L'Univers historique
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Le XXe siècle s'honore de travaux de qualité, mais personne n'a entrepris d'écrire sur l'Ancien régime russe un ouvrage de synthèse donnant à la fois un récit suffisamment complet et ce jugement réfléchi sans lequel il n'y a pas de véritable histoire. C'est ainsi qu'Alain Besançon, dans sa préface, montre l'intérêt et l'originalité de cet ouvrage dû à l'un des meilleurs représentants de l'école slavistique américaine. L'histoire de l'Ancien régime russe, depuis la vieille Moscovie, jusqu'à la révolution de 1917, est saisie à travers la relation tragique de l'État et de la société, dont l'impossible rencontre est une explication centrale du phénomène russe.
L'attitude du parti communiste français au début de la dernière guerre, et spécialement jusqu'à la fin de 1941, a été un des thèmes constants de polémique. Pour le Parti, c'était un des boulets les plus lourds et les plus difficiles à traîner de toute son histoire. Les faits sont désormais établis et ils ne sont plus, eux, matière à controverse. Le moment était donc venu de faire le point. C'est pourquoi trois institutions scientifiques (le Centre de recherches d'histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l'université de Paris-I, la Fondation nationale des sciences politiques, l'Institut d'histoire du temps présent du CNRS) ont organisé un colloque à l'École normale supérieure, sous la coordination de Jean-Pierre Azéma, Antoine Prost et Jean-Pierre Rioux. Les questions les plus délicates ont été abordées, sans préjugé et sans tabou, et les débats se sont déroulés sans dérive partisane. Le lecteur pourra, désormais, juger sur pièces.
Les relations entre la France et les États-Unis n'ont jamais été simples. Empreintes d'admiration et même d'affection mutuelles (comme l'attestent les sondages d'opinion), elles sont aussi tissées d'incompréhension durable et d'hostilité épisodique. C'est pourquoi cette histoire n'est pas seulement celle de deux diplomaties. C'est aussi l'histoire vivante d'un couple de peuples qui, depuis deux siècles, ne cessent de s'irriter l'un contre l'autre sans jamais se résoudre à rompre.
Plongez dans l’enquête magistrale de Patrick Boucheron sur la peste noire, la pire catastrophe démographique de l’histoire. Un essai captivant qui éclaire notre présent à la lumière du Moyen Âge et révolutionne notre compréhension des pandémies.
Esprit brillant, rénovateur de la science historique, fervent républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, combattant des deux guerres mondiales, résistant, Marc Bloch est une figure majeure de l’intellectuel engagé, jusqu’au sacrifice de sa vie puisqu’il est brutalement assassiné par les nazis en 1944. Son entrée au Panthéon, le 23 juin 2026, offre l’occasion de montrer l’inextricable alliance savante, politique et morale qu’incarnent son parcours, ses travaux historiques et sa vie posthume. Car l’histoire, en tant que méthode, matière à réflexion personnelle et source d’engagement collectif, fut pour lui, sa vie durant, une forme de résistance. Son héritage qu’analyse la génération actuelle des historiennes et historiens, et auquel elle rend hommage dans cet ouvrage collectif, nous rappelle plus largement que l’exigence de la vérité et le partage du savoir sont des combats essentiels et d’une impérieuse actualité. Florian Mazel est professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a notamment publié au Seuil L’Évêque et le Territoire (2016) et dirigé la Nouvelle Histoire du Moyen Âge (2021, « Points Histoire », 2024-2025). Yann Potin est conservateur en chef aux Archives nationales et maître de conférences associé en histoire du droit à l’université Paris-Nord. Il a notamment codirigé avec Jean-François Sirinelli, Générations historiennes (XIXe-XXe siècles) (CNRS Éditions 2019).
Mobilisant aussi bien les savoirs scientifiques que les conceptions philosophiques et religieuses, ou encore les oeuvres de fiction et l'histoire de l'art, Georges Vigarello explore les différentes façons par lesquelles les sociétés occidentales ont pensé le corps humain dans son unité. Avec un souci d'intelligibilité remarquable, il met en lumière la succession de modèles (le modèle humoral, fibreux, énergétique, informationnel) par lesquels le corps a été appréhendé depuis l'Antiquité jusqu'au temps présent. Au-delà d'une telle succession, il porte une attention subtile à ses usages, aux manières d'être et d'agir qui ne cessent d'évoluer au cours de l'histoire. Le livre montre comment le corps occidental est travaillé par des principes décisifs d'affranchissement, d'individualisation et de sensibilité, ouvrant sur une manière totalement inédite de penser le temps : dynamique centrale, originale, traversant la longue durée, d'où les individus tirent leur force, comme leur possible fragilité. Notre propre conception contemporaine du corps en sort singulièrement dépaysée.Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Georges Vigarello a notamment publié au Seuil Histoire du viol (XVIe-XXe siècle) (1998), Histoire des pratiques de santé (1999), La Silhouette (2012), Le Sentiment de soi (2014) et Histoire de la fatigue (2020). Il a dirigé par ailleurs plusieurs ouvrages collectifs, avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine, dont une Histoire du corps en 2006.
Qui se souvient qu’Arthur Rimbaud disparut sans laisser de traces pour s’engager en mai 1876 comme soldat dans l’armée coloniale hollandaise ? Soit quelques mois seulement après avoir abandonné la poésie et vu Verlaine une dernière fois. Nul n’imagine alors qu’il s’est embarqué vers l’archipel indonésien et ses climats meurtriers. Depuis le cœur de l’île de Java, il se prépare, au milieu des rizières et des volcans, à rejoindre la sanglante guerre d’Aceh. Mais, soudain, dans la nuit du 15 août, Rimbaud déserte et s’évanouit à travers jungles et marais. Puis navigue quatre mois, via le cap de Bonne-Espérance, pour rejoindre Charleville à Noël, au terme du plus lointain voyage de son existence. Ce Rimbaud-là fait désordre : entre le poète incandescent et le trafiquant d’Abyssinie, la légende a préféré laisser dans l’ombre le mercenaire, le déserteur et le marin. Or retrouver le personnage historique, c’est découvrir, sous le mythe, un jeune Européen de 21 ans assoiffé d’ailleurs et pris dans les grandes forces anonymes du XIXe siècle – la rivalité des empires coloniaux et la dynamique de mondialisation. C’est aussi, depuis son épisode le plus obscur, éclairer cette vie archi-connue d’une tout autre lumière. Tant l’enfance ardennaise que sa participation à la Commune et son expérience africaine. Scrutant les moindres indices, pistes et empreintes, Hervé Mazurel s’interroge sur ce que l’oubli, la perte et l’effacement font à l’écriture de l’histoire. En mobilisant l’imagination comme instrument de connaissance, sans jamais renoncer au contrat de vérité qui lie l’historien à son lecteur, ce livre entend enfin montrer qu’on peut jouer avec les possibles sans jouer avec les faits. Historien des sens, des affects et des imaginaires, Hervé Mazurel est maître de conférences HDR à l’université de Bourgogne Europe. Co-directeur de la revue Sensibilités, il est notamment l’auteur de Vertiges de la guerre (Les Belles Lettres, 2013), Kaspar l’obscur ou l’enfant de la nuit (La Découverte, 2020) et de L’Inconscient ou l’oubli de l’histoire (La Découverte, 2021).
