FeniXX réédition numérique (Gallimard)
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L'écrivain de singulier accent, l'auteur d'OEuvre d'Or, le poète à la fois ironique et profond qu'est Marcel Sauvage, s'exprime ici, tantôt en vers, tantôt en prose. Il nous offre entre autres formes, qu'il modifie à son usage, des fables et des chansons, ou des proverbes, sous le double aspect d'un talent dont le charme est empreint, à part égale, d'intelligence et de sensibilité. Ce sont là de petites pièces, apparemment modestes, pour précieuses qu'elles puissent être, simples quatrains quelquefois. Mais il faut faire attention à ces fleurs coupées vives : elles ont un parfum pénétrant, qu'on ne saurait oublier, de même que leurs couleurs, pour être subtiles, n'en sont pas moins éclatantes.
Né à Paris en 1923, Roger Parisot est professeur. Il a fait sa licence de philosophie en Sorbonne. Nature vive est le premier ouvrage qu'il publie. "La poésie, dit-il, il me semble qu'elle est un effort pour combler le vide et effacer la distance qu'il y a entre les mots sel, blé, sang, lune, mer, été, et le sel, le blé, le sang véritables, la lune vraie, etc. La poésie vraie est une image de l'Incarnation. On ne peut parler de la poésie, sans parler de la Grâce, de laquelle on ne peut point parler. La chronique rapporte que Saint Budoc, qu'on vénère en Bretagne, monta un jour prier dans un pommier. Il y resta vingt ans, sans descendre jamais, parlant aux oiseaux, chantant avec eux la gloire de Dieu. La poésie serait ce chant, par lequel se restitue à Dieu ce qui est à lui."
Ceci est l'histoire de l'amitié d'un petit Musulman et d'un instituteur venu de France. Le père du jeune Algérien confie un jour son fils à l'école, dans l'espoir légitime qu'elle en fera un grand homme. Le maître essaiera. Il se promet, au moins, d'en faire un petit Français. Au travail ! Vite, l'enfant parle, connaît et aime. Et déjà, les espoirs s'enflamment. Mais, un jour, la vie le reprend. Dans les agglomérations européennes d'Algérie, la vie, c'est la rue. C'est dans la rue que nous retrouverons Mahmoud, aussi décivilisé que le chat retourné aux forêts. Avec les ans, d'ailleurs, un drame se précise. À chaque pas, l'enfant, devenu grand, se sent de plus en plus tiraillé entre la civilisation de sa race et celle du Français qui voulut l'élever. Il finit, pauvre jouet démantibulé par les luttes de deux destins, après avoir tenté d'assassiner son maître. Ce livre est né de notes, recueillies au jour le jour sans but défini, au cours d'un long séjour de l'auteur en Afrique du Nord. D'abord souriant, le ton de ces observations devient plus grave, car le ciel d'Algérie s'assombrit peu à peu. Et, un jour, sans l'avoir cherché, l'auteur se trouve en possession des éléments d'un drame, écrit tout seul par les événements. Aucune intention, aucune thèse dans ces pages, mais la seule transcription d'émotions vécues au fil des années, dans un pays voué au deuil.
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Vers 1935, un critique étranger pouvait écrire à peu près ceci : "Paul Valéry, qui a abordé la littérature dès 1892, est resté longtemps peu connu ; depuis qu'il a atteint la célébrité, il est devenu un inconnu". Le livre de Madame Lucienne Julien Cain, "Trois essais sur Paul Valéry", témoigne au contraire d'une connaissance profonde de toute l'oeuvre du grand écrivain, connaissance développée et enrichie par de nombreux entretiens. Mme Lucienne Julien Cain, qui a connu Valéry durant de longues années, nous le montre au hasard de conversations et de promenades, tirant des objets et des ensembles les plus divers, une image et une pensée toujours inattendues. Les photographies, qui illustrent le texte, représentent le poète en mouvement, poursuivant du regard, dans ces différents décors, le fil de sa méditation. Le premier essai, sous le titre de "Valéry et l'utilisation du monde sensible", traite précisément des rapports que Valéry a toujours entretenus avec les modes de sa perception, avec sa vision, et aussi avec son langage qu'il a toujours considéré comme un mode de la sensibilité. La deuxième étude, intitulée "Edgar Poe et Valéry", est une analyse d'après des textes de Valéry lui-même, des liens qui, jusqu'à la fin de sa vie, unirent l'auteur de "Charmes" à la philosophie et à l'esthétique du poète du "Corbeau". Enfin, dans le troisième de ses récits, "L'être vivant selon Valéry", Mme Lucienne Julien Cain nous démontre qu'en suivant - depuis son degré inférieur jusqu'à son niveau le plus élevé - l'expérience de la sensibilité, c'est bien à Valéry qu'on arrive et au système vivant qu'il a créé. Le livre ainsi composé est donc le récit d'une aventure, et c'est comme tel qu'il faut le lire, en tant que l'aventure d'un esprit aux prises avec lui-même, et qui pratique exclusivement la recherche des idées, comme un exercice violent et dangereux.
