Essais littéraires (H.C.)
Paris n’a pas seulement une histoire, racontée dans de nombreux livres. Paris a aussi une mythologie et une géographie poétique et littéraire où se croisent alchimistes, poètes, mages, évêques, démons, etc. Ces collections de légendes et ces poèmes médiévaux remplis de mythes ou de généalogies fabuleuses contiennent des éléments qui perdurent jusque dans les noms des rues et des quartiers. C’est ce Paris-là dont Pacôme Thiellement propose ici d’explorer les profondeurs. C’est la rue Pierre-Nicole, où cohabitent la crypte inaccessible de Saint Denis et la fresque de la décomposition de Paris. C’est la place du Panthéon, où les hommes du Moyen-Âge plaçaient un Château de Haute Folie et où André Breton inventera le surréalisme. C’est le quartier de Maubert, creuset alchimique de Paris. C’est Montmartre, l’Ile Saint-Louis, le Marais, Ménilmontant, Bastille : quartiers nourris de légendes étranges et d’événements politiques aux réverbérations complexes, de la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons au soulèvement des Gilets Jaunes, et que l’auteur parcourt à nouveau afin d’en réveiller les fantômes et d’y interroger l'avenir. Pacôme Thiellement est écrivain et vidéaste. Il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels, récemment, L’Enquête infinie (PUF, 2021).
« Monsieur Baudelaire, vous dont les croyances n’avaient plus de Dieu, plus de modèles, vous dont la vie invoquait religieusement le rythme, l’Amour, l’Idéal, l’Art en ses immanences, oui, vous dont le désir sacré ne s’offrait qu’aux grâces toujours bizarres de la Beauté… vous avez fait jazz ! » Invité en 2021, par le musée d’Orsay, à rendre un hommage à Baudelaire, Patrick Chamoiseau s’est entouré du grand musicien Raphaël Imbert et d’invités provenant de divers horizons. Cette méditation poétique et musicale, véritable chaos-opéra, ramène le poète de la modernité occidentale dans l’univers des plantations esclavagistes, de la polyrythmie africaine et de l’improvisation… un enfer d’où ont surgi (malgré tout) des danses, des chants, des tambours, le règne du Conteur créole, maître-de-la-Parole, et l’énigme indéchiffrable du jazz. Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992, est aujourd’hui une des voix les plus influentes de la Caraïbe et un des écrivains majeurs du monde contemporain. Retrouvez à l’intérieur de ce livre le QR code de l’album numérique Baudelaire Jazz de Raphaël Imbert.
La première traduction française du chef-d'œuvre d'Aloïs Riegl, Le Culte moderne des monuments, fut publiée aux Éditions du Seuil il y a 29 ans. La distinction que l'historien avait, le premier, établie entre le monument, artefact à vocation d'universel culturel, et le concept de monument historique, dont la qualification est propre à la culture occidentale, anticipait d'un demi-siècle le diagnostic de Claude Lévi-Strauss sur l'impossibilité d'une culture mondiale (" Il n'y a pas et il ne peut y avoir de culture mondiale ", Race et Histoire ). Du même coup, cette distinction venait invalider l'élimination des deux termes de monument et de monument historique, au profit du terme " patrimoine ", cautionné et repris par l'UNESCO (Convention du patrimoine mondial, 1972) à la suite d'André Malraux, pour aboutir à la muséification et à la marchandisation corrélative du dit patrimoine. Depuis lors, l'intensification du processus de mondialisation sous l'impact des techniques informatiques n'a fait que s'accélérer et donne au cri d'alarme de Riegl une profondeur et une actualité accrues. Aloïs Riegl (1858-1905) est un historien de l'art autrichien. Après avoir dirigé, très jeune, plusieurs départements du musée des Arts décoratifs de Vienne, il venait d'être nommé président de la Commission des monuments historiques quand il a écrit ce livre. C'est à ce titre qu'il s'est posé – en théoricien, mais en théoricien soucieux des solutions concrètes – les questions soulevées sous le titre du Culte moderne des monuments. édition revue et augmentée
On pourrait prendre la clé des contes comme l'on prend la clé des champs. Ce livre est une invitation au voyage. Car, si les contes ont les contours des paysages familiers, ils restent une terre inconnue. Parce qu'ils ont été transmis de génération en génération, portés par la parole vive, ils conservent en eux la trace de gestes et de mots ordonnés dans une trame où tout fait sens, invisible et pourtant présente, où chatoient d'obscures merveilles depuis longtemps perdues pour nous. Les contes disent à mots couverts quels secrets se cachent entre les feuilles du basilic, dans l'eau de la claire fontaine et la courbure de l'arc-en-ciel. Bernadette Bricout nous invite à les redécouvrir. Que l'on opte pour une lecture buissonnière ou pour une exploration guidée, l'inventaire des lieux et des objets rencontrés en chemin ne laisse pas de surprendre : chevillettes et bobinettes, aiguilles, épingles, brins de persil, buissons d'orties, souliers perdus, gâteaux chantants, lavoirs pleurants, échelles de cheveux, chariots d'étoiles... Dans cette toile de mémoire se tissent les secrets de la vie, les intermittences du coeur, les chemins d'une initiation qui permettront peut-être de se trouver soi-même. S'y donne à lire en filigrane la longue histoire de l'univers. Écoutons donc cette musique, venue du fond des âges, comme celle de ces coquillages où parfois l'on entend la mer. On trouvera en fin de livre de belles versions, orales ou littéraires, des contes évoqués, du Petit Chaperon rouge à Cendrillon, du Petit Poucet à Persinette.