Selon un récit encore vivace, la « civilisation » occidentale (une invention du XIXe siècle) serait le fruit de la culture et du savoir grecs et romains, disparus d'Europe pendant les Âges dits obscurs et redécouverts à la Renaissance. Dans cet ouvrage captivant, Josephine Quinn montre que ce prétendu Occident n'existerait pas sans ses influences proche-orientale, africaine, indienne et chinoise très anciennes. Cette histoire globale livre un récit enthousiasmant qui débute deux mille ans avant notre ère pour se poursuivre jusqu'au Moyen Âge. Avec un rare talent de conteuse, l'autrice nous convie à un merveilleux voyage, une traversée des siècles fascinante, celle de millénaires de rencontres et d'échanges commerciaux, d'influences techniques, culturelles ou religieuses, d'inventions qui circulent à l'échelle mondiale. Josephine Quinn maîtrise au plus haut point l'art du récit, nous offrant des histoires, des portraits, des détails à la fois surprenants et passionnants, avec une grande générosité. Un ouvrage magistral.Professeure à l'université de Cambridge, Josephine Crawley Quinn est une historienne et archéologue britannique spécialiste d'histoire grecque, romaine et phénicienne. Elle travaille plus largement sur l'histoire et l'archéologie de la Méditerranée.Audacieux, magnifiquement écrit et riche de connaissances impressionnantes. Une réussite extraordinaire. Peter FrankopanTraduit de l'anglais par Souad Degachi et Maxime Shelledy
Quand l'extrême droite est-elle née en France ? Comment s'est-elle reconfigurée au fil du temps ? Comment décrire ses organisations et ses pratiques partisanes ? Quels sont ses filiations intellectuelles, son rapport au capitalisme et ses liens avec les forces politiques étrangères connexes ? De la contre-révolution à l'ascension du Front national, en passant par le régime de Vichy et les guerres coloniales, l'extrême droite française a toujours suivi les dynamiques propres à chaque période. Pour en raconter la longue histoire, Baptiste Roger-Lacan a rassemblé autour de lui une nouvelle génération de spécialistes qui, ces dernières années, a revisité en profondeur les recherches sur le sujet. Ils mettent en évidence, notamment, l'ancienneté de ses ancrages territoriaux et internationaux ainsi que les modes et formes d'expression de son imaginaire. Ce livre propose ainsi le récit accessible et renouvelé d'une force politique qui n'a cessé de se redéfinir, se voulant l'expression d'une modernité alternative alors même qu'elle s'est constituée dans l'opposition aux changements. Parce que l'évolution complexe et continue des extrêmes droites a façonné le paysage politique, culturel et social de la France, c'est toute son histoire qui s'éclaire d'un nouveau jour.Baptiste Roger-Lacan, agrégé et docteur en histoire, est chargé de recherches à la Fondation Napoléon. Enseignant à l'Institut catholique de Paris et à Sciences Po, il a publié Le Roi. Une autre histoire de la droite (Passés composés, 2025).
En seulement six semaines au printemps 1940, la France connaît l'un des effondrements militaires les plus stupéfiants de l'histoire moderne. Comment une grande puissance européenne, dotée d'une armée réputée invincible et de chars technologiquement supérieurs, a-t-elle pu s'effondrer aussi rapidement face à l'offensive allemande ? Julian Jackson déconstruit magistralement les mythes entourant cette défaite. Loin des explications simplistes, il révèle une tragédie aux multiples facettes : doctrine militaire obsolète, leadership politique paralysé, divisions sociales profondes et choc psychologique face à une nouvelle forme de guerre. De la percée surprise à Sedan aux débats déchirants sur l'armistice, en passant par l'évacuation dramatique de Dunkerque, cet ouvrage explore comment un désastre militaire a balayé la démocratie française et redessiné l'équilibre géopolitique mondial. Cette lecture essentielle offre bien plus qu'un récit militaire : c'est une leçon sur la fragilité des démocraties face aux crises. L'analyse de Julian Jackson éclaire notre présent autant que notre passé. Un ouvrage incontournable pour comprendre comment une nation peut basculer - et se reconstruire.
Le XIXe siècle a été par excellence le temps du « culte des morts », ce culte familial du souvenir et de la tombe qui a été un de ses ancrages anthropologiques et religieux les plus profonds et les plus unanimes. L’Ancien Régime n’avait rien connu de tel. Et pour cause : son système d’inhumation était tout autre et l’essentiel était encore pour lui de prier pour les âmes des morts, pas d’aller leur rendre visite dans les cimetières. Les défunts étaient enterrés dans et autour des églises, les cimetières avaient des allures de terrains vagues, les tombes individuelles étaient rares et on ne pèlerinait que sur celles des saints. Au XIXe siècle, tout change. Un nouveau type de cimetière émerge : le nôtre. Propriété communale, souvent séparé des églises et des habitations, plus étendu, il accueille un nombre croissant de tombes individuelles et familiales, pour certaines monumentales. Dans ce nouvel espace les rituels se modifient : visites fréquentes, dépôt de fleurs, recueillement, compatibles avec toutes les croyances et incroyances du siècle. Pompes funèbres et tenues de deuil envahissent l’espace public, le phénomène culminant chaque année à la Toussaint. Le culte des morts a ainsi été le grand phénomène de religion populaire du XIXe siècle, un siècle qui a eu le deuil pour religion et dont l'influence s'est prolongée fort avant dans le XXe siècle, et même jusqu'à nos jours. Guillaume Cuchet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et codirecteur du Centre d’histoire du XIXe siècle de la Sorbonne. Il a publié notamment Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018).
