Espace littéraire
Pourquoi Madame Bovary, Les Misérables ou À la recherche du temps perdu traversent-ils les siècles sans perdre de leur éclat ?
Et si le chapitre était bien plus qu’une simple division ? Cet essai collectif explore, de la Bible aux récits numériques, comment le découpage chapitral façonne notre expérience de lecture, entre tension narrative et confort littéraire.
Haïti, Guadeloupe, Martinique, Guyane : voici comment le polar caribéen réinvente le genre en mêlant enquêtes et magico-religieux. Une étude inédite qui éclaire la singularité d’une littérature trop longtemps ignorée.
Relire Voyage au bout de la nuit en 2022 demeure une entreprise périlleuse, mais exaltante. Afin d'éviter de tomber dans le piège de la condamnation ou de la réhabilitation de l'auteur, les treize analyses qui composent cet ouvrage adoptent un parti pris littéraire et se demandent ce que le premier roman de Céline continue d'avoir d'actualité et de portée critique. Les études génétiques, qui ont joué un rôle capital dans la réévaluation de l'oeuvre à partir des années 1970, restent ici essentielles compte tenu de la réapparition récente d'un ensemble considérable de manuscrits céliniens. Les deux autres parties de l'ouvrage approfondissent l'étude de thèmes et de figures, ou bien contextualisent des aspects du roman en mettant à contribution des savoirs historiques, médicaux ou économiques liés à son époque. Une dernière partie comprend quelques textes rédigés par des écrivains. Ils esquissent, sur un ton plus personnel, une étude des filiations littéraires de Céline, et plus particulièrement des résonances de Voyage au bout de la nuitchez les écrivains québécois.
Tout au long de leur carrière respective largement médiatisée, Sophie Calle et Annie Ernaux, artistes contemporaines, ont allégrement transgressé les frontières entre la vie privée et la vie publique. Devant ces transgressions, l'auteure de cet ouvrage s'attache aux questions suivantes : quelles libertés peut se permettre la femme artiste aujourd'hui ? Où, comment, et par qui se dessinent les limites éthiques de la création ? Dans une perspective résolument féministe, elle dégage de la réception des oeuvres de Calle et d'Ernaux les « crimes » dont la critique les accuse, notamment obscénité, impudeur, indécence. À la lumière des représentations souvent stéréotypées de la femme criminelle, elle cible aussi les manières subversives et innovatrices avec lesquelles les artistes ont déjoué les perceptions acceptées de la féminité pour s'assurer une liberté totale, devenant de ce fait des hors-la-loi. Cette étude fouillée, écrite dans une langue précise et ciselée, se nourrit du rapport fécond qui existe entre l'oeuvre d'art et son contexte, entre l'éthos de l'artiste et celui de l'art.
L’intermédialité n’est pas un concept de plus, mais une invitation à repenser notre rapport aux médias, aux arts et à la culture.
Et si La Comédie humaine se révélait aussi par ses bruits ? Jean-François Richer explore l’univers sonore méconnu de Balzac, où chaque cloche, pas ou cri dessine une société en mouvement. Une lecture inédite qui change notre écoute de l’œuvre.
Et si la littérature était le seul lieu où l’on peut vraiment affronter la mort ? Thanatographies rassemble vingt spécialistes pour explorer comment les écrivains transforment l’angoisse de la fin en création, entre deuil, déni et jouissance.
Découvrez comment quatre romancières du XIXe siècle ont utilisé la figure du handicap pour défier les normes de genre et repenser la place des femmes dans la société. Une analyse inédite à la croisée des études féministes et des disability studies.
Et si le patriarcat avait façonné nos plus grands romans ? François Ouellet explore ici comment la figure du père, entre pouvoir et fragilité, structure l’imaginaire littéraire moderne.
Et si le potin et la rumeur étaient les ciments invisibles de nos sociétés ? Rumeur, potin et parole oiseuse dans le théâtre contemporain d’expression française déploie une analyse inédite de ces discours furtifs.
