L'Eclat
La TAZ (Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se définit pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l'Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l'espace, le temps ou l'imaginaire, et se dissout dès lors qu'il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d'assaut, et retourne à l'invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l'Histoire, une tactique de la disparition.Le terme s'est répandu dans les milieux internationaux de la "cyber-culture", au point de passer dans le langage courant, avec son lot obligé de méprises et de contresens.La TAZ ne peut exister qu'en préservant un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles "apparaissent" ici et là, libres de droits, sous forme de livre ou sur le Net, mouvants, contradictoires, mais pointant toujours quelques routes pour les caravanes de la pensée.
L'architecture mobile est le premier essai de Yona Friedman, paru en 1958 et tiré à une dizaine exemplaires destinés à des architectes, dont Le Corbusier. Il fut réédité ensuite en 1961, 1963, 1968, enrichi à chaque fois de textes et dessins nouveaux jusqu'à l'édition de 1970, paru chez Casterman dont on a pu dire qu'elle constituait "le plus important manifeste de l'architecture moderne depuis la Chartre d'Athènes de Le Corbusier" (Michel Ragon). Notre édition rassemble tous les textes des différentes éditions et permet d'en suivre l'évolution et d'en identifier les strates. Yona Friedman, qui a fêté ses 96 ans en juin 2019, souhaite apporter quelques commentaires du XXIe siècle, à ce livre ancien, mais dont la richesse conceptuelle n'a pas encore été comprise à sa juste mesure. Architecte, artiste, penseur, Yona Friedman est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages consacrés à l'architecture, l'écologie, le langage, diffusant une pensée à la croisée des chemins. À une époque où les questions d'urbanisme, de mobilité, de mondialisation et de migration deviennent prépondérantes, il a inventé plusieurs concepts visionnaires, de plus en plus actuels aujourd'hui: la ville spatiale, l'architecture mobile, l'utopie réalisable, l'autoplanification. En juin 2018 il a eu 96 ans
Vous avez un chien se présente sous la forme d'une bande dessinée qui met en scène un/e chien/ne et son/sa maître/sse. C'est un manuel d'éducation pour tous ceux qui vivent avec des animaux domestiques ou d'autres êtres vivants. Ecrit par Balkis Berger-Dobermann, qui partageait la vie des Friedman, Vous avez un chien aurait pu s'intituler « Comment dresser ses maîtres», mais l'auteur a préféré s'en tenir à un titre plus « général » et moins « anthropomorphe ». Vous avez un chien est aussi un livre pour ceux qui ont des chats, des canaris, des poissons rouges. Il énonce selon des principes simples «comment vivre avec les autres, sans être maître, ni esclave» pour reprendre le titre d'un autre ouvrage de Friedman. Yona Friedman est né à Budapest le 5 juin 1923. Il commence des études d'architecture à Budapest en 1943 qu'il achèvera au Technion de Haïfa en Israël en 1948. C'est là qu'il fait l'expérience d'une architecture nouvelle, pensée avec les habitants eux-mêmes. Il vit et travaille à Paris depuis 1957. Aux éditions de l'éclat ont paru (ou reparu) la plupart de ses livres (anciens et plus récents). Sa disparition a été annoncée le 21 février 2020 sur son compte Instagram.
«Tant qu'il ne fut pas possible aux chercheurs d'accéder à l'ensemble des manuscrits de Nietzsche, on savait seulement de façon vague que La Volonté de puissance n'existait pas comme telle », écrivaient G. Deleuze et M. Foucault dans l'«Introduction» aux OEuvres complètes de Nietzsche, établies par Giorgio Colli et Mazzino Montinari publiées en France par Gallimard. Sous le titre La Volonté de puissance n'existe pas, nous avons rassemblé quatre essais de Montinari, portant sur la question de ce faux-livre. Alors qu'en reparaissent régulièrement d'anciennes éditions, ces essais viennent rappeler aux "oublieux" qu'un travail de vingt années a permis de lire enfin le contenu des manuscrits de Nietzsche et de prendre connaissance, entre autres choses, de ce qu'il n'a pas écrit. Mazzino Montinari (1928-1986) fut, avec Giorgio Colli, l'éditeur des oeuvres complètes de Nietzsche dans leur version allemande, qui servit ensuite aux différentes traductions françaises, anglaises, italiennes... Paolo D'Iorio (ENS) est responsable éditorial de Nietzsche Source, qui publie l'édition critique des oeuvres de Nietzsche ainsi que l'édition en fac-similé de ses manuscrits. Il co-dirige l'édition des OEuvres philologiques aux Belles-Lettres et a participé au volume I de la Pléiade.
