Presses universitaires du Midi
Durant l'entre-deux-guerres, le Sud-Ouest de la France connaît une vague migratoire d'un nouveau genre. Des familles transalpines viennent du nord de la Péninsule pour s'employer dans l'agriculture de ses campagnes dépeuplées. Près de 80 000 Italiens s'établissent ainsi dans la région où ils deviennent une composante essentielle de la société locale. Originale par son mode d'implantation et ses caractéristiques sociologiques, cette population rencontre un Midi encore très rural, tandis que le contexte politique est marqué par les clivages nés du fascisme et l'aggravation des tensions internationales. Retracer l'histoire de cette immigration, c'est dire aussi la façon dont celle-ci est reçue et perçue, depuis les premières arrivées au début des années vingt jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acceptation et crispations, visions stéréotypées et nouveaux liens de voisinage, sentiment de proximité et perception de l'altérité : autant de figures contrastées au travers desquelles on voit se transformer l'histoire des relations entre ces Français et ces Italiens désormais amenés à vivre ensemble. Évolution complexe, dont le présent ouvrage s'efforce de mettre à jour les mécanismes, tout en offrant, par-delà l'examen d'un cas particulier, un modèle général pour l'étude des vicissitudes de l'opinion publique et de ses représentations croisées face à un phénomène migratoire.
L'Italie entretient avec l'Antiquité un lien tout particulier. Les civilisations étrusque, grecque, romaine ont marqué la Péninsule. De nombreux artistes, écrivains, historiens, promeneurs ont été fascinés, influencés, plus rarement rebutés par le prestigieux héritage. Les contributions réunies dans ce volume présentent des aperçus de la manière d'appréhender l'Antiquité en Italie. De Montesquieu à Mussolini, en passant par Vico, Leopardi, Verdi, Carducci, D'Annunzio, des archéologues tel Albert Grenier mais aussi des sites comme Pompéi, comment la culture antique a-t-elle influencé l'histoire politique, littéraire, artistique de l'Italie depuis le Siècle des lumières jusqu'à l'époque fasciste ? Les auteurs souhaitent apporter des réponses à cette interrogation et ouvrir des pistes afin de favoriser la compréhension de cette donnée majeure de l'histoire culturelle de l'Italie et de l'Europe.
Les 37es Journées de Flaran consacrées aux cultures villageoises ont permis de faire le bilan des avancées de l'historiographie. Ce colloque s'est employé à dépasser ce à quoi on ramène toujours la culture des paysans des époques médiévale et moderne, sous la vieille appellation de « culture populaire », et derrière laquelle on place surtout la culture religieuse et la pratique de rites plus ou moins bien christianisés. Il a élargi vers d'autres domaines de représentations la culture des paysans, comme la culture politique ou la culture littéraire. Il a aussi attiré l'attention sur ces oubliés de l'histoire culturelle que sont les paysans, trop fréquemment encore étudiés comme des producteurs ou des contribuables. Il s'est intéressé au processus de différenciation sociale au sein des paysanneries en mettant l'accent sur un point généralement passé sous silence dans les études, à savoir la maîtrise d'un « capital culturel » (pour paraphraser les travaux de Pierre Bourdieu). C'est donc un positionnement doublement original, à la fois dans le domaine de l'histoire culturelle (trop focalisée sur la culture des élites nobiliaires) et dans celui des sociétés rurales. Les exemples traités balaient un large panel de cas de figures, de l'Islande et l'Angleterre à la France et l'Italie.
« Paris pour voir; Lyon pour avoir, Bordeaux pour dispendre /dépenser/ et Toulouse pour apprendre ! ». Ce proverbe du xvie siècle illustre à merveille la renommée de l'université de Toulouse, l'une des plus anciennes d'Europe. Créée par le traité de Paris en 1229, supprimée en 1793, éclatée en facultés distinctes au xixe siècle, elle retrouve son identité juridique en 1896 jusqu'à la constitution d'universités distinctes en 1969. Cet ouvrage - qui a accompagné une exposition présentée à Toulouse de novembre 2010 à janvier 2011 - se propose de retracer la longue et riche histoire de cette institution. La vie universitaire, marquée par l'enseignement et la recherche, mais aussi par les rites et cérémonies propres à toute communauté, y occupe une place de choix. Il s'agit de mettre en lumière la place particulière de l'université au sein de la ville, dynamisée - mais parfois aussi perturbée - par la présence des enseignants et des étudiants. Le parcours s'achève avec un rappel de la longue tradition d'accueil et d'ouverture sur le monde de l'université de Toulouse, et par la présentation de trente grandes figures, connues ou méconnues, qui ont marqué son histoire. Adossé au travail d'une dizaine de chercheurs d'horizons disciplinaires variés, cet ouvrage donne à voir près de deux cents documents originaux conservés dans des collections publiques ou privées.