Plus de 1,5 millions Français vivent aujourd'hui avec la maladie d'Alzheimer ou une pathologie apparentée et, à leur côté, on compte plus de 3,5 millions de proches aidants. Comprendre ces maladies neuro-dégénératives affectant considérablement l'expérience du vieillissement est devenu une question sanitaire, familiale et éthique. Un enjeu de connaissance majeur dans le domaine médical, mais aussi pour les sciences sociales. L'histoire longue des prises en charge de la santé mentale des personnes âgées offre à cet égard une clé de lecture capitale. Comment les troubles mentaux des personnes âgées sont-ils vécus, interprétés, accompagnés par les différents acteurs sociaux depuis l'apparition, au XIXe siècle, du diagnostic de démence sénile, jusqu'aux années 1980 ? Fruit de l'enquête menée par deux historiennes, Dernières folies aborde ainsi de front des questions sensibles : avec les outils de l'histoire, il entend parler de la vieillesse, de la folie et de la mort, en plaçant au coeur de l'analyse, sans pathos, fausse pudeur ou misérabilisme, les existences fragiles de ces « vieux fous ».Marie Derrien est maîtresse de conférences à l'Université de Lille et chercheuse à l'IRHiS. Elle est spécialiste de l'histoire de la folie, des dispositifs de soins psychiatriques et des traumatismes psychiques de guerre.Mathilde Rossigneux-Méheust est maîtresse de conférences à l'Université Lyon 2 et chercheuse au LARHRA. Spécialiste de l'histoire de la vieillesse, des institutions disciplinaires et des classes populaires, elle a publié Vieillesses irrégulières. Un fichier d'indésirables en maison de retraite (1956-1980) (La Découverte, 2022).
Dans le monde incertain des guerres de Religion (1562-1598), survivre est tout un art. Comment mentir, se déguiser, s’échapper, simuler ou dissimuler sa confession religieuse ? Comment se faufiler, tromper ou surprendre son adversaire ? Quelles sont, en somme, les tactiques pour tenir dans un monde soudain hostile, dans lequel le voisin peut dénoncer, le boucher empoisonner, votre accent vous trahir, le fils égorger, le mari mentir et la rue naguère familière devenir guet-apens ? « Car en matière de guerres intestines, écrit Montaigne, votre valet peut être du parti que vous craignez. Et lorsque la religion sert de prétexte, les parentés mêmes deviennent peu fiables ». En s’appuyant sur des chroniques contemporaines et sur un matériau archivistique exceptionnel, cette enquête entend rendre sensible ce que fut l’expérience concrète des « tristes hommes d’après 1560 ». Parce que la guerre civile rend incertain ce qui semblait le mieux établi – l’identité des êtres et des choses, le statut des lieux, le langage lui-même –, Survivre entreprend de mettre en lumière les savoir-faire et les savoir-vivreavec le trouble. Mais ce livre n’entend pas seulement restituer au plus près des documents ce que fut l’épreuve de la guerre intestine. Il propose une relecture ambitieuse de l’ensemble des guerres de Religion, laboratoire de notre modernité, désormais envisagées au prisme de la condition d’incertitude Jérémie Foa est maître de conférences habilité à diriger des recherches à Aix-Marseille Université, membre du laboratoire TELEMMe et spécialiste de l’histoire des guerres de Religion en Europe. Il est notamment l’auteur de Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy (La Découverte, 2021 ; Prix lycéen du livre d’histoire de Blois, 2022).
Gabriel Noël vient d'avoir 21 ans lorsqu'il s'engage dans les bataillons des volontaires de l'armée révolutionnaire en août 1791. C'est là que l'historien Thomas Dodman le rencontre, grâce à sa correspondance avec sa mère et sa soeur adoptives, Élisabeth Dufresne et Charlotte de Visme, sa « bonne famille » à Sommerviller en Lorraine. Élisabeth est philosophe : elle fréquente les salons de Lunéville et a élevé ses enfants avec Rousseau. Charlotte se veut « sans-culotte » et s'implique avec sa mère dans l'école du village. Gabriel, c'est un peu Émile à la guerre, soldat-citoyen pris entre ses idéaux et ses désillusions. Il restera cinq ans à l'armée avant de rentrer épouser sa soeur à Sommerviller, dont il sera le maire jusqu'à sa mort en 1850. Fruit d'une aventure de dix ans dans les archives et les greniers, ce livre raconte trois vies à la fois singulières et normales dans une France rurale traversée par les bouleversements de la Révolution, le retour à l'ordre de l'Empire, la modernité du premier XIXe siècle. L'écriture de l'historien se coule dans les pleins et les creux des sources pour dessiner trois silhouettes dans leur époque. La citoyenneté, l'école, le patriotisme, le droit des femmes : l'avènement tortueux d'une société d'égaux se glisse dans les plis de l'intime. S'élabore ainsi, sur le temps long, une histoire sensible de la Révolution française. Thomas Dodman est historien de la France moderne. Membre du comité de rédaction de la revue Sensibilités (Éditions Anamosa), il enseigne à l'université de Columbia (New York). Il a coordonné Une histoire de la guerre, dirigée par Bruno Cabanes (Seuil, 2018) et publié Nostalgie, histoire d'une émotion mortelle (Seuil, 2022).