«Une étrange et magique rencontre...» C'est ainsi qu'Amedeo Bertolo définit dans son introduction la convergence - entre la fin du XIXe et la moitié du XXe siècle - de deux traditions que l'on aurait tendance à considérer comme étrangères l'une à l'autre. Mais il suffit d'évoquer les noms de Bernard Lazare, de Gustav Landauer, de Franz Kafka, de Gershom Scholem, d'Emma Goldman et de tant d'autres pour prendre conscience à la fois de la réalité complexe d'une telle rencontre, mais aussi de sa richesse, qui a influencé durablement à la fois le mouvement ouvrier international, les expériences communautaires en Argentine, aux Etats-Unis ou en Israël, mais également, en retour, le judaïsme moderne, ouvrant la voie à ce qu'il convient d'appeler sa version "laïque". Ce volume, issu d'un colloque tenu à Venise en 2000, retrace l'histoire de cet "anarcho-judaïsme" ou "judéo-anarchisme", de ses figures emblématiques et des débats qu'il a suscités, notamment lors de la création de l'État d'Israël, autour de la question du nationalisme.
Quelle fut, au début du siècle, l'expérience commune de la grande ville en Europe ? Qu'éprouva-t-on, à Berlin, Paris ou Londres, face à l'accumulation des personnes, à la mobilité de masse, à l'accélération et l'intensification des circulations, à l'emprise toujours croissante des nouvelles textures du fer, du verre et du bitume, à la mécanisation et à l'électrification des réseaux techniques ? Et comment, à travers le filtre de ces expériences nouvelles, la modernisation tout entière fut-elle ressentie ? Trois oeuvres sont convoquées ici pour analyser ce qu'a pu constituer le choc des métropoles au début du XXe siècle: Georg Simmel, Siegfried Kracauer, Walter Benjamin.
En suivant pas à pas la biographie de Friedrich Nietzsche, Jean-Luc Bourgeois illustre le quotidien d'un homme hors du commun, avec des citations de l'oeuvre elle-même, tirées de la correspondance, des écrits posthumes et des livres publiés. C'est un Nietzsche par lui-même qui est donné à lire, enrichi par des commentaires de l'auteur, et par une description du contexte de ces événements biographiques, comme de celui dans lesquelles ils se déploient, documentés par les correspondances de tous ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé l'homme. On suit ainsi Nietzsche pas à pas, de la prime enfance à l'homme posthume, se laissant guider par l'extraordinaire vigueur de ses écrits (intimes ou publics) et redécouvrant un homme et une oeuvre dont les commentaires n'épuisent jamais la grandeur. Musicien, philosophe, écrivain, musicologue, et scénariste, Jean-Luc Bourgeois (1947) s'est intéressé à Nietzsche il y a plus de quarante ans et a réalisé - outre des travaux universitaires sur l'homme et l'oeuvre, un documentaire sur les écrits musicaux de Nietzsche. Il a publié récemment un livre aux éditions Van Dieren, La mesure des vents, sorte de voyage initiatique autour du chef d'orchestre Ernst Ansermet et de l'archipel des Acores, battu par les vents. Il vit et travaille à Lausanne.
Günther Anders, Hannah Arendt, Hans Jonas, Emmanuel Levinas, Karl Lwith, Herbert Marcuse, Leo Strauss, Eric Weil ... Non sans quelque paradoxe, la philosophie sociale, politique, métaphysique de l'après-guerre a été largement représentée par des penseurs allemands ou formés en Allemagne, qui avaient la particularité d'avoir été des étudiants de Martin Heidegger et d'être en même temps d'origine juive. Ce volume, issu d'un colloque international tenu à Paris en 2012, a voulu les penser ensemble pour la première fois et étudier sur quel fond historique et intellectuel cette double spécificité a été possible. Quelle dette chacun d'entre eux a-t-il pu contracter à l'égard de ce maître commun et quelle distance ont-ils pu prendre (ou ne pas prendre) par rapport à lui après la Seconde Guerre mondiale ? Un double questionnement qui permettra d'écrire une nouvelle page de la philosophie allemande, qui pourrait bien être aussi une page de la philosophie juive au XXe siècle.
