Ethnologie
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L'absence de conflit ouvert ou de révolte n'est pas nécessairement l'expression de la soumission des dominés à leur condition ni de leur acquiescement à l'ordre social en place. James C. Scott a consacré deux ans (1978 - 1980) d'enquête ethnographique au sein d'un village rizicole au nord-est de la Malaisie à observer et interroger les villageois pauvres et aisés afin de comprendre les rapports de pouvoir régissant une société paysanne bouleversée par la « révolution verte » - la mécanisation de la récolte du riz ayant provoqué le doublement des rendements de la riziculture et la concentration des richesses. Comment, s'interroge Scott, les villageois pauvres et marginalisés répondent-ils à ces bouleversements qui menacent leurs conditions d'existence ? Sa description minutieuse met en lumière un conflit de classe qui comprend un niveau économique et un niveau symbolique ou idéologique. Si les paysans aisés et les grands propriétaires jouissent de nombreux avantages, les dominés leur opposent les « armes des faibles » pour atténuer les effets de la domination. Relevant de la « résistance quotidienne », celles-ci prennent la forme de dérobades, de petits larcins, de blocages temporaires, mais aussi, sur un plan symbolique, de calomnies, de racontars, d'attribution de surnoms visant à ternir la réputation des riches propriétaires. Scott ouvre un débat important sur les concepts de « fausse conscience » et d'« hégémonie » puisqu'il avance que ces concepts ne suffisent pas à expliquer les rapports de classe. Contrairement aux conclusions des traditions marxiste et gramscienne, Scott montre ainsi que, lorsqu'ils esquivent une part des contraintes liées à leur position de classe, les dominés agissent de manière rationnelle, dans la pleine conscience des limites de leurs ressources politiques, économiques et symboliques. Les analyses développées dans Les Armes des faibles préfigurent les travaux ultérieurs de Scott.
« La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux, nous ne les laisserons pas faire ce qu'ils veulent dans notre pays. » Lors de la grève qui a paralysé la Guadeloupe début 2009, cet hymne faisait office de cri de ralliement pour le collectif contre la « profitation » (LKP). Mais que recouvre le « nous » dans ce slogan et au-delà ? Comment peut-on faire communauté, penser un avenir commun sur un territoire insulaire transformé par l'histoire de la colonisation, de l'esclavage, de l'installation massive de travailleurs engagés, notamment indiens, et encore fortement marqué par la domination économique des descendants de colons ? En enquêtant sur les manières dont se définissent les habitants de la Guadeloupe, Ary Gordien met en lumière des systèmes de représentation divers, souvent conflictuels, qui ont résulté de l'histoire de la colonisation et de l'exploitation mais aussi des luttes pour l'émancipation.
Entretiens : un exercice inhabituel pour l'auteur des "Mythologiques", plus familier des traités savamment ordonnés que des caprices de la conversation imprimée. Caprices qui lui donnent l'occasion de revenir sur les grands thèmes de sa réflexion : le statut de l'anthropologue, la question du "naturel", les fonctions de l'art dans les sociétés primitives et dans nos sociétés. Jouant le jeu de l'impromptu, tout en suivant le fil de sa pensée, il en propose une présentation claire et brillante, synthétique et précise, qui va à l'essentiel et ouvre de nombreuses portes. Ce texte est une introduction irremplaçable, sûre et complète, à la pensée du plus grand anthropologue de notre temps. Docteur ès lettres et sciences humaines, Georges Charbonnier était producteur délégué à France Culture et enseignant à l'université de Paris-I Sorbonne. Il a notamment publié Entretiens avec André Masson (1989) et Entretiens avec Jorge Luis Borges (1992). Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est le fondateur de l'anthropologie moderne. Devenu célèbre avec Tristes Tropiques en 1955, il est nommé professeur au Collège de France en 1959, puis élu à l'Académie française en 1973.