Cet ouvrage offre un récit inédit de Toronto, ville d'art et de culture traversée par la diversité linguistique. Le contact entre les langues laisse des traces, des documents et des souvenirs, notamment dans le domaine du théâtre auquel l'autrice porte ici toute son attention. En se penchant sur la dynamique matérielle du « voisinage linguistique » qui anime le devant et le derrière de la scène théâtrale, elle décrit le virage médiatique que prend la traduction, de l'écriture sur papier aux surtitres projetés au-dessus du plateau. Elle donne ainsi la voix à John Van Burek, traducteur du joual et médiateur culturel, à Lina Chartrand, Marie-Lynn Hammond et Anne Nenarokoff-Van Burek, créatrices plurilingues, à Gunta Dreifelds et Nina Okens, surtitreuses, à Bobby Theodore, traducteur, ainsi qu'à Claude Guilmain et Tomson Highway, hommes de théâtre au carrefour des cultures et des technologies de la scène.
Le scénario n’est pas qu’un simple texte : c’est un objet vivant, entre littérature et création visuelle.
Dans la production artistique québécoise s'établit souvent un rapport de force entre des groupes dominants et des exclus, des êtres « gâchés », qui témoigne d'une fabrique de l'exclusion foncièrement injuste et répressive. L'autrice de cet ouvrage observe cette violence dans la littérature et le cinéma par une analyse qui s'inspire non seulement de la sociologie et de l'anthropologie, mais aussi de l'histoire ou de la psychologie. Se fondant entre autres sur les théories de Durkheim, Foucault et Kristeva, elle fait état de la manufacture de l'exclusion qui ne saurait fonctionner sans la phobie ancestrale des sociétés humaines pour l'abjection, objet du mal par excellence, et dont la représentation procure, paradoxalement, une jouissance. Paroxysme de l'abjection : la mort. Dans le corpus étudié, l'autrice braque la lumière sur douze parias et marginaux - de Séraphin Poudrier (Un homme et son péché) à Wilfrid (Littoral) en passant par Thomas Roy (Sur le seuil) -, qui entraînent dans leur sillage décès, crimes et suicides, souvent illustrés de manière presque complaisante. Le point commun de ces personnages inoubliables, et la raison de leur rejet par la société bien-pensante, est, curieusement, leur supériorité. En somme, cette étude fouillée illustre bien le paradoxe qui oppose l'abjection de ces intouchables à leur pureté et le rejet qu'ils provoquent à une attirance certaine des auteurs, des réalisateurs et du public.
À l'ère du numérique, le courrier se fait de plus en plus rare, mais le texte épistolaire séduit encore. Que peut un livre empruntant la forme d'une lettre, exploitant des correspondances originales ou interpellant ouvertement la lectrice, le lecteur ? En quoi le geste d'écrire des lettres peut-il convenir aux écrivaines et aux intellectuelles en France aujourd'hui ? Que signifie de destiner à autrui chaque mot qu'elles tracent ? À qui s'adressent-elles ? Comment, et à quelles fins, sont-elles amenées à s'exprimer ainsi, que ce soit de façon directe ou par un personnage fictif ? C'est pour répondre à ces quelques interrogations que Karin Schwerdtner s'est entretenue avec quinze femmes, écrivaines, chercheuses, intellectuelles, sur leurs projets, leurs initiatives, leur goût des (belles-)lettres. Avec Arlette Farge, Annie Ernaux, Michèle Lesbre, Maryline Desbiolles, Lydia Flem, Leïla Sebbar, Hélène Gestern, Christine Montalbetti, Lydie Salvayre, Camille Laurens, Marie Nimier, Linda Lê, Laurence Tardieu, Colombe Schneck et Sylvie Le Bon de Beauvoir.
Ce livre se présente comme un guide de voyage. Chacun des dix-huit sites visités - dont le pont, le marché, le jardin, l'hôtel, la bibliothèque, le musée, la maison d'opéra, la synagogue ou le monument - raconte à sa manière comment les langues et les mémoires conversent entre elles, résonnent en échanges polyglottes dans les villes d'aujourd'hui. En parcourant ces lieux souvent situés sur des lignes de faille géographiques et historiques, on peut entendre l'écho de langues supprimées, comme le yiddish de l'Europe de l'Est, ou bannies, comme celles des Autochtones du Canada. Avec des textes à la fois savants et ludiques, l'autrice nous entraîne sur un circuit imagé qui permet au lecteur d'aborder une pléiade de thèmes actuels, de la migration à l'architecture en passant par les droits linguistiques et la traduction citoyenne.