D'Ignaz Goldziher, admis à la grande université Al-Azhar du Caire, à Hermann Vambéry qui, déguisé en derviche, gagna Samarkande à pied, à la recherche des origines ouzbèkes supposées de la langue hongroise, les savants juifs des XIXe et XXe siècles eurent un rapport privilégié avec l'Orient, entendu comme l'espace dans lequel s'est déployée la culture arabo-musulmane, mais qui désigne aussi l'ensemble des pays extérieurs à la loi chrétienne, comme en attestent les travaux des indianistes Sylvain Lévi ou Theodor Benfey. « Passeurs d'Orients », donc, ils participent activement d'un mouvement fondateur d'une science nouvelle, originellement philologique, mais aussi science des religions, que les clivages du second XXe siècle auront tôt fait de qualifier de "colonialiste", quand il s'est agi, surtout, d'en dégager la dimension singulière, au regard d'un Occident désorienté. À travers les plus grandes figures de l'orientalisme, le volume, issu en partie d'un colloque qui eut lieu au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme de Paris en 2012, retrace l'histoire et les implications de cette relation particulière et en dénoue les malentendus idéologiques et politiques.
Depuis les «origines méditerranéennes», jusqu'aux «carrefours de la modernité», en passant par les «diversités de la diaspora», Les Cultures des Juifs propose une nouvelle histoire du judaïsme du point de vue de la diversité de ses «cultures» où les langues, les coutumes, les littératures et les imaginaires se croisent et se recoupent pendant plus de trois millénaires, constituant la trame riche et complexe d'une harmonie des singularités. L'histoire du judaïsme devient alors une «histoire des judaïsmes», en relation ou tension constante avec leur fondement religieux et les pressions et pénétrations continues des mondes alentours. Cette harmonie entre «dispersion et unité, continuité du texte et ruptures culturelles, isolement et assimilation, Âges d'or et `sombres temps', élite et peuple, exil et patrie» permet à vingt-quatre chercheurs (français, américains et israéliens) de dresser le portrait, pour les générations à venir, d'un judaïsme en mouvement, conçu comme «organisme vivant » selon la définition qu'en donne Gershom Scholem.
La traduction du Livre des Coutumes de Shimon Guenzburg nous fait découvrir un personnage riche en couleurs et qui a fait partie des ces individus qui, contre vents et marées, a permis que survive grâce au livre un judaïsme en proie à l'exil et aux persécutions et une langue: le yiddish. Qu'est-ce qui fait qu'en temps de crise, des individus se consacrent à coucher sur le papier les coutumes d'une communauté qui risque de disparaître? On sait peu de choses de ce Guenzburg, mais son action est d'importance. Comment la raconter? Sous la forme d'un échange imaginaire de lettres entre lui et une jeune fille vénitienne curieuse et facétieuse, Baumgarten et Farazzi ont voulu en écrire une vie imaginée et décrire ce qu'a pu être l'effervescence de l'imprimerie en hébreu à Venise au XVIe siècle. Patricia Farazzi est l'auteur de plusieurs livres aux Editions de l'éclat, qu'elle a contribué à fonder. Elle a publié récemment deux ouvrages en forme épistolaire (comme cette vie imaginée de Shimon Guenzburg): Bandes passantes (2019) avec Raphael Valensi; Lettres du chemin de pierre (2020) avec Michel ValensiJean Baumgarten (CNRS) est spécialiste du monde juif ashkénaze et du hassidisme et signe ici un premier texte de fiction qui accompagne son livre Des coutumes qui font vivre.