Ce volume rassemble la plupart des contributions présentées lors des colloques tenus dans le cadre des 9es et 10es Journées Manuel Azaña, à Montauban, en 2014 et 2015. Les thématiques de ces rencontres étaient ambitieuses : La Seconde République espagnole, 1931-1936, entre réforme et révolution, la première année, puis, la seconde année, Guerre d'Espagne, 1936- 1939, entre guerre et révolution. Cette problématique, centrée sur l'action et les représentations des forces sociales et politiques qui l'ont soutenue jusqu'au bout, ne prétendait donc pas brosser une histoire totale de la Seconde République. Les textes questionnent deux idées maîtresses de la période : la réforme décisive d'un pays resté archaïque et la révolution qui - aux yeux de beaucoup, mais pas forcément de la même manière - aurait permis de remédier de façon décisive aux maux dont souffrait le pays, notamment les inégalités sociales. L'affrontement de ces deux projets marque la première période de la République, au cours du « bienio azañiste », les deux années de gouvernement de Manuel Azaña (1931-1933). Il rebondit en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, quand le soulèvement militaire de Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, prend les armes contre la République. Cette fois, chez ceux qui luttent pour la défendre, c'est la question de la priorité à donner à la conduite de la guerre ou à la révolution qui fait débat et approfondit les divisions. L'ouvrage aborde successivement ces périodes dans ses deux parties : l'une consacrée aux réformes menées par la jeune République espagnole et l'autre tournée vers les gouvernements en guerre et les forces sociales et politiques à l'oeuvre face à l'assaut des forces réactionnaires et fascistes espagnoles et internationales. Les diverses contributions émanent de spécialistes confirmés - espagnols ou français - et dressent un état de la recherche historique actuelle. Apportant ainsi une vision plurielle sur les huit petites années qui ont changé l'Espagne et sur une République trahie, à qui le temps n'a pas été donné de réaliser ses espoirs.
Si l'étude des ordres religieux-militaires a, ces dernières décennies, bénéficié d'un dynamisme fécond, cet ouvrage explore des voies nouvelles et se distingue à plusieurs titres. Il est original par la réunion, pas si fréquente, d'une quinzaine de spécialistes d'histoire et d'histoire de l'art, comme par son ouverture à des sources jusqu'ici peu considérées : peintures murales, sculptures, objets liturgiques ou encore sceaux. Le croisement des regards dans une véritable interdisciplinarité, la reprise à frais nouveaux de dossiers a priori connus tout comme l'analyse de nouveaux matériaux conduisent à nuancer des certitudes et à remettre en cause quelques lieux communs. Le volume permet de saisir les dévotions et la liturgie des frères du Temple et de l'Hôpital, d'accéder à leur culture visuelle et de mesurer l'ambition de certains ensembles peints ou sculptés. Tout en ouvrant la comparaison à d'autres ordres religieux ou aux élites laïques, l'entreprise espère encourager de nouveaux questionnements sur la place et la singularité du monachisme militaire au sein de la spiritualité et de la culture du Moyen Âge.
Le Languedoc, un pays sans féodalité ? On l'a cru pendant longtemps. Ce livre démontre qu'il n'en est rien. Dans cette vaste région, de la Garonne au Rhône, une dense trame de châteaux et de seigneuries s'est constituée aux xie et xiie siècles, où le serment féodal et le fief tenaient le premier rôle. Les barons, vicomtes Trencavel ou seigneurs de Montpellier, ont su organiser de grandes principautés faisant entrer dans leur fidélité la majeure partie de l'aristocratie languedocienne. Ces dominations eurent un rôle fédérateur et unificateur à l'échelle du Languedoc, mais elles firent aussi figure de force centrifuge. Dans la deuxième moitié du xiie siècle, malgré tous ses efforts, le comte Raimond V n'est pas parvenu à réduire militairement ou par la diplomatie la puissance des Trencavel, ancrée dans six vicomtés - Albi, Nîmes, Béziers, Agde, Carcassonne et Razès - qui sont fichées comme un coin au beau milieu de ses États. Il ne trouva d'issue que dans la dénonciation de l'hérésie qui avait conquis les terres vicomtales, déclenchant le cataclysme qui emporterait sa lignée. Hélène Débax, s'appuyant sur les riches sources laïques, démonte ici, dans toute leur complexité, le maillage serré des serments féodaux et les réseaux des détenteurs de châteaux, entre la fin du xe marquée par la déliquescence des principautés carolingiennes et le début du xiiie qui a vu le roi reprendre une place dans le jeu politique méridional.
La Rome républicaine offre l'exemple fort original d'une société qui se dote de deux assemblées politiques, dont l'une - l'assemblée tribute - présente des caractères singulièrement « démocratiques » : tous les citoyens romains y ont le droit de voter. De surcroît; au cours des siècles, on voit la citoyenneté romaine accordée à un nombre de plus en plus grand d'étrangers. Comment comprendre cette diffusion du droit de cité, allié au droit de vote ? Comment une telle ouverture peut-elle aller de pair avec les caractères éminemment aristocratiques de la cité romaine ? Ces questions invitent à réfléchir d'une part sur les rapports entre institutions politiques et structures sociales, d'autre part sur la signification de la citoyenneté romaine, sur ses limites, sur les enjeux de sa diffusion.
