Le Chemin
« V. est assise sur une hauteur légère, à l'extrémité du plateau de L. : ce que les manuels géographiques appellent table, mesa ou, lorsque la superficie en est relativement modeste, comme à V., qui ne peut plus s'étendre, butte témoin, de celles où la mer secondaire a laissé tant de vestiges. La route que je pris en sortant de la gare, montait à travers les villas et les jardins qu'on devinait seulement, derrière les murs épais qui soutenaient leurs terrasses, pleins de fleurs... Me retournant, la main tendue et ouverte pour me protéger du soleil, je constatai que cette main dissimulait désormais tout le noeud ferroviaire et la gare (si petite qu'elle semblait ne pouvoir fonctionner que par la volonté des hordes d'enfants qui la regardaient avec intérêt du haut des remparts) - jusqu'à cette sensation d'une absence insolite, troublante, dont je compris plus tard qu'il s'agissait de ma fatigue : je ne soufflais pas malgré l'escalade, je n'étais pas mort. »
Si nombreuses que fussent - dans une salle de musée - les statues archaïques de jeunes dieux, il m'a toujours semblé les voir solitaires. Comme si leur démarche ambulante et fixe, la plénitude de leur torse, le port élevé de la tête, les yeux sans paupière ni prunelle, les entouraient naturellement de silence et d'espace. Ils apparaissaient, venant de la mer, à l'heure où elle ne se distingue pas du ciel, où les brumes se dissipent si lentement que les bateaux et les maisons sont des montagnes de brumes. Je les voyais grandir sans se déplacer, monter lentement à ma rencontre. Ils n'étaient là que dans l'entre-temps fugitif de la nuit et du crépuscule de l'aube. Ils venaient, littéralement, d'autre part. Je les ai vus, depuis, emprunter toutes sortes de tenues. Ils m'ont surpris et je n'ai pas toujours su les suivre sur le chemin qu'ils m'indiquaient. Mais ils m'ont toujours désigné des lieux magiques, et su changer - de leur ombre gigantesque - un immense hôtel désuet en un éléphant, les rues de Naples en lieu d'asile pour naufragé, une bibliothèque en un murmure de voix, une ville en un tombeau, un décor en un cortège.
L'individu des temps modernes est un exilé. Aussi Saul, un jeune professeur français de trente ans, est-il venu à l'Université de Greenlake aux États-Unis, pour fuir son passé et tenter de devenir un homme neuf. Peu à peu, l'Amérique, qu'il observe avec la curiosité d'un voyeur, prend possession de lui. Il y trouve un nouveau rythme de vie. Il s'habitue à la lenteur du Sud, à l'indolence du climat, aux beautés d'un interminable automne. Il se réfugie dans une solitude dont il espère tout. Mais le Sud, imperceptiblement, s'insinue en ses veines. Quelques aventures rapides, dans l'indifférence, avec sa logeuse, avec une jeune étudiante, la découverte de la violence chez certains nostalgiques du fascisme, son travail même ne lui donnent aucun des plaisirs espérés. À l'approche de Noël, New York le hante, cette patrie de ceux qui n'en veulent plus. La complicité des rues, le grondement des métros express, la chaleur des magasins en contraste brutal avec le blizzard et le froid, les rencontres de hasard dans les cinémas et les bars équivoques, tout cela conduit peu à peu Saul à sa perte. En proie à de secrètes et cruelles passions dérobées sous le ton volontairement aigu du récit, Saul se laisse prendre au vertige de sa propre chute.