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Lorsqu'il eut été chassé du pouvoir par son entourage, le tyran se réfugia dans une île étrangère, où il fut reçu comme un assassin politique, dont le procès réclamait une conclusion urgente. Dans sa cellule, il rédigea un "mémorial" d'un genre nouveau car, loin d'être une simple suite de souvenirs, ou même un plaidoyer en faveur de ses idées, voire de sa personne, il constituait un réquisitoire et un verdict condamnant ses juges à le condamner. Refusant de descendre (ou de monter) au niveau de son destin individuel, il entendait poursuivre avec les armes à sa disposition la collective bataille entreprise contre l'ennemi. Son texte est donc un acte de guerre, et une préface au Jugement dernier, au cours duquel les hommes seront résorbés dans le ciel et l'enfer de la tyrannie humaine. L'imaginaire traducteur du manuscrit a fait précéder celui-ci du "Cours de Joseph Hut", qui expose les raisons qu'on peut avoir, selon son tempérament, de désespérer au nom de la tyrannie, et l'a fait suivre d'un appendice, donnant des détails sur le tyran et sur ses actes. Le tout a été réuni sous le titre "Églogues du Tyran", qui évoque à la fois le lyrisme mouvementé du ton, et la grande idylle désirée et proclamée par les partisans du berger de la tyrannie.
Thomas Quercy est l'histoire d'un homme qui, dès ses jeunes années, a passionnément résolu de vivre avec puissance, de disposer du temps. Après un effort épuisant, il est arrivé à être riche et libre. À ce moment, il crache du sang (tuberculose pulmonaire, séquelle d'une grave bronchite contractée pendant la guerre). Il se retire alors dans sa maison natale à Héricy (Seine-et-Marne), auprès de sa vieille gouvernante. Il arrache au médecin un pronostic précis : on lui donne trois ans à vivre, à condition qu'il se rende dans un sanatorium. Quercy refuse : il se fera une fin à lui, il mènera lui-même le débat que la mort devra conclure, il créera sa vie, remplacera la durée par l'intensité. Et il luttera aussi avec toutes les thérapeutiques, connues et inconnues, avec toutes les forces dont dispose un homme, de tout l'être. Au même instant, il sera placé devant cette mort à terme fixe, devenue visible, et devant un amour sans espoir, d'autant plus exaltant. Il se jure de connaître, avant de disparaître, le mystère du monde et de l'homme. Le voilà placé, d'un coup, devant tous les problèmes de la vie et de la mort. Il s'impose une attention passionnée. Sa douleur, il ne la subira pas, il la fera sienne, et combattante.
Nous sommes dans le nihilisme. Peut-on sortir du nihilisme ? C'est la question qu'on nous inflige. Mais nous n'en sortirons pas en faisant mine d'ignorer le mal de l'époque, ou en décidant de le nier. Le seul espoir est de le nommer au contraire, et d'en faire l'inventaire pour trouver la guérison au bout de la maladie. Cette collection est justement un inventaire. Et c'est parce qu'elle est un inventaire, qu'elle a le droit de porter son titre. On y trouvera réunies des oeuvres d'imagination ou de pensée qui, directement ou non, posent le problème de l'époque. Elles pourront être d'inspirations et de volontés différentes, signées de très jeunes ou de très anciens auteurs. Elles pourront consacrer le nihilisme, ou tenter son dépassement. Mais, à elles toutes, elles formeront une conscience commune, elles témoigneront d'un même effort pour définir ou surmonter la mortelle contradiction où nous vivons. Si le temps est venu où nous devons choisir, cette nécessité même est un progrès. Reconnaissons donc que c
Thomas Quercy est l'histoire d'un homme qui, dès ses jeunes années, a passionnément résolu de vivre avec puissance, de disposer du temps. Après un effort épuisant, il est arrivé à être riche et libre. À ce moment, il crache du sang (tuberculose pulmonaire, séquelle d'une grave bronchite contractée pendant la guerre). Il se retire alors dans sa maison natale, à Héricy (Seine-et-Marne), auprès de sa vieille gouvernante. Il arrache au médecin un pronostic précis : on lui donne trois ans à vivre, à condition qu'il se rende dans un sanatorium. Quercy refuse : il se fera une fin à lui, il mènera lui-même le débat que la mort devra conclure, il créera sa vie, remplacera la durée par l'intensité. Et il luttera aussi avec toutes les thérapeutiques, connues et inconnues, avec toutes les forces dont dispose un homme. Au même instant, il sera placé devant cette mort à terme fixe, devenue visible, et devant un amour sans espoir, d'autant plus exaltant. Il se jure de connaître, avant de disparaître, le mystère du monde et de l'homme. Le voilà placé d'un coup devant tous les problèmes de la vie et de la mort. Il s'impose une attention passionnée. Sa douleur, il ne la subira pas, il la fera sienne, et combattante.