Beaucoup de travaux de science politique se revendiquent de la méthode ethnographique, mais peu la définissent plus précisément ou en exposent les apports. L'objet de cet ouvrage est de prendre en compte le développement en science politique de cette méthode initialement conçue comme la méthode propre à l'anthropologie. Il s'appuie sur les contributions de chercheurs et chercheuses spécialistes qui se fondent sur cette méthode dans leur étude de certains objets canoniques de la science politique. Qu'apporte de travailler de manière ethnographique sur des élections, des partis politiques, des événements protestataires, des moments révolutionnaires ou des modes informels de politisation ? Comment cette méthode permet-elle de mieux saisir des politiques culturelles dans le contexte de leur internationalisation ? Dans quelle mesure une ethnographie de la circulation des idées politiques peut-elle en affiner l'étude ? Dans quelle mesure la méthode ethnographique permet-elle de travailler de manière critique sur l'État, les pratiques administratives et les rapports entre bureaucrates et usagers ? Telles sont certaines des questions que les auteurs et autrices de ce livre se sont attaché·es à traiter. Ce faisant, ils et elles s'efforcent également de montrer comment cette méthode met en dialogue la science politique avec l'anthropologie, la sociologie ou l'histoire, réaffirmant ainsi l'idée de sciences sociales.
Pourquoi les hommes se mirent-ils à cultiver des végétaux qui poussaient en abondance autour d'eux ? Et comment l'idée d'une transformation de plantes sauvages en domestiques a-t-elle pu germer à l'esprit pour la première fois ? Le présent ouvrage apporte une nouvelle réponse à ces vieilles questions. Il montre que la mise en culture des plantes au Proche-Orient ne répondit pas à des soucis de sécurité alimentaire. Elle reflète un désir de transférer les forces vitales des défunts vers les plantes germant sur les sépultures. Il y a plus de 12 000 ans, un pareil stimulus conduisit à la constitution de lignées de graines-ancêtres d'où surgirent progressivement les premières plantes domestiques. En parallèle, la relation entre l'univers mortuaire et les plantes en domestication amorça une révolution des mentalités dont les religions et mythologies du Proche-Orient, de l'Égypte et de la Grèce ont préservé la mémoire. S'appuyant sur les découvertes de l'archéologie et de la biologie les plus récentes, cet ouvrage invite à découvrir un univers mental aussi subtil qu'éloigné des motivations purement pragmatiques, et fondateur des premières civilisations. Il dévoile au nom de quoi l'homme s'est positionné au centre d'un nouveau monde façonné par ses ancêtres, une place qu'il n'abandonnera plus jamais.
Avec La Mouridiyya en marche, Cheikh Anta Babou nous invite à faire un voyage captivant au coeur des migrations et des transformations culturelles d'un ordre soufi emblématique. L'étude retrace plus de cinquante ans d'histoire de la confrérie mouride, en explorant son rayonnement transnational à travers le prisme de la mobilité urbaine et des dynamiques culturelles. S'appuyant sur des archives multilingues collectées dans cinq pays et une riche tradition orale, l'auteur propose une analyse novatrice des migrations musulmanes et de l'adaptation des Mourides dans des contextes variés, de l'Afrique de l'Ouest aux États-Unis en passant par l'Europe. Histoire, sociologie et anthropologie, s'enchâssent pour mieux mettre en lumière la manière dont les Mourides créent des espaces d'identité religieuse à travers des pratiques culturelles telles que l'habillement, la musique dévotionnelle et la construction de récits sacrés. Nous découvrons grâce à cette étude transnationale comment la confrérie s'est adaptée et a prospéré dans des contextes aussi divers que les villes sénégalaises, ivoiriennes, gabonaises, françaises et américaines depuis la Seconde Guerre mondiale. L'examen des stratégies employées par les immigrants mourides pour s'intégrer dans leurs sociétés d'accueil, tout en maintenant leur identité et leurs valeurs révèle des enjeux contemporains et donne des clés inédites pour explorer la richesse de cet ordre soufi.
À l'heure où l'Amazonie connaît une crise majeure affectant la planète dans son ensemble, il est indispensable de (re)lire ce classique de l'anthropologie de la nature, qui a fait l'objet d'un nouveau travail éditorial et propose une préface inédite. Isolés dans la forêt du haut Amazone, les Jivaro Achuar d'Amazonie équatorienne domestiquent dans l'imaginaire un monde sauvage qu'ils ont peu transformé. En peuplant la jungle, les rivières et les jardins de parents animaux et végétaux qu'il faut séduire, contraindre ou cajoler, cette ethnie guerrière donne à la nature toutes les apparences de la société. À partir d'une ethnographie minutieuse de l'économie domestique, l'auteur montre que cette écologie symbolique n'est pas réductible à un reflet illusoire de la réalité, car elle influence les choix techniques des Achuar et, sans doute même, leur devenir historique.