La Gascogne médiévale, un pays turbulent aux marges de l'Europe, une région trop étrange pour que l'historien en tire un quelconque enseignement général ? Le Moyen Age central, une ère de désordre et d'anarchie ou, au mieux, une époque où l'ordre social et politique se fonde exclusivement sur la violence et l'oppression ? C'est à un double stéréotype, à une vision trop schématique, que cet ouvrage entend répondre. Tout d'abord, si la Gascogne des xie et xiiie siècles apparaît à bien des égards originale, elle est loin de constituer un cas atypique dans une Europe traversée par de grandes évolutions d'ensemble. Au-delà de cette démonstration, Hélène Couderc analyse, à la lumière de l'anthropologie juridique, les équilibres et les déséquilibres de la société gasconne, étudie les rapports tissés entre groupes et individus. Il ressort de cette enquête novatrice que, si la violence est effectivement centrale, c'est moins comme un ensemble massif de pratiques brutales que comme une grille d'analyse des relations sociales. Le droit à la violence détermine en effet la place de chacun dans la société. C'est le contrôle de la violence qui fonde la légitimité de l'autorité des princes car, suivant l'idéologie carolingienne ou wisigothique, la paix est au coeur de l'ordre auquel tous contribuent, du réseau nobiliaire local aux comtes et vicomtes dont l'autorité reste forte. Mais, au sein de ces dispositifs complexes de contrôle social, l'ouvrage met aussi en lumière la place étonnante occupée par les « humbles » - plus précisément par une élite paysanne, rien moins que redoutable.
Existe-t-il un cinéma « stalinien » ? Cette question, loin d'être formelle, est essentielle pour saisir la complexité des relations qui se sont nouées, dans l'Union soviétique de Staline, entre le cinéma et le pouvoir politique. Que la production et la diffusion des images aient été strictement contrôlées, que les autorités aient imposé une esthétique - celle du réalisme socialiste -, que Staline, dans la continuité de la politique entreprise par Lénine, ait voulu faire du septième art l'un des principaux outils de sa propagande, personne ne le contestera. Mais cela signifie-t-il pour autant que le cinéma soviétique ait été enfermé pendant plus de vingt-cinq ans dans un moule rigide et étouffant ? Au-delà d'une uniformité apparente de la production, ne peut-on déceler, ici et là, des aspérités, des divergences, voire des espaces d'autonomie ? Telles sont les questions abordées par ce collectif d'auteurs, français et étrangers, qui proposent de porter un regard nouveau sur l'histoire de ce cinéma, en s'intéressant tout autant aux films eux-mêmes qu'à leurs conditions de fabrication et de diffusion.
Places de marché, champs de foire : deux espaces où se rencontrent, se croisent hommes et femmes, ruraux et citadins, paysans et marchands, acheteurs et vendeurs, naïfs et rusés... Institutions multiséculaires, les foires et marchés du Midi toulousain s'épanouissent aux xviiie et xixe siècles et deviennent des enjeux de la vie économique et politique. Leur complexité foisonnante est ici restituée par Jack Thomas à partir d'une grande variété de sources : administratives, judiciaires, ethnographiques... Il en résulte un tableau tout à la fois rigoureux et coloré.
Il y a longtemps que les voix de l'ancienne Mésopotamie se sont tues, remplacées par les bruits de la modernité. Tout un pan des cultures du Proche-Orient ancien serait-il devenu inaccessible, nous donnant seulement à voir un passé silencieux ? Dégagées des anciennes cités de Syrie et d'Irak, les tablettes d'argile nous permettent pourtant de retrouver l'ambiance sonore qui régnait jadis sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, ou dans les rues de Babylone. Les informations vont au-delà de la simple restitution acoustique et nous transmettent les valeurs et les catégories de pensée de ces cultures disparues, dans une forme d'« archéologie du sensible ». Par-delà l'expérience individuelle, tout un réseau de significations, de correspondances et de métaphores, partagé par les membres d'une même communauté, surgit du passé. Le bruit dans une maison est le signe d'une présence démoniaque ; l'individu dans la peine « se lamente comme une colombe » dans la littérature ; ou encore, le son d'une cloche chasse les méchants démons dans les rituels... Prêter l'oreille aux voix des dieux, aux cris des hommes et à tous ces chants de la nature que les habitants de l'antique Mésopotamie percevaient, c'est avant tout pénétrer dans le passé par des chemins encore inexplorés.
Aux XIe-XIIe siècles, des populations venues du nord des Pyrénées s'installent en péninsule Ibérique. La vallée de l'Èbre devient une terre d'accueil privilégiée pour ces femmes et ces hommes désignés sous le nom de francos par l'historiographie et dans les sources. Au regard de ces dernières, le terme définit aussi bien la personne libre que celle issue d'au-delà de la chaîne pyrénéenne. Dans ce second sens, il désigne des guerriers venus combattre contre les musulmans dans le cadre de la Reconquista, comme des artisans et des marchands qui participent au dynamisme des villes du royaume d'Aragon et de Pampelune. Il se rapporte enfin à des clercs qui participent à l'implantation de la Réforme grégorienne dans des Églises jusqu'alors restées fidèles aux usages locaux. Alexandre Giunta révise dans cet ouvrage la totalité du dossier documentaire, mettant en lumière plusieurs textes encore négligés et surtout apportant à sa relecture le produit des travaux les plus récents de sociologues et d'anthropologues intéressés par les questions migratoires. Il s'agit d'une contribution de premier plan, non seulement à l'histoire médiévale de la péninsule Ibérique mais plus largement aux études sur les mouvements de populations au Moyen Âge.
