La grande collection
Tant par sa forme que par les thèmes abordés, Jambe d'os est un livre hors normes : roman picaresque post-moderne, il dépeint une époque où le rationalisme s'impose peu à peu, où les idées d'identité et de justice sociale prennent leur essor. Fresque mosaïque et réflexion sur la condition féminine, la parentalité, la différence, Jambe d'os est un magnifique portrait de femme. Alors que les lumières et la rationalité commencent progressivement à toucher la Croatie, la révolte couve chez les différents peuples, et l'empire austro-hongrois cherche à reprendre la main sur ses confins. La sorcière Gila se retrouve alors prise dans un jeu de pouvoir qui la dépasse : l'archiduc, soucieux de maintenir son emprise sur la cour et sur le roi faible d'esprit, veut faire avorter l'impératrice contre son gré. Il fait appel à la sorcière, elle aussi enceinte sans que personne ne le sache. Révoltée, celle-ci s'enfuit avec la malheureuse afin de sauver le bébé impérial. Mais l'impératrice, traumatisée, fait une fausse couche. Gila reprend alors sa cavale, et l'enfant qu'elle met au monde, nul n'ayant assisté à sa grossesse, sera par tous considéré comme l'héritier au trône des Habsbourg. S'ensuivent de longues années d'errance pour échapper aux poursuites de la garde impériale, à la recherche de l'héritier susceptible de détrôner François-Joseph. Après moult péripéties, elle finit par être rattrapée et jugée pour sorcellerie. Elle échappe à la mort, mais son fils lui est arraché pour être élevé comme un Habsbourg. Amère mais toujours puissante, Gila refait surface, des années plus tard, sous les traits d'Alica, sorcière slave qui offre aux bourgeois de spectaculaires séances de spiritisme dans les faubourgs de Vienne. Le fil directeur de Jambe d'os ne se dévoile que progressivement : dans une construction kaléidoscopique, l'auteur dispose petit à petit les pièces du puzzle. Cet aspect ludique se retrouve dans l'écriture : l'auteur, non sans ironie, joue avec gourmandise avec les formes et les styles littéraires. Les chapitres peuvent ainsi se présenter comme un rapport d'inquisition ou de police, une pastorale, des observations ethnologiques, une scène de pièce de théâtre, une recette de cuisine, une critique musicale, un livre dont vous êtes le héros... Tant par sa forme que par les thèmes abordés, Jambe d'os est un livre hors normes : roman picaresque post-moderne situé dans une région de forêts profondes et de rudes montagnes, de frontières mouvantes, d'invasions et de brigands, il dépeint une époque où le rationalisme s'impose peu à peu, où les ambitions nationales, les idées d'identité et de justice sociale prennent peu à peu leur essor. Fresque mosaïque et réflexion sur la condition féminine, la parentalité, la différence et l'indépendance, Jambe d'os est un magnifique portrait de femme.
Un conte éco-féministe. Premier roman. Hazel, une adolescente solitaire, est élevée par son père, Jean-Code, un gendarme strict et autoritaire. Ils vivent une existence nomade, se déplaçant au gré des affectations paternelles. Leur nouveau déménagement les conduit au village d'Ici, un endroit situé au milieu des montagnes, au fond d'une vallée. Peu de temps après leur arrivée, un double meurtre est commis dans les parages du village, et Jean-Code est sommé par son supérieur hiérarchique de mener l'enquête. Pressé de boucler l'affaire, il arrête rapidement une suspecte, qui correspond parfaitement au profil de la coupable idéale. Convaincue de l'innocence de celle-ci, déterminée à découvrir la vérité, Hazel s'engage alors dans une quête qui la pousse à affronter non seulement les mystères du crime, mais également les alentours d'Ici et ses habitants, ainsi que la relation étouffante qu'elle entretient avec son père. Dans Mont des Ourses, Émilie Devèze interroge le rapport à l'autorité. En réponse aux systèmes de coercition mentale et physique qu'elle dénonce, elle propose une émancipation par l'imaginaire et l'humour. Ce conte éco-féministe est son premier roman.