« Ce qu'on dit de soi est toujours poésie », écrivait Ernest Renan, phrase mystérieuse, oraculaire, dont on ne retiendra ici que le verbe « dire ». C'est entre fiction et diction, répondant aux questions d'universitaires et de journalistes, que Maurice Olender donne dans ce livre de Conversations quelques clés de son rapport à la lecture, au savoir, à l'édition. En lisant Singulier Pluriel, on est frappé par l'importance que l'auteur accorde à la parole, aux tensions et liens entre l'oralité et l'écriture. Archéologue de formation, auteur d'une oeuvre multiforme, Olender travaille sur les sexualités extrêmes, l'origine des langues et les mythologies modernes de la « race ». Intellectuel engagé, doté d'une conscience aiguë de la « responsabilité sémantique » et de la fragilité des démocraties, il est aussi le créateur de « La Librairie du XXIe siècle », une collection au rayonnement international. Ce livre fait entrer les lecteurs dans la fabrique d'un funambule, chercheur indiscipliné qui conçoit l'érudition comme une forme de poésie et la pensée comme une aventure. On y trouvera des paroles, devenues traces écrites d'un cheminement intellectuel et sensible, le rappel de compagnonnages, une esthétique de l'amitié. Car lire, écrire, éditer, c'est tout ensemble se situer dans le monde, rendre les savoirs accessibles, construire un univers entre réel et fiction, une « Librairie ». Christine Marcandier
L'Esther tardive de la Bible, fêtée d'âge en âge dans la tradition juive, trouve son apothéose et sa trahison dans la pièce de Racine dont va s'emparer Proust pour décrire et faire parler aussi bien ses "hommes femmes" que sa mère. C'est aussi la fameuse prière d'Esther, empruntée à Racine, que Rachel, l'immense actrice romantique, récite insolemment aux amis de Chateaubriand et de madame Récamier qui la pressent de se faire baptiser, elle, la petite juive à moitié illettrée devenue, à 17 ans, la coqueluche du Tout-Paris. Cependant qu'une autre actrice du même nom va surgir chez Proust, lequel dépouille injustement et superbement de son génie la grande Rachel et surnomme Rachel " quand du Seigneur " la théâtreuse de La Recherche. Doit-on faire grief à Proust d'avoir ainsi dégradé Rachel ? Certes, les œuvres n'ont pas de compte à rendre, elles sont souveraines. Encore que " les travellings soient affaire de morale ", comme le disait Godard. " L'usage proustien de Rachel m'est apparu comme une question strictement littéraire, donc comme une affaire de morale ", risque à son tour Elisabeth de Fontenay. Elisabeth de Fontenay est philosophe. Elle est l'auteur de plusieurs livres devenus des classiques, et notamment d'une somme considérable : Le Silence des bêtes. La philosophie à l'épreuve de l'animalité (1998, 2013). Son dernier livre, Actes de naissance. Entretiens avec Stéphane Bou , a paru au Seuil en 2011.
Alors que le monde, frappé par l’épidémie du coronavirus, traverse une crise sanitaire sans précédent, un écrivain prend la parole. Homme de lettres et de science, mais citoyen avant tout, Paolo Giordano nous offre un témoignage personnel et une réflexion dont la portée va bien au-delà des soubresauts de l’actualité, de l’inquiétude et de l’incertitude immédiates. Ni « accident fortuit » ni « fléau », l'épidémie du COVID-19, nous dit-il avec espoir, vigueur et lucidité, est un miroir dans lequel doit se réfléchir la société, et qui peut ainsi nous conduire à une prise de conscience salutaire : nous appartenons tous à une seule et même collectivité humaine, et nous sommes les hôtes d’une nature que nous avons trop longtemps négligée. À cet égard, la contagion est le « symptôme » d’un désordre écologique auquel nous ne sommes pas étrangers - mais face auquel nous ne sommes pas non plus impuissants. Un petit livre d’une grande sagesse, pour aujourd’hui et pour demain. Paolo Giordano, né en 1982 à Turin, est docteur en physique théorique et romancier (La Solitude des nombres premiers, Dévorer le ciel). Il vit entre Rome et Paris. Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Lettres noires : des ténèbres à la lumière - c'est sous ce titre qu'Alain Mabanckou prononçait, le 17 mars 2016, sa leçon inaugurale en tant que professeur invité au Collège de France, une leçon qui vit se bousculer plus d'un millier d'auditeurs. Conforté par cet écho, Alain Mabanckou a battu le rappel des chercheurs, écrivains et penseurs de l'Afrique postcoloniale, les conviant à venir débattre sur le thème Penser et écrire l'Afrique aujourd'hui. Ce sont les actes de ce colloque, en date du 2 mai 2016, que nous publions, soit les interventions de 19 participants issus de tous les champs du savoir et de la création littéraire. Le souhait profond est que ce colloque " résonne comme un appel à l'avènement des Etudes africaines en France ". C'est une façon de s'interroger sur " le retard pris par la France dans la place à accorder aux études postcoloniales pendant qu'en Amérique presque toutes les universités les ont reconnues et les considèrent comme un des champs de recherche les plus dynamiques et les plus prometteurs. " Alain Mabanckou est né à Pointe-Noire (République du Congo). . Il est l'auteur d'une dizaine de romans dont Verre cassé (2005), Mémoires de Porc-épic (prix Renaudot 2006) et Petit Piment (2015). Son œuvre est traduite dans une vingtaine de langues. Il est par ailleurs professeur titulaire à l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).