Cet ouvrage résulte d'un constat aussi simple que déconcertant : alors que le son joue au théâtre un rôle généralement aussi important que le visuel, il est à peu près absent des travaux critiques, historiques et théoriques. Et pourtant, cet univers sonore en est un très complexe et étonnant, et vaut la peine qu'on s'y attarde. L'émergence de ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler les études sonores en théâtre fait de l'auralité de la représentation - ce qu'on y entend et comment on l'entend - une question majeure au sein de la recherche universitaire qui se consacre aux arts vivants. Ce « tournant sonore » touche autant la conception du spectacle que sa représentation, sa réception que son archivage L'ouvrage repose sur deux dimensions : d'abord, celle de la réflexion théorique, plus générale ; puis, celle de l'expérimentation, qui ancre progressivement la pensée dans une réalité sonore particulière. Les quatorze textes de théoriciens et d'artistes, en passant de l'abstraction des concepts au concret de leur réalisation, témoignent de la fluidité et de la diversité qui concernent autant les agencements dynamiques et mouvants appelés ici « dispositifs » que les réalités sonores qu'ils engendrent.
Dans les situations héritées de la déterritorialisation - à l'origine de la présence française en Amérique -, comment prétendre à une certaine autochtonie ? Au-delà des frontières entre ceux qui sont établis et les populations déplacées, comment la liberté d'imaginer l'autre conduit-elle à concevoir l'appartenance en assumant l'histoire coloniale ? Sur l'horizon continental des littératures francophones, où l'auteure situe le texte québécois, l'autochtonie est l'affaire de tous. Qu'elle soit parée des signes de l'indianité, projetée sur l'écran virtuel de l'art, partagée par plusieurs identités, dérivée d'une mémoire prénationale ou sécrétée par une résistance à des pouvoirs réducteurs, elle est le vecteur d'un idéal d'authenticité. Sa quête module les oeuvres à l'étude. Le mythe de fondation - qui confère une légitimité au discours social et politique - fait place à des fantasmes qui renouvellent l'appartenance par des propositions originales, lui donnant un ancrage sur différents territoires symboliques. L'approche anthropologique ici adoptée s'appuie sur une synthèse des principaux enjeux identitaires formulés par la fiction littéraire, depuis les années 1970 jusqu'au début du XXIe siècle. Le panorama des figures de l'appartenance qui en résulte offre une contribution remarquable à la réflexion actuelle sur les défis du vivre-ensemble.
Cet ouvrage invite à suivre au plus près les mouvements d'oscillation de l'écriture de Marguerite Duras - d'un genre médiatique à l'autre - et les modulations d'une trame narrative présente d'une oeuvre à l'autre : la romance, la jeune fille et l'amant, le bal... La « nature indécise » de la langue durassienne est ici révélée, décortiquée, par une relecture attentive et enthousiaste de l'auteure. Celle-ci met au jour un aspect inexploré de l'esthétique de l'artiste en comparant un triple corpus (littérature, théâtre, cinéma) et se penche notamment sur les croisements entre poétique et politique dans leur relation à l'Histoire, ainsi que sur les aspects subversifs qui marquent l'entrécriture de Marguerite Duras.
Dans cet ouvrage, Daniel Poitras analyse les relations complexes entre l'historiographie et l'expérience du temps au XXe siècle en se penchant particulièrement sur la vie et l'oeuvre de trois penseurs emblématiques de la France et du Québec : Michel de Certeau, François Furet et Fernand Dumont. Dès lors, il interroge l'ancrage de l'historien dans sa société et l'évolution de son rapport au passé et au futur. Le lecteur suit ainsi la trajectoire de ces auteurs arrivés à la vie intellectuelle pendant les années 1950 - alors que l'Histoire était encore synonyme de progrès - et qui ont vécu les bouleversements du siècle. De l'entre-deux-guerres à la guerre d'Algérie, de la Révolution tranquille à la crise d'Octobre, en passant par Mai 68 et la chute du communisme, ils cherchent à trouver le sens de cette « crise du temps » et, ce faisant, nous offrent des clés uniques pour comprendre notre propre relation à l'histoire au XXIe siècle. Ce livre s'adresse tout autant aux spécialistes qu'aux amateurs que pourrait intéresser l'itinéraire de trois des plus importants penseurs de l'historiographie dans le monde francophone.
