FeniXX réédition numérique (Manya)
La Garderie augura, en 1977, le cycle des Chroniques légendaires de gens sans importance. Daniel Zimmermann a remanié et augmenté ce roman, épuisé en librairie depuis de nombreuses années. De 1956 à 1968, nous suivons douze années de la vie de Michel, jeune instituteur et demi-intellectuel de gauche, qui crée "La Garderie", un patronage laïque. L'école, la famille, le militantisme, la sexualité, sont autant de lieux clos, dans lesquels il se débat. Tout à la fois absente et présente, la guerre d'Algérie fissure les certitudes de Michel, et gangrène ce qui aurait pu être un grand amour. À travers un itinéraire balisé par Budapest et Charonne, une génération bernée glisse jusqu'aux barricades de Mai 68. Perdre ses illusions ne donne pas le bonheur, à peine un peu de lucidité face aux événements qui se présentent.
Autant continent que mythe, l'Afrique demeure, encore aujourd'hui, une terre d'aventures pour le voyageur en quête de lui-même et d'horizons à appréhender. Pour le narrateur, l'essentiel n'est pas d'arriver quelque part mais seulement d'y aller. Africa blues est un récit initiatique autant qu'un roman d'amour. Les mots nous emportent vers des paysages et des hommes. Il suffit de se laisser porter.
Il existe une rue secrète, invisible sur les plans, où errent les âmes solitaires quand la nuit devient trop lourde.
Les années se suivent toutes plus mauvaises les unes que les autres. En pessimiste conséquent qui sait que le pire est à venir, Pierre Enckell a concocté, avec l'aide involontaire d'écrivains, une manière d'agenda de la consolation que tout amateur de catastrophes se devra bientôt de posséder. Au fil des citations, ce puzzle d'humour noir se lit comme un roman.
1898, France : la veuve du colonel Henry, complice de l’affaire Dreyfus, lance avec Drumont une souscription pour ériger un monument. 25 000 Français y souscrivent, révélant une idéologie du rejet aux accents génocidaires.
Bordeaux, 1725. Thomas Barton, Irlandais protestant, pose le pied dans le quartier des Chartrons avec pour tout bagage des lettres d’introduction et un destin hors du commun.
Quand le commissaire Tardeau voit resurgir les fantômes de son enquête sur un tueur ciblant des comédiennes, la frontière entre réalité et obsession s’efface.
1942, Paris. Un homme échappe aux rafles, mais pas à la culpabilité d’avoir survécu. Comment vivre quand on se sent étranger à soi-même ?
Maurice Rajsfus n'est pas un paresseux contrarié, il serait plutôt du genre stakhanoviste ludique. Seulement voilà, cet homme de caractère, qui peut se flatter de n'avoir jamais exploité que lui-même, a difficilement supporté la condition de salarié corvéable à merci. Il y a toujours eu une certaine incompatibilité d'humeur entre lui et ses employeurs. Le moins que l'on puisse dire, à la lecture du second volume de ses souvenirs (après Une enfance laïque et républicaine, Manya, 1991), c'est que ses patrons successifs ont eu à souffrir de son humour revendicatif. Il n'y a peut-être aucune leçon définitive à tirer de l'histoire, mais, depuis l'été 1942, Maurice Rajsfus a décidé qu'il ne serait jamais passif face à des événements, quelle que soit la gravité de ceux-ci. La guerre d'Algérie, mai 1968, le militantisme politique, les joies de la répression au temps des Marcellinades imprègnent ces pages tout autant que les portraits ou les anecdotes grinçantes sur une carrière de journaliste riche en péripéties drolatiques.
À travers une écriture sensuelle et pleine d’humour, Les désenchanteurs invite à une promenade littéraire où souvenirs et désirs s’entremêlent.
