Patrick Boucheron
Patrick Boucheron
Ce livre ne traite ni de la vie d'Ambroise (339-397), évêque et saint patron de la ville de Milan, ni de l'oeuvre de celui qui fut considéré comme l'un des quatre Docteurs latins de l'Église latine. Il tente une archéologie historique de la mémoire ambrosienne, ou plutôt de la disponibilité sociale de son souvenir dans l'Italie médiévale et moderne. À travers l'étude de ses usages politiques, on tente de saisir le champ d'action d'une memoria patristique qui plonge ses racines dans la tradition ecclésiale, la science médiévale et la piété populaire. Résolument interdisciplinaire, cette enquête collective croise les apports des historiens et des archéologues, des philologues et des historiens de l'art, des spécialistes de la liturgie et de l'ecclésiologie, de la vie politique comme de l'histoire de l'érudition. Elle ne se contente pas de dresser la chronique des appropriations collectives d'un souvenir disputé à la faveur de la résurgence des « nouveaux Ambroise » qui s'autorisent de son nom, mais tente de cerner les lieux où s'ancrent le souvenir : lieux urbains et iconographiques formant une géographie monumentale du souvenir ambrosien, lieux de la canonisation textuelle et lieux liturgiques de la remémoration. Homme de la romanité continuée, fondateur mythique des libertés ecclésiales et communales de la ville de Milan, Ambroise ne peut s'appréhender qu'à partir de ces lieux de mémoire. Il ne peut toutefois se réduire à ce souvenir situé : saint universel, Ambroise se prête à la réactualisation permanente d'une tradition patristique, qui en fait une ressource discursive pour les controverses, les luttes sociales et les mobilisations collectives. En ce sens, et bien loin de l'image irénique qu'on pourrait se faire de la religion civique, le saint divise autant qu'il rassemble.
We need history because we need rest: a pause to rest our consciousness, so that the possibility of a consciousness may remain - as the seat not only of thought, but of practical reason, affording full latitude for action. Saving the past, saving time from the frenzy of the present: the poets devote themselves to this with exactitude. For this purpose we must work to weaken ourselves, to make ourselves idle, to make inoperative this endangering of temporality that wrecks experience and despises childhood. "Surprise the catastrophe", said Victor Hugo. Or, as Walter Benjamin put it, throw oneself against the slow oncoming disaster that is more a continuation than a sudden rupture.
Plongez dans l’enquête magistrale de Patrick Boucheron sur la peste noire, la pire catastrophe démographique de l’histoire. Un essai captivant qui éclaire notre présent à la lumière du Moyen Âge et révolutionne notre compréhension des pandémies.
On appelle traditionnellement « peste noire » le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste, qui se diffuse en Europe à partir de 1347. Elle constitue à ce jour la plus grande catastrophe démographique de l'histoire de l'humanité. L'ouvrage prend appui sur les progrès conjoints de l'archéologie funéraire et de l'anthropologie, mais aussi de la microbiologie et des sciences de l'environnement, qui en ont révolutionné l'approche. Peste noire propose une histoire globale et sociale d'un événement de longue durée, qui déborde les frontières chronologique, géographique et disciplinaire. Car la peste met à l'épreuve ce que peut l'histoire dès lors qu'elle se montre accueillante à l'apport de toutes les sciences du passé, y compris lorsqu'elles fouillent les archives du vivant et celles de la Terre. Elle fut, historiquement, une mise à l'épreuve de la capacité des pouvoirs et des sociétés humaines à faire face à la mort de masse. Proposant aussi une histoire d'après la peste, Patrick Boucheron répond à des questions plus récentes, relatives notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Il propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais « depuis » elle, comme événement et comme durée dans le temps.
Florence, 1527 : Machiavel, observateur impitoyable des jeux de pouvoir, écrit pour les siècles futurs. Patrick Boucheron en révèle l’audace et l’actualité, entre cynisme et espoir démocratique.
On nous l’annonce comme imminente et inéluctable : une catastrophe lente à venir. On nous l’annonce depuis si longtemps. Mais est-ce pour nous alerter ou pour nous habituer ? Il est grand temps d’en décider. Car on peut craindre, ou espérer, un événement qui, lorsqu’il advient n’est pas le surgissement de l’inconnu mais la poursuite de ce que l’on connaissait très bien et qu’on n’a pas su éviter. On se rend compte alors, mais trop tard, qu’à force de l’attendre, on n’a pas compris qu’il était déjà advenu.