Kafka. Poète de la honte est l'occasion pour Saul Friedländer de se pencher sur la vie du célèbre écrivain qui, comme lui, a grandi à Prague. L'historien fait de Kafka le poète de ses égarements, luttant toute sa vie contre le poids de la honte et de la culpabilité - une lutte dont les traces sont bien visibles dans ses lettres et son journal comme dans ses oeuvres de fiction. " Très tôt, écrit Saul Friedländer, Kafka dut saisir à quel point il était différent d'une grande partie de son entourage, qu'il s'agisse de sa libido ou de sa puissance d'imagination et de création. En apparence, il s'adaptait : à un entourage familial qu'il ne quittera pour de bon qu'un an avant sa mort ; aux codes réglementant ses liaisons avec les femmes et ses prétendus projets de mariage ; à sa carrière d'employé modèle dans une compagnie d'assurance. Autant d'arrangements à multiples facettes qui, à divers degrés, lui faisaient horreur. Et tandis qu'il jouait pleinement son rôle dans le monde, il cherchait à s'en protéger en le sabotant avec acharnement dans ses textes. " Prenant délibérément à contre-pied la biographie-hagiographie de Max Brod, l'ami et exécuteur testamentaire de Kafka, Saul Friedländer plaide pour une lecture non censurée des textes. Son interprétation audacieuse est aussi l'une des meilleures invitations à lire et à relire l'un des plus grands écrivains du XXe siècle. Saul Friedländer est sans aucun doute le plus grand spécialiste de la Shoah et du nazisme. Aujourd'hui professeur émérite à UCLA (Los Angeles), il est notamment l'auteur de L'Allemagne nazie et les Juifs (Seuil, 1997 et 2008, prix Pulitzer). Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Weill
Saul Friedländer revisite le chef-d'oeuvre de Marcel Proust dans cet essai sur la littérature et la mémoire, en explorant la question de l'identité - celle du narrateur du roman et celle de Proust lui-même. Il livre une enquête passionnante sur la manière dont le narrateur de la Recherche se définit par comparaison avec ce que nous savons de Proust lui-même et sur la signification de ces points de ressemblance et de divergence. Puisant dans son expérience personnelle, issue d'une vie passée à enquêter sur les liens entre l'histoire et la mémoire, le grand historien lauréat du prix Pulitzer offre une perspective nouvelle sur cette oeuvre fondatrice de notre modernité. « Friedländer a toujours su insuffler à son travail d'érudition une sensibilité littéraire aiguë... [Un] livre intime et subtil. » Wall Street Journal Nommé meilleur livre de l'année par le Times Literary Supplement Traduit de l'anglais par Alexandre Pateau. Écrivain et historien, lauréat du prestigieux Prix Pulitzer de non-fiction, pour son ouvrage Les Années de persécution. L'Allemagne nazie et les Juifs (1933-1939), Saul Friedländer est aujourd'hui professeur d'histoire émérite à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Né à Prague dans une famille juive d'expression allemande, il a grandi en France et a vécu caché pendant l'occupation allemande, de 1940 à 1944. Il a été maintes fois récompensé pour ses travaux d'historien. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, tous publiés aux Éditions du Seuil, parmi lesquels deux volumes de mémoires : Quand vient le souvenir et Où mène le souvenir.
Immense romancier, David Grossman est aussi un intellectuel d'une rigueur morale infaillible et d'une profonde humanité, dont la voix puissante ébranle régulièrement l'opinion israélienne et internationale. Pour preuve, les onze interventions réunies dans ce volume, qui résument dix ans d'écriture et d'engagement. Au fil des nombreux thèmes abordés – la recherche inlassable de la paix entre Israël et les Palestiniens, les effets dévastateurs de la guerre sur la société israélienne, le terrorisme, la Shoah et son empreinte persistante sur l'âme juive –, Grossman nous entraîne dans les coulisses de son œuvre littéraire, nous dévoilant combien celle-ci se nourrit du quotidien et de la " situation " (euphémisme israélien pour désigner le conflit au Proche-Orient) ; et, inversement, comment le deuil, l'angoisse existentielle et la violence sous toutes ses formes l'ont incité à écrire. Au cœur de la réflexion de l'écrivain, une métaphore récurrente, aussi poignante que riche de résonances : la maison – et l'urgence, pour chacun, de retrouver le sens d'un foyer, dont les murs seraient synonymes non plus de séparation mais de rapprochement, d'harmonie, d'échange et de fraternité. Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche et Rosie Pinhas-Delpuech David Grossman, né à Jérusalem en 1954, est l'un des plus grands romanciers israéliens. Salué par le prix Médicis étranger et le prix du Meilleur Livre étranger du magazine Lire en 2011 pour Une femme fuyant l'annonce, couronné par le Man International Booker Prize en 2017 pour Un cheval entre dans un bar, il est également l'auteur d'essais remarqués (Le Vent jaune, 1988) ainsi que d'ouvrages pour la jeunesse. Lauréat en 2010 du prix de la Paix des libraires allemands, David Grossman est officier de l'ordre des Arts et des Lettres.
ANTOINE LIVIO. – Vous n'êtes jamais fatiguée d'écrire ? MARGUERITE DURAS. – Si. C'est le dernier des métiers. ANTOINE LIVIO. – Et pourtant vous continuez ? MARGUERITE DURAS. – À chaque bouquin – mais ça, tous les écrivains, n'est-ce pas, à chaque bouquin on a l'impression que ça suffit comme ça, et puis... ça recommence. Ce nouvel éventail d'entretiens (écrits, télévisés ou radiodiffusés) avec toutes sortes d'interlocuteurs (de Jacques Chancel à Colette Fellous, en passant par Bernard Pivot et Marianne Alphant ou encore Susan Cohen, dialogue ici publié pour la première fois) dessine une petite histoire littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle, à travers l'évolution de Marguerite Duras, qui se définit par rapport au colonialisme, au Nouveau Roman, au cinéma commercial, au changement de mœurs, à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'aliénation amoureuse, au mal et aux faits divers, à la parole et au silence. L'oralité fait partie intégrante de son mode de création littéraire. Et il n'est pas, dans son cas, secondaire de lire la transcription de réponses parlées, où l'on reconnaîtra souvent le style même de l'écrivain, ses excès et son originalité. Édition établie et postfacée par Sophie Bogaert.
