Marc Le Bot
Marc Le Bot
C'est à partir de l'analyse en profondeur du plus singulier de nos sens, la vue, que l'auteur construit son essai. Dans un visage humain, la place des yeux, leur double fonction - ouverture sur le monde extérieur et réflexion braquée sur l'univers de l'imagination - sont en fait la clé jumelle, originelle, ouvrant toute oeuvre d'art. Marc Le Bot, après avoir corporellement amarré son texte sur le pouvoir de la vision créatrice, s'abandonne à une extraordinaire méditation composée de chapitres brefs, intenses, où ses références à Léonard de Vinci, Artaud, Bellmer, Michaux, Bacon, Matisse, Dubuffet, Klein, Klee, Giacometti, Masson apportent un éclairage absolument nouveau. La souplesse de sa pensée, la liberté de sa recherche, qui ne s'encombrent d'aucune structure sèchement intellectuelle, font de cet essai une exploration à la fois savante et charnelle, capable de passionner tous ceux qui, de près ou de loin, devinent le grand mystère du corps confronté au miroir de son intériorité.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
J'écris par souci de la langue. Après qu'elle m'éclaire, j'aménage sa clarté. J'écris à la lumière du jour présent ; jour après jour, j'écoute la rumeur journalière de la langue. Je tiens journal de ses rumeurs. Elles entretiennent fantaisie ou fantasmes. Elles ne disent rien, ni de crédible ni d'incroyable : elles sont la substance ignée où brûlent les pensées. L'écriture des jours n'est pas vraie, ni elle n'est mensongère. Elle s'écrit dans la pensée des mythes anciens : ils ne disaient ni la vérité ni l'erreur, mais leur travail défrichait dans la langue des clairières pour la pensée.
Ce ne sont pas des figures de peintres que ces textes voudraient faire apparaître, mais des figures de la peinture elle-même. Non pas des noms propres, mais des formes de l'art actuel. Les noms propres sont pourtant là, par une sorte de nécessité. Ils sont d'abord nécessaires pour nommer les oeuvres. Ce sont celles de peintres jeunes : Cremonini, Kermarrec, Adami, Velickovic, Poli, Télémaque, Monory, Cueco, Rouan ; d'autres sont celles de peintres reconnus depuis plus longtemps : Cézanne, Mondrian, Picabia, Duchamp, Dubuffet. Toutefois, la suite de ces oeuvres ne fait pas palmarès. Si le livre les réunit, c'est que chacune d'elles peut valoir comme repère formel dans l'ensemble bariolé de l'art contemporain. Toutes ensemble, elles permettent d'esquisser quelques-uns des traits forts d'une problématique de l'art du temps présent.