Le parcours d'un professeur au Collège de France engagé dans la cité. Penser la ville médiévale à l'échelle du monde. Une réflexion sur la pratique émancipatrice de l'historien. Partant de l'adage médiéval " l'air d de la ville rend libre ", qui rend compte du fait que les hommes s'émancipent des dépendances anciennes par le seul fait qu'ils entrent en ville, Patrick Boucheron retrace le parcours qui l'a mené de l'histoire de la brique, des bâtiments et des places publiques, à celle des pouvoirs, de la mémoire et de l'archipel urbain à l'échelle du monde. Il revient sur ce qui est au coeur de ses travaux, les communes médiévales italiennes, qui, si elles ont constitué des laboratoires de modernité politique, n'en ont pas moins été des solutions bricolées par des acteurs toujours susceptibles de se laisser tenter par le pouvoir autoritaire. Il pointe la fragilité des libertés urbaines et s'intéresse aux formes de désobéissance à l'ordre urbain. Penser depuis le Moyen Âge, c'est aussi penser le contemporain, et retrouver l'essence de la liberté, qui est peut-être surtout le pouvoir de faire.
Le parcours d'un professeur au Collège de France engagé dans la cité. Penser la ville médiévale à l'échelle du monde. Une réflexion sur la pratique émancipatrice de l'historien. Partant de l'adage médiéval " l'air d de la ville rend libre ", qui rend compte du fait que les hommes s'émancipent des dépendances anciennes par le seul fait qu'ils entrent en ville, Patrick Boucheron retrace le parcours qui l'a mené de l'histoire de la brique, des bâtiments et des places publiques, à celle des pouvoirs, de la mémoire et de l'archipel urbain à l'échelle du monde. Il revient sur ce qui est au coeur de ses travaux, les communes médiévales italiennes, qui, si elles ont constitué des laboratoires de modernité politique, n'en ont pas moins été des solutions bricolées par des acteurs toujours susceptibles de se laisser tenter par le pouvoir autoritaire. Il pointe la fragilité des libertés urbaines et s'intéresse aux formes de désobéissance à l'ordre urbain. Penser depuis le Moyen Âge, c'est aussi penser le contemporain, et retrouver l'essence de la liberté, qui est peut-être surtout le pouvoir de faire.
L'historien Patrick Boucheron explore avec malice les différents types de révoltés de l'époque féodale, notamment la figure de Robin des Bois. Voler aux riches pour donner aux pauvres, est-ce la base d'une expression des luttes sociales ? Les prémisses de la redistribution des richesses ? C'est plus compliqué que cela, nous dit le spécialiste du Moyen Âge, qui revient sur différentes révoltes d'une époque régie par l'obéissance au Seigneur et à Dieu. Pour les paysans, la plus efficace des rébellions, ce n'était pas de brandir leurs fourches et de mettre le feu aux champs, c'était de quitter son Seigneur pour aller travailler chez le voisin... Un mouvement collectif qui oblige le pouvoir à vous donner des droits. Le grand déguerpissement.
Les échanges qu'on va lire, et bien plus encore les événements qui les ont provoqués et ceux qui y sont évoqués, nous font violence, à l'un, historien, comme à l'autre, écrivain, peu enclins par nature à parler d'actualité. Il nous a pourtant été nécessaire de les coucher sur le papier, non pour commenter, énoncer ou juger, mais pour faire état de cet état d'esprit qui nous a envahis brusquement au fil de ces journées qui ont, non pas changé la donne, mais tranché les positions. C'est cela, le point commun de nos métiers?: livrer des récits, parler après que la mort est passée. Ce récit-là est une contribution, avant que l'histoire ne se fige et que les pages se tournent. Nous souhaitons qu'il soit débattu, repris, démenti, en un mot qu'il vive bien au-delà de nous et ne reste pas sur le carreau comme les dix-sept corps assassinés et les trois corps assassins, à Paris, en janvier?2015.
L'Europe, pendant la plus grande partie de son histoire, a été une idée. Elle signifiait un profond désir de circulation et de liberté autant qu'un souci de rigueur et de polémique. À Milan ou à Paris, on se lisait fougueusement ; entre Bruxelles et Vienne, on se copiait passionnément. Aujourd'hui, alors même que l'Europe est devenue une institution, elle n'est pas, ou de moins en moins, une idée. Bruxelles serait-elle devenue une Cité interdite où le débat public ne pénètre plus ? Voilà pourquoi la revue Le Grand Continent a invité cinq penseurs internationalement reconnus pour l'envergure de leurs travaux à parler, pour la première fois, de leur idée d'Europe. Ensemble, ils ont ouvert de nouvelles perspectives, de nouveaux chemins à parcourir pour retrouver les voies d'une Europe idéale, pleinement politique - une certaine idée de l'Europe.