L'analyse de la production des imprimeurs toulousains de 1739 à 1788 s'est faite à partir du recensement des unités conservées (livres, plaquettes, placards, factums et périodiques). Une première partie décrit le monde du livre toulousain, ses rapports avec la législation, l'organisation de la corporation des imprimeurs et libraires, et étudie le « groupe social ». La deuxième partie analyse la production par catégorie. Quel que soit le type d'imprimés, le rythme de la croissance en titres et en pages s'accélère à partir des années 1770. Toulouse apparaît alors comme un centre d'impression important où les livres sont minoritaires.
Du Moyen Age orthodoxe ou romain aux États-Unis les plus contemporains, en passant par l'Algérie coloniale, la France de la Troisième République ou la Pologne de l'entre-deux-guerres, cet ouvrage traite du rapport des juifs à la ville. Il s'agit, bien sûr, de la ville au sens le plus physique du terme, avec ses ghettos, ses « carrières », ses « sentiers », ses frontières plus ou moins immatérielles ; mais aussi de la Cité au sens politique du terme, et de cette dialectique constante dans l'histoire de la diaspora, entre exil et intégration, acculturation et fidélité, conversion et mémoire. Succès (tel l'israélitisme français ou hongrois) et rejets (l'antisémitisme dans les universités polonaises des années 1930 ou la France de Vichy) rythment une histoire que l'on peut lire aussi à travers de grandes oeuvres littéraires, d'Isaac Singer à Chaïm Potok.
La Jacquerie française de 1358 et la révolte des paysans anglais de 1381 ont durablement marqué les mémoires, révélant une aspiration manifeste dès le Moyen Âge : le désir de libération des masses populaires. Du Nord au Midi de l'Europe, la paysannerie s'est engagée dans des luttes ouvertes contre les pouvoirs en place, contre les princes et les seigneurs. Mais ces combats ont été parfois plus feutrés et la résistance à l'autorité s'est souvent exprimée par la voie de la justice ou de l'arbitrage. Comprendre les causes et les enjeux de ces résistances à l'autorité constitue un chantier historiographique en plein renouveau. Les pistes explorées dans cet ouvrage mettent en lumière le rôle sociopolitique de la noblesse, le poids des redevances seigneuriales, l'oppression des officiers locaux, l'essor de la fiscalité étatique, la genèse de l'État moderne et l'impact de la Réforme - permettant d'appréhender les mobilisations populaires dans leur diversité.
Comment six paroisses montagnardes ont-elles pu devenir un État aux institutions sans pareilles ? Ancrée dans un Moyen Age mythifié, l'étrangeté d'Andorre a fasciné des générations d'historiens, de juristes et d'anthropologues. Pour expliquer cette si singulière histoire, ils ont tour à tour évoqué le poids oppressant de la féodalité ou les contraintes terribles du milieu montagnard. En contrepartie, ils ont unanimement admis que les populations locales n'avaient joué aucun rôle dans le devenir de leur pays. À partir d'une étude serrée de la documentation médiévale, ce livre montre au contraire toute la cohérence des communautés andorranes et restitue les stratégies qui leur permirent de s'adapter aux structures de leurs temps et de leurs terres. Dénonçant une lecture pré-construite des textes, l'auteur dévoile au fil des pages les négociations, les arrangements, les adaptations, qui ont constitué la société andorrane, depuis l'organisation des seigneuries jusqu'à la souveraineté des Vallées, depuis l'évolution des pratiques successorales jusqu'à la genèse d'un discours identitaire. L'enjeu de cet ouvrage, en effet, est aussi de méthode. Roland Viader déborde l'étude de cas par un comparatisme exigeant, et s'appuie sur le dossier andorran pour interroger les catégories classiques des modèles historiques, juridiques et anthropologiques. Quel visage prend la féodalité face aux exigences de la montagne ? Le « système des maisons » pyrénéen est-il aussi ancien qu'on l'a dit ? Que signifie la reconnaissance institutionnelle des communautés ? Autant de questions qui trouvent en Andorre des réponses assurément originales.
L'humaniste Paolo Giovio incarne la pensée du milieu intellectuel moderne sur les Turcs et l'Europe sans jamais entrer dans des controverses religieuses. Il remplit son rôle de conseiller en conduisant son public à se forger sa propre opinion. Sa vaste culture humaniste allie une connaissance parfaite de l'histoire, des sciences et des arts à une remarquable maîtrise de l'art rhétorique. L'oeuvre de Giovio traduit le sentiment de son milieu vis-à-vis de la question turque dans un contexte rendu difficile par les offensives de l'Empire ottoman et les guerres fratricides entre chrétiens. Son oeuvre abondante et amplement documentée offre une information très précise sur les Turcs. La présentation par Giovio d'événements notables visant à alerter ses contemporains et les renseigner sur leurs adversaires permet non seulement de mieux connaître les Ottomans mais également de pénétrer dans la mentalité de son temps et d'apprécier comment l'idée d'une Europe contrainte de se défendre contre ses ennemis a pu se constituer alors, jetant les bases de celle d'aujourd'hui, héritière des conceptions humanistes.
