Georges Perros
Georges Perros
Le choix que j'ai opéré, parmi les milliers de pages de Georges Perros, a pour but de faire apparaître la constance et la cohérence de ce voeu ardent qui soustend toute l'oeuvre de ce veilleur des embruns parti vivre à Douarnenez le compagnonnage du ciel ouvert et du grand large : vivre une vie intense et libre au plus près du réel, au coeur de la vie ordinaire, au diapason de la poésie. Mais il n'y a pas de vérité assénée ici, pas de coaching du mal-être, de voie à sens unique ni de système clefs en main, seulement du donné à penser. Jean-Pierre Siméon "Avoir de l'esprit, c'est proprement ne pas savoir ce qu'on va dire dans cinq minutes", "La poésie donne le plaisir de ne pas avoir à comprendre", "La poésie n'est pas exacte. Elle est juste"... Plus de 350 fragments de l'oeuvre - publiée ou inédite - de Georges Perros, choisis et présentés par Jean-Pierre Siméon.
Découvrez Pensées collées de Georges Perros, un recueil de 350 notes fulgurantes où l’auteur capture l’essence de la vie ordinaire avec une poésie rare. Un livre court, percutant et accessible, idéal pour les amateurs de textes brefs et profonds.
"Je me suis fait un non" disait avec cet humour ferme qui le caractérisait Georges Poulot alias Georges Perros (1923-1978). Un de ses plus évidents refus est bien celui de la vie littéraire parisienne et mondaine qui s'offrait à lui quand, après avoir renoncé à sa première vie de comédien qui le mena à la Comédie française et dans la troupe de Vilar, il entame en 1954 en collaborant à la NRF son chemin d'écrivain. Perros part en effet dès 1959 s'installer définitivement à Douarnenez où il vivra jusqu'à sa mort précoce d'un cancer de la gorge, une vie simple et pauvre, une vie ordinaire au milieu de gens ordinaires. Si les notes, aphorismes et fragments des Papiers collés assurent dès 1960 sa notoriété, il publie deux ans après les Poèmes bleus qui, avec Une vie ordinaire (1967), imposent, à l'opposé des préoccupations formalistes de l'époque, une poésie directe, franche, d'un ton aussi naturel que celui d'une conversation de bistrot dans un port breton. Mais cette simplicité est évidemment le fruit d'un art supérieur où la fluidité, la souplesse et la musicalité du vers font le premier bonheur du lecteur. Pas très loin de Queneau, la poésie narrative des Poèmes bleus dit d'abord de façon bouleversante la Bretagne minérale et venteuse, sa rudesse qui va avec ses beautés mais aussi les sentiments d'un homme partagé entre son amour de la vie, son goût d'une humanité simple et sans pose et une mélancolie foncière, une sensation de solitude irréductible, contradiction qui se résout le plus souvent par l'humour.
"Je me suis fait un non" disait avec cet humour ferme qui le caractérisait Georges Poulot alias Georges Perros (1923-1978). Un de ses plus évidents refus est bien celui de la vie littéraire parisienne et mondaine qui s'offrait à lui quand, après avoir renoncé à sa première vie de comédien qui le mena à la Comédie française et dans la troupe de Vilar, il entame en 1954 en collaborant à la NRF son chemin d'écrivain. Perros part en effet dès 1959 s'installer définitivement à Douarnenez où il vivra jusqu'à sa mort précoce d'un cancer de la gorge, une vie simple et pauvre, une vie ordinaire au milieu de gens ordinaires. Si les notes, aphorismes et fragments des Papiers collés assurent dès 1960 sa notoriété, il publie deux ans après les Poèmes bleus qui, avec Une vie ordinaire (1967), imposent, à l'opposé des préoccupations formalistes de l'époque, une poésie directe, franche, d'un ton aussi naturel que celui d'une conversation de bistrot dans un port breton. Mais cette simplicité est évidemment le fruit d'un art supérieur où la fluidité, la souplesse et la musicalité du vers font le premier bonheur du lecteur. Pas très loin de Queneau, la poésie narrative des Poèmes bleus dit d'abord de façon bouleversante la Bretagne minérale et venteuse, sa rudesse qui va avec ses beautés mais aussi les sentiments d'un homme partagé entre son amour de la vie, son goût d'une humanité simple et sans pose et une mélancolie foncière, une sensation de solitude irréductible, contradiction qui se résout le plus souvent par l'humour.
"Ce petit livre est né d'une obsession d'origine musicale. Je me suis trouvé comme envahi, sous le coup d'une vermine, d'un pullulement qu'un rythme octosyllabique sollicitait, entraînait vers je ne savais, ni ne sais encore, trop quoi. Il me fallait nourrir cet écoulement, et j'ai pris ce qui me tombait sous la main, ou pour mieux dire, sous la note. Dès lors, jour après jour, et durant deux mois, un mince filet de voix s'est égaré dans des régions qui sont moins d'ordre autobiographique que du mouvement, de l'humeur en marche qui décrétait telle flaque d'écriture. Il n'était pas question de raconter ma vie, mais d'en réciter quelques séquences arrachées à l'écran poisseux du réel. Ce sont donc des huitains qui m'en ont fait voir de toutes les couleurs." Georges Perros.
Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats. "Pour ne rien perdre de cette incessante lecture, tout m'est bon - bouts de papier, souvent hygiénique, tickets de métro, boîtes d'allumettes, pages de livre. J'en suis couvert." D'où aujourd'hui ces papiers distribués, collés, un livre - la chambre de l'esprit, mais à travers laquelle passe cet air de fête ou ce vent fou qui les a fait se détacher de la vie. Avec ses Papiers collés, Georges Perros a inventé un genre. Et il était le seul à pouvoir le porter à la perfection.
"Qu'il me soit donc, ce cahier, une occasion de bavarder, à la franquette du coeur. C'est que je ne prononce pas dix mots dans la journée. Je me parle tout seul, il arrive même que dans la rue je surprenne le rire à moitié étouffé d'une bonne dame à sa fenêtre, qui ne sait pas qu'on peut se faire des discours, quoique seul." Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref, comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats. "Pour ne rien perdre de cette incessante lecture, tout m'est bon - bouts de papier, souvent hygiénique, tickets de métro, boîtes d'allumettes, pages de livre. J'en suis couvert." Avec ses Papiers collés, dont c'est ici le deuxième tome, Georges Perros a inventé un genre. Et il était le seul à pouvoir le porter à la perfection.
Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref, comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats.
"Il est souvent question de Bretagne, dans ce petit livre. J'aimerais qu'on ne s'y trompe pas. C'est simplement le nom que je donne à certaines de mes obsessions, tout à fait absurdes. Ce que m'a donné la fréquentation assez poussée de ce pays ne tient pas à ma présence "effective" au bord de la mer. Je reste persuadé que tout ce qui émeut l'homme peut se déclarer n'importe où, et singulièrement entre quatre murs neutres et nus. La Bretagne est l'anecdote de ma quête, qui reste tentative d'expulsion. Je me souhaite cette promotion, évidemment poétique, avant de mourir. Elle ne me semble qu'à l'état larvaire. Mais on va continuer." Georges Perros.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« J'ai traité de brute un flic qui houspillait un peu fort un pauvre type. Évidemment, ça n'a pas été tout seul. Le soir, on m'a relâché, mais le lendemain matin, la voiture de police s'est ramenée, et en avant. Le commissaire de police avait été nommé ici depuis deux jours. Il a voulu faire du zèle. Alors, j'ai passé le jour et la nuit dans une espèce de cage. Je sais maintenant comment vivent, si j'ose dire, les flics. Je le dirai. Parfaitement infernal. »