FeniXX réédition numérique (Pierre Horay)
« Il était une fois... », les souvenirs de Raymond Kopa devraient commencer sur ces mots qui ouvrent les contes de fées. Son ascension et sa réussite tiennent, en effet, du merveilleux, de l'irréel. Seuls des dons exceptionnels, qui font de lui le meilleur footballeur français de sa génération, et l'un des plus grands de tous les temps - à coup sûr le plus brillant, lui ont permis de bouleverser le cours de la vie qui lui était réservée. Il a changé son destin, comme sur un coup de baguette magique... Mais ses dribbles étourdissants, ses feintes étonnantes qui mystifient l'adversaire, l'aisance, la désinvolture avec lesquelles il dompte la balle, l'asservit à sa volonté, et l'ascendant qu'il exerce sur les foules, ne tiennent-ils pas également du sortilège ? Les supporters du Real Madrid et les journalistes espagnols ne l'ont-ils pas surnommé « Kopa, le diabolique » ? La fortune de Raymond Kopa, c'est un miracle du sport, certes. Cette réussite, cependant, n'est que le reflet d'une lutte brève, mais impitoyable. Dix ans de corps à corps avec l'existence... Pour s'évader de la mine, s'imposer à Reims et dans l'équipe de France, pour conquérir la foule espagnole et égaler Di Stefano - pour gagner le match de sa vie - il a dû se surpasser. Comment Raymond Kopaszewski, fils d'émigrés polonais, est-il devenu la vedette que les sportifs français, unanimes, ont baptisé Kopa tout court ? C'est ce qu'il nous révèle en personne dans « Mes matches et ma vie », où il nous prend pour témoins de toutes les étapes de son extraordinaire carrière. Ce « maître à jouer », que des milliers de jeunes footballeurs rêvent d'égaler en secret, dévoile également les secrets de sa technique parfaite. Les « tuyaux » d'entraînement et les conseils de Kopa seront indispensables à tous ceux qui se passionnent pour le ballon rond.
Les milieux de cinéma constituent un monde extrêmement pittoresque, où abondent les anecdotes, les histoires drôles, les bons (ou mauvais) mots de toutes sortes. Auteurs, acteurs, producteurs - et même starlettes et figurants - ont souvent de l'esprit, le sens de l'humour et la dent plutôt dure. Ils jouent perpétuellement à une sorte de tennis, brillant et parfois génial, où chacun cherche à marquer le point par quelque facétie. Bob Bergut, qui a longtemps collaboré à divers journaux et revues de cinéma, a noté et classé depuis plusieurs années les histoires et les "mots" qu'il a lus dans les magazines français ou étrangers, ou réellement entendus. Son mérite a été d'en tirer ensuite le meilleur et de le réunir dans cet "ana" en forme de dictionnaire comique. Ouvrage qui constitue le seul et le plus brillant recueil de ce qu'on peut bien appeler, parodiant une célèbre courriériste, les "potins de la caméra".
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Deux grands reporters, René Dupuy et Maurice Jarnoux, ont voulu découvrir ce qu'est le Sahara dont on parle tant aujourd'hui, cet immense territoire qu'il n'y a pas longtemps encore, on croyait mort à jamais et qui, depuis quelques années, se met à vivre d'une étrange vie, d'une vie qui annonce la fortune. Ce qu'ils ont voulu, c'est donner, pour la première fois, une image vivante et colorée de ces grandes étendues de sable et de rocailles, qu'un proche avenir va transformer. Comment mieux découvrir cette vie si peu connue, qu'en s'attachant aux pas du « grand marabout blanc », Monseigneur Mercier ? À ses ailes plutôt, car le grand pasteur du Sahara est un évêque volant, dont le diocèse est quatre fois grand comme la France. Ce livre étonnant est, sans doute, le meilleur témoignage vécu sur les régions désolées - mais pleines de promesses - du Sahara, futur eldorado, que d'intrépides Français vont construire en exploitant ses trois grandes sources d'énergie : le charbon, le vent, le pétrole. Un sol vierge, des peuplades pauvres, qu'une France humaine et entreprenante s'apprête à faire enfin vivre.