Hérésies et dissidences religieuses se sont propagées jusque dans les villages les plus reculés de l'Europe médiévale et moderne, et s'y sont même parfois implantées durablement. Cet aspect de la vie rurale a pourtant longtemps été négligé par les historiens parce que les villes semblaient concernées en priorité, mais surtout parce qu'il demeure inhabituel de considérer la société villageoise sous l'angle de la diversité, de l'hétérogénéité, du conflit ou de la coexistence malaisée. À rebours des idées reçues, ce livre propose donc de redécouvrir les réseaux et les clivages qui favorisèrent dans les campagnes la diffusion et le maintien de groupes dissidents parfois majoritaires : cathares et vaudois, lollards et protestants, anabaptistes ou même morisques... Au coeur des villages, le développement et la survie des minorités confessionnelles ont dépendu des équilibres démographiques, des réseaux économiques et sociaux, des structures politiques tout autant que des représentations de soi et de l'autre. Et dans ce contexte de profonde interconnaissance, l'engagement religieux a pris assurément un relief particulier.
La montagne, un monde de marchands ? C'est cet apparent paradoxe que P. Poujade nous invite à explorer ici. Loin de décrire de hautes terres enclavées et une société close, où l'autarcie serait une des conditions de l'existence, l'auteur invite à la découverte d'un autre univers. À travers l'analyse de riches archives, notariales entre autres, il montre comment, entre 1550 et 1700 environ, les montagnes du haut pays de Foix sont partie intégrante des grands circuits commerciaux de l'Europe moderne. Tout au long de l'année en effet, cols et chemins sont les lieux d'intenses échanges terrestres. Et ce n'est pas une des moindres particularités des petites villes qui contrôlent ces nombreuses routes, que de susciter et d'abriter une communauté marchande étoffée, nourrie de nouveaux venus, Auvergnats, Limousins, voire Dauphinois. Quels sont les produits qui empruntent cet axe entre le Massif Central et la Catalogne intérieure ? D'où viennent-ils, où vont-ils et comment sont-ils commercialisés ? Quelle place pour les marchands migrants et quel rôle pour les marchands locaux ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles l'auteur apporte des éléments de réponse originaux, qui renouvellent profondément les recherches dans ce domaine.
Au lendemain de leur prise de pouvoir fin 1917, les bolcheviks lancent deux chantiers destinés à changer en profondeur l'école russe : la polytechnisation qui doit, dans la lignée des écrits de Marx et Engels, réconcilier instruction et travail à la production, et la prolétarisation qui doit favoriser les masses laborieuses dans l'accès aux études - une forme de discrimination positive. Les hésitations, puis la réaction et les bouleversements du stalinisme et de la guerre mettent entre parenthèses ces deux axes de la politique soviétique. Ils refont surface après 1953, alors que des débats sur l'enseignement reprennent dans la sphère publique. Successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev impose une perestroïka (refondation) de l'école et de l'université qui vise autant l'avènement du communisme par le respect du travail physique et la promotion des ouvriers et des paysans, que la fin de l'agitation étudiante née suite au « Rapport secret » de 1956, et l'amélioration du recrutement dans certaines branches de la production industrielle et agricole, marquées par la diminution du travail forcé. Le 24 décembre 1958, après une vaste campagne officielle, est votée une loi destinée à « rapprocher l'école et la vie » - réactivation d'un slogan des années 1920. Mais derrière l'unanimité de façade, des désaccords ont vu le jour pendant sa discussion. Les acteurs de l'enseignement et de la recherche - responsables administratifs, pédagogues, universitaires, membres de l'Académie des sciences - ont pesé sur la réforme, atténuant sa dimension idéologique au profit d'une vision technocratique du projet soviétique. Comment s'est déroulé le processus de décision et comment s'explique le faible impact de la loi sur la démocratisation scolaire en URSS ? En quoi l'opposition à la réforme a-t-elle permis à des scientifiques influents de mettre en place des filières d'élite parallèles (« écoles spéciales », université de Novossibirsk), au nom d'un idéal de méritocratie savante ? Que nous disent ces tensions sur les rapports de force et d'autorité au sommet, sur l'influence réelle de l'utopie communiste, sur le « Dégel » et ses contradictions ? En s'appuyant sur des archives inédites, ce livre ouvre une nouvelle fenêtre pour observer la société russe-soviétique et éclairer les débats sur l'école et l'université qui s'y sont déroulés, permettant des comparaisons avec d'autres pays et contextes.
« Les marchés ne peuvent faire abstraction de la matérialité du monde », écrit Michel Callon dans cet ouvrage. Les acteurs économiques s'efforcent donc sans relâche d'« expliciter les qualités marchandes, c'est-à-dire calculables en termes monétaires, d'un journal, d'un travailleur intermittent, d'un corps d'agneau, d'une cocotte-minute, d'une transmission téléphonique ou du fonctionnement d'un hôpital », etc.Produit d'une longue réflexion collective du groupe Mesure, ce livre dirigé par François Vatin s'attache à étudier la genèse de la valeur économique dans ces dispositifs de mesure. Cherchant à penser l'économie en amont du marché, il offre une contribution originale au renouveau de la sociologie économique française. S'appuyant sur les exemples les plus divers, les auteurs soulignent combien les processus de mesure affectent la nature même des biens et des services offerts à la consommation. Ils éclairent ainsi d'une lumière originale l'économisation du monde à l'oeuvre dans nos sociétés contemporaines.Cet ouvrage, primitivement publié en 2009, a été augmenté de deux textes pour la présente édition : un chapitre nouveau fait le point sur le riche débat mené depuis cette date, en France comme à l'étranger, sur les questions d'évaluation économique et sociale ; un commentaire d'Alain Desrosières vient compléter celui de Michel Callon et introduit le regard d'un statisticien qui revisite son parcours scientifique à la lumière du questionnement du groupe Mesure.