Le Loup au crépuscule raconte le drame des pensionnats, des orphelinats et des asiles dans lesquels des dizaines de milliers d'enfants des communautés autochtones ont été assimilés de force. Le Loup au crépuscule est le deuxième volet de la trilogie consacrée par Kent Nerburn à Dan, vieil Indien lakota vivant dans une réserve du Dakota. Après avoir évoqué, dans Ni loup ni chien (Les Éditions du Sonneur, 2023) la façon - douloureuse, vorace et violente - dont les États-Unis se sont construits aux dépens des Amérindiens, Kent Nerburn s'attache, dans Le Loup au crépuscule, à raconter le drame des pensionnats, des orphelinats et des asiles dans lesquels des dizaines de milliers d'enfants des communautés autochtones ont été assimilés de force et où ils étaient victimes d'horribles sévices. Car Dan, qui fut l'un d'eux, demande à Nerburn de l'aider à découvrir ce qui est arrivé à sa soeur Yellow Bird, disparue près de quatre-vingts ans auparavant. Nerburn part dès lors à la recherche de documents et d'indices pour aider le vieil homme à résoudre un mystère qui l'a hanté toute sa vie. Le Loup au crépuscule s'inscrit dans la dénonciation de cet épisode tragique de l'histoire du continent nord-américain qui s'appuyait sur un réseau de milliers d'écoles gérées par le gouvernement ou des institutions religieuses, ayant comme objectif l'assimilation culturelle et la spoliation des territoires des peuples autochtones - dénonciation lancée il y a près d'une trentaine d'années en vue d'obtenir une reconnaissance de ces crimes, des excuses ainsi qu'une réparation.
Zebio Còtal plonge le lecteur dans les vicissitudes d'une famille de paysans dans le nord de l'Italie des années 1930. À la manière des tragédies antiques, le roman explore les ressorts de la violence, celle qu'on perpétue ou qu'on subit, celle qui entraîne exil et bannissements, le tout habité par le souffle épique de la littérature américaine. Lorsque l'un des deux cents exemplaires de Zebio Còtal, imprimés initialement à compte d'auteur par son auteur Guido Cavani, tombe entre les mains de l'écrivain Giorgio Bassani, ce dernier décide de l'intégrer, en 1961, à sa prestigieuse " Biblioteca di letteratura ", accompagné d'une préface de Pier Paolo Pasolini. Ce dernier y voit un " petit chef-d'oeuvre rustique ", " extrêmement littéraire ", ayant déjà les caractéristiques d'un classique : " Je suis prêt à parier que les personnages de Zebio, de sa vieille épouse, de sa fille, de l'enfant qui meurt, ainsi que certains printemps et tempêtes de neige sur les Apennins font partie des choses les plus solides du paysage littéraire contemporain. [...] Sa langue est à la fois provinciale et prodigieusement intemporelle. " Le roman, qui raconte les vicissitudes d'une famille de paysans dans la région de Modène dans les années 1930, évoque le vérisme de Giovanni Verga, à la fois pour sa précision ethnographique du milieu rural et pour le destin tragique du clan Còtal, avec à sa tête Zebio, anti-héros détestable et abusif (celui-ci considère ses enfants comme des " ennemis " et sa colère, que l'alcool excite jusqu'à la démesure, finit par le jeter sur la route). Mais on y trouve aussi le souffle épique de la littérature américaine du début du xxe siècle, grâce à la présence permanente de la nature et du paysage, tantôt en harmonie, tantôt en conflit avec les personnages. À la manière des tragédies antiques, le roman explore les ressorts de la violence, celle qu'on perpétue ou qu'on subit - ou les deux à la fois -, celle qui entraîne exil et bannissements.