Daniel, réfugié d'Europe centrale, 35 ans, s'est fait un nom dans le théâtre, en France. Il se lance dans une entreprise vouée à l'échec : monter la pièce d'une débutante, intitulée Les portes de Rome. Après le four de la générale, il abandonne, et gagne Marseille à la recherche d'un embarquement. Son autre vocation, en effet, est la mer. À Marseille, Daniel retrouve une jeune femme, Marianne, aperçue deux ans plus tôt à Paris, et qui s'est engagée comme cuisinière à bord d'un remorqueur. Un équipage de fortune doit convoyer - à Rome - une ancienne vedette militaire, achetée par un armateur italien pour être transformée en bateau de plaisance. Il manquait un matelot. Marianne fait enrôler Daniel. Pendant le voyage, qui est très mouvementé, coupé d'incidents dramatiques (amarres rompues, tempête), les deux jeunes gens découvrent peu à peu leur mutuel amour. Ils échouent à Ostie, devant les portes de Rome, Daniel n'ayant pas de visa en règle sur son passeport. Que deviendra-t-il ? Que deviendront-ils ? Dans ce roman, construit en contrepoint, où se répondent les thèmes du théâtre et de la mer, double et parallèle aventure, double et parallèle échec, un climat s'établit et s'impose, qui en fait le prix. Sans bavardage, complaisance ou romantisme, l'accent de Nadine Lefebure est simple et vrai. Tout ce qui concerne la mer, les bateaux, la vie à bord, les rapports avec les marins, est saisissant. Tout ce qui touche à l'amour est aussi limpide que pudique. On est surpris, charmé, convaincu par tant de fraîcheur et de droiture.
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Pourquoi la tyrannie n'irait-elle pas s'épanouir, sous sa forme la plus européenne, à la limite des déserts et des mers tropicales ? Et pourquoi la forme la plus occidentale de la liberté et de la révolution, ne fleurirait-elle pas sur le terrain - apparemment aride - de Gurka ? Marcel Sala a réussi à créer, animer, construire le monde le plus vivant, en partant de ce qui serait devenu, entre les mains d'un autre, une allégorie. Le Tout-Puissant, c'est Don Roberto, souverain absolu d'un empire lointain, que des étrangers veulent soulever contre lui. Pierre, encouragé par la dangereuse Dorothée, et accompagné de l'inquiétant Olav, se lance dans l'aventure, se heurte à l'inertie d'un peuple fanatique ou terrorisé, et devra défendre le sentiment même de sa liberté contre la mystérieuse omniprésence du Tout-Puissant. Michel, placé devant le même problème, mais prisonnier de Don Roberto, n'arrivera pas à préserver sa lucidité. L'action de Pierre échouera, comme échouera la tentative accessoire de l'Instituteur, et jusqu'à l'humble amour de Malèna pour Pierre devra céder à la force d'un ordre immuable. Trahi par Olav, abandonné par Dorothée, Pierre devra quitter le pays. Le Tout-Puissant est donc apparemment victorieux, mais la tentative de Pierre aura mis en lumière la nature de la liberté humaine, au-dessus de toutes les défaites et de toutes les dominations.
