1917) a manifesté au contraire, toute sa vie, une étonnante cohérence tant dans sa personnalité (il est un révolté, un battant, un assoiffé d'absolu double d'un écorché vif) que dans ses engagements et sa création littéraire. Après avoir été un "prolétaire de lettres" pendant une douzaine d'années, il a entamé sa "rédemption" en mettant dorénavant sa plume au service de la justice et de la beauté. Il a conçu ses chroniques, ses contes, ses romans et son théâtre comme autant de moyens de dessiller les yeux de ses contemporains. Pour cette "révolution du regard", il a mis en oeuvre une esthétique de la révélation (totale subjectivité, dérision, démystification). Conscient des impasses du roman et du théâtre de l'époque, il a frayé des voies nouvelles où se combinent impressionnisme et expressionnisme.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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