Mais la vie « publique » d'un artiste est intimement liée à sa vie personnelle. Avec discrétion, très simplement. Touchagues nous confie ce qu'il peut en dire, ce qui peut mieux nous faire comprendre son art : comment il choisit ses modèles. Pourquoi il est devenu le peintre de la Parisienne, ce qu'il recherche dans la beauté féminine ? À toutes ces questions, Touchagues répond avec franchise, sans faux-fuyant, mais aussi sans complaisance, ni vanité. Souvenirs et confidences d'un artiste, qui est un des animateurs de la vie parisienne et de ses fêtes (à Paris et là où se transporte Paris... Deauville, Biarritz. Cannes, etc.). « En dessinant l'époque », se propose de nous apporter le témoignage de notre époque, dans ce qu'elle a d'élégant et de spirituel, un tendre hommage à Paris et à ses Parisiennes, un album de chatoyantes images. L'éminent critique d'art, Robert Rey, a écrit : « Un dessin de Touchagues est - pour les yeux et pour l'esprit - nourriture de choix et consolation ». En ajoutant à ses dessins un texte qui les situe et les éclaire, Touchagues complète son oeuvre.
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Glenway Crane, beau, jeune et pauvre pianiste de Brooklyn, a été autrefois victime d'une confusion de paternité. Depuis, une fantaisie de plus en plus dramatique marque jusqu'au moindre geste de sa vie passionnante, mais non passionnée. Une jeune fille américaine, Linda Patmore, milliardaire extravagante et jolie, s'éprend de lui alors qu'il dort profondément (il est en état d'hibernation dans une clinique du Michigan). Ce livre est leur aventure : un récit fantastique et déchirant, où deux êtres se livrent le combat singulier de l'amour au coeur d'un ténébreux paysage mental. Mais les souvenirs d'enfance qui l'obsèdent permettront-ils à Glenway Crane, morcelé par son double destin, d'assumer la responsabilité de cet amour ? Yves Salgues conduit, avec un art remarquable, le lecteur au bout de cette difficile expérience humaine. Son roman est, avant tout, un livre neuf, par son accent moderne, par son style brillant et sa technique, qui rappelle celle des grands romanciers américains. New-York est d'ailleurs le décor de cette tragédie de la jeunesse avide et désemparée, en proie à tous les maux du siècle.
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Un homme de quarante ans, malade, est admis à l'hôpital. Pour échapper à la maladie et tenter tout de même d'exister, il écrit. Entre les scènes d'hôpital, dépeintes avec minutie, le narrateur insère les faits importants de sa vie qui s'imposent à son esprit. Mais ceci à la manière d'un condamné à mort, lequel - dans une seule minute - revit son existence entière. À l'originalité de l'oeuvre, s'ajoute le fait que c'est un médecin cette fois, qui a écrit le roman d'un malade. Roman sans complaisance. Fiasco est avant tout un document humain, un cri jailli avec une telle force, qu'il atteint les zones les plus obscures de la conscience.
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Comme tous les films de Cayatte, Le dossier noir soulèvera des polémiques passionnées, d'autant qu'il vient à son heure après les grands procès récents. C'est une des plus courageuses entreprises d'aujourd'hui. Une histoire bouleversante, où se mêlent, au delà du procès des moeurs judiciaires, l'étonnant portrait d'une petite ville, et la belle histoire d'un amour malheureux. Un roman visuel et passionnant, où l'écriture remarquable d'Olivier Séchan ajoute encore aux saisissantes images de Cayatte.
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Par la faute d'un bal de campagne, Roland Maynard, journaliste en vacances dans sa Dordogne natale, tombe éperdument amoureux d'une lycéenne dont il ne sait rien (si ce n'est la beauté), mais qui n'ignore rien de lui. Elle l'attendait : c'est un piège du destin. La vérité surgit à deux heures du matin, violente et irrémédiable : la jeune fille est Soledad Messonnier. Une haine cruelle et sans repos oppose le père de Soledad à celui de Roland : une histoire d'amour - vieille de trente ans - et une tenace rivalité politique en sont les mobiles. L'étincelante Soledad, avec le radieux enthousiasme de ses dix-huit ans, veut, au nom de l'amour, réconcilier les deux familles rivales et épouser Roland Maynard. Tandis que Laurent Messonnier, gros exploitant forestier, quitte pour quelque temps la Dordogne, Soledad et Roland iront cacher leur bonheur dans l'envoûtant et fabuleux Périgord Noir dont il sont issus, et dont tout proverbe est une sentence. Or, cet été-là, le soleil aura des taches...