Loin de se limiter à la seule représentation du présent dans lequel il est plongé, le récit français actuel déploie un nombre impressionnant de stratégies narratives pour construire ce temps à la fois fuyant et constamment renouvelé. Il met ainsi en avant diverses pratiques qui visent à inscrire le présent dans la durée et dans l'histoire. Ce faisant, le récit devient, lui aussi, une « pratique du présent » dont il faut définir les principales orientations. Dans cet ouvrage, la littérature est ainsi envisagée comme un discours, parmi d'autres, qui construit le monde. La dimension idéologique de ce discours n'est pourtant pas en cause ici ; plutôt les formes qu'il emploie pour articuler des matériaux historiques, mémoriels et littéraires variés. L'ouvrage prend appui sur une trentaine d'oeuvres - Bergounioux, Cadiot, Delaume, Echenoz, Ernaux, Houellebecq et Volodine, entre autres - qui sont examinées tant du point de vue de l'énonciation que de leur usage de l'intertextualité ou de leur rapport à la narration et à l'histoire littéraire. Des analyses serrées, écrites dans une langue fluide, font de cet essai érudit une lecture passionnante pour tous ceux qui s'intéressent à la littérature française contemporaine.
Quel pouvoir réside dans la virginité ? Comment comprendre le concept de parthénos, qui peut à la fois désigner un adolescent, fille ou garçon, une jeune vierge à marier, une figure tragique ou une puissante déesse ? Et comment les destins d'Antigone, des Érinyes, de Blanche-Neige, de Susan Salmon - l'héroïne angélique du roman populaire d'Alice Sebold - et de Valentine - la jeune punk imaginée par Virginie Despentes - illustrent-ils la temporalité au coeur des idées véhiculées sur les jeunes filles depuis l'Antiquité ? Au moment où plusieurs penseurs annoncent une crise mondiale des rites de passage de l'adolescence, cet essai réfléchit au discours occidental sur la virginité vue par la médecine, la loi, la littérature et la mythologie. Il montre que, loin de culminer avec la disparition du fantasme de la virginité, notre époque perpétue l'institution des filles dociles. L'auteure aborde les visages familiers de la victime angélique, de la vierge sacrée, des soeurs virales et s'attarde à l'image encore inexplorée de la jeune terroriste kamikaze en posant la question ultime : la littérature peut-elle sauver les vierges d'un destin morbide et sacrificiel ?
Figure centrale de la République des Lettres, Pierre Gassendi a souvent été réduit au rôle du rival malheureux de Descartes ou du philosophe sans système. Cet ouvrage présente pourtant un savant passionnant, à la pensée riche et complexe, que la pratique et l'éthique de soi ont mené sur le chemin de la connaissance et de la sagesse. En se penchant sur les choix poétiques et discursifs de Gassendi, l'auteure met en avant l'actualité de sa pensée, proche de nos questionnements sur notre rapport aux émotions, à notre corps ou à la nature. Elle tente par ailleurs de saisir sa pensée dans son ensemble, à la fois dans ses dimensions scientifique et spirituelle, sans chercher à opposer ces deux aspects. Ce faisant, elle montre le lien particulier qui s'établit entre vérité, savoir et raison au xviie siècle et la manière dont se racontait alors le métier de savant et de penseur - Gassendi empruntant, quant à lui, la voie de la conversion. Judith Sribnai est professeure adjointe au Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
Femme des Lumières, Louise d'Épinay est surtout connue pour sa correspondance avec le diplomate napolitain Ferdinando Galiani, de même que pour un long roman autobiographique et Les conversations d'Émilie, un dialogue mère-fille traitant d'éducation. On sait moins qu'elle a été, pendant trente ans, la collaboratrice prolifique de la Correspondance littéraire, l'un des plus importants périodiques clandestins de la deuxième moitié du xviii e siècle. L'analyse des pièces de cette « femme d'esprit » ayant circulé dans les feuilles manuscrites de Grimm et de Meister donne à voir l'aura de la féminité dans la presse littéraire de l'Ancien Régime et la représentation de la relation ayant pris forme entre des rédacteurs parisiens et leurs lecteurs princiers, tenus au secret et dont le nombre n'a jamais excédé la douzaine d'abonnés. Ce livre, le premier à proposer une critique approfondie des écrits journalistiques et épistolaires de madame d'Épinay, offre une réflexion sur les pratiques d'écriture et les pratiques de sociabilité d'une femme de lettres et de son proche entourage, sur leur influence réciproque, mais aussi sur l'imaginaire du monde et du milieu philosophique qui fascinait l'Europe de l'époque.