Voici un travail encyclopédique présentant les traditions marocaines, l'essentiel de leur esprit et de leur âme. Les traditions, rites et coutumes marocains sont aussi nombreux que d'origines multiples : berbères, juives, arabes, africaines, méditerranéennes...Les richesses sont celles de plusieurs sociétés en une seule, sociétés paysannes, microsociétés de climat très froid en montagne, société berbère, sociétés citadines avec leurs particularités...Ce livre est l'expression d'une passion pour ce pays, ses habitants, son climat, sa lumière : Maroc éternel, Jardin des Hespérides avec ses pommes d'or. Le monde entier passe par le Maroc. Ce livre permet de le sentir et le savourer !
Dans la salle des urgences, considérée comme l'un des rares espaces universels au sein d'une société fragmentée, les équipes cliniques rencontrent une multitude de patients aux valeurs et aux croyances diverses. Malgré les contraintes matérielles et temporelles dans un contexte souvent difficile, les soignants doivent s'engager dans un dialogue éthique, à la recherche du bien-être de chacun. Cet ouvrage relate l'enquête ethnographique inédite qu'a menée l'auteur sur la vie quotidienne aux urgences. Il rend compte de quelle manière, dans cet environnement pluraliste, les professionnels de la santé trouvent des solutions et s'adaptent aux particularités des patients pour leur garantir des soins optimaux.
Au premier plan de l'actualité nationale, les sept millions de Kikuyu, principal groupe bantou du Kenya, sont connus depuis l'insurrection mau-mau de 1952 qui aboutit en 1963 à l'indépendance de cette ancienne colonie britannique. Près d'un demi-siècle plus tard, Michel Adam fait une incursion dans l'intimité de l'obscur chez les habitants paisibles de la circonscription d'Othaya, au pied du célèbre mont Kenya. Évoquant la mémoire toujours vivante d'un passé récent, l'auteur s'attache à décrire les transformations de la modernité : des rituels qui s'effacent, un patrimoine festif dissous dans les antiennes des nouvelles Églises, les tressaillements des conflits sociaux contemporains. Mais il laisse avant tout la parole à la nuit : l'amour et les contes, la chasse et la collecte du miel, les fantômes et les sorciers. L'aube et le crépuscule sont de faibles frontières entre soleil et lune qui se livrent un éternel combat. Accompagné par les illustrations de l'auteur, et guidé par un texte qui fourmille de notes précises et passionnantes, le lecteur voit la gazelle dik-dik, écoute l'engoulevent au crépuscule, sent le parfum des fleurs mellifères, goûte la garbure et (comme le disent les Kikuyu dans leur langue) « caresse les vaches » (guthathaya). Tout est dit avec la discrétion qui nous permet d'écouter chuchotements, non-dits et silence de cet « autre monde ».
Pour l'anthropologue Bernard Arcand, écrire Les Cuivas a été le projet de toute une vie : celui d'offrir à un large public un portrait intime d'une petite population de chasseurs-cueilleurs nomades vivant dans les Llanos, en Colombie. À la fin des années 1960, à l'époque des ferveurs révolutionnaires, le jeune anthropologue a vécu deux ans avec les Cuivas, partageant leur quotidien et étudiant leur rapport au monde. Il a tiré de cette expérience une réflexion inspirante sur les problèmes classiques de l'anthropologie sociale : les causes de la richesse et des inégalités, l'origine de la hiérarchie, l'organisation de l'espace et du temps, l'identité collective ou individuelle.