Qu'il suscite l'engouement ou la controverse, le marché de l'art ne laisse guère indifférent. Mais, derrière les prix records et les succès spéculatifs, que sait-on vraiment du rôle qu'y jouent les artistes et leurs oeuvres ? Ni génies désintéressés ni entrepreneurs stratèges, les artistes, hommes et femmes, négocient leurs prix et leurs coûts, défendent leur art, nouent des attachements, mais rêvent aussi de publics nouveaux en inventant des formes inédites d'exposition et de vente. Ce livre nous plonge dans l'histoire longue - depuis la Renaissance - du premier marché de l'art. Dans ce moment de transaction inaugurale, les oeuvres quittent l'atelier pour être vendues à des mécènes, marchands ou galeristes, clients familiers ou inconnus. Á l'épreuve des exigences de l'art et du marché, les oeuvres devront prouver leur valeur pour la première fois. C'est ainsi qu'entre connivence et critique, l'art participe, sans toujours y adhérer, aux déploiements du capitalisme. Vendre son art : d'Albrecht Dürer à Frida Kahlo, d'Artemisia Gentileschi à Kehinde Wiley, un autre marché de l'art se dévoile pour la première fois sur le temps long, dans des oeuvres que ce livre fait redécouvrir et voir autrement. Charlotte Guichard est historienne de l'art moderne, professeure à l'École normale supérieure. Elle a notamment publié au Seuil : Graffitis. Inscrire son nom à Rome (XVIe-XIXe siècle) (2014) et La Griffe du peintre. La valeur de l'art (1730-1820) (2018). Sophie Cras est historienne de l'art contemporain à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle a notamment publié L'Économie à l'épreuve de l'art. Art et capitalisme dans les années 1960 (Les Presses du réel, 2018) et édité Écrits d'artistes sur l'économie, une anthologie. De modestes propositions (Ed. B42, 2022).
Vies rebelles retrace des bribes d'existence de femmes noires, qui ont quitté le sud des États-Unis en quête d'une vie meilleure pour les villes du Nord-Est, New York et Philadelphie, entre 1890 et 1930, après l'abolition de l'esclavage.S'appuyant sur les sources de la police, les écrits des philanthropes et des réformateurs sociaux, les archives de la justice mais aussi sur les notes prises par le jeune W.E.B. Du Bois lors de ses enquêtes, Saidiya Hartman leur donne vie, rendant à ces filles et femmes leur statut de sujet, dessinant des portraits vibrants de Noires indisciplinées, reconstituant leurs désirs, leurs efforts pour trouver la joie de vivre, leurs aspirations à la liberté, leurs élans de vie, leurs pensées, leurs corps éprouvés mais libres, leur anarchisme.Il en résulte des histoires inoubliables, portées par une écriture exceptionnelle, qui transforment nos représentations des classes subalternes « déviantes » et de la condition noire dans les sociétés post-esclavage. Cette attention à l'infra-politique ouvre aussi d'autres généalogies aux radicalités noires et à la révolution des moeurs. Soixante-dix photographies rares et bouleversantes viennent illustrer la vie de ces femmes en marge de la société. Saidiya Hartman est l'une des théoriciennes afro-américaines les plus réputées aux États-Unis. Elle poursuit un travail d'écriture à la frontière des sciences humaines et de la narrative non fiction qui inspire nombre de chercheurs mais aussi d'artistes. Elle est professeure à l'université de Columbia. Traduit de l'anglais par Souad Degachi et Maxime Shelledy
Si les concepts de fake news et post-vérité semblent définir notre monde contemporain, le Moyen Âge n'était-il pas déjà l'empire du faux ? De la fausse donation de Constantin aux évangiles apocryphes, des fausses reliques aux faux monnayeurs, des milliers de fausses chartes aux comptabilités trafiquées, pourquoi la tromperie semble-t-elle régner à cette époque ? À y regarder de plus près, le faux vécu et pratiqué au Moyen Âge, loin d'être homogène, n'épouse pas nos tranchantes certitudes contemporaines. Car ces dernières tirent leurs origines d'un long cheminement qui, du XVIIe au XIXe siècle, n'a laissé de place que pour le blanc et le noir, le vrai et le faux. Il faut abandonner la notion figée de « faux médiéval », pour porter l'attention sur les « régimes de faux » et de tromperie, de forges et de forgeries. Ces derniers révèlent un rapport au savoir et à l'écrit, ainsi qu'une conception du pouvoir étonnants. Les médiévaux cherchent davantage à forger leur vie et forcer leur destin qu'à falsifier stricto sensu des documents. En ce début du troisième millénaire, le savoir connaît une révolution comparable, avec l'explosion du numérique qui s'accompagne elle aussi d'une viralité du faux. S'interroger sur sa constitution est en creux une manière d'éclairer ce qu'est le vrai. Une réflexion nécessaire, impérieuse.Professeur en histoire médiévale à l'Université catholique de Louvain, Paul Bertrand s'intéresse aux cultures graphiques et textuelles médiévales. Il a notamment publié Les Écritures ordinaires. Sociologie d'un temps de révolution documentaire entre royaume de France et empire, 1250-1350 (Publications de la Sorbonne, 2015).
L'esclavage et la traite atlantique des esclaves comptent parmi les crimes contre l'humanité les plus odieux commis à l'ère moderne. Plus de 12,5 millions d'êtres humains ont été déportés d'Afrique pour nourrir le commerce du sucre, du tabac, de l'indigo ou du café, et beaucoup ont péri sur les côtes africaines ou pendant le voyage. Lorsque l'esclavage a été aboli, il avait marqué au fer rouge les corps et les sociétés, mais, à ce jour, aucune réparation n'a été versée aux anciens esclaves ou à leurs descendants. Les pays européens n'ont jamais indemnisé leurs anciennes colonies des Amériques, dont la richesse reposait sur le travail des esclaves. De même, aucune nation africaine n'a jamais obtenu la moindre forme de réparation pour la traite atlantique des esclaves. Pourtant, des demandes de réparations n'ont eu de cesse d'être formulées depuis le XVIIIe siècle dans des pétitions, des correspondances, des pamphlets, des discours publics, des récits d'esclaves et des plaintes judiciaires... C'est cette histoire longue et difficile que retrace Ana Lucia Araujo. S'appuyant sur les voix de divers peuples qui se sont identifiés et s'identifient encore comme des victimes de la traite atlantique, ce livre met en lumière les multiples dimensions des demandes de réparations en Europe et aux AmériquesAna Lucia Araujo est professeure titulaire à l'Université Howard (Washington DC), spécialiste de l'histoire et de la mémoire de l'esclavage. Elle a publié notamment Humans in Shackles: An Atlantic History of Slavery (University of Chicago Press, 2024) et The Gift: How Objects of Prestige Shaped the Atlantic Slave Trade and Colonialism (Cambridge University Press, 2024). Elle est engagée dans de multiples institutions internationales au sujet de la question de la mémoire de l'esclavage.