" Les pays meurent. Parfois, à l'issue d'un meurtre. Parfois, d'un accident. Parfois, parce qu'ils étaient dès le départ trop ridicules pour exister. De temps à autre, ils explosent violemment. Quelques-uns disparaissent sans qu'on s'en aperçoive. La cause de leur mort est souvent un "excès d'avidité' ou une "irruption napoléonienne'. " Traduit dans plusieurs langues, Rayés de la carte rassemble quarante-huit histoires de nations disparues, divisées en quatre parties : 1 o les États créés par des aventuriers sans foi ni loi ou par des illuminés ; 2 o les micronations fondées à la suite d'un curieux concours de circonstances ; 3 o les pays plus ou moins imaginaires, nés d'une utopie ou bâtis sur du sable ; 4 o et enfin ceux qui furent dirigés par des marionnettes ou simplement " inventés " par des puissances régionales. Dans tous les cas, Gideon Defoe s'efforce de rapporter des faits exacts de manière à montrer l'influence de l'incompétence et de la malhonnêteté dans le destin des sociétés humaines. La prédation est généralement la règle ; l'avidité, le moteur de l'action ; et c'est le plus souvent l'orgueil qui précipite la chute des conquérants. Quand les grandes puissances européennes, notamment la France et l'Angleterre, se battaient sur tous les océans, certains de leurs déloyaux sujets s'efforçaient de les singer dans les confins des empires coloniaux. En nous racontant l'histoire des nations " rayées de la carte " sous forme d'anecdotes sarcastiques, Defoe s'inscrit modestement dans les pas de La Fontaine et de Swift qui surent user de la fable animalière et du conte fantastique pour dénoncer les crimes de l'Humanité sans s'attirer les foudres des autorités politiques et religieuses de leur temps. Les aventuriers mégalomanes, portés sur le vol et le mensonge, qui voulurent être rois, ne sont-ils pas les caricatures des puissants de ce monde ? N'est-il pas raisonnable de démystifier l'histoire des nations, ces rêves d'unité " historique " ou " ethnique " ? Notre époque a besoin d'ouvrages légers et drôles, à la portée du grand public, qui nous poussent à cultiver notre esprit critique et à tourner en dérision les idéologues obsédés par le culte du drapeau et le droit du sang.
Plus de quatre-vingts ans après la disparition de Karel Capek, le monde est confronté à une pandémie présentant de curieuses ressemblances avec la maladie blanche. Une nouvelle confirmation de l'intuition géniale et de l'extraordinaire don d'anticipation de l'immense écrivain. Un nouveau virus, qui vient de Chine, frappe mortellement les gens âgés de plus de quarante ans. Le professeur Sigelius, chef d'une clinique prestigieuse, se montre incrédule, presque arrogant même, lorsqu'un médecin inconnu, le docteur Galén, lui propose de tester un médicament qu'il dit très efficace contre la " maladie blanche ". Malgré ses doutes, le professeur est obligé de se rendre à l'évidence : les résultats du nouveau traitement sont excellents. Le remède contre la pandémie existe donc, mais son inventeur refuse de l'administrer à ceux qu'il considère comme responsables de la guerre qui se prépare. Ses convictions et son obstination lui interdisent de céder aux ambitions et à la fatuité du professeur Sigelius, aux intérêts du baron Krüg, industriel et fabricant d'armes, et à la folie militaire du Maréchal, leader suprême qui exhorte son peuple à se lancer dans le conflit. Mais qui l'emportera ?
Avec la poésie qui le caractérise, Edmond Baudoin nous livre un récit intime, lumineux comme une pluie de confettis, où la nostalgie danse avec l'humour, la joie et la sagesse. "J'ai 82 ans quand j'écris ces lignes." Dans un tourbillon de souvenirs, Edmond Baudoin picore avec tendresse dans son histoire : l'enfance et ses émerveillements, les premiers émois, les amitiés tissées au fil du temps, les événements qui l'ont façonné en tant qu'homme et dessinateur. D'un trait délicat, il esquisse la douceur des liens humains, tout en posant un regard mélancolique sur un monde en mutation. Avec la poésie qui le caractérise, il nous livre un récit intime, lumineux comme une pluie de confettis, où la nostalgie danse avec l'humour, la joie et la sagesse.