Été 1949. Joseph Kessel est alors le monstre sacré par excellence. Grand reporter, romancier à succès, aventurier des nuits parisiennes, l'auteur du Chant des partisans n'en demeure pas moins un homme complexe, fragile même, sous ses apparences de colosse. Silvain Reiner, lui, n'est rien. Il a survécu, plutôt mal que bien à la guerre, et n'a qu'une seule raison de vivre : l'écriture. Entre ces deux écrivains naîtra une amitié que Silvain Reiner restitue dans un récit sans complaisance aucune pour l'ogre qui le dévora de générosité. Entre deux visites à Jef, Silvain Reiner errait en piéton sarcastique dans un Saint-Germain-des-Prés où poètes, peintres et prétendus artistes brûlaient dans les bistrots leurs seuls biens : du temps et des illusions à la pelle. Arthur Adamov, Maurice Druon, René Julliard, André Schwarzbart, Georges Arnaud, Albert Cossery, Jacques Audiberti et bien d'autres personnages du monde littéraire apparaissent dans ce texte méchant à souhait. Le rire est ici un passeport pour une époque où vivre ne signifiait pas encore consommer.
Le thème du « temps et de l'immortalité » sert ici d'aiguillon, de source d'inspiration à neuf auteurs unis par leur amour du texte court. Il ne s'agit nullement d'un manifeste d'école ni de chapelle, mais plutôt de variations originales offertes au lecteur. En toute liberté, chaque écrivain a choisi la forme - réflexion ou nouvelle - qui convenait le mieux à son propos et à son humeur.
Jérémie, le héros de ce roman, est-il un littéromane maniaque, un rien fou, ou est-il plongé malgré lui dans une histoire loufoque où l'absurde tient lieu de logique à toutes les situations ? L'auteur joue avec les mots, les personnages et la construction romanesque de son livre. Sans doute, tel Jérémie, dont on peut goûter quelques écrits dans Parole d'oiseau ! Benjamin Lambert appartient-il à l'espèce des délirants froids dont le projet littéraire autorise toutes les audaces. Tout est permis en littérature. Alors, pourquoi une fiction ne serait-elle pas une manipulation, un jeu avec l'histoire.
Refusé. Tel est le destin d'un homme ne convoitant que des hommes qui aiment les femmes. Cette chasse a priori vouée à l'échec, Rémi la pratique chaque jour. Des proies, il en attrape. Il en consomme à l'infini. Leur nombre est impuissant à assouvir sa faim. À Paris ou à Istanbul, inlassablement, Rémi attend « l'homme à venir ». Mais là ou ailleurs, cet homme ne fait que passer. Rémi saura-t-il l'arrêter ? Alors sa chasse prend valeur de quête. Henri, son père, le bâtisseur, détruit à petit feu par Virginie, la mère épicière ; Nicole, sa soeur morte dont il se sait le spectre, les paysans de la Creuse, les Turcs, les Kurdes, deviennent autant de corps sublimés par les mots pour, au-delà du sexe, rendre un sens à la vie.
« Elle se croyait mortelle, par manque d'imagination. » Cette première phrase des Morts se suivent et se ressemblent donne le ton de ce recueil de nouvelles qui révèle un écrivain dont l'humour noir à fleur de mots n'est pas la moindre des qualités. Quatorze nouvelles, presque autant d'univers, servies par une écriture classique et perfide à la fois, nous entraînent sur des territoires où la folie rode.
Pour qu'un jeune homme gris mais talentueux, comme Artigalas, rencontre une femme formidable, mais rouée comme Suzanna Underwood, il fallait assurément une sévère conjonction de circonstances. Ces deux-là, c'est clair, n'appartiennent pas au même monde. Lui, ce qu'il sait faire, c'est empailler. Elle, on ne sait pas trop. Mais lorsqu'elle lui apporte le cadavre de son chat, ce n'est pas seulement pour le faire naturaliser. Ils vont pourtant faire affaire, s'aimer, ou semblant. Le boulevard périphérique, à Paris, pourra en témoigner.
Dans le cadre du cycle romanesque des Chroniques légendaires de gens sans importance (huit volumes déjà parus), David Kupfermann est, en quelque sorte, le principal double littéraire de Daniel Zimmermann. Aujourd'hui, dans Oniriques, le double se venge et contraint l'auteur à devenir le scribe de ses rêves. En fait de rêves, il s'agit de cauchemars et de fantasmes. Du stylo au sexe, de l'encre au sang, il n'y a souvent qu'un pas que Zimmermann franchit avec allégresse en confondant ses compagnes successives et les héroïnes de ses romans. L'humour et la paillardise, la violence, et la politique, l'histoire et les légendes, l'imbroglio du monde éditorial, les métamorphoses des chats et les romans en cours d'écriture nourrissent ces séquences oniriques. Bien plus encore que la sexualité, le morcellement et la mort habitent ce livre dans lequel les doubles de l'auteur se démultiplient à l'infini.