Par une sombre après-midi d'hiver, en 1764, dans la ville paisible d'Angoulême, 83 personnes se réunissent pour signer un contrat prénuptial pour la fille d'une certaine Marie Aymard, une veuve illettrée. Ce même nom apparaît sur une procuration concernant les biens de son défunt mari, un menuisier parti travailler sur l'île de Grenade. Deux documents conservés dans les archives : voilà tout ce qu'il reste de son existence. C'est peu au regard de l'épaisseur d'une vie, mais, pour qui sait les lire attentivement, ce point de départ est suffisant pour essayer d'écrire l'histoire de Marie et de ses descendants. Emma Rothschild se lance dans l'aventure et plonge le lecteur dans une enquête historique de grande ampleur, sur cinq générations. Les membres de l'obscure famille Aymard n'ont laissé derrière eux presque aucune lettre personnelle. Certains ont voyagé jusqu'en Syrie, au Mexique et à Tahiti, d'autres sont restés à Angoulême. Leurs fortunes sont diverses : à la dernière génération, celle que l'on suit jusqu'en 1906, on trouve une couturière impécunieuse demeurant à Paris, et le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger. Qu'est-ce que le destin d'une famille ordinaire peut nous dire sur les mobilités sociales et les mutations économiques d'un long XIXe siècle ? Beaucoup, c'est le pari des romanciers. C'est aussi celui que relève avec brio Emma Rothschild, en historienne.Emma Rothschild est professeur d'histoire, titulaire de la chaire Jeremy and Jane Knowles à Harvard. Elle y dirige le Center for History and Economics. On compte parmi ses ouvrages Economic Sentiments: Adam Smith, Condorcet and the Enlightenment (Harvard University Press, 2001) et The Inner Life of Empires (Princeton University Press, 2011).Traduit de l'anglais par Johanna Blayac
Feuilleter un extrait.En janvier 1520, le crieur public Pasqualin Durazin est chargé par les magistrats de Venise de proclamer une loi relative à l'écoulement des eaux usées et au ramassage des ordures. Il y a urgence à agir : cet hiver-là, les pluies abondantes font se déverser quantité d'immondices dans les eaux de la lagune mettant en péril la réputation de la ville et la santé de ses habitants. Vénitiens ! Vénitiennes ! nous invite à suivre la tournée du crieur public, de paroisse en paroisse, des palais des grandes familles patriciennes jusqu'aux étals des marchés, des bords du Grand Canal jusqu'aux arrière-cours des maisons populaires. Venise est une ville bouillonnante d'activité, densément peuplée, qui bruisse d'une multitude de langues et de visiteurs venus de toute la Méditerranée. Ancrant le récit dans la description de la vie quotidienne des habitants, Claire Judde de Larivière raconte la ville à travers l'histoire de ceux et celles qui y travaillent, y nouent des liens familiaux et amicaux, s'y déplacent, y déploient des formes de sociabilité. Qu'est-ce qui fait communauté en cette fin de Moyen Âge, dans une des villes d'Italie les plus puissantes de son époque ? Est-il possible, aujourd'hui encore, de percevoir les traces et échos de la ville qu'a parcourue Pasqualin Durazin ? Vénitiens ! Vénitiennes ! propose un récit captivant des dynamiques sociales, de la vitalité et de la beauté de Venise, une cité aussi unique que représentative des sociétés urbaines de la Méditerranée médiévale.Claire Judde de Larivière est professeure d'histoire du Moyen Âge à l'université de Toulouse Jean Jaurès. Ses travaux portent sur l'histoire sociale et politique de Venise. Elle a publié La Révolte des boules à neige, Murano face à Venise, 1511 (Fayard, 2014) et L'Ordinaire des savoirs : une histoire pragmatique de la société vénitienne, XVe-XVIe siècle (Éditions de l'EHESS, 2023).
« Un livre captivant. » Robert Paxton « C'est de l'histoire, mais plus que de l'histoire, une sorte de tragédie antique. » Antoine ProstPendant l'Occupation peu d'images ont autant choqué la population que la photographie du maréchal Pétain - le héros de la Première Guerre mondiale - serrant la main de Hitler le 20 octobre 1940. Pétain déclare alors au peuple français qu'il « s'engage dans la voie de la collaboration ». Il termine par ces mots : « Telle est ma politique. Mes ministres sont responsables devant moi. C'est moi seul qui serai jugé par l'Histoire. » Cinq ans plus tard, en juillet 1945, l'heure du jugement - mais pas encore de celui de l'Histoire - est venu. Pétain est traduit devant une Haute Cour spécialement créée pour répondre de sa conduite entre la signature de l'armistice avec l'Allemagne en juin 1940 et la libération de la France en août 1944. Dans cet ouvrage qui allie la finesse de l'analyse à l'art du romancier, les trois semaines du procès de Pétain, qu'analyse Julian Jackson au jour le jour, révèlent l'une des crises les plus dramatiques de l'histoire de France au XXe siècle - ce que le procureur principal Mornet a appelé « quatre années à effacer de notre histoire ». Comme le dira François Mauriac en 1945 : « un procès comme celui-là n'est jamais clos... Pour ses admirateurs, pour ses adversaires, Pétain restera une figure tragique, éternellement errante, à mi-chemin de la trahison et du sacrifice ». Jackson explore brillamment comment le souvenir de Pétain a hanté la conscience collective des Français jusqu'à nos jours.Spécialiste de l'histoire de la France au XXe siècle, Julian Jackson est professeur d'histoire à Queen Mary, University of London. Sa biographie de De Gaulle a connu un grand succès. Il a gagné de nombreux prix en France et à l'étranger, dont le très prestigieux Duff Cooper Prize.___SOMMAIREDramatis PersonaeIntroduction. La poignée de main fatalePREMIÈRE PARTIE Avant le procès Les derniers jours de Vichy Un château en Allemagne Paris après la Libération Le retour de Pétain Les préparatifs du procès Interroger le prisonnierDEUXIÈME PARTIE Dans la salle d'audience La France dans l'attente Premier jour d'audience Fantômes républicains L'armistice en débat La défense contre-attaque Les derniers témoins de l'accusation « Vous ne me ferez jamais dire que le Maréchal est un traître » Pierre Laval en vedette Généraux et fonctionnaires Les juifs, grands absents Le comte, l'assassin et le général aveugle Réquisitoire et plaidoiries Le verdict.TROISIÈME PARTIE Ce passé qui ne passe vraiment pas Le prisonnier Vichy émerge des catacombes Gardiens de la flamme Guerres mémorielles Le réveil de la mémoire juive Juger Pétain aujourd'huiÉpilogue. Sur la piste de PétainNotes du texteIndex des nomsIndex des principaux lieux citésSourcesListe des illustrationsRemerciements