Une nuit de janvier 1791, une jeune femme, Elizabeth Murray, s'évade de la colonie pénitentiaire de " Botany Bay ", implantée aux confins de l'Australie par le gouvernement de Londres. Dans le rêve de l'arbre creux est un roman d'aventures comme on n'en fait plus. Une nuit de janvier 1791, une jeune femme, Elizabeth Murray, s'évade de la colonie pénitentiaire de " Botany Bay ", implantée trois ans plus tôt aux confins de l'Australie par le gouvernement de Londres. Affrontant seule l'immensité du bush et de ce pays encore vierge de toute présence européenne, elle prend rapidement conscience qu'il ne lui sera pas possible de survivre sans le secours de ses habitants. Boire, manger, dormir en sécurité : plus rien n'est donné, tout est à conquérir. Intégrée - non sans mal - à une tribu indigène, adoptant bon gré, mal gré, son mode de vie, ses coutumes et ses rituels, c'est sa propre identité qu'elle finira par interroger, peut-être par découvrir. Tout en guettant les navires qui passent à l'horizon, et sans perdre espoir de revoir un jour son Angleterre natale. Témoignage d'amitié aux civilisations lointaines et hommage aux récits des grands explorateurs d'antan, Dans le rêve de l'arbre creux est un roman d'aventures comme on n'en fait plus. Entre les lignes, au fil de son écriture délicate, évocatrice, tout à la fois sensuelle et très documentée, Agnès Clancier montre la force de certains liens communautaires ancestraux et, ce faisant, interroge les fondements mêmes de nos sociétés contemporaines.
L'Amérique de 1934 est plongée dans la Grande Dépression. Souhaitant réunir un autre type d'informations que celles récoltées par les fonctionnaires de l'administration, le directeur de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) constitue une équipe de seize " enquêteurs ", composée pour l'essentiel d'écrivains et de journalistes. Martha Gellhorn, la plus jeune du groupe, est envoyée en Caroline du Nord, dans les villes ruinées par la fermeture des usines textiles. L'Amérique de 1934 est plongée dans la Grande Dépression. Souhaitant réunir un autre type d'informations que celles récoltées par les fonctionnaires de l'administration, Harry Hopkins, proche de Roosevelt et directeur de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) constitue une équipe de seize " enquêteurs ", composée pour l'essentiel d'écrivains et de journalistes, et confie à chacun d'entre eux une région du pays particulièrement touchée par la crise. Martha Gellhorn, la plus jeune du groupe, est envoyée en Caroline du Nord, dans les villes ruinées par la fermeture des usines textiles. Des semai nes durant, confrontée à la misère et au désespoir de la population, elle accumule des dizaines d'interviews, visite villes et bidonvilles, enregistre tout ce qu'elle voit et tout ce qu'on lui raconte. La matière de ses rapports pour la FERA nourrit quatre novellas réunies sous le titre anglais de The Trouble I've Seen, emprunté au célèbre negro-spiritual éponyme. Martha y suit le destin de cinq personnages, à l'existence brisée par la crise : Mme Maddison, admiratrice du président Roosevelt, prend part à un programme de réhabilitation rurale contre l'avis de ses enfants ; Joe et Pete, ouvriers et syndicalistes, perdent leur emploi après avoir participé à une grève visant à améliorer les conditions de travail ; Jim, jeune homme ayant fini par trouver un poste, en vient à voler son employeur afin que la femme qu'il aime et lui puissent être convenablement vêtus lors de leur mariage ; Ruby, une petite fille de onze ans, rejoint un groupe de jeunes prostituées dans le seul but de s'acheter des bonbons et des patins à roulettes. Le livre appartient au rayon de la fiction, mais son contenu, tout ce qui en fait la chair, relève du reportage. Il parut en 1936 aux États-Unis et en Angleterre, et fut salué par une critique élogieuse. " Je tiens Martha Gellhorn pour un écrivain véritablement remarquable ", écrit H. G. Wells dans la préface.