Né le 10 septembre 1935 à Oran, dans une famille d'origine alicantine installée en Algérie depuis le XIXo siècle, Francis CERDAN fait ses études supérieures d'espagnol et de portugais à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne. Professeur certifié au Lycée de Corbeil-Essonnes, il fut détaché, après l'agrégation, aux Affaires Étrangères et affecté à la Faculté des lettres d'Alger, où il dirigea la section d'espagnol. Nommé Maître-Assistant à titre personnel, il réintégra l'Éducation Nationale et enseigna à partir de 1970 à l'université de Toulouse-le-Mirail. Après le doctorat de 3o cycle sur Frei Jeronimo Bahia, épigone portugais de Gongora, nommé Maître de Conférences, il consacra ses recherches, dirigées par Robert JAMMES, à « Fray Hortensio Paravicino et l'éloquence sacrée de son temps » et, de façon plus générale, à la littérature religieuse du Siècle d'Or, sans renoncer pour autant à des incursions dans d'autres domaines : la littérature espagnole contemporaine, en particulier la poésie, ou encore le cinéma (Loca, Rafael Alberti, Saura). Après une thèse d'État soutenue sur travaux, il fut nommé Professeur des Universités. Admis à faire valoir ses droits à la retraite en 1997, il fut alors nommé professeur émérite. Membre fondateur en 197 4 de la RCP 439 du CNRS « Poésie espagnole du Siècle d'Or » et de la revue Criticon dirigées par Robert JAMMES, il a continué à fnire partie de cette équipe de recherches qui connut divers statuts et plusieurs appellations (LESO puis LEMSO).
La famille constitue depuis longtemps un objet d'étude privilégié des historiens des sociétés. Ayant abandonné l'attention presque exclusive accordée autrefois aux seuls lignages aristocratiques voire royaux, cette histoire de la famille a connu depuis un demi-siècle de profonds renouvellements, tant thématiques que méthodologiques. Directement impliquée dans l'histoire quantitative, notamment par le biais de la « reconstruction des familles », la thématique familiale s'est retrouvée au centre de l'histoire des mentalités. Ultérieurement enfin, via l'importation de problématiques venues des autres sciences sociales et le recours à la démarche « micro-historique », la famille s'est muée en un espace social et anthropologique au sein duquel sont mises à jours les dynamiques qui affectent ces réalités familiales. Dans le même temps, ces réflexions sur le passé d'une réalité sociale toujours vivante viennent en écho aux interrogations contemporaines sur le devenir de la famille nucléaire. La « crise » d'un modèle familial pluriséculaire et les recompositions familiales auxquelles elles donnent lieu placent ces réflexions sur la famille au coeur d'un débat de société particulièrement intense. Dans ce contexte qui fait de la famille un sujet d'actualité brûlant, le colloque organisé à Toulouse a voulu dresser un bilan des travaux les plus récents des meilleurs spécialistes du sujet, il s'est inscrit dans une démarche délibérément comparatiste tout en insistant sur les continuités et les ruptures identifiables tant en termes de problématiques, de démarches que de résultats. Compte tenu de la spécificité du laboratoire à l'origine de cette réflexion, le comparatisme concerne essentiellement les espaces français et ibérique, ce dernier étant compris au sens large puisqu'il intègre les sociétés coloniales ibéro-américaines. Dans le même temps, ce colloque a fait le choix de la transdisciplinarité et de la longue durée, depuis le bas Moyen-Âge jusqu'au xxe siècle. Cette longue phase chronologique coïncide avec l'émergence puis le développement de la structure nucléaire, modèle familial précisément en cours de redéfinition aujourd'hui. À son propos, leurs auteurs y confrontent des approches historiques, sociologiques, anthropologiques et juridiques qui toutes éclairent les complexités de cette histoire tout en contextualisant les interrogations contemporaines.
Le vêtement civil ou ecclésiastique, peut être considère comme un « fait social total ». Il exprime état, honneur, et distingue celui qui le porte du reste du commun. Les questions de préséances sont primordiales, qu'elles se manifestent par le choix des couleurs, la qualité des tissus, la place occupée dans les assemblées consulaires ou les cérémonies religieuses. Ainsi revêtu, l'individu n'est plus anonyme, il est le corps visible du pouvoir qu'il représente. Les atteintes portées à ces symboles révèlent également l'importance du statut politique du costume. Le soin porté aux vêtements liturgiques et civils, le souci du détail vestimentaire, le sort réservé aux tissus usagés, permettent de cerner, de la théorie à la pratique, l'importance de la vêture comme représentation, mais aussi comme instrument et enjeu de pouvoir. L'intérêt de la longue durée (XIIIe-XXe siècle) réside dans l'analyse des permanences et des évolutions, à partir de l'étude des textes normatifs et des pratiques observées sur le terrain, grâce à l'abondance des sources. Toutes ces questions ont été l'objet de la réflexion des chercheurs lors du colloque organisé à Albi, les 19 et 20 octobre 2001. Loin de représenter une étude exhaustive d'un sujet trop vaste pour être circonscrit en quelques pages, les actes qui paraissent aujourd'hui sont autant d'imitations à pousser les portes entrouvertes et poursuivre le questionnement dans une recherche pluridisciplinaire particulièrement enrichissante.