L'Europe, pendant la plus grande partie de son histoire, a été une idée. Elle signifiait un profond désir de circulation et de liberté autant qu'un souci de rigueur et de polémique. À Milan ou à Paris, on se lisait fougueusement ; entre Bruxelles et Vienne, on se copiait passionnément. Aujourd'hui, alors même que l'Europe est devenue une institution, elle n'est pas, ou de moins en moins, une idée. Bruxelles serait-elle devenue une Cité interdite où le débat public ne pénètre plus ? Voilà pourquoi la revue Le Grand Continent a invité cinq penseurs internationalement reconnus pour l'envergure de leurs travaux à parler, pour la première fois, de leur idée d'Europe. Ensemble, ils ont ouvert de nouvelles perspectives, de nouveaux chemins à parcourir pour retrouver les voies d'une Europe idéale, pleinement politique - une certaine idée de l'Europe.
Qu'est-ce qu'un événement ? La question est tout sauf théorique, puisqu'elle affecte le cours même de nos existences. Il est des moments où l'on ressent intimement le pli cassant du temps, qui sépare nettement un avant d'un après. Mais parfois c'est plus incertain. Le passé semble s'attarder, et l'on attendra de la mémoire qu'elle façonne, après coup, le sens de ce qui a eu lieu. Inspiré de l'émission « Quand l'histoire fait dates », diffusée sur Arte, ce livre propose d'explorer cette question à partir de trente dates qui, de la grotte de Lascaux à la libération de Nelson Mandela, des grandes batailles de l'Asie centrale à la conquête du pôle Sud, traversent toutes les époques et parcourent le monde. Chaque événement, qu'il soit célèbre ou plus inattendu, apparaît toujours comme la porte d'entrée d'une histoire qui se veut accueillante aux imaginaires, aux mémoires et aux émotions. En composant à travers ces récits dix manières de créer l'événement, Patrick Boucheron laisse ainsi entendre les accords secrets qui résonnent à travers les frises chronologiques de notre enfance et rend à l'histoire sa force d'entraînement, la ramenant à ce qu'elle peut être dès lors qu'elle s'adresse à nos vies : l'art de se ménager des surprises.Professeur au Collège de France, Patrick Boucheron a notamment publié aux éditions du Seuil Conjurer la peur (2013), La Trace et l'Aura (2019) et dirigé l'Histoire mondiale de la France (2017).
L'espace est à la fois une réalité concrète, matérielle et mesurable, et une construction sociale et symbolique, ces deux aspects interagissant en permanence. L'Occident latin est certes en ce domaine l'héritier de Rome, mais les conceptions et les pratiques de l'espace ont été bouleversées par la chute de l'Empire et le développement de nouvelles structures politiques où les pouvoirs s'exercent sur les hommes plus que sur les territoires, une notion qui semble s'être temporairement effacée. Dans la perspective du programme SAS qui est celle d'une sémiologie de la naissance de l'état moderne, ce sont moins les signes dans l'espace que les signes de l'espace qui sont étudiés ici. On sait que l'espace est une production sociale et notre conception de l'espace comme surface homogène et mesurable n'est pas celle de la période médiévale et moderne, où l'on oscille sans cesse entre un espace polarisé autour des lieux de pouvoir et/ou des lieux sacrés et l'espace conçu comme territoire. Les communications sont regroupées en quatre thématiques : marqueurs symboliques de l'espace (palais communaux, espaces de pouvoirs, mausolées dynastiques), pouvoirs et symbolique de l'espace (identité civique des communes, contrôle de l'espace impérial, marquage de l'espace économique, retour du territoire), représentation symbolique de l'espace (cartes marines, portulans, vues figurées, usages de la géographie) et perception de la symbolique de l'espace (frontières, écrits administratifs, représentations de la cité).
C'est à l'histoire d'une mémoire disputée que nous convie ce livre, moins pour faire récit des manipulations du souvenir que pour dresser l'inventaire des résistances du passé. Peut-être aussi pour tenter de rendre sensible l'épaisseur des temps par quelques expériences narratives... Le souvenir est celui d'Ambroise, élu évêque de Milan en 377, à l'époque où la ville est l'une des capitales de l'Empire romain. Contemporain de cette bascule d'un temps dans l'autre qu'est l'Antiquité tardive, Ambroise instaure une grande séparation entre ceux qui croient au Christ et ceux qui n'y croient pas. Jouant la ville contre le palais, le peuple contre la cour, il fait de la lutte contre l'hérésie la cause d'une Église défendant l'inviolabilité du domaine de Dieu face au pouvoir impérial. Héros de la romanité continuée, champion de la liberté de l'Église, saint patron de la ville et protecteur céleste de sa conscience civique, Ambroise n'a cessé de hanter l'histoire de Milan, depuis le temps des évêques carolingiens jusqu'à la Contre-Réforme catholique, et bien au-delà encore. Partant sur les traces de ses vies posthumes, ce livre propose une enquête sur la manière dont se façonnent, en longue durée, et de manière heurtée, contradictoire et toujours conflictuelle, les identités collectives. S'y révèle, chemin faisant, une archéologie du gouvernement des modernes, buttant sur l'origine liturgique de tout pouvoir et la violence constitutive à toute fondation. Patrick Boucheron est historien, professeur au Collège de France. Il est notamment l'auteur de Léonard et Machiavel (2009), Faire profession d'historien (2010), Conjurer la peur. Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images (2013).
« Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France. » Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831) Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015, sans s’embarrasser de la question des origines. Une histoire qui prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue. Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : tout en revisitant les lieux de mémoire du récit national, il s’agit de déplacer, de dépayser et d’élargir notre histoire. Prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est la rendre simplement plus intéressante ! Cet enregistrement est accompagné d'un PDF de 14 pages (table des matières, index et présentation des auteurs) que vous pouvez retrouver en accès libre sur le site d'Audiolib. Durée : 32H54
Il est des mots qui tuent - symboliquement, lorsqu'il s'agit de ruiner la réputation d'un adversaire, ou physiquement, quand le mot d'ordre se fait slogan. Dès lors, s'interroger sur la notion de violences intellectuelles revient à poser la question de la responsabilité de ces professionnels de la parole que sont les intellectuels. Ce livre collectif entend le faire dans la longue durée de l'analyse historienne : de l'attaque ad personam dans la rhétorique romaine à l'imaginaire guerrier des intellectuels contemporains, en passant par les formes de la dispute médiévale ou de la controverse savante à l'époque moderne. Dans tous les cas, il s'agit bien de mettre au jour les règles et les usages de la polémique, mais aussi d'identifier les moments où les règles sont transgressées, remettant en cause l'ensemble du système.Textes de Étienne ANHEIM, Vincent AZOULAY, Patrick BOUCHERON, Pascal BRIOIST, Jean-Luc CHAPPEY, Fabienne FEDERINI, Jérémie FOA, Cédric GIRAUD, Charles GUÉRIN, Dominique IOGNA-PRAT, Bernard LAHIRE, Charlotte NORDMANN, Dinah RIBARD, Yann RIVIÈRE, Valérie ROBERT, Nicolas SCHAPIRA, Jacques SÉMELIN, Bénédicte SÈRE, Stéphane VAN DAMME, Laurent-Henri VIGNAUD, Alexandre WENGER.
" Ce ne serait pas trop de l'histoire du monde pour expliquer la France " Jules Michelet, Introduction à l'histoire universelle (1831) Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s'embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l'identité, mais prend au large le destin d'un pays qui n'existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l'incarner tout entier. Une histoire qui n'abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c'est par dates qu'elle s'organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue. Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l'ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d'historiennes et d'historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s'agit de prendre la mesure d'une histoire mondiale de la France, c'est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l'élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante ! Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu'un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment. Directeur d'ouvrage : Patrick Boucheron est professeur au Collège de France. Coordination : Nicolas Delalande est professeur associé au Centre d'histoire de Sciences Po ; Florian Mazel est professeur à l'université Rennes 2 ; Yann Potin est chargé d'études documentaires aux Archives nationales ; Pierre Singaravélou est professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.
La scène se passe à Urbino, au palais ducal, à la fin du mois de juin 1502. Dans l'effet de souffle des guerres d'Italie, les petits États tremblent sur leur base ; ils seront à qui s'en emparera hardiment. Insolent et véloce comme la fortune, César Borgia est de ceux-là.Le fils du pape donne audience à deux visiteurs. Le premier est un vieux maître que l'on nomme Léonard de Vinci, le second un jeune secrétaire de la Chancellerie florentine du nom de Nicolas Machiavel.De 1502 à 1504, ils ont parcouru les chemins de Romagne, inspecté des forteresses en Toscane, projeté d'endiguer le cours de l'Arno. Un même sentiment d'urgence les fit contemporains. Il ne s'agissait pas seulement de l'Italie : c'est le monde qui, pour eux, était sorti de ses gonds.Comment raconter cette histoire, éparpillée en quelques bribes ? Léonard ne dit rien de Machiavel et Machiavel tait jusqu'au nom de Léonard. Entre eux deux coule un fleuve. Indifférent aux efforts des hommes pour en contraindre le cours, il va comme la fortune.Alors il faut le traverser à gué, prenant appui sur ces mots rares et secs jetés dans les archives comme des cailloux sonores.