« Je me suis entraîné. Durant des heures et des heures, il fallait alterner les longues distances avec les courtes, les sprints avec le fond... Il a fallu soulever des poids, s'assouplir et nager, nager, nager. Avec les pieds liés par un élastique, en ne se mouvant qu'avec les jambes, les mains accrochées à une planche de liège. Il fallut apprendre les différentes techniques, brasse, crawl, papillon, dos, les alterner, puis retourner à la maison en ayant l'impression d'être entièrement javellisé, sanitized et rempli d'eau des pieds à la tête. Insidieusement, une idéologie « propre » s'installait en moi. Je devenais sportif. »
Un écrivain maghrébin, résident en France, se pend après avoir écrit une ultime lettre à sa future veuve. Comme il l'espérait secrètement, cette dernière a l'émotion plus que discrète. Sans même prendre la peine de le décrocher, elle fouille dans ses papiers, témoin de leur vie ratée. Le défunt, quant à lui, s'étonne, au chapitre suivant, de ne pas être encore au frais à la morgue. Dès les premières pages de La veuve et le pendu, Ahmed Zitouni s'amuse des situations, si morbides soient-elles. Pourtant, et le journal intime du pendu en témoigne, ce suicide ne fut pas un accident dû à une dépression passagère, mais la résultante d'une lente glissade dans la folie, l'ailleurs. Prisonnier d'une mémoire à la dérive où s'entrechoquent les horreurs de la guerre d'Algérie - qu'il vécut enfant - et du quotidien le plus ordinaire, cet écrivain n'avait plus que ses mots pour se raccrocher à la vie. Ils lui servirent, en définitive à tisser sa corde.
Claude Pujade Renaud et Daniel Zimmermann, qui ont animé durant six années « Nouvelles nouvelles », ont pris l'initiative de dresser un état des lieux de ce genre littéraire, en invitant les auteurs ayant publié au moins un recueil, à fournir une bio bibliographie, puis à exprimer dans un texte leur conception personnelle de la nouvelle, ou de l'« histoire courte », ou du « conte », ou du « texte court ». Sur cent quatre-vingts écrivains pressentis, cent trente et un ont jugé bon de répondre. Chacun a observé ou contourné la consigne initiale en jouant à sa guise avec les deux feuillets alloués, comme avec des dénominations. En fin d'ouvrage, Claude Pujade Renaud et Daniel Zimmermann dégagent, dans la mesure du possible, les convergences, divergences et originalités des « esthétiques » particulières.
« Tout ce que je rapporte là me coûte. J'en sais la vacuité. La littérature est le contraire de la confidence chétive. Elle exige du maintien, de l'envergure. Mais je ne peux rien communiquer d'autre aujourd'hui, sinon les épisodes étriqués d'une guérilla qu'un jour je me suis déclarée. » Assis sur un banc proche de Notre Dame à Paris, Jef, véritable camelot du sentiment, se remémore les amantes qui, un temps, escortèrent son existence d'éternel incertain en mal d'enfance. La rumeur de la ville n'est pour lui qu'une mélodie en catacombes. L'auteur pratique en expert l'art de l'autodérision. Il n'a pas d'autre cible que lui-même, et multiplie à loisir contradictions et mots d'esprit. Patrice Delbourg nous prouve une fois encore que l'humour est le meilleur antidote à la mélancolie de vivre.
Un vieil homme enquête sur son passé à la manière d'un noyé cherchant vainement une goulée d'oxygène. Sur le terrain vague de sa mémoire, il cherche à comprendre le sens de la culpabilité qui le hante. Autour de lui s'agitent les aventuriers et spéculateurs de tout poil qui sévissaient dans le Maroc d'autrefois que d'aucuns appelaient L'Empire fortuné. Pierre Silvain tisse la trame de son récit dans une langue dont les couleurs réconcilient l'aube et le crépuscule.