Il [existe] une autre façon de plaider pour la protection de notre planète: exiger de la communauté internationale la reconnaissance du bien-être environnemental comme un droit humain fondamental. Sans la jouissance d'un climat stable et sécuritaire, les peuples ne peuvent exercer leurs droits économiques, sociaux et culturels. Pour les Inuit, comme pour nous tous, c'est ce que j'appelle «le droit au froid». Cette formule singulière du «droit au froid» concentre bien tout l'esprit de la lutte que Sheila Watt-Cloutier a menée durant plus d'une vingtaine d'années sur la scène internationale pour faire des changements climatiques un enjeu de droits humains. C'est d'ailleurs sous sa présidence au Conseil circumpolaire inuit qu'une pétition en ce sens a été déposée en 2005 auprès de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, la première action juridique internationale du genre. Comme la culture et l'autonomie économique des Inuit sont tributaires du froid et de la glace, le réchauffement planétaire d'origine anthropique constitue une négation de leurs droits sociaux, culturels et sanitaires. «L'impact des changements climatiques sur l'Arctique est un signe précurseur de ce qui attend le reste du monde», dira-t-elle. De son enfance à Kuujjuaq, dans le nord du Québec - à une époque où la culture inuit traditionnelle du transport en traîneau à chiens et de la chasse sur glace était encore dominante -, à son engagement pour l'environnement dans les instances internationales, Le droit au froid est le récit d'une femme inspirante, devenue un modèle de leadership pour le XXIe siècle.
À partir du mois d'août 2017, une offensive de l'armée birmane a provoqué le départ de plus de 624 000 Rohingyas vers le Bangladesh. Tandis que les Nations unies qualifiaient les violences à l'origine de cet exode de nettoyage ethnique, le monde entier découvrait le sort de cette minorité musulmane de Birmanie. Comment comprendre l'attitude d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix et figure centrale de la lutte pour la démocratie en Birmanie, aujourd'hui à la tête du gouvernement birman, passée d'un quasi silence à un discours mensonger ayant pour effet de couvrir les exactions de l'armée ? Car elle est également à l'origine de la mise en place d'une commission consultative, présidée par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui a demandé le rétablissement des Rohingyas dans leurs droits. Resituant les événements dans le contexte historique de la Birmanie, pays obsédé par la question de l'ethnicité, cet ouvrage offre un éclairage précieux sur la situation actuelle. Attentif aux ambiguïtés de la « Dame », il s'attache à montrer de quelle marge de manoeuvre elle dispose réellement, et quelle stratégie elle semble conduire. Une stratégie des petits pas ?
À Touva, en Sibérie du Sud, des individus remarquables aux capacités sortant de l'ordinaire sont identifiés comme chamanes. On les sollicite pour voir l'invisible, faire venir le bonheur, chasser les maladies, dénouer des affaires de sorcellerie, dialoguer avec les défunts. Aux chamanes sont réservées des actions et des paroles dont les « gens simples » s'estiment incapables. Pourtant, les profanes ne laissent pas de se méfier des chamanes qu'ils fréquentent et de tester leurs talents pour déjouer les « imposteurs ». Depuis la chute de l'URSS, le chamanisme fait partie du paysage urbain à Kyzyl, capitale de la république touva. L'autorité paradoxale dont jouissent actuellement les chamanes a de quoi surprendre si l'on songe aux répressions antireligieuses violentes et aux bouleversements subis par cette société au cours de l'époque socialiste. Pourquoi des chamanes apparaissent-ils ? À quoi tient leur autorité et comment se manifeste leur pouvoir ? Comment les Touvas distinguent-ils un « vrai chamane » d'un « charlatan » à l'époque postsoviétique ? À partir d'une enquête ethnographique, cet ouvrage examine les fondements cognitifs et relationnels de la division des compétences rituelles entre spécialistes et profanes. Remettant en cause le modèle classique de l'« élection » et de l'« initiation » du chamane par les esprits, l'auteur montre que la qualité de chamane est conçue comme un fait incorporé, souvent inné, qui se développe dans la violence. Loin d'être réductible à une cosmologie exotique, le chamanisme s'avère fondé sur des principes généraux de la pensée humaine qu'il contribue en retour à éclairer.
Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père de l'anthropologie structurale, est le plus célèbre des inconnus. Célèbre pour avoir, par sa longévité et l'ampleur de son oeuvre, marqué l'ensemble de la vie intellectuelle du XXe siècle, il nous est devenu inconnu, par l'oubli dans lequel nous sommes tombés des grands axes qui l'ont organisée. Comment comprendre la singularité des thèses de Lévi-Strauss sans avoir une idée de ce qu'est le structuralisme? Comment saisir la spécificité de son oeuvre sans disposer d'une connaissance des disciplines et courants avec lesquelles elle entre en débat: la philosophie, la linguistique, la psychanalyse, le marxisme ou l'existentialisme? Comment, enfin, donner toute sa portée aux prétentions scientifiques de l'anthropologie structurale quand on réduit les sciences humaines à une perception de la réalité sociale? L'ambition de cet ouvrage est de répondre à ces questions par une traversée des textes de Lévi-Strauss, des Structures élémentaires de la Parenté à La Potière jalouse en passant par Tristes tropiques, La Pensée sauvage, Le Cru et le Cuit et Le Regard éloigné. Il s'agira de comprendre finalement pourquoi Claude Lévi-Strauss peut-être considéré comme philosophe malgré lui, en tant que scientifique produisant de la philosophie par les moyens qu'il met en place pour mieux s'en écarter. Olivier Dekens, Agrégé de philosophie ; Enseigne à l'Université François-Rabelais de Tours (en 2000).
Les Manouches, dont les roulottes et camions sillonnent le Massif central, ne parlent pas de leurs morts. Cette déférence muette procède d'un art plus général du non-dit et de l'absence qui soude la communauté tsigane et l'inscrit dans le monde des Gadjé, le nôtre. Les Manouches ne disent rien d'eux-mêmes. De leurs défunts ils taisent les noms, détruisent les biens et abandonnent les campements aux herbes folles : « L'avènement manouche se fait par la soustraction », souligne l'ethnologue dans ce texte exceptionnel. Seul un intime des « buissonniers », des chasseurs de hérisson, des rempailleurs de chaises et autres ferrailleurs nomades de nos campagnes pouvait procéder à l'ethnographie de ce retrait et de ce silence essentiels, à chaque instant refondateurs de l'identité du groupe dans sa distance aux non-Tsiganes. L'écriture « compréhensive » de Patrick Williams épouse, par son rythme, ses décalages et son inventivité, la complicité subtile du plus apparent et du plus caché, et nous restitue la cassure structurelle qui fait des Manouches ces gens du proche et du lointain, d'ici et d'ailleurs. Ni marginale, ni dominée, ni déviante, leur civilisation n'a cessé de se constituer au sein des sociétés occidentales comme circonstancielle et pure différence. En creux, en contrepoint, en silence. Ce livre plein de finesse, d'émotion et de questions cruciales posées à l'ethnologie nous révèle sous un jour entièrement nouveau l'un de ces « peuples de la solitude » chers à Rimbaud et à Chateaubriand. Alban Bensa
«Patrimoine de la Méditerranée» : une collection qui se propose de retrouver l'esprit des lieux, de les faire revivre à travers leur histoire, de susciter l'imagination du passé. Chaque ouvrage, s'appuyant sur les acquis les plus récents de la recherche, s'organise autour d'un thème privilégié. Des récits des premiers voyageurs aux tours organisés aujourd'hui, la Cappadoce n'a cessé d'étonner explorateurs et visiteurs, séduits par l'alliance des paysages saisissants et des monuments. Modelé par l'érosion, le tuf tendre de la région a été aussi creusé par l'homme d'une multitude d'habitations, de refuges, de tunnels, d'églises et de monastères. Les témoignages archéologiques byzantins, qui s'échelonnent de l'époque paléochrétienne au XIIIe siècle, mais sont surtout nombreux aux Xe et XIe siècles, nous éclairent sur l'histoire et la société de cette province centrale d'Asie Mineure, qui fit partie de l'Empire byzantin jusqu'à sa conquête par les Turcs Seldjoukides à la fin du XIe siècle. Ces vestiges variés nous restituent en partie la vie d'une population rurale nombreuse dans une région qui n'était pas seulement monastique. En retraçant l'histoire de la Cappadoce, en favorisant la lecture des monuments et de leurs décors, Catherine Jolivet-Lévy nous convainc que c'est bien là que reste vivante la mémoire de Byzance.