Pendant des décennies, les nations africaines ont lutté pour la restitution d'innombrables oeuvres d'art volées pendant l'ère coloniale afin d'être exposées dans des musées occidentaux. Bénédicte Savoy met en lumière cette histoire largement méconnue. Elle s'appuie sur de nombreuses sources inédites pour révéler que les racines de cette lutte remontent bien plus loin que ne l'indiquent les débats récents, et que ces efforts ont été menés par une multitude de militants et dirigeants des nations nouvellement indépendantes. Peu après 1960, lorsque dix-huit anciennes colonies d'Afrique ont accédé à l'indépendance, un mouvement en faveur du rapatriement des oeuvres a été lancé par les élites intellectuelles et politiques africaines. L'autrice retrace ces combats et examine aussi comment les musées européens ont tenté de dissimuler des informations sur leurs collections. En expliquant pourquoi la restitution est essentielle à toute relation future entre les pays africains et l'Occident, ce livre pose les éléments du débat autour de ces questions cruciales pour le présent et l'avenir.Bénédicte Savoy est depuis 2009 professeure d'histoire de l'art à l'université technique de Berlin, où elle est titulaire d'une chaire consacrée à l'« Histoire de l'art comme histoire culturelle ». Elle est l'autrice de nombreux ouvrages, dont Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800 (Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2003), Nofretete. Eine deutsch-franzsische Affäre, 1913-1931. En 2018, elle a publié avec Felwine Sarr Restituer le patrimoine africain (Seuil/Philippe Rey).
On dit que la France, au XVIe siècle, a manqué son rendez-vous avec le Monde, puisqu'elle n'aurait pris aucune part à l'épopée de l'exploration des sociétés lointaines - flirtant avec le Brésil, mais boudant l'Asie. Pourtant, deux capitaines dieppois, Jean et Raoul Parmentier, conduisent jusqu'à l'île de Sumatra, en 1529, deux nefs de fort tonnage. Ils en ramènent des plaies, des bosses et un peu de poivre. Aujourd'hui oubliée, leur navigation fut érigée au XIXe siècle en preuve incontestable d'une contribution française glorieuse à la geste des Grandes découvertes. C'est toute la Renaissance occidentale qui aurait débarqué, sous pavillon tricolore, en Insulinde. La fable est flatteuse pour l'idée que nous nous sommes longtemps faite de nous-mêmes comme de pionniers, voire de missionnaires de la « modernité ». Il n'est pas certain qu'elle résiste à l'examen. Menée en archives et dans les méandres des chroniques, l'enquête oblige à s'intéresser d'un même mouvement au monde des marins normands et à celui des négociants malais, à la cour de François Ier et à celle du sultan de Tiku, à la poésie mariale du « Puy » de Rouen et à celle des maîtres de mystique musulmans. Ce qui se joue alors le long du troisième parallèle, lorsque les Dieppois font relâche à Sumatra, ne se comprend qu'à condition de rouvrir les portes de la comparaison - entre l'Europe et l'Asie du Sud-Est aussi bien qu'entre le savoir des « gens de mer » et celui des érudits. En nous aidant à contempler, défardées, nos grandes déconvenues, cette traversée nous invite à penser la « modernité » au pluriel et la Renaissance au conditionnel. Directeur de recherche au CERI (Sciences Po-CNRS), Romain Bertrand est notamment l'auteur, au Seuil, de L'Histoire à parts égales. Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle) (2011), et Le Détail du Monde. L'Art perdu de la description de la nature (2019). Il a également dirigé L'Exploration du monde. Une autre histoire des Grandes Découvertes (2019).
En 1925, des femmes se présentent aux élections municipales sous la bannière communiste, alors même qu’elles n’ont pas le droit de vote, et encore moins celui d’être élues. Parmi elles, Joséphine Pencalet à Douarnenez, en Bretagne. Fille de marin, elle fait partie de ces sardinières, les Penn Sardin, qui quelques mois plus tôt ont défrayé la chronique pour avoir mené une grève dure, longue et victorieuse. Elle est élue. C’est une première dans la vie politique française. Mais la victoire est de courte durée. L’élection est invalidée et Joséphine Pencalet tombe dans l’oubli jusqu’à sa redécouverte progressive à la faveur des initiatives de passeurs de la mémoire locale et du renouveau féministe. Mais qui était vraiment Joséphine Pencalet ? Une Louise Michel bretonne ? Une féministe avant l’heure ? Pour répondre à ces questions, Fanny Bugnon se penche sur les archives, les traces et les silences laissés par cette femme au destin tout à la fois ordinaire et remarquable. Retraçant son itinéraire, elle dévoile les enjeux sociaux, politiques et économiques qui ont traversé la condition féminine au cours du XXe siècle, bien au-delà du port breton. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine et études sur le genre à l’université Rennes 2, Fanny Bugnon a publié : Le Sexe interdit. La sexualité des Français et sa répression (L’Iconoclaste, 2022, avec Pierre Fournié) et Les « Amazones de la terreur ». Essai sur la violence politique des femmes, de la Fraction armée rouge à Action directe (Payot, 2015).