Dans un traité de droit talmudique écrit en Languedoc au XIIe siècle, Abraham Ben David de Posquières (l'actuel Vauvert), pose la question du désir et du rapport amoureux dans des termes que ne désapprouverait pas la sensibilité contemporaine. En fondant l'authenticité de ce rapport sur l'intention, il esquisse une philosophie du couple visant à préserver la personne dans l'être désiré, à éviter de l'instrumentaliser à des fins de jouissance égoïste. Au point que l'on pourrait dire qu'il n'y a pas de rapport « sexuel » dans le rapport amoureux... L'interprétation que Shmuel Trigano donne du dernier chapitre du Livre des maîtres de l'âme dévoile un paysage insoupçonné dans l'univers médiéval de la Loi juive, où l'on sent le frémissement de la Kabbale provençale naissante. Depuis Le récit de la disparue (Gallimard, 1977) jusqu'à Le judaïsme et l'esprit du monde (Grasset, 2015) Shmuel Trigano (1948) est l'auteur d'une oeuvre abondante qui interroge l'existence juive. Il a dirigé plusieurs revues - Pardès, Controverses - et a fondé l'Université populaire du judaïsme qui dispense un enseignement gratuit sur internet autour des grands thèmes du judaïsme.
Les textes rassemblés dans ce livre montrent comment la maison construite par le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein peut être vue comme un cas exemplaire à la fois pour l'histoire de l'architecture et pour l'histoire de la philosophie - rares sont les cas où il est possible d'évaluer les correspondances, dans l'oeuvre d'un même individu, entre le travail de la pensée et le travail de l'architecture. Qu'a pu représenter l'architecture pour Wittgenstein, qu'a-t-il pensé de ce type d'exercice et qui nous a été transmis à travers ses écrits ? Le modèle de l'architecture nous éclaire sur le sens et la portée des idées fondamentales de sa philosophie du langage, sur son intimité avec les pratiques de l'art, de l'ingénierie, de l'artisanat, sur l'interprétation ou la résistance du philosophe à la culture de son temps, sur sa manière d'aborder les problèmes des limites et des définitions. Wittgenstein disait qu'il est revenu à la philosophie en 1928 lorsqu'il s'était de nouveau senti capable de créer : le chantier qu'il a mené y est-il pour quelque chose ? Cette période de transition présente un intérêt particulier pour les études wittgensteiniennes pour ce qui est d'établir une rupture ou une forme de continuité entre ce qu'il est d'usage de distinguer comme le premier et le second Wittgenstein. Le chantier architectural qu'il maîtrise tant dans l'ensemble que dans ses moindres détails permet de constater l'émergence d'une question qui l'occupera de manière constante; la nécessité d'en arriver, face à un problème esthétique ou conceptuel, à une prise en considération de l'ensemble des usages, à une vision synoptique qui seule permet une représentation synthétique privilégiant une saisie inclusive plutôt qu'exclusive.
Les enjeux urbains de la pensée de Walter Benjamin se situent dans un entre-deux villes où s'est joué le sort d'une modernité contradictoire: Paris, capitale du XIXe siècle, et Berlin, capitale du XXe siècle. À la question: «Comment habiter le moderne?», Benjamin répond par une étonnante philosophie de l'architecture, entre exil et souvenir, transparence et opacité, flânerie et révolution, qui n'a pas encore été suffisamment inventoriée. C'est à cet inventaire que ce volume veut contribuer, constituant la ville comme «centre de gravité » de la pensée benjaminienne, vers lequel convergent ses autres architectures linguistiques, esthétiques ou politiques.
Se définissant lui-même, dans une lettre inédite à son ami Claude Roy , «juif ... non pratiquant... non croyant ... français par l'état civil ... par la culture ... par les sentiments ... marxiste ... communiste ... anti-impérialiste ... tunisologue ... "patriote tunisien"... enraciné dans sa terre natale...», Paul Sebag (Tunis 1919-Paris 2004) reste indissociablement lié à l'histoire de la Tunisie, depuis ses premiers travaux de sociologue dans les années 1950, jusqu'à ses plus récentes publications historiques autour du judaïsme tunisien et de la ville de Tunis à partir de 1990. Son action en faveur de l'indépendance lui fera prendre part à l'organisation de la nouvelle université tunisienne, et tout particulièrement du département de sociologie, où il enseignera jusqu'en 1977, date de son arrivée à Paris. Ce volume collectif à l'initiative de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie se veut un hommage à la fois à l'homme "au simple sourire", au professeur rigoureux et à l'infatigable érudit qui a marqué durablement plusieurs générations de chercheurs et d'étudiants.
