Inculte
Un féminicide à une époque - les années 1960 - et en un lieu - la campagne - où la solidarité masculine trouvait des circonstances atténuantes aux assassins. Face à ce "fait divers", une approche kaléidoscopique inédite par sa forme qui, à force de coups de sonde dans la matière brute d'une époque, non seulement met au jour un geste ignoble mais révèle l'impensé de l'immense complicité sociale. Un livre étonnant, servi par une écriture aussi rigoureuse qu'incandescente, qui vient nous rappeler à point nommé l'une des forces les plus indispensables de la littérature : sa capacité à nous éblouir sans nous aveugler.
5 octobre 1943. Dans le wagon qui l'emmène vers les camps de la mort avec les orphelins dont elle a la charge, Ottla Kafka, la soeur de Franz Kafka, remonte le fil de sa vie. Au cours de ce huis-clos dans un train de marchandises, elle se rappelle le monde d'avant, sa famille et son mariage malheureux ; surtout, elle évoque son frère chéri, son complice et mentor avec lequel elle entretenait des relations qui avaient le relief d'une tendresse double.
Un parc animalier est un village comme un autre - ou presque. Ses habitants ont leurs habitudes, leurs rêves, leurs attentes, leurs regrets. Leur liberté, bien sûr, est limitée, et quelques humains sont là pour veiller à la bonne marche de cette communauté. Mais voilà qu'un jour Jad-bal-ja, un lion de l'Atlas, n'en revient pas : un humain vient de descendre dans sa fosse ! Aussitôt l'alerte est donnée. Tandis que le personnel cherche désespérément une solution à cette situation explosive, d'autres incidents surviennent : une activiste a ouvert la cage des serpents ; le chef des babouins lutte pour conserver son ascendant ; un couple de marabouts rêve d'envol ; un puma a repéré une musaraigne dans son enclos ; un oiseau tropical dévisse lentement les boulons de sa volière... « Vies sauvages », grâce à la plume légère et soigneusement documentée de l'auteur, nous invite dans l'intimité d'un règne animal sous haute surveillance. Daniel Fohr brosse ici des portraits saisissants de ces créatures qu'on dit dépourvues de conscience, en faisant des personnages à part entière dont le passé et le destin ébranlent le lecteur dans sa fragile humanité. Mais Vies sauvages est aussi, et surtout, un roman drôle et touchant, vibrant tout entier d'un suspense poignant : qui, de l'homme ou de l'animal, aura le dernier mot ?
Une enquête personnelle sur Léonie d'Aunet, femme d'exception, tant par ses voyages que par ses démêlées avec la société des hommes, maîtresse de Victor Hugo et exploratrice des confins, menée par Sophie Poirier qui réussit à faire d'elle un portrait émouvant et sensible, grâce à une approche intimiste qui fait de cette femme lointaine une nécessaire contemporaine.
"Le roman de Jérémie Lefebvre, Léa V., nous plonge dans la psyché d'un simple citoyen perturbé au plus haut point par une affiche publicitaire mettant en scène une actrice célèbre posant pour une marque de luxe. C'est moins l'industrie du luxe - et son recours aux stars - qui est ici abordé que notre rapport à ces images qui semblent venues d'un autre monde et nous renvoient à une fausse insignifiance. Un roman irrévérencieux, drôle et singulier, qui pousse la soif de paraître dans ses ultimes retranchements."
"Je viens d'une lignée qui a produit des cavalcades d'aurochs sur les murs de grottes providentielles" : ainsi s'exprime, au début de ce roman hilarant, le narrateur. Mais cette fois, ce ne sont pas des vaches préhistoriques qu'il va devoir croquer, mais une tribu d'insulaires fiers de leur isolement et de leur passé, magistralement campés dans leur douce folie. Dialogues désopilants, situations burlesques et descriptions magistrales contribuent à faire de ce roman un véritable plaisir de lecture.
La force du roman de Donatien Leroy tient à ce pari fou : raconter les sept jours d'une semaine terriblement banale pour en souligner, au moyen d'une répétition aussi implacable qu'hypnotique, l'inquiétant mécanisme. Mais aussi pour tenter de voir si - et comment - un événement imprévu peut encore affecter une routine proche du châtiment. Comme le dit l'auteur : Tout peut recommencer comme avant, même si rien ne sera vraiment comme avant. Expérience de lecture hors du commun, "Sisyphe" traite « à l'os » l'ordinaire d'une vie en jouant sur d'infimes variations narratives pour mieux rendre sensible notre rapport mécanique au réel.
Les destins croisés et les amours contrariées de deux femmes atypiques dans les années 1920, l'une médecin, l'autre chanteuse de cabaret, dont les existences mouvementées et parsemées d'étranges décès emmènent le lecteur de Paris à Alger, de Toulouse à Dakar. Au programme : prestidigitation, morphinomanie, sorcellerie africaine et dancing !
Tous les soirs, Francis prend son sac de couchage pour aller dormir devant le commissariat de Saint-Denis : il milite pour pouvoir coucher en prison. Virginie Barreteau décide de rencontrer cet homme et découvre alors qu'il fréquentait assidûment le dépôt de mendicité de Nanterre, dont il est devenu un fin connaisseur. Elle va visiter alors ce lieu étrange en sa compagnie.
Je suis un homme qui a fini. Ainsi commence l'étonnant roman de Serge Airoldi, qui met en scène un personnage ayant bel et bien existé, portant en outre son nom, voué à l'échec permanent mais doté d'une volonté et d'une pugnacité hors pair. Il faut dire que la spécialité de Carlo Airoldi, c'est d'accomplir des marathons... pour aller participer à un marathon! Par le prisme de ce coureur invétéré, l'auteur revisite le monde de l'effort et dresse en arrière-plan le portrait d'une Europe au bord du gouffre. Un récit picaresque, souvent drôle, parfois poignant, par l'auteur de Rose Hanoï et Si maintenant j'oublie mon île, qui montre une fois de plus qu'on peut habiter d'autres vies, même brisées, et leur offrir un... second souffle.
Un ancien enseignant parisien expatrié dans le désert californien attend l'arrivée sans cesse différée de sa compagne dans un bâtiment encore vide que ces deux citadins, formés aux arts de l'image, veulent transformer en école de photographie - ce lieu leur servira aussi d'habitation. Mais un imprévu dans le projet du couple oblige le narrateur à dissimuler sa présence aux yeux des autorités. Bientôt, la situation se délite, et c'est toute son existence sur internet qu'il doit faire disparaitre. Après avoir commencé à abattre des cloisons et senti des odeurs étranges dans les lieux où il se cache, il finit par s'aventurer au-dehors, alors même qu'une vague de chaleur et l'apparition d'un nouveau virus rendent les déplacements complexes.
Une catastrophe, un séisme, un tsunami, une explosion ne déchirent pas seulement l'air, la terre et la mer et toutes les dimensions de l'atmosphère : ils ouvrent surtout en nous une fêlure immense.
Que mon père ne soit pas mon père ne fut non seulement un secret pour personne, mais une aubaine pour qui, plusieurs cantons à la ronde, était en panne de médisances, de racontars, de supputations venimeuses.