Fils et frère de délinquants appréciés des services de police, le narrateur de ce roman noir a lui-même fatalisme oblige goûté de la prison. Alors qu'il coule des jours libres presque paisibles, des lettres anonymes, agrémentées de billets de banque, lui proposent de commencer une carrière de tueur à gages en libérant prématurément de leurs tracas des cadres d'un laboratoire pharmaceutique. Serge Livrozet, tout en relatant, selon les règles du genre, une intrigue policière sur fond de trafic du sang, étrille une police et une justice habiles à tailler un costume sur mesure à un présumé innocent doué d'un pedigree au fichier du banditisme.
Cette chronique de la vie populaire en Roumanie au temps du Grand Conducator - impossible, depuis les événements de Noël 1989, de se méprendre sur l'identité de l'ancien cordonnier et sa femme « savante » - mêle réalisme et fantastique tragique et comique, attendrissement et révolte. Elle trouve son apogée dans le Musée des Travailleurs infatigables, exemple d'un grotesque moderne qui ne le cède en rien à l'ancien. Dans ce roman écrit directement en français, Gabriela Melinescu allie le talent de la narratrice à celui de la poétesse sensible au frémissement des êtres et des choses. Nul ne pourra refermer ce livre sans porter désormais en lui le cruel destin de Sandora et d'Antoinette, image d'un peuple victime de la folie humaine Ph. B.
Étonnant mot croisé, le mot-valise est, selon les auteurs de ce désopilant dictionnaire, réfractaire aux lois de la distribution du langage contraignant les mots à n'apparaître que juxtaposés mais jamais en même temps ; rebelle, il s'insurge contre ces habituelles règles de l'élocution ou de la lecture et veut livrer plusieurs significations de façon simultanée.
Louise Michel (1830-1905) a élevé, sans le vouloir, sa vie au niveau d'une légende. Cette insoumise ne fut l'obligée que des exigences de sa morale et de ses passions. Elle fut de ces trop rares qui essayèrent de soulever leur siècle afin qu'il change de cours. Jamais dupe d'elle-même, elle crut jusqu'à son dernier jour au devenir de l'utopie, c'est-à-dire de l'impossible bonheur. Dans une biographie romancée, écrite au coeur à coeur avec son héroïne, Xavière Gauthier fait mieux que de relater l'enfance de la bâtarde, les illusions de l'institutrice, l'insolent courage de la Communarde et de la déportée en Nouvelle-Calédonie. Elle donne à entendre la voix même de la libertaire dont la personnalité séduisit des hommes aussi différents que Rochefort, Hugo, Ferré et Clemenceau.
En cette seconde moitié du XXe siècle, la politique omniprésente s'était infiltrée dans l'intimité des êtres. Elle conditionnait tous les domaines de la vie. Beaucoup plus qu'autrefois elle brisait des ménages, séparait des amis, poussait à la violence et conduisait au crime. Jamais le fossé entre droite et gauche n'avait été aussi profond. Le « consensus » était une vaste blague à usage électoral. Vers les années quatre-vingt, Patrice Dumby devait prendre la pleine mesure de cette calamité. À l'occasion, tout à fait fortuite, d'un colloque de cinéma, organisé au Sénégal dans le cadre verdoyant du Club Méditerranée. Tandis qu'il bronzait au bord de la piscine et savourait la chair compacte des langoustes, comment eût-il pu deviner que la mort, venue de loin, rôdait aux Almadies ? M.M.
Derrière les murs d’une prison, une correspondance interdite naît entre une professeure de lettres et un détenu condamné à vingt ans.
Et si la lecture était une transgression ? Mauvaises fréquentations de François Bott explore avec élégance et nostalgie ces rencontres secrètes entre un lecteur et ses écrivains préférés, dans l’intimité solitaire des livres.
De sa fenêtre, Jean Schuster observe le monde avec un regard acéré et sans concession. Ce recueil de lettres et de notes, tantôt drôles, tantôt cinglantes, offre une plongée dans l’esprit d’un surréaliste intransigeant, où foi.
Une nuit, la rencontre inattendue avec deux inconnus bascule dans le cauchemar pour une femme en quête de fraternité.
Dans Les Heures blanches, Florence Pazzottu dépeint des vies en suspens, où chaque personnage erre comme un somnambule, indifférent à son propre destin.