Pendant longtemps, les historiens ont considéré que le Maghreb avait "bénéficié" d'un choc culturel venu d'Occident, qui avait révolutionné ses modes de vie et de pensée et l'avait fait basculer dans la modernité. Le cas de la Tunisie aux XVIIIe et XIXe siècles permet de relativiser cette thèse en montrant comment une double influence des Lumières orientales et occidentales a permis le développement d'une vie publique et culturelle où les communautés juives et musulmanes, écartées également du pouvoir colonial, ont pu vivre dans un dialogue constant jusqu'à l'aube des affrontements idéologiques du XXe siècle. Des chercheurs français, tunisiens et israéliens ont ainsi participé à ce volume, fruit d'une rencontre qui eut lieu à la Sorbonne en avril 2003.
Si l'oeuvre de Franz Rosenzweig (1886-1929) est mieux connue en France depuis les travaux pionniers d'Emmanuel Levinas, puis de Stéphane Mosès, et la traduction de son grand oeuvre, L'Étoile de la Rédemption, par Alexandre Derczanski et Jean-Louis Schlegel en 1982, des pans entiers de sa pensée restent encore à découvrir. La publication d'une partie des Actes d'un colloque international, tenu à Paris en 2009, permet d'insister plus particulièrement sur les figures du « Nous » et des « Autres », à la fois dans leurs implications politiques - annonçant une "philosophie de l'altérité" -, mais aussi intimes, tout particulièrement à travers les extraordinaires correspondances philosophiques et amoureuses qu'il a entretenues avec Margrit "Gritli" Huessy et Eugen Rosenstock, et dont témoigne le dialogue inédit entre le corps et l'âme, dédié à Gritli, qui clôt ce volume.
La question cosmopolitique est restée en marge de l'intérêt qui a été porté à la pensée juridico-politique de Kant. En ce sens, le présent ouvrage vient combler une lacune dans l'exploration des ressources de l'oeuvre. Mais l'intérêt philosophique de la question cosmopolitique dépasse très largement ce cadre. Elle atteste d'abord que la théorie politique de Kant ne se limite pas à une théorie de l'État. Il doit y avoir un en deçà et un au-delà de l'État, où la politique dépasse l'idée de peuple pour atteindre celle d'humanité. Le cosmopolitisme est cette théorie politique de l'humanité. En ce sens, Kant est l'antidote de Carl Schmitt, qui portait en lui la haine de l'idée cosmopolitique. Cet antagonisme théorique entre Schmitt et Kant, entre le poison et le remède, est largement attesté dans ce volume. Ce qui montre à quel point nous avons besoin aujourd'hui du cosmopolitisme de Kant, pour penser le passage de la guerre à la paix, la place de l'hôte étranger dans nos sociétés complexes et la nouvelle configuration d'un monde globalisé.
À la « question juive » du XIXe siècle est venue se substituer ou s'ajouter au XXe siècle, la «question d'Israël», suscitant dans les milieux politiques et intellectuels des clivages surprenants et des revirements quelquefois inattendus. La création d'Israël a ravivé une série de problématiques qui ont modelé la politique contemporaine: Etat/communauté, laïcité/religion, orient/occident, etc. Dès avant 1948, les intellectuels français ont largement discuté de ces questions, depuis les débats entre le franco-judaïsme et le sionisme jusqu'aux prises de position contrastées d'un Louis Massignon ou Maurice Blanchot, de Jean-Paul Sartre ou François Furet, d'Albert Cohen ou Chris Marker, d'Annie Kriegel ou Alain Badiou, dont les revues d'idées se firent l'écho. Entre les condamnations et les enthousiasmes, les incompréhensions et les fidélités, ce sont les « aventures » de ces prises de position et polémiques qui sont présentées dans cet ouvrage collectif, issu de deux colloques tenus à l'Université de Tel-Aviv en 2007 et 2008.