Découvrez 74 récits inuit, légendes et mythes fondateurs qui révèlent l’âme d’un peuple et son lien unique avec la terre, les astres et le surnaturel.
Présenté ici dans une nouvelle édition revue et augmentée, ce travail sur les origines de la capoeira - activité corporelle brésilienne à la fois ludique et sportive inscrite au Patrimoine culturel immatériel du Brésil en 2008 et sur la liste de l'Unesco en 2014 - est le fruit d'une longue recherche au mitan de l'histoire et de l'anthropologie. Après une description précise des modalités de cette lutte et des transformations sémantiques du mot qui ont précédé sa création, l'auteur souligne la distinction fondamentale entre les « capoeiras » - marginaux, fauteurs de troubles très présents dans les sources policières des grandes villes brésiliennes du xixe siècle - et la « capoeira » - pratique sportive qui se constitue au début du xxe siècle en pleine époque de construction de l'identité nationale brésilienne. À partir de là, il propose une relecture contextualisée des sources disponibles et des différentes exégèses produites autour de cette activité corporelle. Battant en brèche le discours essentialiste qui domine l'historiographie actuelle de la capoeira, il confronte le processus complexe de structuration d'une discipline sportive labellisée « nationale » aux sources historiques en nous plongeant dans le temps long de l'histoire du Brésil depuis la période esclavagiste (xvie-xixe siècle) jusqu'au xxe siècle où la capoeira va s'inventer et s'imposer, éclipsant d'autres formes d'affrontements plus ou moins ritualisées.
Véritable mosaïque ethnique, la Côte d'Ivoire dispose d'un héritage musical riche et diversifié, composé d'une infinie variété d'instruments de musique et de genres musicaux traditionnels. Malgré des études ethnologiques, anthropologiques et musicologiques, menées par des chercheurs et des instituts de recherche sur certains aspects de ce patrimoine, une étude approfondie en vue de sa connaissance et de sa valorisation n'a jamais été menée. Après avoir situé le cadre d'étude, cette première partie présente : - les instruments de musique traditionnels, les matériaux, les techniques de fabrication et de conservation de ce patrimoine organologique ; - les genres musicaux traditionnels, leur transmission et leur apprentissage en milieu traditionnel ; - les musiciens traditionnels. Cette étude constitue un vade-mecum pour les muséologues ivoiriens, puisqu'elle les aidera à identifier les instruments de musique traditionnelle selon leur type, à les classer et à les cataloguer d'une manière scientifique, et selon des normes adoptées à l'échelle internationale.
Fabio Viti propose une ethnographie historique, description circonstanciée, au plus près des faits, concernant des pratiques guerrières appartenant au passé qui ne sont plus observables mais dont la reconstruction détaillée et ponctuelle a été rendue possible par le recours à une pluralité de sources : orales, sonores et matérielles pour les Baoulé ; écrites, cartographiques et iconographiques pour les archives coloniales. Des sources qui sont aussi bien ethnographiques qu'historiques, de terrain et d'archives, primaires et secondaires. C'est à partir de traces et de la superposition de fragments, de débris et de rebuts de tous genres que l'auteur s'efforce de reconstituer la matérialité des guerres vicinales de l'époque précoloniale et du choc final entre les Baoulé et les troupes coloniales. Une matérialité qui concerne le combat au ras du sol mais qui recèle aussi un sens plus général et plus profond de la guerre, de la violence, des forces mobilisées, de l'affrontement des corps et des affects, c'est-à-dire, de la vie et de la mort.
