Myriam Bienenstock
Myriam Bienenstock
Si l'oeuvre de Franz Rosenzweig (1886-1929) est mieux connue en France depuis les travaux pionniers d'Emmanuel Levinas, puis de Stéphane Mosès, et la traduction de son grand oeuvre, L'Étoile de la Rédemption, par Alexandre Derczanski et Jean-Louis Schlegel en 1982, des pans entiers de sa pensée restent encore à découvrir. La publication d'une partie des Actes d'un colloque international, tenu à Paris en 2009, permet d'insister plus particulièrement sur les figures du « Nous » et des « Autres », à la fois dans leurs implications politiques - annonçant une "philosophie de l'altérité" -, mais aussi intimes, tout particulièrement à travers les extraordinaires correspondances philosophiques et amoureuses qu'il a entretenues avec Margrit "Gritli" Huessy et Eugen Rosenstock, et dont témoigne le dialogue inédit entre le corps et l'âme, dédié à Gritli, qui clôt ce volume.
La question des «Lois mémorielles» renvoie à celle, plus englobante, de la mémoire elle-même et de notre responsabilité à l'égard de l'Histoire. Elle remet au premier plan l'injonction biblique: Zakhor ! «souviens-toi». Qu'en est-il du "devoir" de mémoire ? Comment et pourquoi rapporter à une question morale une problématique qui fonde notre capacité à comprendre et à faire notre Histoire ? N'est-ce pas aller trop loin que de déclarer que «notre siècle a inventé le devoir de mémoire» quand il semble à chaque instant amnésique de ce qui l'a constitué ?