Le marécage, c'est d'abord cette étendue humide et enneigée près de laquelle, un matin de décembre, on a retrouvé le cadavre d'Agnès Bault-Castaing, arrivée quelques années plus tôt dans une famille d'industriels savoyards, dont elle avait épousé le fils aîné. C'est encore le milieu où l'histoire plonge ses racines et dans lequel Agnès, jeune et brillante Parisienne, s'est vite enlisée : une tribu bourgeoise, où triomphent le cynisme et l'hypocrisie, jalousement fermée sur ses vieux principes, et pour laquelle un divorce est encore sujet de scandale. C'est enfin, longtemps plus tard, le bourbier des souvenirs, qui remontent dans la mémoire de Robert Bault-Castaing, le patriarche, alors qu'il se sait vaincu par la maladie. Ils le ramènent jusqu'à cette période trouble où, dans le huis clos de La Cavalerie, la propriété familiale, proliféraient les passions et mûrissaient les haines. Au-delà de la vérité officielle qui, sur le témoignage d'un débile mental, a jeté en prison deux braconniers, il en existe une autre, soigneusement enfouie, qu'il se décidera à
Les acrobaties vocales ajoutées par les artistes aux airs qu'ils interprètent, prennent le nom de colorature, ainsi que la voix et l'artiste qui les pratiquent. Ainsi de ce poème qui se déploie à la façon d'une partition d'opéra, divisé en prélude, air, romance, cavatine, etc. Sur un fond de mise en scène et de dramatisation, les fastes de l'art lyrique sont évoqués, avec ses hauts lieux : la Scala, Covent Garden, la Fenice, les personnages féminins du répertoire : Elvire, Lucie de Lammermoor, Salomé, Mélisande et leurs prestigieuses interprètes : la Pasta, la Malibran, Nilsson, Ludwig, Schwartzkopf, pour célébrer une femme nommée Marie-Soleil, qui est sans doute la projection fantasmatique de la grande diva du siècle : Maria Callas.
Ce roman ne raconte pas une histoire mais des centaines - nées les unes des autres - et menées selon un rythme de sang, de rage. Elles donnent à voir un paysage convulsif, où les événements n'ont jamais de repos, pas plus de repos que le « héros » - labile et sans nom - qui, sans ménagement, remonte - et nous entraîne avec lui - des zones pourrissantes où la fascination l'arrête longtemps, jusqu'aux sales jours d'enfance où règne l'abandon. Sans jamais quitter la couleur érotique la plus violente, la plus fastueuse, la plus obsessionnelle. On ressent une émotion physique à la lecture de cette brillante liturgie du sexe et de la mort. La décomposition - suggérée par Ludovic Janvier - s'impose d'abord au niveau du langage. Sa brutalité, souvent insoutenable, classe cet écrivain dans la lignée de Céline et de Bataille. Mais la torsion poétique que l'auteur impose à ses thèmes, porte le texte à une qualité tout à fait singulière.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Du côté de La Ferté-en-Auge, à la lisière du bois de Vègue, dans une bâtisse en amont de la Mule-Rouge, la vieille Marthe vit seule, enfermée dans le délirant purgatoire d'un passé et d'un présent qui la consument. Elle a été la femme de Gilbert-André Escurdinas, entrepreneur de monuments funéraires, mort depuis sept ans. Le culte obsédé qu'elle lui voue est comme la doublure d'une haine forcenée à l'égard de sa soeur cadette Julie Mortez. Entre ces deux passions obscures et déchirantes que son goût pour la boisson exaspère, Marthe est en état de crise visionnaire ininterrompue. Le cauchemar et la veille n'ont plus de frontières, ni l'horreur de la solitude et de la dégradation, ni les souvenirs d'une sauvage enfance, ni l'émerveillement de l'amour. Pénétrer à l'intérieur de cette étonnante construction psychotique, zébrée d'éclairs, d'invocations et de plaintes, c'est vivre à plein les créations de la folie. Mieux encore : découvrir page après page et lueur après lueur les noeuds d'une réalité restée jusqu'alors inavouable.
"Comme de joie rejointe à la belle étreinte, il n'en a toujours pas fini de revenir de vos venues-dahlias ô Dalilas. Des minuits chevelus d'ire grège dans les longues feintes fendues des murs du songe solitaire." Paru en 1976, le recueil de Pierre Lepère, à la manière de Cocteau et de Max Jacob au début de leurs écrits, nous propose une suite de poèmes fantaisistes.