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On s'en est choqué, on en a souri. On les a mises en chansons... aujourd'hui, enfin, on écrit leur histoire. Comment sont nées les A.F.A.T. (Auxiliaires féminines de l'armée de Terre), le rôle qu'elles ont joué, dans la misère et l'héroïsme au milieu des soldats de la France Libre, Éliane Brault, qui fut des leurs, le dit ici, pour la première fois. Les « A.F.A.T. » - à peine un nom - désignent une réalité complexe, multiple, étonnament vivante. Car ces « auxiliaires féminines » n'ont pas été créées d'en haut, par une décision soudaine de bureaux anonymes. Au départ, ce sont tout simplement quelques femmes : des femmes que rassemble, au sein de la défaite, une même révolte, un même refus d'abdiquer, le même désir de continuer la lutte auprès de ceux qui se regroupent à l'appel du général de Gaulle. Éliane Brault est de celles-ci. Emprisonnée en France par les Allemands. Évadée, elle gagne l'Afrique du Nord, puis Londres via Gibraltar. Là, elle organise un corps d'assistantes et d'infirmière et, pour rejoindre au Proche-Orient, avec quelques-unes de ses « filles », la lère D.F.L., s'embarque dans un « convoi lent », sur un vieux rafiot à destination de l'A.E.F. En bateau à roues, puis en Ford, elle traverse l'Afrique centrale, gagne le Caire, Beyrouth, confie alors ses « volontaires » à la générale Catroux et, ne pouvant créer l'unité dont elle rêve, part pour l'U.R.S.S. retrouver les aviateurs de « Normandie-Niemen ». Enfin, c'est la Libération de l'Afrique du Nord, la campagne d'Italie, le débarquement en France, la marche victorieuse en Allemagne. Créatrice de l'unité « Liaison-secours » dans les formations féminines, désormais intégrées à l'armée, Éliane Brault reste au premier rang avec ses « filles », au milieu des combats, pour secourir les blessés et porter assistance aux populations civiles. Sobre et vivant, sans fausses pudeurs ni lyrisme inutile, le livre d'Éliane Brault est aussi un document historique de premier ordre : on n'oubliera pas, notamment, ses portraits des grands chefs militaires, le général de Gaulle, le général de Lattre ou la générale Catroux... On n'oubliera pas non plus les nombreuses figures de ces héroïnes obscures, que l'auteur évoque avec force et émotion, et qui méritaient d'être mises à l'honneur. Récit de ses aventures vécues à travers le monde en guerre, témoignage sur ce qu'elle a vu et fait, pour que les femmes françaises soient présentes dans la lutte pour la victoire. Éliane Brault retrace également dans son ouvrage, pour la première fois, l'histoire générale des A.F.A.T. Étude d'ensemble qui, jusqu'à présent, n'avait pas été entreprise. Document tout ensemble personnel et objectif, L'épopée des A.F.A.T. est donc à la fois un livre de souvenirs et d'action, en même temps qu'un livre d'histoire contemporaine.
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« ...Je me suis tapé dix-huit mois et deux jours à entendre des gueulements partout, à faire bouffer trois cents grandes gueules, à élever un chien, des cochons, à nourrir des milliers de chats, à fomenter de noires intrigues, à vous bouziller vot' camion, à faire plaisir au général. Vous-pou-vez-pas-m'lais-ser-tran-quille ? » Voilà le résumé du service militaire de Criquet, son cri du coeur ! À l'arrivée à la caserne, il est terrorisé par l'adjudant-chef Torlaguiche et par le commandant Cromagnon. Ce qui ne l'empêche pas de devenir sergent et de conquérir l'amitié paternelle du capitaine Barberousse. Mais tous les incidents de cette brève carrière sont jalonnés par un éclat de rire « hénaurme ». À l'heure où la littérature nous gorge de plats souvent pénibles à digérer, Flavac nous offre du Champagne. Vraiment, on ne peut pas le refuser !
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On ne pouvait vraiment pas en vouloir à Suzanne. Pour elle, la vie n'avait jamais été qu'une longue surprise-party follement amusante. Pour Gabrielle, aux poignets de manteau élimés et à la poche gauche recousue à la hâte, la vie n'avait pas été si simple depuis leur années d'école. Pourtant, si Suzanne semblait débordée entre son mari Armand et ses deux enfants, Gabrielle avait une vie beaucoup plus clandestine à côté de sa vie officielle...