Une nuit de 1979. Délaissant Saint-Germain-des-Prés, l'ancien trompettiste de jazz à la renommée internationale, Henry Chesney, s'aventure sur les routes de Normandie. Il s'apprête à gagner l'océan pour y célébrer - à sa façon - son cinquantième anniversaire... Une nuit de 1979. Délaissant Saint-Germain-des-Prés, l'ancien trompettiste de jazz à la renommée internationale, Henry Chesney, s'aventure sur les routes de Normandie. Il s'apprête à gagner l'océan pour y célébrer - à sa façon - son cinquantième anniversaire... Douze ans plus tôt, après s'être blessé, les médecins avaient dû le priver de sa main droite, donc de la pratique de son instrument. Une tragédie pour celui qui avait trouvé dans la musique mieux qu'un refuge : une raison de vivre. Au volant de sa Spider, Henry laisse ses pensées dériver au gré des sinuosités de la route et se repasse le film de sa vie. Sa prime enfance paisible à Yale, Oklahoma, au début de la grande Dépression, bientôt suivie, à Beaver, par l'enfer jaune des vents de poussière du Dust Bowl et le départ contraint pour la Californie. Les drames familiaux, la brutalité des hommes, l'effroyable sentiment de solitude après l'amputation, la survie dans un corps mutilé. Sur le pare-brise devenu écran, se confondent les silhouettes qui ont fait sa vie. Celles, sombres et imprévisibles du beau-père, Black, et de son frère, le féroce Rusty, celles aussi, réconfortantes, de sa mère aux joues roses, de Laurette, son amoureuse aux yeux océan, du joyeux Bobo, compagnon de toutes les galères, enfin de Jack, le copain de son enfance californienne. Mais au fil des kilomètres et des souvenirs, la mer se rapproche... Roman de la réminiscence, de l'introspection, du déracinement et de la perdition, mais aussi de l'amour, Les Choses de la nuit interroge, non sans rudesse, le sens et l'impermanence de l'existence. Mais la gravité n'interdit pas le désir, ni n'empêche la poésie. Si bien que le roman se double peu à peu d'un hommage espiègle à la musique, à la chanson, au cinéma. Aux choses de la vie.
Une catastrophe a fait s'effondrer une mine. Reclus au fond, protégé in extremis par un wagonnet renversé, une berline, Fernand se remémore sa vie à mesure qu'il approche d'une mort presque certaine. Crépuscule des années 1960, quelque part dans un pays de fer et de charbon. Une catastrophe a fait s'effondrer la mine. Reclus au fond, protégé in extremis par un wagonnet renversé, une berline, Fernand se remémore sa vie à mesure qu'il approche d'une mort presque certaine. Bloc par bloc, les souvenirs, les visages familiers refont surface : la mère qui n'a pas su l'aimer, le père, mineur lui aussi, qui lui a transmis son amour des jardins, l'oncle et la tante, la bonne gueule de Mario, son copain de toujours. Sans oublier Martha, son unique amour. Prisonnier des ténèbres, Fernand retraverse ainsi son enfance et son histoire, avec pour seul compagnon un drôle d'oiseau. Mais cette nuit abominable ne résistera pas à la force d'une certaine lumière, ni à l'espoir d'une renaissance. Tout en scrutant l'enfermement physique et les carcans intimes, Berline est une évocation sensible, ainsi que réaliste et poétique, de la vie des mineurs de l'Est de la France, pour beaucoup venus de l'immigration italienne. Vibrant sans jamais être misérabiliste, écrit avec une simplicité qui pourrait être l'autre nom de la pudeur, ce premier roman d'une grande justesse parvient à extraire de sa noirceur de nombreuses pépites de lumière, de tendresse et d'humour.
" Il est temps de relire Capek pour le rire insouciant qu'il crée dans ses contes, rire derrière lequel pointe souvent l'angoisse. C'est une joie de lire l'oeuvre de cet incroyable conteur, auteur de récits stupéfiants et inoubliables. " (Arthur Miller) Des empreintes qui s'arrêtent soudainement dans la neige, un homme qui a pour seul tort de paraître suspect, un voleur de cactus qui disparaît à l'autre bout du monde, un poète qui se transforme en détective, Dieu qui apparaît comme témoin de la justice humaine, une cellule de prison dont les occupants se repentissent, un cadavre retrouvé dans une valise déposée à la consigne d'une gare... Dans ces quarante-huit nouvelles, dont plus de la moitié était inédite en français jusqu'à présent, Karel Capek mêle comme à son habitude l'ordinaire et l'extraordinaire, l'humour à la satire. Crimes, disparitions, énigmes, mystères, enquêtes, ces récits, qui relèvent du genre policier avant l'heure, dissèquent la vérité et jouent avec notre capacité à juger. Ces textes en forme de paraboles, qui continuent de nous hanter longtemps après leur lecture, prouvent encore une fois l'importance de Capek dans l'histoire littéraire.