Réunissant plus de deux cent cinquante chercheuses et chercheurs issus du monde entier, ce livre nous invite à regarder la colonisation française en face, avec les yeux des colonisés et des colonisateurs. Les meilleurs spécialistes mettent à notre disposition une connaissance profondément renouvelée de la domination coloniale, de ses formes parfois surprenantes, de ses effets dévastateurs, de ses limites longtemps ignorées, ainsi que de ses rémanences actuelles. Dans une époque tout entière dominée par les questionnements identitaires et les affrontements mémoriels, ce livre collectif restitue de manière lucide, accessible et passionnante, la grande diversité et la complexité des situations coloniales en Afrique, en Asie, en Océanie et dans les Amériques. De la colonisation est née une histoire à la fois riche et violente, tissée d'innombrables échanges, qui fait de nous ce que nous sommes. Colonisés et colonisateurs ont été à la fois liés et transformés à jamais par cette expérience qui retrouve ici toute sa place - à bien des égards centrale - dans l'histoire de France. Pour déjouer les évidences et répondre aux interrogations contemporaines, cet ouvrage part du présent et remonte le fil du temps jusqu'aux sources méconnues du passé dit « précolonial ». En inscrivant le fait colonial français dans le temps long - du XXIe au XVe siècle - des relations entre la France et le reste du monde, cette histoire globale en appréhende les continuités, les ruptures et les singularités. Ainsi peut-être comprendrons-nous mieux qui nous sommes.Direction : Pierre SingaravélouCoordination : Arthur Asseraf, Guillaume Blanc, Yala Kisukidi, Mélanie Lamotte___SOMMAIRE1. Partie 1 : Après les colonies (des années 60 à aujourd'hui)I. Traces de la colonisationII. Les mutations de l'ex-Empire (1960-1990)III. La puissance française en question (1990-2020)IV. L'histoire de la colonisation aujourd'huiV. Histoires du futur 2. Partie 2 : Vers les indépendances (1930-1962)I. Vivre et mourir sous l'empire (1930-1945)II. L'empire ambiguIII. Luttes, pratiques et cultures anticolonialesIV. Vers l'effondrement (1945-1962)V. Raconter la sortie du monde colonial3. Partie 3 : L'empire qui voulait être monde (1815-1930)I. Pourquoi cet empire ?II. Bâtir et détruireIII. Créer des différencesIV. Contester4. Partie 4 : Aux origines de l'empire (années 1500-1815)I. Les prémices de l'empireII. Gouverner l'empireIII. Les économies colonialesIV. L'esclavageV. AltéritésVI. L'explosion de l'empire5. Partie 5 : Les mondes d'avant, les sociétés à la veille de la colonisationI. MondialisationsII. EmpiresIII. Narrations
Pourquoi la grêle tombe-t-elle ici et pas ailleurs ? Qu'a-t-on fait au ciel pour que gronde le tonnerre ? Démunis face aux aléas de la nature, les paysans d'autrefois n'en ont pas moins toujours cherché à comprendre les causes des événements climatiques extrêmes. Au point de leur attribuer un sens moral ou symbolique que l'Église, et d'une manière générale tous ceux qui se croient détenteurs d'un savoir légitime, ont cru devoir rejeter comme superstition. C'est le cas de l'archevêque de Lyon Agobard qui, dans les années 810, rédige un petit traité intitulé Sur la grêle et le tonnerre. Il y évoque ces « tempestaires », ou « escamoteurs » qui prétendent éloigner les intempéries en jetant des sorts. Tel est le point de départ d'une passionnante enquête qui porte sur la longue durée des imaginaires paysans, mais aussi sur l'histoire politique et intellectuelle de leurs pratiques sociales, ainsi que sur leurs stratégies pour maîtriser la nature. Les oubliés de l'histoire, ceux qui n'ont guère droit de cité dans les sources écrites que produisent les élites, y retrouvent non seulement leur dignité, mais aussi leur capacité d'agir. Car elles sont fondées sur des rationalités pratiques dont ce livre entreprend l'archéologie sensible, à la recherche des « arrière-pays » du monde paysan.Jean-Pierre Devroey est aujourd'hui l'un des médiévistes européens les plus savants et les plus inventifs. Eminent spécialiste des sociétés rurales du haut Moyen Âge et de l'histoire environnementale, il est professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles (ULB), membre de l'Académie royale de Belgique. Il a notamment publié La Nature et le roi. Environnement, pouvoir et société à l'âge de Charlemagne (740-820) (Albin Michel, 2019).
Pourquoi la pensée politique grecque a-t-elle occulté la question de l’esclavage ? Qui sait que le jardin de l’Académie a été acquis par Platon avec l’argent de son affranchissement ? Qui parle de l'esclave qui détient le secret de la naissance d’Œdipe ? Le développement de la société esclavagiste athénienne et l’avènement de la démocratie entretiennent des liens étroits. Chez les Grecs, l’esclavage est un « fait social total », imprégnant le fonctionnement de l’ensemble de la société. Pourtant, on chercherait en vain un corps de doctrine ou un grand récit par lequel les penseurs athéniens auraient entrepris de légitimer l’esclavage ou d’en penser les implications sociales et politiques. Rien hormis quelques digressions. Ce livre fait le pari suivant : la relative absence de discours sur l’esclavage chez les Anciens n’est pas signe d’un manque qu’il reviendrait à l’historien de combler. Elle est un symptôme, qui l’invite à observer les formes par lesquelles une société aménage une place à ceux dont elle organise la non-existence Insu et déni : Paulin Ismard conduit une enquête fascinante à travers les rares discours grecs sur l’esclavage. Empruntant à l’histoire comparée et à la littérature, l’auteur révèle des réalités anthropologiques qui n’ont pas cessé de produire leurs effets. Professeur d’histoire grecque à l’université d’Aix-Marseille, Paulin Ismard a notamment publié La Démocratie contre les experts (Seuil, 2015 ; « Points Histoire », 2021), L’Événement Socrate (Flammarion, 2013), La Cité et ses esclaves (Seuil, 2019), Athènes 403 (avec V. Azoulay, Flammarion, 2020) et il a dirigé Les Mondes de l’esclavage (Seuil, 2021).