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Lieutenant d'infanterie dans l'armée de Sa Majesté, B. Cowburn fut détaché - pendant la guerre - à la section française des services spéciaux du War Office. Parisien d'adoption jusqu'en 1939, seule une trace d'accent pouvait révéler sa nationalité. Ses qualités d'agent secret, et une prudence qu'il qualifie avec modestie d'excessive, lui permirent de "durer" du 6 septembre 1941, date de sa première mission, jusqu'à la Libération, longévité peut-être unique parmi les agents alliés opérant en territoire occupé. "Ce livre, écrit-il dans son avant-propos, n'est pas un récit de mes aventures de guerre. J'ai voulu simplement décrire les impressions ressenties par un officier anglais lors de ses missions spéciales en France pendant l'Occupation. Dans ce dessein, j'ai fait choix de certains épisodes, scènes, détails - tous authentiques d'ailleurs - qui donnent une idée, je crois, de la vie que nous menions et des activités qui étaient les nôtres." Outre les aventures, toujours dangereuses, parfois cocasses, souvent poignantes, qui formaient la vie quotidienne d'un agent secret britannique en France occupée (l'auteur fut l'un des principaux protagonistes de l'affaire de "La Chatte"), B. Cowburn brosse un tableau qui présentera au regard des Français - et à celui de l'Histoire - le plus grand intérêt : notre pays retrouvé par un ami fidèle après un an d'Occupation, alors que notre vie de tous les jours était totalement inconnue de nos alliés. On dirait Marco Polo découvrant la Chine. Peu de choses écrites à ce jour éclairent d'une manière aussi instructive le phénomène sociologique extraordinaire, que fut l'emprisonnement d'une grande nation pendant quatre ans.
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Le meurtre, c'est comme la drogue, on finit par aimer ça. Puis, on entre par hasard dans le circuit de la pègre, et on trouve toujours des petits marrants, qui sont prêts à payer vos talents. Moi, je n'avais que celui-là. Dommage quand même car, pour le plaisir, il y avait comme un manque. Mais l'amour est aveugle, même pour les gars dans mon genre.
Mon Dieu, quelle java ! Le Cantalou, le Charbonnier et la belle Laurette - tous des Auverpins ! - désespérant d'obtenir le chiffre du coffiot où, depuis vingt ans, dans une ferme abandonnée de Haute Provence, dormait un milliard et demi en barres d'or. Et le tueur qui bousillait tout le monde, y compris l'homme qui le connaissait, le chiffre !
La comtesse de Manoirmort, qui fut comédienne avant son mariage, a perdu la raison le jour de la mort de son fils, dont le comte de Manoirmort se croit le père. M. de Manoirmort a, lui-même, d'un premier mariage, une fille, Yolande. Pour fêter les vingt ans de sa fille, le comte fait venir de Paris une troupe de comédiens, la Compagnie Lafolio. Or, Lafolio est l'ancien amant de la comtesse, et son arrivée provoque - chez cette dernière - un choc mental qui dissipe les ombres de la folie. La comtesse a découvert la liaison incestueuse de M. de Manoirmort et de Yolande. Le drame éclate. Le comte surprend Lafolio chez sa femme, et trouve la mort au cours d'une scène violente. Bien que l'assassinat soit déguisé en accident, Yolande découvrira la vérité, et saura rendre « sa » justice. L'auteur s'est proposé de montrer, à travers la comtesse de Manoirmort, une forme de psychose connue en psychiatrie sous le nom d'ecmnésie. Mais comme la folle est en relation avec les habitants et les visiteurs du château, et que chacun de ceux-ci vit sa propre aventure, le roman dépasse largement le cadre d'une analyse clinique.
Cajou aime Germain, qui l'aime et voudrait l'épouser. Mais elle se juge laide. Elle s'en veut d'être une fille de couleur, et mesure la distance qui l'éloigne de Germain. Il est Blanc. Pour Cajou, l'amour de Germain est un mirage, leur union ne serait pas viable. Ce qui est nouveau, dans ce livre, ce sont les rapports d'une conscience avec les « autres » et, surtout, avec « l'autre ». Tout enfant, Cajou a tenté de briser, ou de dépasser, cette apparence qui rend unique chaque visage ; elle a profondément désiré s'identifier aux autres, elle a porté à ses amies, Stéphanie ou Marjolaine, une affection aberrante qui s'est soldée par un échec. Elle en arrive à douter de l'identité des êtres, elle essaie de les rejoindre, et son inquiétude est jugée par un psychiatre « maladive ». Germain parviendra-t-il à la guérir ? Il lui confie qu'il a besoin d'elle ; il avoue qu'il a eu une jeunesse équivoque : - les jeunes gens que je fréquentais aimaient la cruauté, je les amenais à se compromettre dangereusement, je savais la saveur de la souffrance des autres... Nous éprouvons tous deux le besoin de nous reprendre en main. Il faut lutter, Cajou. - Je ne peux pas me fuir, Germain. Il y a cette frontière qui tient à moi, comme la coquille fait partie du mollusque. Si l'on force la coquille, l'animal meurt. Peu survivent à la prison qu'ils se sont bâtie. Cajou ajoute : « Je t'aime assez pour te délivrer de moi, Germain. » Cajou est, après Sapotille et le serin d'argile, le second roman de Michèle Lacrosil. L'auteur est née à Basse-Terre de Guadeloupe, elle est actuellement professeur de lettres dans un collège du département de la Seine.