Loin d'Hollywood est le récit du séjour de Chaplin en Europe en 1921, son premier retour sur le continent depuis son exil américain en 1912. Loin d'Hollywood est le récit du séjour de Chaplin en Europe en 1921, son premier retour sur le continent depuis son exil américain en 1912. " La triple alliance qui a tout déclenché : une tourte au boeuf et aux rognons, la grippe et un câble. Même si un soupçon de mal de pays et de soif d'applaudissements a aussi pu influencer le cycle des circonstances qui m'ont envoyé prendre des vacances en Europe. " Voilà comment débute l'ouvrage. Chaplin, qui avait quitté son pays en inconnu, y revient comme l'un des hommes les plus célèbres du monde : il se mêle désormais aux princes et aux rois, et à tous les grands esprits de son époque. En Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, il enchaîne retrouvailles, mondanités, imprévus, découvertes, virées loin de la foule et des journalistes, projections du Kid, dont il assure la promotion... Le tout avec humour et vivacité. Le portrait intime et émouvant d'une légende hollywoodienne, d'un homme en avance sur son temps, ponctué de nombreuses scènes burlesques et cinématographiques.
Roman historique, mais aussi roman noir et surréaliste qui fait entendre des réminiscences de Freaks, de Kill Bill, de certains films de David Lynch ou du grand guignol, Le Nain de Whitechapel est un formidable roman sur les marges où, par la grâce d'un moyen de transport pour le moins étrange et inédit, le Londres fin-de-siècle rencontre la Seconde Guerre mondiale. Londres, fin du xixe siècle, la misère rôde. Prostitution, cirques de curiosités, corruption, mendicité, opium, la révolution industrielle déverse sa violence. Et Jack l'Éventreur et Ele-phant Man ne sont pas seuls à arpenter les rues : un gang, appelé Tabula Rasa, s'en prend à ceux qu'il regarde comme neige magique. Le quartier recouvre alors sa quiétude, et Octave pensera même avoir trouvé l'amour avec Rosa, une jeune femme à peine plus grande que lui. Mais c'est comp-ter sans la brutalité de kapos tortionnaires et la complicité machiavélique de médecins fous. Le destin d'Octave, héros malgré lui, sera des plus invraisemblables... Au temps de la naissance du jazz, ce récit halluciné offre une illustration très singulière du destin des hommes et une réflexion sur leur capacité de résistance, leur cruauté, mais aussi leurs rêves - qui ne sont pas sans écho avec les nôtres.
" En Schumann, la musique avait trouvé l'une de ces proies de choix qui, promptes à céder aux sirènes esthétiques, leur aliènent bientôt toute leur existence, quitte à nuire à leurs proches et à les emporter avec elles dans leur chute. Tel fut le lot des enfants Schumann. " Nicolas Cavaillès retrace dans cet ouvrage le destin du compositeur et de la pianiste Robert et Clara Schumann, et de leurs huit enfants, tous frappés - de près ou de loin - par l'impératif absolu de l'art. Il sonde ainsi les notions d'héritage et de transmission familiale, et offre une réflexion subtile sur l'enfance, l'individualité et l'infinie solitude de l'homme.