Il n'y a pas trente-six façons de parler littérature, mais deux : l'une historique, l'autre formelle. Du moins voilà près de deux siècles que nous balançons entre elles. Or, les formalismes au pouvoir depuis vingt ans donnent des signes de fatigue. Comment s'en sortir sans retourner bêtement en arrière, à l'histoire littéraire de nos aïeux, ces barbichets qui furent les docteurs de l'Etat, les pères de la République ? En demandant comment nous en sommes venus là ; que fut cette discipline contre laquelle les années 60 s'insurgèrent et par quels compromis elle s'institua ; comment elle fut à la fois politiquement progressiste et intellectuellement réactionnaire ; pourquoi, enfin, l'"agitation moderniste" d'avant 14 se sclérosa à toute vitesse. Voici donc la petite histoire d'une crise : 1870-1914, les affaires entre deux guerres, la fondation de l'Université radicale, et le passage de la "vieille vieille critique" (Sainte-Beuve, Taine, Brunetière) à l'histoire littéraire (Lanson et sa clique). Plus une pensée pour les revers de la Troisième des Lettres : Proust et Flaubert, en manière de semonce à une histoire littéraire qui est toujours restée devant la littérature comme une poule qui a trouvé un couteau. Antoine Compagnon
Rossini l'homme pressé... Entre 1810 et 1829, il écrit quarante opéras, il court l'Italie d'une commande à l'autre, il compose des cavatines ou des duettos comme en se jouant, avec une impertinente gaieté et une idéale transparence mélodique qui ont masqué parfois son génie harmonique. Rossini l'homme fêté... L'auteur du Barbier de Séville et de Guillaume Tell est sacré bientôt par ses contemporains le plus grand compositeur de son temps. Il a révolutionné l'opera seria. Le romantisme a trouvé avec lui ses premiers accents, alors que flamboyaient et s'éteignaient sous sa plume les dernières et sublimes vocalises d'un siècle, le XVIIIe, de haute civilisation. Rossini l'homme silencieux... A quarante opéras succédèrent quarante années de silence. Pourquoi ? Rossini l'homme trop longtemps méconnu... Qui se souvenait, il y a quelques années, de la Donna del lago qui préfigure déjà Weber, de la Pietra del paragone (comme la rencontre de Cosi fan tuttte et de l'opera buffa), des savants et somptueux operas serias composés pour l'opéra de Naples, comme Elisabetta, Maometto secondo ou Mosé in Egitto, sans parler de l'inoubliable redécouverte du Viaggio a Reims au début des années 80, cet adieu de Rossini à la folle et subtile gaieté italienne ? Rossini-ci, Rossini-là... Grâce au festival de Persaro (ville natale de Rossini), à la création de nombreux opéras, aux nouveautés discographiques, l'actualité rossinienne bondit enfin depuis peu de découvertes en émerveillements. Ce livre est là comme une synthèse, un portrait de l'homme, l'exploration d'une oeuvre enfin reconsidérée. "A force d'être heureux à la Scala, j'étais devenu une espèce de connaisseur", disait Stendhal. Ce livre est là aussi comme l'éveil d'un bonheur.
"Depuis qu'il écrit poèmes, romans, nouvelles, pièces de théâtre, livrets d'opéra, depuis qu'il peint, à l'encre de Chine, sur papier ou sur toile, des tableaux de toutes les tailles, mais jamais avec des couleurs, seulement avec les multiples nuances qui vont du blanc au noir, depuis qu'il filme, en plein air ou en studio, en couleur ou en noir et blanc, et crée des films muets ou parlant, depuis qu'il prononce des discours à l'invitation des musées, universités, associations artistiques et littéraires du monde entier, Gao Xingjian s'exprime en son nom propre, sans suivre les modes, en livrant son témoignage au sujet des difficultés existentielles que rencontrent les hommes depuis des temps immémoriaux, sans jamais penser que l'avenir pourrait être radieux, sans jamais croire aux discours des hommes politiques, des philosophes radicaux, des prophètes et des démiurges. C'est un homme seul, qui n'appartient à aucune chapelle et qui se contente de livrer aussi bien sa vision du monde passé et du monde actuel que sa propre expérience artistique." ND préface et traduction du chinois par Noël Dutrait L'oeuvre de Gao a été récompensée par le prix Nobel de littérature en 2000.
Le Dictionnaire universel des dieux, déesses et démons est un pari intellectuel majeur. Comment et pourquoi toutes les cultures, depuis les origines, ont engendré des milliers d'être doués de pouvoirs surhumains, capables d'influencer les vies, les saisons, de vaincre le chaos ou de créer le monde ? Les notices de cet ouvrage sans équivalent composent une généalogie des dieux, une histoire naturelle des êtres surnaturels. Des divinités tribales qui commencent à s'ordonner en panthéons dès l'âge du bronze jusqu'à l'émergence des religions monothéistes pendant l'âge du fer, voici réuni selon leurs filiations, leurs origines, leurs devenirs, leurs fidélités, leurs divorces – leurs morts parfois –, l'ensemble des dieux, déesses et démons, de toutes les civilisations que la terre a portées. En plus d'être un formidable outil de connaissance, ce dictionnaire est aussi un conservatoire, une Arche de Noé pour les dieux, des plus cocasses aux plus inquiétants. Il rassemble les travaux des grands noms de l'ethnologie, de l'archéologie, de l'histoire comparée des religions, pour constituer la première grande nomenclature du panthéon universel. Sous la direction de Patrick Jean-Baptiste, spécialiste des enquêtes scientifiques et archéologiques des faits religieux, et avec l'aide d'un comité scientifique prestigieux, réunissant Alfred Adler (EPHE), Daniel Dubuisson (CNRS), Roberte Hamayon (EPHE), Franciscus Verellen (EFEO) et Pascal Vernus (EPHE), plus de 70 spécialistes internationaux (ethnologues, archéologues, historiens...) ont participé à cette aventure tout à fait inédite en France.