À Paris, entre la fin du xixe siècle et le début des années 1930, le cinéma, le disque et la radio triomphent. Dans ce monde du divertissement de plus en plus dominé par l'artifice, le médiatisé et le « reproduit », le théâtre s'affirme comme l'une des ultimes enclaves de vérité, à cause, notamment, de la présence de « vrais » acteurs rencontrant un « vrai » public. Pourtant, ses artisans n'en recourent pas moins aux mêmes technologies de reproduction de l'image et du son que celles qui font le succès des grands médias. Par l'examen attentif de documents d'archives et de « relevés de mises en scène » de dizaines de spectacles, les auteurs de ce livre révèlent une histoire du théâtre de la modernité aux antipodes de celle vantée par le discours qui a traversé tout le xxe siècle et qui reste encore très prégnante à l'ère numérique. L'image qu'ils dégagent est celle d'un art qui n'hésite pas à intégrer tous les moyens susceptibles d'accroître l'efficacité et l'attractivité de la représentation. En examinant également les dynamiques intermédiales - entre théâtre, cinéma et littérature - qui s'instaurent avec le développement rapide des technologies électriques, les auteurs montrent bien comment le théâtre de la modernité perpétue une tradition plus de deux fois millénaire. Jean-Marc Larrue est professeur d'histoire et de théorie du théâtre à l'Université de Montréal. Giusy Pisano est professeure de cinéma à l'École nationale supérieure Louis-Lumière de Paris.
Laurence L. Bongie propose ici une lecture radicale de l'oeuvre de Sade et met à mal nombre d'idées reçues sur l'auteur de La philosophie dans le boudoir. Qui oserait réhabiliter la belle-mère de Sade, la redoutable Présidente de Montreuil ? Contester à Sade la qualité de philosophe ? Avancer que les lettres de cachet l'ont, en quelque sorte, protégé de la justice, tout en menant à son enfermement ? Cette réinterprétation du rôle de la Présidente n'est pas la seule proposée par l'auteur qui, à partir de recherches nouvelles en archives, invite notamment les lecteurs à repenser le rapport de Sade avec sa mère, dont on a dit longtemps qu'elle était absente de son oeuvre. Pour Bongie, au contraire, la haine de la mère est capitale. Originellement paru en anglais, ce livre s'adresse évidemment aux spécialistes de Sade, mais aussi à un grand public friand de détails sur la vie aristocratique au siècle des Lumières. À la fois essai biographique et relecture de l'oeuvre sadienne, il affirme haut et fort des positions loin de toutes les orthodoxies. Les nouveaux lecteurs, ni apôtres ni spécialistes, mais esprits curieux souhaitant se faire une idée par eux-mêmes sur un écrivain aujourd'hui devenu canonique, pourraient être étonnés. Laurence (Larry) Bongie est professeur émérite à l'Université de Colombie-Britannique (Vancouver), membre élu de la Société royale du Canada (Académie des lettres et des sciences humaines), et officier des Palmes Académiques. Il a écrit sur Hume, Diderot, Condillac, Bonnie Prince Charlie et le marquis de Sade.
Oser penser par soi-même. Voilà le mot d'ordre des écrivains matérialistes des Lumières qui n'ont pas hésité à récuser l'existence de Dieu, à mettre en jeu la réalité d'une « substance spirituelle » - oxymore absurde s'il en est - et à illustrer l'aliénation de ceux qui adhèrent à ce qui mène inévitablement au théofascisme. Si Dieu est une chimère et les religions des « folies humaines », la matière, en revanche, existe par elle-même, travaillée par des forces qui rendent compte du monde tel qu'il existe. Du « frayage » des particules élémentaires au transformisme, en passant par la théorie des probabilités, les thèses matérialistes ont pu éclore parce que des « philosophes » ont abandonné le paradigme mécaniste au profit d'une conception complexe de l'organisme, fondée sur l'irritabilité et la sensibilité du tissu animal. L'auteur de Matières incandescentes analyse les conditions d'apparition et de développement des problématiques matérialistes des Lumières (1650-1780) dans une synthèse impeccable qui souligne les liens qui se sont tissés entre réflexion philosophique et avancées scientifiques. Professeur émérite de l'Université d'Ottawa, Pierre Berthiaume est spécialiste de la littérature française du xviiie siècle et des relations de voyage en Amérique du Nord. Sa bibliographie comprend nombre d'ouvrages et d'articles qui couvrent les deux domaines de recherche.