Avec l'apparition du numérique, les `créations' se détachent lentement de leurs supports matériels. Images, musique, mots et algorithmes sillonnent la planète jour et nuit, devant les yeux écarquillés des marchands. L'exode du savoir conduit à une terre promise à bien des bouleversements. Tandis que des armées de juristes s'interrogent sur la manière de pouvoir `vendre des idées', une rumeur s'élève laissant entendre qu'elles doivent être « libres comme l'eau, libres comme l'air, libre comme la connaissance». Du logiciel libre au MP3, du droit de citation au plagiat considéré comme un des beaux arts, Richard Stallman, Bruce Sterling, John P. Barlow, Richard Barbrook, Philippe Quéau, Florent Latrive, Olivier Blondeau, Bernard Lang, Ram Samudrala, Negativland, Benjamin Drieu, Michael Stutz, Eric S. Raymond, Critical Art Ensemble, Jean-Michel Cornu, Michel Valensi et Antoine Moreau dessinent les contours d'une communauté hétérodoxe du «Libre».
Quelle est la pertinence et quels sont les enjeux de certains aspects contemporains des pensées de l'histoire, depuis la grande rupture que constitue la théorie de l'histoire de Marx, jusqu'à nos `siècles des catastrophes', qui ont vu se succéder guerres mondiales, génocides, explosions nucléaires militaires et civiles, sans que la liste semble vouloir se clore ? Quelle place y prennent la recherche philosophique, l'eschatologie, ou le récit quand il s'agit de connaître l'histoire ? Et dans quelles mesure et limites les individus la font-elle, si tant est qu'elle soit «faisable », selon la formule de cet autre grand penseur de l'historicité, Reinhart Kosseleck ?
La personnalité du grand rabbin Zadoc Kahn, né à Strasbourg en 1839 et qui disparaît en 1905 à la veille de la promulgation de la loi sur la Séparation des Églises et de l'État, accompagne tous les grands moments du judaïsme français dans la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis ses différentes entreprises culturelles, dont la plus célèbre est la coordination d'une nouvelle traduction de la Bible qui fait encore autorité, jusqu'à ses prises de position religieuses, en faveur d'un judaïsme ouvert sur le monde, ou politiques, lors de l'affaire Dreyfus, Zadoc Kahn jette les bases d'un franco-judaïsme en dialogue avec l'État, qui s'épanouira en France au début du XXe siècle avant la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. Ce volume, issu d'un colloque tenu à l'occasion du centenaire de sa mort, s'attache à montrer les multiples facettes de l'une des grandes figures et des plus emblématiques du judaïsme français.
Ces Lettres ont été écrites au printemps 2020 avant et pendant le confinement. Elles ont été échangées d'une bicoque à l'autre distantes de quelques centaines de mètres que l'on parcourt sur un chemin de pierres. Tout autour: le maquis hostile. L'idée de cette correspondance nous est venue après plus d'une année passée à l'écart de bien des choses pour concentrer notre attention sur les souvenirs et les amitiés lointaines, qui nous ont accompagné tout le temps de ce confinement volontaire, et qui nous a semblé le frein d'urgence indispensable à l'usage que nous pensions faire de nos vies. Les événements nous ont rejoints dans cet isolement et l'ont rendu contraint, obligatoire, si bien que les lettres ont pris aussi un autre tour, sans pour autant nous détourner de notre projet de départ. Patricia Farazzi, écrivain et traductrice a publié plusieurs livres aux Editions de l'éclat qu'elle a contribué à fonder avec Michel Valensi. Son dernier livre, Bandes passantes, était également une correspondance avec son fils Raphael Valensi, musicien qui vit à Montréal. Michel Valensi est éditeur et dirige les Éditions de l'éclat depuis sa fondation en 1985. Il a publié en 1983 un roman aux éditions Salammbô (Tunis), L'empreinte.