L’opposition entre amis et ennemis, amitié et haine est universelle mais elle se décline sous des formes très diverses selon les sociétés, entre valeurs contraires et pratiques de médiation, émotions et relations. Dans les sociétés occidentales qui se sont développées sur les ruines de l’Empire romain, la guerre et l’honneur d’un côté, le christianisme de l’autre, ont été des facteurs d’identité collective et de puissants marqueurs sociaux. Selon les cas, les historiens ont décrit des sociétés de face à face, des sociétés de vengeance, mettant l’accent sur la faiblesse des régulations étatiques, ou au contraire des sociétés fluidifiées par l’amitié entre les élites et l’amour divin. Culture de la haine, de la violence ou culture de l’amour et du pardon ? Sociétés prédatrices ou sociétés du don ? Ce livre refuse ces dichotomies réductrices, comme les oppositions genrées et sexualisées qui ont été introduites au XIXe siècle entre amour et amitié, sentiments (ou sensibilité) et relations, nature et culture. Conçu dans une perspective anthropologique et décentrée, il considère que la personne médiévale n’existe que par ses relations et ses identités multiples, superposables et interchangeables, avec les vivants et les morts, ici-bas et au-delà. Par une relecture des sources et des exemples concrets, le livre s’attache ainsi à faire comprendre comment les femmes et les hommes du haut Moyen Âge vivaient et exprimaient leurs relations affectives et comment ils pensaient leur monde. Professeure émérite à l'université Panthéon-Sorbonne, Régine Le Jan s'intéresse en particulier à l’histoire des élites et des femmes avec une approche croisant histoire et anthropologie. Elle a notamment publié : Histoire de la France : origines et premier essor, 480-1180 (Hachette, 2000), Les Mérovingiens, (Presses universitaires de France, « Que sais-je ? », 5é éd., 2024).
Alors que la défiance vis-à-vis des vaccins fait régulièrement les gros titres, l'observation des comportements montre une tout autre réalité avec des taux de vaccination très élevés dans la population française. Comment expliquer cet apparent paradoxe et que dit-il du rapport entre individus et autorité médicale ? Retraçant l'histoire de la vaccination en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, au moment où se mettent en place les structures qui définissent aujourd'hui encore la santé publique, Gaëtan Thomas enquête sur le travail scientifique, les mutations du pouvoir sanitaire et l'influence des organisations internationales. Au cours de cette période, la vaccination change d'échelle, aussi bien en termes de nombre de personnes vaccinées que de pathologies couvertes. Le consentement des individus, désormais en première ligne dans la défense d'une santé collective, pose un défi de taille aux médecins et politiques qui mettent en oeuvre une série de stratégies pour le garantir. À partir des années 1980, le retour de la menace infectieuse - du VIH Sida au Covid 19 -, les scandales et affaires, ainsi que l'explosion du prix des produits pharmaceutiques nourrissent fantasmes, angoisses et spéculations. Mais, si les polémiques donnent de l'ampleur au phénomène de l'« hésitation » vaccinale, de nouvelles injections n'en continuent pas moins à entrer en usage.Gaëtan Thomas est historien, membre du Cermes3 et du médialab, et enseignant à Sciences Po Paris. Avec Guillaume Lachenal, il est l'auteur d'un Atlas historique des épidémies (Autrement, 2023). Il a également édité et traduit les textes de deux critiques d'art associés à l'histoire culturelle du sida, Douglas Crimp (Pictures, traduit avec Nicolas Paul, Le Point du jour, 2016) et Craig Owens (Le Discours des autres, Même pas l'hiver, 2022).
Au début du XIXe siècle, on « avait » la nostalgie comme on avait le typhus, et on en mourait souvent. Ce livre raconte l'histoire de cette émotion mortelle, depuis le premier diagnostic posé par un étudiant en médecine de Mulhouse le 22 juin 1688 jusqu'à sa disparition à la fin de la Belle Époque. Si la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, encore faudrait-il savoir ce qu'elle fut : désignée comme, littéralement, « mal du pays », brûlant désir de rentrer chez soi, la nostalgie touchait surtout les soldats, les colons, les esclaves ou les travailleurs migrants, tous expatriés à mesure que le monde s'élargissait, avec la conquête de nouveaux continents, les guerres impériales et l'expansion coloniale. Elle y fit parfois plus de morts que la violence des combats. S'appuyant autant sur l'histoire de la médecine et de la psychiatrie, que sur les témoignages des conscrits napoléoniens ou les études sur la « nostalgie africaine » des colons français en Algérie, Thomas Dodman donne une profondeur historique à ce qui est aujourd'hui un sentiment bénin inhérent à l'espèce humaine. Effectivement, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, et sa transformation est aussi la question de l'historien : Pourquoi cesse-t-elle d'être une maladie ? Comment cette pathologie de l'espace est-elle devenue, au tournant du XXe siècle, recherche du temps perdu ? L'enquête ouvre alors des pistes pour comprendre les inquiétudes que suscitent la modernité, le cosmopolitisme et l'émergence d'un capitalisme bientôt triomphant.Thomas Dodman est un historien franco-britannique, spécialiste de la France à l'époque moderne et de l'Empire, maître de conférences à l'Université de Columbia (New York). Il a co-dirigé Une histoire de la guerre, sous la direction de Bruno Cabanes (Seuil, 2018).
Au XVIe siècle, alors que l'Europe était déchirée par les guerres de Religion, les papes voulurent faire de Rome un modèle pour la conversion des juifs. Sous la protection de Grégoire XIII, deux banquiers séfarades, Salamone Corcos et son fils Lazzaro, appartenant à l'élite de la communauté juive, furent baptisés puis intégrés dans la noblesse romaine sous le nom de Boncompagni, qui était celui du pape. Ces hommes firent ensuite sortir du ghetto, au besoin par la force, une quarantaine d'hommes, femmes et enfants de leur famille, tandis que quelques-uns, comme Devorà et son mari Joseph Ascarelli, résistèrent aux pressions qui les poussaient vers le baptême. L'histoire des Corcos devenus Boncompagni, restituée à partir des archives du tribunal de la Rote et des notaires de Rome, aborde le thème de la conversion sous l'angle de ses coûts et bénéfices économiques et affectifs, inégalement répartis selon l'âge, le genre et la situation des individus. Elle montre les effets du prosélytisme des papes sur les juifs, les conflits familiaux générés par les conditions violentes des conversions, et la capacité de la société chrétienne à intégrer les néophytes au prix de l'oubli de leur origine. Grande fresque familiale, Les Convertis du pape nous plonge dans les dynamiques économiques, sociales, politiques et religieuses qui déterminaient les marges d'action des individus dans la Rome baroque.Isabelle Poutrin est professeure d'histoire moderne à l'université de Reims Champagne-Ardenne. Spécialiste d'histoire religieuse et culturelle, elle a publié notamment Convertir les musulmans. Espagne, 1491-1609 (PUF, 2012) et a dirigé avec Élisabeth Lusset le Dictionnaire du fouet et de la fessée. Corriger et punir (PUF, 2022).