Capitaine Nemo des temps modernes, Dimitri Rebikoff, à 32 ans, vient d'ouvrir un nouveau et fabuleux chapitre du domaine de l'aventure sous-marine. Avec Pegase, le merveilleux avion sous-marin qu'il vient d'inventer, voici que sont à notre portée les incalculables richesses des navires enfouis et conservés au fond des mers depuis des siècles. Comment les découvrir ? Comment les atteindre ? Comment les exploiter ? D. Rebikoff nous livre ses secrets dans ce livre qui stupéfie l'imagination. Ingénieur du rêve, D. Rebikoff a non seulement inventé les fameuses caméras-torpilles qu'utilise déjà la Marine américaine, mais il a aussi créé avec ses moissonneuses-lieuses sous-marines une nouvelle race d'hommes : les paysans de la mer. Au problème angoissant qui se pose devant l'épuisement des ressources du sol et l'accroissement illimité des populations, phénomène qui voue notre planète à la famine dans un proche avenir, D. Rebikoff répond en inventoriant la mer féconde et en nous proposant de nouvelles et inépuisables nourritures. Dans En Avion sous la Mer, D. Rebikoff nous raconte, entre autres choses, comment il a filmé la découverte par ses camarades des champs d'amphores phéniciennes scellées et remplies de vin ou encore le combat dramatique et effarant entre une pieuvre et une anémone géante de mer. (Les spectateurs de ses films, projetés salle Pleyel, ne sont pas près d'oublier cette scène hallucinante.) Grâce à Pégase, nous confie encore D. Rebikoff, n'importe quel plongeur s'assure la maîtrise des mers ; pour la première fois il peut battre à la course les requins et les poissons les plus rapides ! Ce livre est à la fois un document, un témoignage et un guide. Outre qu'il recule les frontières de l'irréel, c'est le plus vivant et le plus précieux des ouvrages sous-marins que doivent absolument consulter tous ceux, néophytes ou familiers des profondeurs, qui se passionnent pour l'exploration enfin possible de l'incroyablement riche et féérique empire des eaux.
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Âpre, violent, passionnel, ce roman qui marque d'une pierre blanche la rentrée littéraire de Clarisse Francillon traite de l'amour qu'éprouvent deux femmes l'une pour l'autre. Nous conviendrons qu'un tel sujet s'avère périlleux, qu'il risque de nous entraîner de la simple et suspecte étude de moeurs à la littérature la plus outrancière. L'auteur, avec maîtrise, évite ces écueils. Et nous sommes bouleversés, tant dans notre chair que dans notre esprit, par le drame de ces deux femmes vouées à la double solitude d'un amour absolu. Drame qui se joue dans le décor d'une Espagne brûlante, et se déroule devant nos yeux, avec la rigueur d'une tragédie antique.
Alberte, que tout le monde prend pour une femme énergique, indépendante, destinée à être chef d'entreprise - et qui, dans une certaine mesure, est tout cela - s'éprend d'un homme qui la regarde à peine, sait tout juste qu'elle existe. Ainsi cette fille de notre époque sera habitée par un sentiment tel qu'en éprouvaient, ou du moins nous le leur attribuons, les dames du temps jadis. En apparence, l'histoire que nous conte Clarisse Francillon est donc simple, mais Alberte n'est pas seule, ou plutôt les autres l'environnent, ne cessent jamais de rappeler leur présence. Ce sont les drames de famille, les difficultés d'argent et de logement, les mariages, les liaisons qui se font et se défont. Ce sont les luttes politiques. Ce sont les guerres. L'art de Clarisse Francillon est de plonger le lecteur, immédiatement, dans l'épaisseur de la vie dans son désordre, dans son mouvement lent ou rapide. Le lecteur est avec les personnages dans la maison, dans la rue, sans préambule, jeté au milieu d'eux, avec eux. Le rare mérite de l'auteur, en effet, est de faire vivre et parler ses personnages comme si personne ne les regardait et ne les écoutait, comme s'il n'existait pas de lecteur. Clarisse Francillon n'a pas recours pour cela, au monologue intérieur « classique » ; c'est le roman lui-même qui monologue. Mais la vie ne s'arrête pas : l'amour d'Alberte durera des années, une sorte d'épreuve dont elle ne voit pas la fin, une quête du Graal sans gloire. Mais aujourd'hui existe-t-il encore un Graal ? L'histoire d'Alberte paraît éternelle ; telle qu'elle nous est narrée, elle n'appartient qu'à notre époque.