À Ouagadougou, les jeunes hommes qui vivent et dorment dans les rues s'appellent les bakoroman. Mais le plus souvent, et bien qu'ils n'aiment pas ça, on les appelle les « enfants de la rue ». Par le vol, la mendicité et les petits boulots, les bakoroman s'insèrent dans différentes niches de l'économie urbaine qui leur garantissent la survie au quotidien mais aussi l'accès à la modernité et aux loisirs, voire l'envoi occasionnel d'argent à leurs parents. La mobilité juvénile masculine constituant au Burkina Faso une forme historique de l'émancipation des cadets, rejoindre les rues de la capitale ne signe pas nécessairement une rupture des liens familiaux. Si les bakoroman aiment se présenter comme des aventuriers à la recherche de l'argent, partis « faire leur jeunesse » à Ouagadougou, parviendront-ils un jour à s'installer dans la vie d'adulte et de chef de famille qu'ils se plaisent à projeter ? Leur vie marquée par l'illégalité, la violence et les drogues ne fait-elle pas obstacle à ce rêve toujours caressé d'un retour réussi, qui transformerait leur départ chaotique en une expérience d'affirmation individuelle ? Issu de plusieurs années de recherches ethnographiques, cet ouvrage croise les descriptions du vécu quotidien, les trajectoires biographiques, les discours d'anciens bakoroman et ceux de membres de leur famille afin de présenter dans toute leur épaisseur ces vies tumultueuses. En miroir, les protagonistes de ce livre choral nous invitent à réfléchir à ce qui constitue une vie réussie dans le Burkina Faso d
L'iboga ou l'ébogha (Tabernanthe Iboga), encore appelé par les Gabonais « bois sacré », est une plante spirituelle africaine autour de laquelle s'est construit le Bwiti, un rite à la fois initiatique et thérapeutique en expansion. Il n'y a pas de Bwiti sans iboga, puisque c'est dans ce rite que cette plante révèle ses vertus visionnaires et divinatoires. Celles-ci s'avèrent déterminantes dans la compréhension de l'être spirituel que nous sommes et donneraient, par la même occasion, une meilleure connaissance de soi et du monde divin. L'initiation au Bwiti consiste ainsi à l'ingestion d'une grande quantité de râpures de l'écorce de ses racines, à l'aide de chants de guérison, du son de la « harpe sacrée » ou mongongo (arc musical), permettant d'atteindre un état second nécessaire à l'accès au « monde onirique ». Cette transcendance du monde tangible au monde spirituel fait finalement accéder à l'essence de tout être et amène le candidat à l'initiation (bandzi) à découvrir par lui-même l'origine de son infortune pour entamer le processus de guérison. Dans ce livre-entretien avec un connaisseur du rite Bwiti chez les Fang du Gabon, les questions et réponses notamment sur le processus initiatique permettent de mettre en lumière certains aspects de cette pratique spirituelle et religieuse authentique africaine.
Le fossé communicationnel et culturel qui existe entre la Chine et la France entrave leurs compréhensions mutuelles. Pour améliorer la nature de leurs futures interactions, les deux auteurs de nationalité française et chinoise ont profondément réfléchi dans la durée aux spécificités respectives de l'empire du Milieu et de l'Hexagone. Ce faisant, ils ont découvert un couplage de valeurs qui gouverne les comportements sociétaux, organisationnels et individuels des deux pays. Ils ont concrétisé leur trouvaille en concevant la boussole comportementale Chine-France. Si vous souhaitez mieux comprendre la Chine et/ou la France, cette nouvelle grille de lecture ancrée dans la vraie vie est faite pour vous.
C'est l'histoire d'une jeune fille inexpérimentée qui s'enfonce dans le désert mauritanien à la recherche des grands nomades Rgaybat, « enfants des nuages », et qui finira par y trouver des guérilleros. Convié à la suivre dans les arcanes cocasses ou tragiques de la société bédouine, on découvre des personnages attachants, un art de vivre, une culture raffinée, en même temps qu'un monde en plein naufrage. Près de 50 ans après ce voyage initiatique, Sophie Caratini revient sur ce qui fut l'expérience fondatrice de sa carrière d'anthropologue et de sa vie de femme. Cette nouvelle édition de son récit autobiographique, largement remanié et complété, en accentue la valeur de témoignage. Elle éclaire un moment clé de l'histoire ouest-saharienne, marquée par l'effondrement du grand nomadisme chamelier et les débuts du combat pour l'indépendance des révolutionnaires sahraouis. "Vous avez un don rare, même parmi les ethnologues : vous savez voir. J'ai aimé votre livre auquel je souhaite tout le succès qu'il mérite. Il est vivant, il sonne vrai, ce qui n'exclut pas la réflexion, qui nous vaut des remarques très fines, des pensées pénétrantes et de grands moments d'émotion". CLAUDE LÉVI-STRAUSS Sophie Caratini est une anthropologue française et mauritanienne, directrice émérite au CNRS, spécialiste des sociétés de l'Ouest saharien. Elle a écrit plusieurs ouvrages qui allient avec talent l'anthropologie et la littérature. Notamment Les non-dits de l'anthropologie suivi de Dialogue avec Maurice Godelier, et une grande saga en trois volumes indépendants sur le choc de la rencontre coloniale : Antinéa mon amour ; Les Sept Cercles ; La Fille du chasseur (editions Thierry Marchaisse).