Un village du Perche, un petit cimetière, une tombe anonyme... Ici repose, oublié du monde, Piero Heliczer, poète italo-américain majeur, compagnon de route de William Burroughs, Gregory Corso, Allen Ginsberg, ami du peintre viennois Hundertwasser, amant de la nièce d'Aldous Huxley, acteur de premier plan de la bohème parisienne des années 50, co-fondateur du Velvet Underground, pilier de l'underground new-yorkais, cinéaste expérimental, inventeur du show multimédia, familier de la Factory, et qui fut dès l'âge de 4 ans une vedette surdouée de Cinecittà. Au fil des pages de ce portrait épique, on côtoie Andy Warhol, Lou Reed, Sterling Morrison, la Beat Generation au grand complet, Nico, La Monte Young, Jonas Mekas, (le fondateur de la New York film-Maker's Cooperative), mais aussi Bob Dylan, Brian Jones, Ira Cohen, Paul Bowles et tant d'autres. Un destin hors norme, le parcours inachevé d'un artiste total miné par la maladie, qu'Heliczer lui-même résumait d'un lapidaire : « L'underground, c'est moi ! » Écrivain et photographe, né en 1958, Patrick Bard a publié à ce jour dix romans dont la plupart ont été récompensés. Parmi eux, La Frontière (Seuil, 2004), Poussières d'exil (Seuil, 2015), et Mes yeux se sont fermés (Syros, 2016).
« Au moins toi tu es un livre perpétuel ; on cause avec toi, on s’occupe de t’aimer ; on n’est pas rassasié comme des autres plaisirs. » Baudelaire a dix-sept ans quand il écrit cela à sa mère Caroline, qui en a quarante-quatre. Elle a épousé dix ans plus tôt Jacques Aupick, en étant alors enceinte de huit mois d’un enfant qui sera déclaré mort-né : réalité viscérale enfouie dans la violence imprécatoire de « Bénédiction », qui ouvre Les Fleurs du mal. Une autre mère a été « un livre perpétuel » pour un autre écrivain de génie : c’est Jeanne née Weil pour son fils Marcel Proust. Quand elle meurt, à cinquante-six ans, alors qu’il en a trente-quatre, il tâche de la retenir dans des « conversations avec maman », parues sous le titre de Contre Sainte-Beuve, où Baudelaire se trouve admirablement commenté. Ayant traduit Le Scénario Proust de Harold Pinter (Gallimard, 2003), Jean Pavans traite sous forme du script d’un film imaginaire les rapports passionnels de Charles et Caroline, tels qu’ils furent vécus en moments misérables et transmués en poèmes universels. En deuxième partie, Charles et Marcel est un essai considérant les ressemblances et dissemblances littéraires et morales de Baudelaire et Proust à la lueur de leurs relations avec leurs mères respectives. Connu pour ses traductions et adaptations de Henry James, dont notamment Les Papiers d’Aspern (Points/Signatures, 2018), Jean Pavans a récemment publié des traductions de Shelley et de Byron, et des essais : Le Musée intérieur de Henry James (Seuil, 2016), Le Christ selon Berlioz (Bayard, 2018), Proust, Vermeer, Rembrandt (Arléa, 2018).
Le Journal de Gide a quelque chose de fondateur en ce qu'il réalise comme aucun autre ce qui fait la loi même de cette pratique qu'est l'Écriture du jour. Ni autoportrait, ni autobiographie, nos confession qui sont des entreprises de rétrospection, le Journal traque et dessine dans la trivialité fragmentée des jours, une trace singulière de soi à même le Réel. En ce sens, l'écriture du jour est la tentative de se dépendre de toutes les doxa tout en s'y affrontant : les discours du Monde, comme les discours du Moi ; mais c'est également le lieu où s'éprouve au présent l'authenticité de la parole dans ses engagements les plus exclusifs : l'amour, le mysticisme, le politique. Si Gide a pu passer pour le premier des Modernes grâce aux innovations formelles de son œuvre romanesque, son Journal extraie de lui un visage plus secret, plus fascinant et moins saisissable : celui du premier des Maîtres que le vingtième siècle ne cessera, au travers de ses lecteurs les plus attentifs (Sartre, Blanchot, Camus, Barthes, Lacan...), de vouloir ressaisir. Ce livre a obtenu lors de sa première publication en 1985, le Grand Prix de la critique.
"Très longtemps je me suis demandé pourquoi j'aimais les hommes puisque seul le corps féminin me semblait digne d'être trouvé beau. Certains d'entre eux m'attiraient surtout par leur visage, leur allure, leur conversation ou les hommages qu'ils me rendaient, mais aucun ne parvenait à bousculer mon préjugé: je restais convaincue que seul le désir pour un corps de femme peut véritablement se justifier. Or, vers l'âge de trente-cinq ans, les circonstances ont libéré en moi un nouvel appétit pour les rencontres amoureuses et la sexualité. J'ai soudain découvert l'envie de tourner plus résolument mon regard vers le corps masculin. Alors un éblouissement m'a envahie qui ne s'est pas éteint et que je souhaite mettre tout mon soin à cultiver. Un éblouissement qui est devenu un des bonheurs de ma vie. De cet émerveillement, de son retard, de son installation progressive, et de sa légitimité, je voudrais témoigner dans ce livre." Florence Enhuel
L'urbanisme, utopies et réalités Voici un livre qui a transformé les idées reçues sur l'urbanisme. Au lecteur le plus pressé, il présente d'une part une synthèse claire et ordonnée des courants d'idées apparemment disparates et hétéroclites qui, depuis les débuts de la révolution industrielle, ont l'urbain pour objet ; d'autre part une anthologie de trois cents pages groupant des textes – pour la plupart introuvables ou non publiés en France – de trente-sept auteurs. Cet ouvrage soutient une thèse paradoxale : l'urbanisme du XXe siècle n'est pas ce qu'il croit être – une réponse nouvelle à des problèmes nouveaux – mais, pour l'essentiel, la reprise, la répétition, de configurations discursives inconscientes nées au siècle précédent, que Françoise Choay nomme modèles. Françoise Choay Spécialiste d'histoire de l'urbanisme, elle a notamment publié, au Seuil, Pour une anthropologie de l'espace (2006, prix du Livre d'architecture) et Le Patrimoine en questions (2009).