Berlin naît au XIIIe siècle, en même temps que s'y installent les premiers Juifs. Sept siècles de présence au cours desquels la communauté juive s'inscrit dans le paysage de la ville au point de faire corps avec elle, jusqu'à l'avènement du nazisme. Pourtant, dès l'après-guerre, c'est à Berlin (Est et Ouest) que reviennent quelques Juifs allemands, et c'est à Berlin qu'émigre une grande partie des Juifs de Russie après 1989. C'est encore à Berlin que séjournent nombre de jeunes israéliens qui font le choix d'un nouvel exode. Comment expliquer cet attachement à la ville? Que dire de cette « relation d'amour et de désespoir » qui lie les Juifs à Berlin? Comment comprendre l'aura dont jouit cette ville, par-delà les générations, par-delà l'histoire, par-delà les ineffaçables souffrances? Les études de ce volume tentent d'y répondre en interrogeant l'architecture et l'urbanisme, la littérature et la musique, la pensée et l'histoire.
Entre la fin du XVIIIe et le milieu du XXe siècle, les judaïsmes de France et d'Allemagne prendront des formes nouvelles qui auraient pu augurer d'une inscription durable dans les sociétés d'accueil. «Franco-judaïsme» et «judaïsme allemand» témoignent, chacun à leur manière, d'une volonté d'émancipation et d'intégration que balayera la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. À travers l'analyse de phénomènes comme l'émigration ou l'antisémitisme, du rôle de la presse juive ou de rituels tels que le mariage, ce volume, élaboré par de jeunes chercheurs doctorants français, allemands, anglais et américains, propose une histoire comparée de ces communautés pour définir les grandes lignes de ce qui aurait pu se constituer comme un judaïsme européen.
André Neher (1914-1987) fut l'une des grandes figures du judaïsme français d'après-guerre, et son oeuvre abondante, comme son engagement, marquèrent durablement des générations de lecteurs. Depuis ses travaux sur la prophétie (Amos, chez Vrin) ou l'Ecclésiaste (Notes sur Qohélét, chez Minuit) en 1950, ou encore sur le silence de Dieu après Auschwitz (L'Exil de la parole, au Seuil), dans les années 70, Neher a renouvelé le questionnement juif de la modernité et a contribué pour une grande part à une renaissance des études juives en France. Ce volume collectif, qui contient un inédit de Neher, devrait permettre de remettre à l'honneur un grand penseur du judaïsme, doublé d'un véritable écrivain. Il rassemble un choix de communications prononcées lors de différents colloques sur l'oeuvre de Neher, ainsi qu'un inédit du philosophe italien, Massimo Cacciari.
Qu'est-ce qu'une civilisation et se définit-elle dans les limites d'un territoire ? En quoi la notion est problématique et ne doit-on pas plutôt parler de `la' civilisation, en opposition à toute entité qui ne placerait pas en son coeur la pérennité des valeurs d'humanité ? S'applique-t-elle, en outre, à cet étrange phénomène qu`est le judaïsme, identifié tout à tour comme «peuple», «religion», «confession», «nation», ou «culture»? Peuple sans terre pendant plus de vingt siècles, religion dont le Dieu est en exil, confession qui n'a pas le culte du prosélytisme, nation étrangère au coeur des nations, culture plurielle au miroir des cultures qui l'accueillent, le « judaïsme comme civilisation » ne s'affirme-t-il pas dans l'exil et comme « civilisation de la diaspora » avant que dans sa lettre même? À cet entrelacs de questions complexes répondent, par autant d'autres questions, les auteurs de cet ouvrage collectif, fruit de trois colloques du Collège des études juives de l'Alliance israélite universelle, à l'occasion du 150e anniversaire de cette institution.
Le 25 décembre 2000, à l'âge de 92 ans, le philosophe américain Willard van Orman Quine s'éteignit en laissant une des oeuvres philosophiques les plus stimulantes du XXe siècle, si l'on en juge par le nombre de questions et de controverses qu'elle a suscitées. Traduite dans le monde entier, aussi implacable que drôle, et jamais jargonnante, elle est une des pièces maîtresses du courant analytique en philosophie, à tel point que le Philosophical Lexicon a tiré de son nom le verbe «Quiner» pour désigner la capacité à «nier résolument l'existence ou l'importance de quelque chose de réel et de signifiant». C'est cette capacité à discuter le réel et à le soumettre de la façon la plus radicale aux exigences de la logique, qui donne à la philosophie de Quine toute sa résonance.L'ambition mesurée qui a présidé à la confection de ce volume était d'offrir une présentation suffisamment technique, mais aussi assez générale pour favoriser une meilleure réception de Quine en France, plus ouverte à la discussion, avec l'espoir de permettre une relecture et d'animer le débat sur l'opportunité du travail analytique en philosophie.