Du sang sur la lune marque l'accomplissement du " Cycle des bas-fonds " de Jim Tully qui n'hésitait pas à briser les tabous de l'Amérique pudibonde. Il dépeint plusieurs aspects violents et scandaleux de la société d'alors. L'expression " du sang sur la Lune " fait référence au ciel rouge des marins irlandais qui annonce un malheur imminent. Du sang sur la Lune marque l'accomplissement du " Cycle des bas-fonds " de Jim Tully. Il s'ouvre sur son passage à l'orphelinat de St. Joseph, peu après la mort de sa mère, se développe sur la route sinueuse qui l'a menée de l'enfance à l'âge adulte et se referme sur le moment où il décide de devenir écrivain. En chemin, il rencontre des personnages qui auront une influence déterminante sur son destin : son grand-père Hughie, la bibliothécaire Nellie Dingley, le boxeur Joe Gans, par exemple. Tully, qui n'hésitait pas à briser les tabous de l'Amérique pudibonde, dépeint plusieurs aspects violents et scandaleux de la société d'alors. L'expression " du sang sur la Lune " fait référence au ciel rouge des marins irlandais qui annonce un malheur imminent. Et si elle donne une idée précise de la météo mentale de Jim Tully en 1931, année de la rédaction de l'ouvrage (son fils venait d'être arrêté pour viol, la faillite de sa banque l'avait ruiné...), elle est aussi parfaitement adaptée au climat général l'époque. Le livre fut très bien accueilli par la critique. L' Herald Tribune de New York nota : " La matière sensationnelle de ses expériences nous est balancée dans une atmosphère de tension furieuse. La trahison et la fraternité, la faim et la gloutonnerie, le meurtre et l'amour passent comme des gros titres à travers ces réminiscences vertigineuses. "
"Un texte parfaitement décapant, qui aborde l'enfermement mais aussi Dieu, les femmes nues, les golden sixties et les supermarchés !" (Laurent Ancion, Le Soir) " Je suis né dans les années soixante. Les fabuleuses années soixante. Tout le monde voulait naître dans les années soixante, malheureusement il y en a qui sont nés avant. " Nicola se souvient de son enfance, alors qu'il vient tout juste de mourir, après trente-cinq années d'internement dans un hôpital d'aliénés. Explorant l'univers tragi-comique des asiles de fous, La Brebis galeuse s'attaque sans pitié à la société de consommation. Dans la lignée de Pier Paolo Pasolini et Dario Fo, Ascanio Celestini s'érige ainsi, avec humour et poésie, contre un monde où tout s'achète.
Pionnier du hard-boiled, Jim Tully fut le premier à donner une voix aux immigrés irlandais, loin des stéréotypes et des caricatures de l'époque. Témoignage émouvant sur une minorité opprimée, Les Assoiffés dessine aussi - en filigrane - le portrait d'un conteur déchiré entre son héritage et son désir de reconnaissance. Les Assoiffés (Shanty Irish), publié en 1928, est le cinquième livre de Jim Tully qui s'était fait connaître par le récit de sa jeunesse de hobo dans Vagabonds de la vie, Autobiographie d'un hobo en 1924. Son grand projet était de constituer une sorte de " comédie humaine des bas-fonds " dont chaque épisode aurait eu pour cadre un milieu qu'il avait vu de près. Il commença avec les " vagabonds du rail " et enchaîna avec " les ouvriers du cirque " dans Circus Parade avant de revenir à sa famille et ses origines irlandaises dans Les Assoiffés. Les Assoiffés est composé de tranches de vie des membres de sa famille dont la personnalité ou le destin firent écho au sien : son grand-père, grand conteur de bistrot ; son père terrassier, taillé comme un gorille et qui passait des heures à lire malgré sa myopie ; sa mère au grand coeur et à la foi imprégnée de folklore celtique ; son oncle John Lawler, gibier de potence au magnétisme animal... Pionnier du hard-boiled, Jim Tully fut le premier à donner une voix aux immigrés irlandais, loin des stéréotypes et des caricatures de l'époque. Témoignage émouvant sur une minorité opprimée, Les Assoiffés dessine aussi - en filigrane - le portrait d'un conteur déchiré entre son héritage et son désir de reconnaissance. Comme les deux précédents, le livre rencontra beaucoup de succès en Amérique et au Royaume-Uni, et s'attira les louanges de H. L. Mencken, critique redouté : " Tout comme Gorki, Jim Tully a le pouvoir de faire vivre les misères des pauvres et des désespérés, mais il a en plus un sens de l'humour qu'on n'imaginerait pas chez un Russe. Dans Les Assoiffés, j'ai l'impression qu'il est allé encore plus loin que d'habitude. Ce récit n'est pas seulement remarquablement réaliste, il a aussi une belle qualité poétique. "