Écrivain raté, vivant de traductions, Pierre prétend ne plus comprendre le sens des mots. Et pourtant il parle, il délire, il attend. Quoi ? L'avènement d'une nouvelle langue. Autour de lui, Paris s'effrite comme un gigantesque organisme malade. Il en tire sa revanche. Il accuse, il devine une conspiration. Son chef ? C'est Arias, le rival qui a réussi, et dont il n'a fait que traduire les oeuvres. Peu à peu, les mythes surgissent de la névrose. A côté de la puissance maléfique d'Arias, apparaît Madeleine, la femme aimée, monolithe écrasant et vénéré qu'il encercle de souvenirs, qu'il exalte en voulant le détruire. Les portes de la mémoire s'ouvrent capricieusement. L'imagination remodèle le passé pour cacher quelles fautes ? Pourquoi Madeleine a-t-elle abandonné Pierre ? A mesure que le monde extérieur se dissout, la névrose reconstruit l'innocence. Le dernier cercle se clôt, silence et mort, en un même centre. Alors la faute est absoute.
À vingt-neuf ans, s'écartant de la voie toute tracée, Stanislas Levigne abandonne sa situation. Le voici dans Paris lancé à sa propre poursuite, explorant les conditions de chômeur ou d'écrivain, d'homosexuel ou de juif, en tirant inlassablement systèmes et fictions. Mais abandonner une situation, est-ce vraiment en finir avec la société ? Combattre sa propre lâcheté, est-ce une manière de triompher de la morale ? Et rompre avec le monde, en apparence, n'est-ce pas le plus sûr moyen de fortifier son monde intérieur le plus oppressant, c'est-à-dire celui qu'il s'agissait précisément de fuir ? Bref, au-delà de la peinture de certains milieux à la mode et du feuilleton de la mauvaise conscience, les interrogations fondamentales de Stanislas Levigne se retournent contre lui-même et le renvoient à l'espoir et à ce parti pris du refus qui caractérisent les révoltés.
Un homme ivre, allongé dans une chambre après une soirée trop arrosée, se livre à un monologue enivré où chaque mot devient une renaissance.
Une nuit d’angoisse et de révélations : quand un accident banal à la frontière espagnole bascule dans le cauchemar. Séparé des siens, un homme affronte l’isolement d’un cachot et la puissance de sa propre mémoire.
Entre les murs d’une maison du Havre, Jost et Marie vivent une histoire aussi trouble qu’énigmatique. Mort violente, suicide ou accident ?
Sept destins, sept antiennes : Grandes O tisse une toile littéraire où chaque personnage, chaque silence, devient la pièce d’un univers à la fois intime et mythologique.
Le premier paragraphe du roman met en place le soliloque de Suzanne, une jeune femme de vingt-cinq ans, mariée à Pierre et maman de Gisèle et de Paulo. Il se déroule sur un rythme obsessionnel pour nous dévoiler à mesure un univers intérieur fait des contradictions les plus violentes : « Il y a des matins où je sais que je ne me lèverai pas, c'est plus fort que moi, je ne me lèverai pas. Même s'il fait beau ça m'est bien égal. Ce jour-là, pour moi, il ne fait pas beau, c'est tout. Et s'il pleut, tant mieux, qu'il pleuve et que toute la ville soit noyée. Je n'aime pas les gens, je n'aime pas mon mari, ni ma petite fille, ni mon petit garçon. Qu'ils sortent sous la pluie, qu'ils tombent dans des fondrières, qu'ils aient de la boue par-dessus la tête, c'est tout ce que je demande. Je ne ferai pas un geste, je ne pleurerai pas. » C'est donc du fond de son lit que Suzanne va vivre sa journée inutile. Et le lecteur y reconnaîtra, profondément mêlés, la cruauté d'une femme prisonnière de l'existence que tour à tour elle veut, aime, déteste, repousse avec rage ; les souvenirs les plus féroces ou les plus émouvants ; la tendresse qui ne s'avoue jamais ; les espoirs déçus ; la sensualité ; les soumissions et les révoltes vis-à-vis de l'homme et des enfants ; bref, l'angoisse et la terreur métaphysiques dont nous subissons tous, tant que nous sommes, les ravages au lever de chaque jour.