Un demi-siècle " on the road " Sans lui, la Beat Generation n'aurait pas existé. Lawrence Ferlinghetti, du haut de ses 100 printemps, en est la dernière voix vive et l'âme secrète. Fondateur de la librairie City Lights à San Francisco, qui fut le laboratoire d'où jaillirent les œuvres de Kerouac, Corso, Ginsberg et consorts, Ferlinghetti lui-même a toujours refusé d'être considéré comme un écrivain beat. Pourtant, sa Vie vagabonde prouve avec panache qu'il fut bel et bien l'un des artisans les plus exceptionnels de ce mouvement, et l'un des poètes majeurs du vingtième siècle américain. Cinquante années durant, cet homme aux semelles de vent aura bourlingué d'un bout à l'autre de la planète, les poches remplies de carnets et de bouts de crayon. De La Havane à l'Australie, des plages de Bélize aux pavés de Paris, du Transsibérien au Nicaragua en passant par les grands-routes de l'Amérique – Ferlinghetti est partout, tout le temps, et rencontre tout le monde : Castro et Neruda, les plumes dissidentes de l'Union soviétique et les chantres de la révolution internationale, Ezra Pound et William S. Burroughs – et, surtout, les mille et un visages anonymes d'une humanité que le poète, en digne héritier de Whitman, ne cesse de chanter avec passion, émerveillement et générosité. Pris sur le vif, animé d'une énergie staccato furieusement beat, ponctué de dessins et de poèmes, tour à tour lyrique, drôle, indigné ou halluciné, ce journal de bord nous livre le témoignage d'un homme profondément engagé qui a traversé le siècle et, à lui seul, le résume. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard Lawrence Ferlinghetti est né le 24 mars 1919 à Yonkers, dans l'État de New York. Poète, éditeur, libraire, peintre, militant et voyageur au long cours, il est le fondateur de la mythique librairie City Lights à San Francisco, où il vit toujours aujourd'hui. " Un homme et un poète valeureux. " – Bob Dylan " Quel bonheur que de pouvoir se promener entre les lignes du journal de Lawrence Ferlinghetti, parmi ses merveilleux petits croquis, ses émotions et ses poèmes. " – Francis Ford Coppola " Inspirés et sensuels, les carnets intimes de Ferlinghetti se lisent comme une lettre ouverte au lecteur. On y entend sa voix distinctive, celle d'un baladin de l'Amérique. " – Patti Smith
Au cours du XXe siècle, l'Amérique latine a constitué pour les écrivains occidentaux un espace les invitants à l'ailleurs et au rêve. Goût pour la fuite, soif d'évasion, désenchantement pour la culture européenne, mais aussi la contrainte de l'exil face au danger totalitaire en Europe, les raisons qui ont poussé au départ ces fabricants d'imaginaire sont nombreuses, et leurs séjours ont eu des conséquences radicales sur leur destin et leurs textes : Caillois en Argentine, Burroughs, Victor Serge, D.H. Lawrence, César Moro et les surréalistes français au Mexique, Cendrars, Zweig et Bernanos au Brésil, Michaux en Equateur et Hemingway et Desnos à Cuba. Avec son indiscutable talent de narrateur, Philippe Ollé-Laprune retrace ici leurs drames personnels et leur rencontre avec cette terre des passions, des déséquilibres et des exaltations qui a fait naître certaines des œuvres les plus marquantes de notre temps. Philippe Ollé Laprune est né à Paris en 1962 et réside au Mexique depuis de nombreuses années où il a dirigé le bureau du livre à l'Ambassade France et fondé la Casa Refugio qui accueille des écrivains étrangers persécutés dans leur pays. En France, il a publié, entre autres, 100 ans de Littérature mexicaine et Mexique, les visiteurs du rêve, aux Éditions de la Différence, ainsi que Ombre de la mémoire, aux éditions Gallimard.
En 1861, dès l'âge de 17 ans, Henry James étudie la peinture avec son frère aîné William dans l'atelier de William Morris Hunt. Troublé par l'intimité que cela implique avec le modèle, il découvre qu'il n'est pas fait pour « une attaque aussi directe de la réalité ». Il décide de « rempocher son crayon », et de traiter la réalité par le roman. Cependant, l'exercice de l'oeil, l'acuité du regard posé sur les choses visibles masquant des vérités cachées, est resté un des fondements de son art littéraire, se mettant sciemment en rivalité avec l'art pictural, en puisant dans une sorte de musée intérieur constitué d'expériences vécues et de réflexions théoriques. Durant toute sa carrière, James n'a cessé de visiter galeries et musées, se liant avec des peintres, et rédigeant des chroniques qui le placent dans la lignée de Baudelaire ou de Zola, en particulier lorsqu'il traite d'artistes français, Daumier ou Delacroix. Un choix inédit de ces textes est proposé en annexe, ainsi que de nombreuses reproductions des tableaux commentés. Jean Pavans a traduit l'intégrale des nouvelles et de nombreux romans et essais de James. Il a, entre autres, adapté au théâtre Les Papiers d'Aspern (mis en scène par Jacques Lassalle pour la Comédie-Française). Auteur de romans, nouvelles et essais, Jean Pavans a obtenu le Prix Halpérine-Kaminsky Consécration pour ses traductions de James. Parmi les classiques qu'il a traduits : Edith Wharton, Gertrude Stein, Virginia Woolf, Harold Pinter, Percy Bysshe Shelley.