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« Il s'asseyait tous les jours à son bureau - celui-là même où je m'assieds parfois, et où, tous les jours de ma vie où je m'y assiérai encore, je penserai que je fais quelque chose d'illégitime -, là où j'attends, d'un moment à l'autre, qu'il revienne de son pas feutré pour me signifier, par un regard moqueur, qu'il reprend sa place. Je suis prêt à plier bagage. » Le narrateur est à ce moment de sa vie où il atteint l'âge d'homme. Il sait qu'il ne trouvera sa place que lorsque son père aura laissé la sienne. Cette mort, qui est aussi celle de son adolescence, est le passage obligé qui, douloureusement, ouvre sur le réel.
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Une Parisienne, élevée par de riches cousins et lassée de ce milieu snob, a épousé un hobereau de la Haute-Auvergne, qui l'emmène dans son château des Bois-Noirs. Dans cette région perdue sous la neige, au milieu des brouillards, Hélène, surprise par la vétusté et l'abandon d'une antique demeure, plus semblable à une prison qu'à un château, s'efforce de s'adapter à une vie déconcertante où elle s'engage pourtant avec toute sa loyauté. Elle sera aidée par l'amitié affectueuse - et bientôt passionnée - de son beau-frère. Leurs intérêts ne tardent pas à s'opposer à ceux du mari. Dans ce conflit, Gustave le Taciturne, qui nourrit pour sa femme un sombre et insatiable amour, deviendra irrésistiblement le ministre d'un destin qui a fait séculairement de cette maison le royaume de la mort la plus cruelle.
« Pour moi, le lycée avait été peuplé par des gens supérieurs, qui avaient "occupé" le foyer, "bombé" les murs et mis le feu à la porte du surveillant général, monsieur Lesourd. Je compris vite que ni moi ni personne n'en ferions autant. » Une adolescence au début des années 70.
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Ce livre de Yassu Gauclère ressemble à une « fresque sociale ». À la vérité c'est bien davantage : c'est le roman de quelques types humains, de quelques sensibilités. Il se déroule sur une vingtaine d'années (avant et après la guerre) ; il met en scène deux générations et comporte de nombreux personnages. Ceux-ci sont reliés les uns aux autres par une intrigue rigoureusement menée et très riche, où l'amour, la gloire, la vanité, le dévouement, l'art jouent le rôle de puissants moteurs. Mais ce qui les apparente surtout entre eux, et en fait les héros d'une même tragédie, c'est qu'ils cherchent tous, chacun à sa manière, à s'évader d'un monde qui ne les satisfait pas. Estelle, qui a peur de tout et se croit persécutée, sombre dans la folie ; Camille Lafleur, qui est dépourvue de talent, se croit une grande cantatrice et s'invente, après coup, une carrière qu'elle eût été bien incapable de suivre ; Salvin, séduit par la fortune et la gloire, les préfère à ce qu'il y avait en lui d'authentique et forge ainsi ses propres chaînes ; Reine, toute jeune encore, voit ses élans brisés par la médiocrité d'un mari et reporte sur son fils des espoirs que le hasard décevra : elle ne s'évadera qu'en elle-même. À ce naufrage seuls pourront échapper - par deux voies différentes - le chanteur Carène et son fils Dominique. Le premier « cherchant la perfection, non le succès », a construit sa vie sur son art ; le second, jeune militant communiste, prend conscience de ce qu'il ne peut accepter dans le présent et s'emploiera à bâtir le monde à venir. Yassu Gauclère donne ici un aspect nouveau et particulièrement captivant de son talent. Sauve qui peut !, avec ses plans vastes, les perspectives qu'il dévoile, la main sûre de l'auteur à laquelle aucun fil n'échappe, constitue un véritable roman, intéressant et humain, comme l'étaient ceux de Dickens, sans thèse ni parti pris, et ou l'on saisit le ton d'un grand écrivain.