Entre réel et imaginaire, Le versant contraire de Louise Herlin invite à une traversée poétique où chaque mot devient un repère. Ce recueil, paru en 1967, révèle une voix unique qui interroge notre rapport au monde et à la création.
Une femme, Isabelle, la narratrice - qui fut aimée, puis délaissée il y a déjà longtemps par Pierre, l'homme qu'elle aimait également et qu'elle ne cesse plus d'invoquer - explore la solitude. Isabelle vit dans une petite ville de province : pendant vingt-quatre heures, l'inventaire de sa solitude se développe lentement, patiemment, avec une minutie désespérée, depuis le moment où elle est rentrée chez elle, un samedi soir, sa journée de travail achevée...
Entre un père vieillissant et un fils en quête d'indépendance, La succession explore la lutte silencieuse pour l'héritage, la filiation et la liberté. Un roman intense, où chaque mot pèse le poids d'un destin.
Né le 12 avril 1940, à Nice, licencié ès lettres, diplômé d'études supérieures de littérature française, Pierre-Paul Bracco prépare une thèse de troisième cycle. Encore quelques battements... est son premier roman.
La narratrice se nomme Marcienne Cornille, elle a vingt-cinq ans, Luc est son mari, et Rémy son fils est âgé de deux ans. A Villeneuve-Saint-Georges, sa maison est entourée d'un jardin. Elle se rend parfois à Paris, passe des vacances sur la Côte d'Azur, rencontre des gens, écrit, peint, rêve. Cette carte d'identité banale sert de soutien à la plus fantastique exploration mentale qu'une femme ait osé tenter jusqu'ici, c'est-à-dire l'aventure même du langage. Car Marcienne s'orthographie aussi Martienne. Et c'est sous cet aspect insolite que le lecteur subit la pensée d'une créature visiblement tombée d'une autre planète. Elle veut tout apprendre à la fois : vivre et mourir, construire de jour en jour et d'heure en heure la certitude de son propre néant face au temps, à l'espace. Mais ce néant est l'envers même de la réalité qui nous est donnée en naissant. Il est l'univers de Marcienne-Martienne, magnifique et déchirant dans la mesure où « l'Envahie » ne trouvera nulle part et jamais son lieu d'origine et d'aboutissement.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Dans une préfecture imaginaire de Vendée, un jeune géographe aussi ironique que désinvolte se lance dans une étude économique et une conquête amoureuse aussi savante qu’imprévisible.
Un 17 juillet comme tant d'autres, dans une maison de campagne où quatre générations se croisent. René Pons y capture l'essence d'un après-midi ordinaire, où chaque instant suspendu révèle la profondeur de l'existence.
Neumont, Seine-et-Oise, années 1960. Pierre retourne seul dans le village de son enfance, hanté par le souvenir de Manu, son premier amour. Et si tout était encore possible ?
C'est à partir de l'analyse en profondeur du plus singulier de nos sens, la vue, que l'auteur construit son essai. Dans un visage humain, la place des yeux, leur double fonction - ouverture sur le monde extérieur et réflexion braquée sur l'univers de l'imagination - sont en fait la clé jumelle, originelle, ouvrant toute oeuvre d'art. Marc Le Bot, après avoir corporellement amarré son texte sur le pouvoir de la vision créatrice, s'abandonne à une extraordinaire méditation composée de chapitres brefs, intenses, où ses références à Léonard de Vinci, Artaud, Bellmer, Michaux, Bacon, Matisse, Dubuffet, Klein, Klee, Giacometti, Masson apportent un éclairage absolument nouveau. La souplesse de sa pensée, la liberté de sa recherche, qui ne s'encombrent d'aucune structure sèchement intellectuelle, font de cet essai une exploration à la fois savante et charnelle, capable de passionner tous ceux qui, de près ou de loin, devinent le grand mystère du corps confronté au miroir de son intériorité.