A la fin de janvier 1726, François-Marie Arouet, dit Voltaire, est bastonné, sans raison, par des valets aux ordres du chevalier de Rohan. Il demande justice, on le jette à la Bastille. Il est, déjà, le plus célèbre poète français, mais un écrivain n'est rien face au rejeton d'une bonne famille. Un demi-siècle plus tard, en mars 1778, Paris en liesse accueille Voltaire comme un roi, cependant que Versailles boude. Essayer de comprendre ce qui s'est passé entre deux moments, c'est parcourir les fils emmêlés d'une aventure individuelle, singulière, celle d'un homme de lettres dont l'ambition est aussi éclatante que le génie, et d'une aventure historique, celle d'une société qui découvre et expérimente un pouvoir inédit, celui de forger et d'exprimer publiquement son opinion, face à l'Etat absolu. Aucune de ces deux aventures n'est simple, linéaire ; l'ambiguïté, le masque, la décontraction en sont au contraire les traits permanents. Mais de ces dessins troubles et indécis surgit une figure sociale nouvelle, promise à un bel avenir, celle de l'intellectuel, appelé alors philosophe. Une figure dont Voltaire a été tout à la fois l'initiateur, le stratège et le héros. C'est à une éblouissante traversée de cette vie si inlassablement active que nous convie Pierre Lepape dans ce livre qui est à la fois une biographie et un essai, une étude historique et sociale de ce siècle des Lumières qui n'en finit pas de disposer des siècles qui vont suivre ; révélant ainsi, pas à pas, année par année, la silhouette de l'intellectuel moderne.
La Musique et les Heures reprend une série de textes célèbres (et depuis longtemps introuvables, tel le Nocturne) de Vladimir Jankélévitch – série qui s'est organisée d'elle-même autour du temps humain. Du matin (Satie) au soir (Fauré, Chopin), en passant par le soleil de midi de Rimski-Korsakov, les heures scandent l'écriture des œuvres musicales. Et cette correspondance qui rattache chaque moment privilégié du jour à un style musical semble si naturelle qu'on ne peut s'empêcher de penser que – l'ordre des textes qui la révèle ne pouvant pas être tout à fait arbitraire – ce recueil aurait pu être constitué par Vladimir Jankélévitch lui-même.
Mo Yan : au croisement du local et de l'universel. (Actes du colloque international Paris-Aix, 2013-
Mo Yan, prix Nobel de littérature 2012, est connu en Occident depuis le début des années 1990. Une vingtaine de ses oeuvres sont aujourd'hui disponibles en français. Au-delà de son succès institutionnel et médiatique, le royaume littéraire de Mo Yan, son pays natal de Gaomi, constitue un moyen privilégié d'interroger les dynamiques de la mémoire et du présent. La superposition de différentes strates temporelles, mythiques, légendaires et historiques, transfigurées par une narration carnavalesque, révèle l'ambivalence d'un territoire à la fois réel et imaginaire, ouvert sur l'universel. C'est de cette ouverture qu'un colloque réunissant traducteurs et chercheurs venus de Chine, des États-Unis, d'Italie, des Pays-bas, de Suède... s'est proposé de débattre. Comment traduire dans d'autres langues la richesse verbale de Mo Yan qui manie sans cesse l'ironie ou l'allusion et qui ne se prive jamais d'utiliser le dialecte du Shandong ? Quelle est son originalité intrinsèque au sein de l'univers littéraire chinois – encore peu familier hors de ses frontières nationales ? Quelle place cet écrivain enraciné dans la culture locale occupe-t-il à présent dans la littérature mondiale aux côtés des Faulkner, Garcia Marquez ou Ōe ? Ce volume a été dirigé par Yinde Zhang, Shuang Xu et Noël Dutrait, à l'issue du colloque organisé par : Le Centre d'études et de recherches comparatistes (CERC, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3), Le Centre de recherches sur l'Asie orientale et l'UFR Langues et civilisations de l'Asie orientale (CRCAO/LCAO université Paris Diderot), L'Institut de recherches asiatiques (UMR IrAsia, université Aix-Marseille), sous la direction de Noël Dutrait. avec les contributions de : Annie BERGERET CURIEN • CHEN Maiping • CHEN Sihe • CHEN Xiaoming • Chantal CHEN-ANDRO • CHENG Guangwei • François DUBOIS • Noël DUTRAIT • Philippe FOREST • Sylvie GENTIL • Xiaomin GIAFFERRI-HUANG • Anna GUSTAFSSON CHEN • HOU Yinghua • JIN Siyan • Sandrine MARCHAND • Silvia MARIJNISSEN • Nicoletta PESARO • Isabelle RABUT • Victor VUILLEUMIER • David Der-wei WANG • Shuang XU • ZHANG Qinghua • Yinde ZHANG • Nicolas ZUFFEREY Mo Yan a reçu le prix Nobel de littérature en 2012.