Stupeur en ce mois de mai 2058 : le document donné à l'épreuve d'explication de textes de l'agrégation d'histoire est un faux. Un faux ? Pas exactement : une « forgerie », un texte ayant la forme d'un document ancien, mais ne cachant nullement qu'il est une imitation moderne. Les étudiants ont donc commenté le texte d'un historien célèbre qui s'était essayé à écrire, en 2011, le texte perdu d'une conférence sur la colonisation française prononcée en 1896 dans un petit village du Limousin. Mieux qu'aucune archive, le texte exposait ce qui aurait pu être dit en pareille circonstance. Mais les historiens attendent-ils seulement des documents d'histoire qu'ils confortent ce que l'on sait déjà ? Les candidats au concours de 2058 sont les premiers à en douter. Ils sont bientôt rejoints par deux historiens très âgés qui leur rappellent un précédent méconnu : au concours de 2011 justement (quelle coïncidence !), on avait donné à commenter le texte d'un érudit moderne qui avait lui aussi inventé la source qui lui manquait. Par quelle mystérieuse opération un « texte » devient-il un « document », et un « document d'histoire » un « bon texte » pour ceux qui prétendent l'enseigner ? À quoi sert l'érudition et comment concilier l'exigence du chercheur et l'efficacité du pédagogue ? Quel rôle les historiens confèrent-ils à l'imagination ? Deux historiens, Sylvain Venayre et Patrick Boucheron, tentent de répondre à ces interrogations en utilisant les objets mêmes que ces questions soulèvent : le jeu et la fiction.
Et si le Moyen Âge avait inventé sa propre forme de débat public ? Ce livre collectif, dirigé par deux grands médiévistes, interroge la pertinence de la théorie de Jürgen Habermas pour comprendre les échanges politiques.
Lorsqu'il s'agit de dresser leur autoportrait, les historiens se plaisent souvent à se camper face aux archives qu'ils compulsent et font parler. Ce livre se risque à retourner le miroir, en proposant le portrait d'un historien en ses archives, celles qu'il a consultées, mais celles aussi qu'il a constituées. Georges Duby fut l'historien scrupuleux et inspiré de la société féodale, mais il fut également l'archiviste méthodique de lui-même. C'est à explorer le "fonds Duby" déposé pour l'essentiel à l'Imec que cette enquête collective est consacrée. Les historiens rassemblés par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun, grâce au soutien de la Fondation des Treilles, entreprennent de saisir Georges Duby à travers les visages de papier que constituent ses archives de travail. Ce faisant, ils invitent le lecteur à entrer dans la fabrique de l'oeuvre. Ce n'est pas seulement la carrière du grand médiéviste qui est ici revisitée, mais les pratiques et les procédures qui permettent le travail de l'histoire : fiches de cours, notes, correspondances, transcriptions de séminaires, brouillons et manuscrits. Voilà pourquoi ce livre ambitionne, à sa manière, d'illustrer une histoire matérielle du travail intellectuel.
Lorsqu'il s'agit de dresser leur autoportrait, les historiens se plaisent souvent à se camper face aux archives qu'ils compulsent et font parler. Ce livre se risque à retourner le miroir, en proposant le portrait d'un historien en ses archives, celles qu'il a consultées, mais celles aussi qu'il a constituées. Georges Duby fut l'historien scrupuleux et inspiré de la société féodale, mais il fut également l'archiviste méthodique de lui-même. C'est à explorer le "fonds Duby" déposé pour l'essentiel à l'Imec que cette enquête collective est consacrée. Les historiens rassemblés par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun, grâce au soutien de la Fondation des Treilles, entreprennent de saisir Georges Duby à travers les visages de papier que constituent ses archives de travail. Ce faisant, ils invitent le lecteur à entrer dans la fabrique de l'oeuvre. Ce n'est pas seulement la carrière du grand médiéviste qui est ici revisitée, mais les pratiques et les procédures qui permettent le travail de l'histoire : fiches de cours, notes, correspondances, transcriptions de séminaires, brouillons et manuscrits. Voilà pourquoi ce livre ambitionne, à sa manière, d'illustrer une histoire matérielle du travail intellectuel.
Cette collection est conçue pour les étudiants des premiers cycles d'histoire, de sociologie, de psychologie et d'anthropologie. Chacun des ouvrages de la collection, synthèse ou recueil de documents, propose des repères, signale des problématiques, suscite des interrogations pour inciter l'étudiant à une acquisition active des connaissances.