Le mot "mascarets" désigne un remous ou une grande vague qui va à contre-courant. Il intitule également le dernier des huit récits du présent recueil et le recueil en sa totalité. Dans ces nouvelles l'amour, le désir, le rêve et la mort sont comme les sommets d'un espace imaginaire où l'invention érotique s'allie à l'invention fantastique, où le mystère est soutenu par le réalisme et où le principe d'incertitude est souverain. Les lieux de la narration sont Paris, Venise, la Normandie, le sud de l'Espagne ou de l'Italie. Et partout, à la façon du mascaret, "l'amour sort du futur avec un bruit de torrent et se jette dans le passé pour le laver de toutes les souillures de l'existence".
Entreprenant le minutieux et maniaque inventaire de la maison de sa grand-mère, à Mazermes, le narrateur de L'Adoration a eu aussi la tentation, en se réfugiant dans le paradis du passé, d'échapper à l'irrespirable présent qu'est devenue sa vie avec sa femme et l'obsédant amour qu'il a pour elle. Mais, tandis que le passé faisait, dans L'Adoration, sans cesse irruption dans le présent, c'est le présent qui, de plus en plus, va faire irruption ici dans le passé et miner l'entreprise dont le narrateur découvre à mesure qu'elle ne pouvait être, comme toute fuite, que faussement salvatrice.
Entreprenant le minutieux et maniaque inventaire de la maison de sa grand-mère, à Mazermes, le narrateur de L'Adoration a eu aussi la tentation, en se réfugiant dans le paradis du passé, d'échapper à l'irrespirable présent qu'est devenue sa vie avec sa femme et l'obsédant amour qu'il a pour elle. Mais, tandis que le passé faisait, dans L'Adoration, sans cesse irruption dans le présent, c'est le présent qui, de plus en plus, va faire irruption ici dans le passé et miner l'entreprise dont le narrateur découvre à mesure qu'elle ne pouvait être, comme toute fuite, que faussement salvatrice.
"Il est souvent question de Bretagne, dans ce petit livre. J'aimerais qu'on ne s'y trompe pas. C'est simplement le nom que je donne à certaines de mes obsessions, tout à fait absurdes. Ce que m'a donné la fréquentation assez poussée de ce pays ne tient pas à ma présence "effective" au bord de la mer. Je reste persuadé que tout ce qui émeut l'homme peut se déclarer n'importe où, et singulièrement entre quatre murs neutres et nus. La Bretagne est l'anecdote de ma quête, qui reste tentative d'expulsion. Je me souhaite cette promotion, évidemment poétique, avant de mourir. Elle ne me semble qu'à l'état larvaire. Mais on va continuer." Georges Perros.
"Il n'y a pas de doute : rien n'a été ennuyeux comme une feuille morte qui courait devant nos pas, s'arrêtait avec nous, reprenait sa course, nous effrayait comme un animal, dans le petit chemin de la Messuguière - mais tout ce qui est séparé de nous par la vitre invisible, toujours pareille, toujours accrue du temps est plongé dans la même magie, doué de la même perfection. Corps des filles disparues, vous me soulevez encore en esprit, parfaites."
"Il n'y a pas de doute : rien n'a été ennuyeux comme une feuille morte qui courait devant nos pas, s'arrêtait avec nous, reprenait sa course, nous effrayait comme un animal, dans le petit chemin de la Messuguière - mais tout ce qui est séparé de nous par la vitre invisible, toujours pareille, toujours accrue du temps est plongé dans la même magie, doué de la même perfection. Corps des filles disparues, vous me soulevez encore en esprit, parfaites."