Mathilde Rossigneux-Méheust
Mathilde Rossigneux-Méheust
Plus de 1,5 millions Français vivent aujourd'hui avec la maladie d'Alzheimer ou une pathologie apparentée et, à leur côté, on compte plus de 3,5 millions de proches aidants. Comprendre ces maladies neuro-dégénératives affectant considérablement l'expérience du vieillissement est devenu une question sanitaire, familiale et éthique. Un enjeu de connaissance majeur dans le domaine médical, mais aussi pour les sciences sociales. L'histoire longue des prises en charge de la santé mentale des personnes âgées offre à cet égard une clé de lecture capitale. Comment les troubles mentaux des personnes âgées sont-ils vécus, interprétés, accompagnés par les différents acteurs sociaux depuis l'apparition, au XIXe siècle, du diagnostic de démence sénile, jusqu'aux années 1980 ? Fruit de l'enquête menée par deux historiennes, Dernières folies aborde ainsi de front des questions sensibles : avec les outils de l'histoire, il entend parler de la vieillesse, de la folie et de la mort, en plaçant au coeur de l'analyse, sans pathos, fausse pudeur ou misérabilisme, les existences fragiles de ces « vieux fous ».Marie Derrien est maîtresse de conférences à l'Université de Lille et chercheuse à l'IRHiS. Elle est spécialiste de l'histoire de la folie, des dispositifs de soins psychiatriques et des traumatismes psychiques de guerre.Mathilde Rossigneux-Méheust est maîtresse de conférences à l'Université Lyon 2 et chercheuse au LARHRA. Spécialiste de l'histoire de la vieillesse, des institutions disciplinaires et des classes populaires, elle a publié Vieillesses irrégulières. Un fichier d'indésirables en maison de retraite (1956-1980) (La Découverte, 2022).
Au cachot, privé de sortie, à l'isolement, à l'amende, au pain sec et à l'eau... Nombreuses sont les sanctions qui rythment la vie à la caserne, en prison, à l'usine, en maison de retraite, à l'école, à l'hôpital psychiatrique ou au couvent. Punir serait une dimension essentielle des institutions " disciplinaires " telles que Michel Foucault les a qualifiées.Le collectif d'historiennes et d'historiens réunis dans cet ouvrage a voulu interroger cette évidence et proposer une histoire sociale des sanctions ordinaires au xixe et au xxe siècles. Il saisit le moment où la domination devient visible et tangible, où le pouvoir cogne. Qui punit-on, pour quelles raisons et comment ?De la qualification des infractions aux répertoires punitifs, des pratiques des punisseurs à l'expérience des punis, des scandales aux tabous, ce livre s'intéresse à la routinisation des sanctions. Il compare leur poids dans le quotidien administratif et leur empreinte sur les trajectoires individuelles. Ce faisant, il ouvre la voie à une histoire commune des institutions militaire, éducative, religieuse, thérapeutique, coercitive et d'assistance.
Août 2014. Un château célèbre, une maison de retraite qui ferme, des archives qui s'ouvrent. Une épaisse liasse composée de petites fiches attrape le regard. On y lit : " Buveur impénitent ", " impulsif et violent ", " malade mentale ", " insulte au personnel ", " trublion de la pire espèce ", " à ne jamais reprendre ". Ces formules expéditives stigmatisent des centaines de pensionnaires étant partis, volontairement ou non, entre 1956 et 1980. L'historienne fait surgir de cette source les pratiques gestionnaires d'une institution en charge de personnes âgées, les scandales de la vie d'hospice, mais aussi une galerie de portraits, des trajectoires singulières, toutes marquées par les guerres et les crises du XXe siècle. Le fichier de Villers-Cotterêts permet d'entrer de plain-pied dans une histoire discordante de l'État social et de mettre en lumière la persistance de la disqualification des vieux pauvres. Qui sont ces femmes et ces hommes âgés qui ont suffisamment dérangé pour susciter un dispositif disciplinaire de papier spécifique pendant plus de vingt ans ? Quelle histoire nous livre l'administration de ces " indésirables " ?
À rebours de l'association persistante entre hospice et mouroir, le développement d'établissements pour la vieillesse au XIXe siècle témoigne d'un souci nouveau dans la société française, celui de prendre soin de ses vieux. A Paris particulièrement, en amont des grandes lois républicaines, un vaste dispositif d'assistance nourrit et loge à vie des milliers de vieux résidents. Vivre et mourir à l'hospice ou en maison de retraite devient une expérience ordinaire de la fin de vie. Révélant la place ambiguë que la société française post-révolutionnaire réserve à ses aînés, faite de rejet et de bienveillance, l'analyse de la vie privée des hospices permet d'avoir accès au regard des premières générations d'assistés sur l'aide sociale en France au XIXe siècle. Mathilde Rossigneux-Méheust est chercheuse au laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes et maîtresse de conférences à l'université Lumière Lyon 2.
Loin d'une histoire évènementielle scandée par des tournants politiques et animée par de " grands hommes ", dans laquelle le peuple est tour à tour héroïsé ou victimisé, propose une immersion dans le quotidien de ces femmes et de ces hommes.