Au XIXe siècle, progrès techniques et mutation des goûts provoquent le déclin de la faïence stannifère. L'invention de nouvelles pâtes cuisant blanc et l'introduction au milieu du XVIIIe siècle en Angleterre des procédés de décor par impression ouvrent la voie à la mécanisation de la fabrication, au passage de l'artisanat à l'industrie, qui marqueront durant un siècle l'âge d'or de la faïence fine. Parallèlement, la mode pour les arts d'Extrême-Orient pousse aussi les céramistes à s'intéresser aux matières dures tels les grès et les porcelaines encore au détriment de la faïence stannifère. Toutefois, cette dernière ne disparaît pas pour autant ; aux ouvriers se joignent les peintres de renom qui optent aussi pour ce support et la main des maîtres artisans ou artistes demeure irremplaçable face à la machine qui reproduit à l'infini des motifs jugés sans âme. Négligée par les historiens pour lesquels elle a le défaut de ne pas appartenir aux secteurs leaders de ce qu'il est convenu de nommer « révolution industrielle », qualifiée longtemps « d'art mineur » par les historiens de l'art, la faïence fine - comme une partie de la porcelaine du XIXe siècle - portait en elle le discrédit qui touche le produit industriel. Oubliée par la recherche institutionnelle - comme le reste de la céramologie - délaissée par les érudits locaux et les amateurs d'art qui lui préféraient les céramiques aux couleurs chatoyantes, elle connaît aujourd'hui un regain d'intérêt et prend sa place dans les collections.
Professeur émérite de l'Université de Toulouse-Le Mirail, ancien directeur de recherches au CNRS. Xavier RAVIER est d'abord un dialectologue. Disciple de Jean Séguy, il a réalisé l'Allas linguistique et ethnographique du Languedoc occidental. Auteur de 1res nombreuses publications, il a toujours manifesté une curiosité scientifique et un esprit d'ouverture remarquables. Ses recherches l'ont ainsi conduit, au-delà de la linguistique, vers l'ethnolinguistique et plus particulièrement l'ethnolittérature, mais aussi l'onomastique, l'édition et l'étude de textes occitans non littéraires du Moyen Age, la littérature occitane et française, la poétique enfin. Ces Mélanges sont une occasion de rendre hommage à la richesse et à la diversité de la production scientifique d'un chercheur qui a toujours privilégié l'innovation et le dialogue entre disciplines.
Alain Ducellier, né à Paris en 1934 a fait ses études aux lycées Jacques-Decour et Henri IV puis a soutenu en Sorbonne, dès 1957, un D.E.S. d'Histoire byzantine sous la direction de Rodolphe Guilland. Agrégé d'Histoire en 1959, il a entrepris, sous la direction de Paul Lemerle, une thèse d'Etat consacrée à La Façade maritime de l'Albanie au Moyen Âge. Durazzo et Valona du xe au xve siècle, soutenue en Sorbonne en 1971. Professeur au lycée de Reims puis à Janson de Sailly à Paris, il devient assistant à la faculté de Tunis de 1963 à 1967, puis maître-assistant à l'université de Toulouse où il est ensuite élu maître de conférences en 1971 et professeur en 1973. De 1981 à 1985 il est membre du jury de l'agrégation d'histoire. Membre du L.A. 186, Histoire et Civilisation de Byzance (Paris, Collège de France) et du laboratoire Diasporas (Université de Toulouse-Le Mirail). Cette carrière a déterminé la nature et l'évolution de son enseignement comme celle de ses recherches : l'assise majeure a toujours été l'histoire de l'Empire byzantin, dont il a souvent privilégié les périphéries, comme en témoignent ses nombreux travaux relatifs à l'Albanie médiévale et aux Balkans en général, mais aussi les relations avec l'environnement musulman auquel il a longtemps consacré une partie de son enseignement à Tunis puis à Toulouse.
Placé sous l'invocation de Montaigne, le présent volume est le quatrième ouvrage collectif offert aux lecteurs par les membres du Groupe de Recherches « Les écrits du for privé en France de la fin du Moyen Âge à 1914 » (www.ecritsduforprive.fr). Cet ensemble d'écrits ordinaires - mémoires, autobiographies, livres de famille ou de raison, diaires, journaux intimes, chroniques ou annales - se développe en Europe de la fin du Moyen Âge à l'époque moderne, pour devenir un mode courant d'expression au cours des XIXe et XXe siècles. Ils sont parfois nommés écrits « personnels » ou écrits « intimes » et certains d'entre nous utilisent aussi, pour les désigner, le terme très significatif d'ego-documents. Celui-ci renvoie fortement à l'idée que l'écriture de ces textes n'est pas seulement une pratique qui pourrait être mise à distance par les scripteurs, mais qu'elle influe profondément sur la fabrique même de la vie. Une relation puissante existe, en effet, entre de tels textes et l'idée que l'homme occidental disposerait en lui-même d'un espace de réflexion intérieure qui est généralement appelé le « moi » ou le « soi ». Lorsqu'il aborde un texte donné, le chercheur sait donc qu'il part à la rencontre d'une individualité, celle du scripteur, dont il va chercher à explorer, à travers ses écrits, non seulement les intentions apparentes dans les actions, ou affleurantes dans le langage, mais également les mécanismes de la pensée qui le constituent comme un individu au sein d'une société donnée. À travers un ensemble d'études de cas qui courent du Moyen Âge au début du XXe siècle, nous avons ainsi souhaité explorer la relation complexe qu'entretient ego avec lui-même et son monde social, et ce à travers le prisme de ses écrits privés.