"La vocation de la musique n'est pas de répondre à l'alternative du près et du loin. La musique n'a pas à choisir. Le logicien insiste, menace, s'impatiente, il nous dit : de deux choses l'une. Mais la musique, qui déploie toute sa finesse dans l'audition, fait ici la sourde oreille. Elle récuse les catégories tranchées et les disjonctions brutales, comme elle récuse tout ultimatum. Grâce à elle et à sa magie, le près et le loin peuvent se confondre comme se confondent le forte et le pianissimo contradictoirement mêlés dans l'ambiguïté insaisissable du pianissimo sonore et du forte con sordina. Le mystère de la sonorité est là tout entier. Le son est perpétuellement en mouvement. Le son se rapproche, s'éloigne, nous enveloppe entièrement, et puis nous quitte pour s'éteindre dans les lointains. Les ondes de la musique circulent dans l'espace sonore. De là ce charme captivant, mais aussi décevant, instable, problématique dont le nom est musique. Car la musique est un charme, charme nostalgique comme l'est toujours le charme. Ce charme de l'inachevé est celui de la présence absente." Vladimir Jankélévitch
Montaigne prononce à trois reprises son prénom dans les Essais. Une première fois, dans l'un des plus anciens chapitres du livre I, où il dénonce l'inconsistance du nom. Les deux autres, près de vingt ans plus tard, lors des additions de l'exemplaire de Bordeaux – à même la page imprimée, ce sont désormais des signatures autorisées : du nom impropre au nom d'auteur, ce livre va tenter de retracer la fantasme, de découvrir la logique. Celle-ci rencontre d'abord un nominalisme extrême, où le nom – propre aussi bien que commun – est un universel sans du tout de réalité. Mais elle bronche sur le nom du père, véritable pierre d'achoppement qui contraint à verser dans le réalisme, puisqu'un universel du moins subsiste, la "maison", à la fois la terre et le nom. Cet universel, on le verra, s'incarne dans la semence. Mais Montaigne, premier du nom, est aussi le dernier, et le dilemme ne sera dépassé que lorsque le livre aura suppléé l'enfant. Du coup un autre nom sera propre à côté du nom du père : celui d'auteur. Une écriture comme celle de Montaigne, qui refusa en principe toutes légitimités disponibles, ne peut se reconnaître un nom d'auteur qu'au terme du livre, ou après coup. Nous, Michel de Montaigne est ainsi une analyse rétrospective de l'appropriation du nom et de l'invention de l'auteur à travers l'écriture des Essais. Antoine Compagnon est professeur au Collège de France et à Columbia University, New York, Antoine Compagnon est notamment l'auteur de Le Démon de la théorie (Seuil, 1998), Les Antimodernes (Gallimard, 2005), et très récemment La Classe de rhéto (Gallimard, 2012).
Sollers écrivain " Les vicissitudes de l'imagerie sociale font qu'on oublie parfois, me semble-t-il, que Philippe Sollers est un écrivain. C'est pour le rappeler que je réunis ici les textes critiques dont j'ai accompagné son œuvre, au fur et à mesure qu'elle se faisait ; c'est aussi pour suggérer que les habitudes qui règlent l'engagement littéraire sont peut-être en train de changer : abandonné des anciennes classes et inconnu des nouvelles, l'écrivain, au sens magnifique du terme, est de plus en plus seul ; la portée de son travail doit être évaluée selon des règles nouvelles. Ce sont les difficultés, les risques, mais aussi la nécessité de ce changement, dont l'écrivain Sollers porte témoignage. " Roland Barthes. Les six textes de Barthes consacrés à Sollers écrivain ont paru entre 1965 et 1979. Roland Barthes (1915-1980) Sémiologue, essayiste, il a élaboré une pensée critique singulière, en constant dialogue avec la pluralité des discours théoriques et des mouvements intellectuels de son époque, tout en dénonçant le pouvoir de tout langage institué. Il est notamment l'auteur du Degré zéro de l'écriture (1953) et de Fragments d'un discours amoureux (1977).
Voilà plus de deux siècles que l'Égypte fascine les Français. Ce sont les savants emmenés par Bonaparte qui, en l'étudiant avec passion, l'ont révélée au monde, sinon à elle-même. Un autre Français, Champollion, déchiffrera plus tard les hiéroglyphes ; Auguste Mariette créera le Musée du Caire ; les saint-simoniens venus de Paris rêveront au canal de suez et Ferdinand de Lesseps le réalisera... A cette passion française répond dès le départ une attirance des Égyptiens pour la patrie de Voltaire et de Rousseau. Très tôt naîtra ainsi sur les bords du Nil une " France égyptienne ", avec sa presse florissante, ses salons littéraires et ses établissements scolaires prestigieux. Loin de stopper ce mouvement, l'occupation britannique de la fin du XIXe siècle renforce paradoxalement la francophilie des Égyptiens. Occupée par les Anglais, l'Égypte choisit de rêver en français. C'est cette formidable aventure commune, dont les héros sont des égyptologues, des ingénieurs, des écrivains, des enseignants, des malfrats mais d'abord les peuples eux-mêmes que Robert Solé raconte ici. Né égyptien, arrivé en France à l'âge de dix-huit ans, aujourd'hui directeur adjoint de la rédaction du Monde et romancier, il était l'un des mieux placés pour le faire. Les personnages de chair et de sang qu'il ressuscite dans ces pages, de Soliman pacha à Gaston Maspero, de Vivant Denon à Clot bey, Gérard de Nerval ou Dalida, sont ceux-là mêmes qui ont fait le succès de ses romans : Le Tarbouche, Le Sémaphore d'Alexandrie et La Mamelouka. Sur un tel sujet, on n'avait jamais balayé un champ aussi vaste ni rassemblé une documentation aussi précise. Elle nourrit un récit dont l'ampleur fait déjà de L'Égypte, passion française un livre de référence.
"Qu'est-ce que la musique ? se demande Gabriel Fauré à la recherche du "point intraduisible", de la très irréelle chimère qui nous élève "au-dessus de ce qui est...". C'est l'époque où Fauré ébauche le second mouvement de son premier Quintette, et il ne sait pas ce qu'est la musique, ni même si elle est quelque chose ! Il y a dans la musique une double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité. Car la musique est à la fois expressive et inexpressive, sérieuse et frivole, profonde et superficielle ; elle a un sens et n'a pas de sens. La musique est-elle un divertissement sans portée ? ou bien est-elle un langage chiffré et comme le hiéroglyphe d'un mystère ? Ou peut-être les deux ensemble ? Mais cette équivoque essentielle a aussi un aspect moral : il y a un contraste déroutant, une ironique et scandaleuse disproportion entre la puissance incantatoire de la musique et l'inévidence foncière du beau musical."