Dans ce livre qu'il a longtemps hésité à publier, l'auteur, Michel Rabaumont, met en scène sous les traits d'une jeune secrétaire une histoire vraie : un drame humain né de la guerre, les déboires, les peines et les indignations d'une jeune femme faite pour une vie simple et qui se trouve soudain précipitée dans le monde complexe et souvent corrompu des années d'occupation. Ce livre est un document, il se lit comme un roman. Les hommes n'y sont pas beaux ; la petite secrétaire les regarde sans méchanceté, certes, mais ce regard qui les met à nu est impitoyable. L'auteur s'effraie un peu de la polémique que risque de soulever ce livre ; il ne l'aura pas voulu. « Les événements récents ne sont là, explique-t-il que comme un simple cadre. J'ai surtout voulu que mon récit s'inscrive dans l'histoire des consciences. » Si ce livre, parce qu'il est vrai et courageux, doit trouver place parmi les témoignages de la dernière guerre, ce n'est pas parmi les plus retentissants mais parmi les plus émouvants, parmi ceux qui concernent notre responsabilité d'homme, de vainqueurs devant les vaincus.
Bien que Mme Delézenne, concierge d'un immeuble lézardé passage Prévost, s'active avec une éloquence et un entrain qui nous enchantent à semer la zizanie parmi les locataires dont elle surveille la colonie bigarrée, c'est le passage Prévost lui-même, ruelle démantibulée et populeuse du XIIIe arrondissement, que choisit Clarisse Francillon pour véritable héros de son nouveau roman. On aimera retrouver parmi ces pages si colorées et si prestes la science du détail juste, la fluidité de dialogues, propres à une romancière dont l'humour aiguise le sens qu'elle a de la fraternité des êtres.
On pourrait dire : ils sont beaux, ils sont intelligents et ils se sont aimés dès le premier regard : voilà qui commencerait comme le plus idyllique des romans romanesques. Mais, entre Myriam et Simon, il y a un vieil homme recru d'épreuves et devenu amnésique au sortir d'un camp de concentration : Simon, qui est psychiatre, l'a soigné et guéri ; Myriam, qui se découvre la fille de Jacob, repousse de toutes ses forces l'idée de lui donner une place dans sa vie. L'un a trouvé dans son patient l'image du père qui lui manquait, et l'autre, qui veut bâtir son bonheur en effaçant toutes les traces du passé, refuse un père dont elle n'a plus besoin : entre ces deux-là, l'amour aura du mal à triompher, puisqu'ils sont d'entrée de jeu sommés d'accepter chacun son identité et d'assumer les ambiguïtés de la mémoire. Avec une apparente désinvolture, qui n'exclut à aucun moment une extrême précision dans l'analyse, Nadine passe de l'humour au pathétique, de la rêverie à la gravité du réel, de la cruauté à la tendresse. Et, le livre refermé, on rêvera longtemps encore à cette histoire étrange qui, de monologues intérieurs en dialogues acérés, de trouvailles impertinentes en images d'une profonde simplicité, nous met en face des malentendus, des incertitudes et des dangers de la sincérité.
Quelques destins hors série : Rachel, l'illustre tragédienne, fille d'un colporteur juif ; Jules Hardouin-Mansard, architecte du roi, un des maîtres-ouvriers du Grand Siècle ; Son Impertinence M. de Talleyrand, flanqué de sa belle épouse « qui était d'Inde » ; enfin, personnage trop souvent méconnu, un des plus curieux de l'époque napoléonienne, Pozzo di Borgo, gentilhomme corse devenu ambassadeur du Tzar, l'ennemi acharné et patient de Napoléon. La promenade s'achève à l'hôtel de Bourbon-Condé, charmante création de l'ancien régime finissant, qui forme un cadre exquis au mélancolique et discret roman d'amour de Louise de Bourbon-Condé. Cette touchante figure de femme, « traitée dans les couleurs adoucies du pastel » clôt cette galerie de portraits d'une étonnante diversité, où l'auteur, avec beaucoup de sensibilité et de chaleur, a su faire revivre pour nous une foule d'acteurs - premiers rôles fameux ou figurants cocasses - de la Comédie Parisienne.