Partir ! Fuir, franchir les mers, les frontières, est-ce aussi simple que le rêvaient les poètes du XIXe siècle ? Visage angoissé de l'exilé mille fois saisi par l'objectif du photographe lors des grandes catastrophes ; ébahissement du nouveau venu contemplant son nouveau territoire au sortir de la gare ou du port ; fierté du boursier revenant dans sa famille auréolé de la gloire académique. Ces expériences de la frontière sont au coeur de notre problématique, expériences saisies dans leur dynamique, leur ambivalence et leur fécondité. Notre propos n'est pas de comprendre comment les hommes ont créé les frontières, mais ce que celles-ci ont « fait aux hommes ». Au coeur de notre projet s'inscrit l'expérience individuelle et collective - individus, groupes, États - affrontée au franchissement des limites. De la même manière que Georges Balandier parle de « situation coloniale », risquons les termes de « situation frontalière » pour décrypter la manière dont est vécue la frontière, pour saisir la complexité des phénomènes engendrés par la séparation physique et symbolique des hommes selon des lignes de fracture qui traversent les sociétés. Expérience singulière que cette situation frontalière, configuration plastique et toujours redéfinie... Comment les acteurs sociaux et individuels se représentent-ils les frontières, comment les franchissent-ils, comment les transgressent-ils ? À toutes ces questions, cet ouvrage, né d'une réflexion pluridisciplinaire et internationale, tente de répondre. Sociologues, historiens et spécialistes de littérature apportent un regard complémentaire sur les jeux complexes des hommes, des groupes et des institutions confrontés à ce phénomène de frontière qui n'a cessé de hanter et diviser les sociétés jusqu'à devenir aujourd'hui un enjeu planétaire majeur.
Guillaume d'Orange est une figure composite : compagnon de Charlemagne et de son fils Louis, saint laïc, constructeur d'église et d'abbayes, il devient personnage d'épopée et icône littéraire. Son historicité étant attestée, reste à la dégager d'un mythe en construction. Celui-ci s'incarne à la fin du XIIe siècle, en la personne du prince d'Orange, un des protagonistes de la croisade contre les Albigeois. À partir de lui se met en place le célèbre parcours dynastique de la famille d'Orange et son destin royal, multiséculaire et européen. Plusieurs questions s'imposent d'elles-mêmes. Certaines cours nobiliaires méridionales des XIe et XIIe siècles semblent avoir puisé dans le corpus des récits guillelmides pour des finalités diverses : affirmation d'une conscience de soi, utilisation politique du potentiel symbolique. Peut-on identifier les lieux de réception de cette subtile élaboration culturelle ? Par ailleurs, sur les routes de pèlerinage et de croisade, et lors des grandes assemblées aristocratiques, la figure de Guillaume se dégage du cadre méridional et prend une dimension européenne. Selon quelles modalités ? À quoi tient une telle réussite à côte d'autres héros paladins tombés dans l'oubli ? Enfin, le personnage de Guillaume relevant à la fois de l'histoire et de la fiction, le problème du statut respectif des textes historiques et littéraires (avant le XIIIe siècle) mérite d'être posé. Les cloisons étaient-elles aussi étanches entre les actes de la pratique et les textes narratifs, encre compositions épiques et productions lyriques ? L'hypothèse de l'existence d'un épique roman justifie qu'on s'y attarde : jusqu'ici controversée sans qu'elle ait été véritablement discutée, elle est dorénavant au centre de nouveaux questionnements.
Calificado como fórmula rígida del eremitismo, el emparedamiento se desarrolló con gran adaptabilidad, dentro de una gran proliferación de fórmulas religiosas, más entre las mujeres que entre los hombres. Se realizaba en celdas adosadas a iglesias y cementerios, en hospitales y monasterios, en puentes y en murallas, localizadas en el centro urbano o en su derredor; pero siempre provocando un gran impacto sobre la sociedad que les rodeaba. Celdas dependientes de concejos o de iglesias, celdas independientes, pequeños habitáculos (identificados con sepulcros), con dos ventanillas (una hacia la calle, otra hacia la iglesia) y una puerta. Alejada del claustro tradicional, la vida emparedada se iniciaba con una despedida del mundo, una ceremonia litúrgica con el oficio de difuntos y una entrada en la celda, cuya puerta era tapiada: vestidas de penitentes, con bendición o sin ella, la vida en la celda transcurría en unas condiciones físicas muy duras: poca comida, sobre el suelo una tabla por lecho y escasas ropas; una vida de mortificación y disciplinas, de oración y salmos, de privación y lágrimas.