De Maurice Sand, l'histoire culturelle et littéraire n'a en général retenu que son état de fils bien-aimé de la plus célèbre écrivaine du 19 e siècle. Pourtant, son oeuvre - qui allie peinture, dessin, illustration, théâtre, histoire de l'art et sciences naturelles - porte la marque d'un créateur original et cohérent. Dans cette première étude exhaustive et magnifiquement illustrée, Lise Bissonnette présente l'oeuvre de Maurice Sand enfin vue comme un ensemble et explore les mécanismes de sa méconnaissance historique. Elle en dévoile une cause déterminante : sa transversalité, irrecevable en un siècle qui n'y voyait que de la dispersion, mais qui est paradoxalement un signe de qualité dans le domaine actuel des arts. Elle montre enfin toute la richesse et la finesse des travaux de cet artiste qui cherchait constamment à réinventer le passé, sous un mode fantastique tempéré par l'étude scientifique, notamment celle des métamorphoses qu'il traqua en histoire, en ethnogénie et en entomologie. De nombreux fils le relient ainsi aux thèmes centraux de notre temps. Titulaire de neuf doctorats honoris causa et docteure en lettres de l'Université de Montréal, Lise Bissonnette est journaliste, administratrice et écrivaine. Elle a dirigé le quotidien Le Devoir de 1990 à 1998 et a été présidente de Bibliothèque et Archives nationales du Québec jusqu'en 2009.
Jusqu'ici, les historiens et les littéraires qui se sont penchés sur les Rébellions de 1837-1838 ont généralement nié l'engagement des femmes dans cet épisode révolutionnaire. Les recherches dans les archives et les dépouillements de journaux révèlent néanmoins une diversité d'actions et de prises de parole des Bas-Canadiennes, dans l'espace privé comme dans l'espace public. Ce livre présente un ensemble de 300 lettres écrites entre 1830 et 1840 par des femmes liées au mouvement patriote qui, même exclues de la sphère publique, n'évoluaient pourtant pas en circuit fermé. Tout en décrivant les conditions matérielles, les codes et les relations sociales qui encadraient les pratiques épistolaires de l'époque, l'auteure fait état des mutations de l'écriture féminine au contact des évènements insurrectionnels et des idéaux propres au siècle des nationalités et du romantisme. Ce faisant, elle renouvelle brillamment la perspective historique et rectifie certaines idées reçues sur l'histoire littéraire des femmes et du Québec.
Paris, fin du XVIIIe siècle : comment un écrivain hérétique capture-t-il l’essence d’une ville en pleine révolution ?
Calcutta, Trieste, Barcelone, Montréal : quatre villes où les langues s’affrontent et s’enlacent. Villes en traduction révèle comment ces métropoles, malgré leurs tensions.
Tout au long de sa vie, Jean-Paul Sartre a porté un intérêt soutenu aux États-Unis et à leur culture. Tout petit, accompagné de sa maman, Poulou fouille fiévreusement les boîtes des bouquinistes, espérant trouver une autre aventure de Nick Carter ou de Buffalo Bill. Devenu grand, le romancier fait découvrir à Antoine Roquentin, dans La nausée, les lois de la contingence après lui avoir fait réentendre un vieux ragtime ; il caricature le racisme sévissant au sud de la ligne Mason-Dixon dans La putain respectueuse ; et après l'exécution des époux Rosenberg, il publie une lettre ouverte accusant les Américains d'être des « animaux malades de la rage ». Il y a aussi des récits de rêve new-yorkais dans L'imaginaire, des références au jazz dans Huis clos, un reportage sur Hollywood dans le journal Combat, sans oublier, dans les mois précédant l'explosion de Mai 1968, un grand tribunal populaire destiné à juger les crimes contre l'humanité commis par l'armée américaine au Vietnam... Yan Hamel montre dans ce livre important comment l'Amérique devient - chez Sartre et dans la culture française en général - une constellation de représentations contradictoires.