La Nouvelle-Calédonie approche désormais du référendum d'autodétermination de 2018 devant décider de son avenir politique. Vingt ans après l'accord de Nouméa, ce scrutin clôturera un processus de décolonisation dans la République, qui incluait la création d'une citoyenneté néo-calédonienne fondée sur la reconnaissance préalable de l'identité kanak. L'inscription progressive de la "coutume" dans les domaines du droit, de la justice et de la politique a eu pour effet de cliver le débat sur les formes possibles de l'émancipation kanak. Cet ouvrage éclaire les enjeux et tensions. Le cas calédonien renouvelle la réflexion sur l'unicité de l'Etat et ses limites en situation coloniale et postcoloniale.
Des analyses inédites font découvrir une très ancienne civilisation vigneronne européenne dont le patrimoine est dynamisé par l'innovation continue. Fêtes, rites et croyances fondent ce patrimoine intériorisé donnant sens à la civilisation vigneronne d'Europe comme « bien de tous » vivant et attractif. Aujourd'hui, fort de son passé millénaire, le patrimoine vigneron en Europe s'ouvre au tourisme par des moyens synergiques puisés dans l'oenologie, les arts et l'histoire.
Les Ouïghours sont un peuple musulman turcophone vivant en Chine, aux frontières de l'Asie centrale, dans la région du Xinjiang. Quelles sont les modalités d'intégration, de contrôle, voire de répression de ce peuple ? Comment le gouvernement chinois coordonne-t-il sa politique interne avec sa politique étrangère pour comprimer les velléités identitaires et indépendantistes du peuple ouïghour ? Une belle introduction à la question des minorités en Chine populaire.
La musique, la danse, le dessin, l'écriture constituent ici l'originale déclinaison d'une "civilisation du taureau" qui demeure étonnamment vivante, le long d'une ligne imaginaire qui délimiterait un Sud emblématique. Le peintre Claude Viallat, l'écrivain Marc Bernard (1900-1983), Prix Goncourt 1942, comme l'ensemble des auteurs de cet ouvrage, se sont employés à désenclaver l'art tauromachique et ses représentations.
Les analyses de la situation des femmes oscillent entre une dénonciation de la domination masculine qu'elles subissent, et un exposé plein d'espoir quant aux réformes accomplies dans la conquête de leur égalité avec les hommes. Le parti pris suivi dans cet ouvrage est de jeter la lumière sur les contradictions, aussi bien à l'échelle microsociale de la vie quotidienne que dans les engagements plus politiques. L'approche anthropologique et la réflexion féministe sont conjuguées pour explorer le sens de ces évolutions.
Anthropologue renommé pour ses ouvrages sur les symboles et les mythes, Gilbert Durand livre un manifeste en faveur d'une gnose réconciliant les traditions culturelles riches d'un héritage symbolique et les sciences les plus avancées de notre temps. L'auteur explore à travers ces traditions savantes ou populaires et ce christianisme primitif l'imaginaire occidental et européen.
Alors que Claude Lévi-Strauss, dès 1962, célébrait les savoirs autochtones, il aura fallu attendre trente ans pour que, en 1992, la Convention sur la diversité biologique de Rio reconnaisse officiellement, pour la première fois, l'importance des savoirs autochtones face aux grands défis écologiques. Quelle est la nature, quels sont les multiples régimes des savoirs traditionnels ? Quels mondes peuvent-ils ouvrir, de par leur existence même, aux savoirs académiques ? Telles sont les questions qu'il faut à présent se poser.