Que devient, à l'âge de la mondialisation, le concept d'universel confronté à la politique des identités? A-t-il encore quelque validité? Comment se concilie-t-il avec la domination croissante du particulier? Peut-il influer durablement sur une nouvelle conception de la République?Ce volume reprend les contributions de la Conférence inaugurale du Collège des Études juives à l'occasion du 150e anniversaire de l'Alliance Israélite Universelle.Ady Steg : L'Universel et l'Alliance israélite.Marcel Gauchet : Les enjeux de la reconnaissance.Dominique Schnapper : Peut-on encore être universaliste?Shmuel Trigano : L'Universel entre république et nation.Alain Renaut : Un humanisme de la diversité est-il possible?Blandine Kriegel : Peut-on concilier l'universel et le particulier ?Chantal Delsol : L'Universel et la marque de l'enracinement.Raphaël Draï : Le proche et le lointain.
Quelle place peut occuper le rire dans une oeuvre de création sur la Shoah? La transmission de sa mémoire par l'humour est-elle envisageable? Toute écriture sur le sujet ne peut éluder la mise en garde d'Adorno selon laquelle «écrire un poème après Auschwitz est barbare». Mais un demi-siècle plus tard, l'art reprend ses droits pour (re)dire, avec ses propres mots, que «cela ne doit plus jamais arriver». Et le rire resurgit alors comme «écho de la délivrance du joug du pouvoir». Il résonne dans les oeuvres de Kertész, Gary, Hilsenrath, Tabori, Becker, Schindel ou Rabinovici, renouant avec une tradition littéraire qui en faisait une arme contre l'ignominie; il s'affiche, plus problématique encore, quand le cinéma ou la BD s'en mêlent. Un «rire réconcilié », mais traversé par la catastrophe, qu'interrogent les chercheurs, écrivains, cinéastes et dessinateurs rassemblés ici.
La cabale se veut «réception» - c'est le sens littéral du mot - et transmission d'un sens mystique du texte biblique. Elle émerge en Provence au Moyen Âge et se réclame d'une tradition orale millénaire. Concentrée sur le Livre et sa "lettre", elle prend le judaïsme à bras le corps et pénètre les cercles les plus divers de la pensée méditerranéenne, irradiant vers d'autres traditions qui reprendront et modifieront à leur tour ses formes et ses méthodes. Retracer alors le parcours des «réceptions de la cabale», depuis Pic de la Mirandole ou Johann Reuchlin, initiateurs de la cabale chrétienne, jusqu'à Rabbi Yehuda Halevi Ashlag et les cercles cabalistes de Jérusalem, en passant par les Lumières juives ou les cercles judéo-soufis de Lausanne, revient à redessiner la carte de la diffusion des idées européennes à l'aune d'une tradition paradoxale dont la divulgation, pourtant, n'épuise jamais le secret, comme a pu l'écrire Gershom Scholem, l'un de ses plus éminents spécialistes.
Au cours des deux derniers siècles, la France a eu vocation à être une terre d'accueil pour les différentes vagues d'immigration des populations contraintes à l'exil économique ou politique. Les vagues successives de l'immigration juive entre le XVIIIe et le XXe siècle ont permis que se constitue ce qui est aujourd'hui la plus importante communauté d'Europe. Ce volume retrace l'histoire de cette immigration, dont on a tendance quelquefois à oublier les conditions difficiles, mais également du rôle que purent jouer les institutions juives quant à l'accueil et l'intégration de ces populations, à une époque de laïcisation de la société. Il regroupe les contributions d'un colloque organisé à Paris fin 2009, à l'occasion du bicentenaire de la Casip-Cojasor, fondation caritative juive créée en 1809.