Une galerie de portraits de personnages hauts en couleur que Tully côtoya pour le meilleur parfois, et souvent pour le pire. Dans le premier volume de ses " souvenirs des enfers ", Vagabonds de la vie, paru en 1924, Jim Tully évoquait ses mésaventures de hobo à bord de trains de marchandises. Trois ans plus tard, dans Circus Parade, il aborde un nouveau chapitre de son adolescence tumultueuse, celui de son passage dans un cirque nommé Cameron's World Greatest Com bined Shows. Le livre se présente comme une galerie de portraits de personnages hauts en couleur que Tully côtoya pour le meilleur parfois, et souvent pour le pire. Le cirque de Cameron et ses dix wagons étaient peuplés d'acrobates, de dompteurs, de monstres de foire, de rabatteurs, d'aboyeurs, d'embobineurs et de manoeu vres dont l'existence nomade était rythmée par les représentations de ville en ville. Circus Parade rencontra un succès immédiat, aussi bien auprès du public - il fut réimprimé à plusieurs milliers d'exemplaires quelques semaines après sa parution - que de la critique. Le jeune romancier James Agee y alla de son commentaire : " Circus Parade se distingue par son style dépouillé et sa description d'une brutalité effroyable dont je n'aurais jamais imaginé qu'elle puisse exister. " Bref, tout aurait été pour le mieux si Jim Tully n'avait pas essuyé les tirs croisés des censeurs et des défenseurs du cirque, notamment la Circus Fans' Association, qui réussirent à faire échouer le projet d'adaptation cinématographique en 1929. Tout au long de sa carrière littéraire, Jim Tully souleva ainsi l'indignation des ligues de vertus et des gardiens de la morale. Or son oeuvre nous offre un éclairage précieux sur le monde des nomades et des va-nupieds de l'Amérique du début du XXe siècle et permet de mieux comprendre les origines du roman noir américain.
Publié en 1924 aux États-Unis, Vagabonds de la vie compte parmi les classiques de la littérature consacrée aux hobos, ces saisonniers américains qui voyageaient clandestinement sur les trains de marchandises. Jim Tully se frotta pendant plus de six ans aux trimardeurs les plus divers - et parfois les plus infréquentables. Il voyagea dans des trains postaux et des convois de marchandises, bivouaqua dans les "¿jungles¿" des vagabonds, assimila les us et coutumes des hobos, vécut de petits boulots et de mendicité, eut affaire aux forces de police, et vit souvent passer la mort de près. Vagabonds de la vie rend compte avec précision des moeurs, de l'éthique, de l'argot et, par-dessus tout, de la philosophie de ces hommes de la route. Avec ce récit, Tully s'inscrit dans les pas de Mark Twain et Jack London, représentants de la tradition littéraire vagabonde américaine.
France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse. Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
En 2003, Dege Legg, musicien sans contrat, devient taxi de nuit et se met à sillonner les rues de Lafayette au sud-ouest de la Louisiane. Il se retrouve alors embarqué derrière son volant dans des histoires invraisemblables avec des clients invraisemblables en des endroits invraisemblables et décide de consigner les événements les plus marquants de ses courses nocturnes. Cablog est un document vivant, cru, tendre et poétique, dans lequel Legg nous offre une galerie de personnages issus de tous les milieux, qu'il dépeint avec humour souvent, humanité toujours, et une certaine concision journalistique : accros au crack, prostituées, voyous, cadres dynamiques, jeunes mères, étudiants... Il excelle à nous raconter les situations absurdes, drôles ou dramatiques - parfois les trois à la fois - dans lesquelles il se retrouve. Tout cela ans un style qui apparaît comme une combinaison originale de réalisme hardboiled et de sensibilité poétique beat, faisant écho à l'oeuvre d'auteurs tels que Miller, Bukowski et Kerouac.
Les Belles de nuit fut interdit pour sa supposée obscénité et étrillé par la critique. Il s'agit donc aujourd'hui de réparer une injustice et de saluer la lucidité de Jim Tully, l'ancien trimardeur qui préférait l'école de la vie aux leçons de morale. Leora Blair, une ravissante jeune fi lle de l'Ohio, issue d'une famille modeste, décide de se prostituer pour fuir son milieu et s'élever au-dessus de sa condition. Elle est engagée à Chicago par Madame Rosenbloom, la propriétaire d'une maison close, dont les clients sont des hommes politiques, des magistrats, toutes sortes de notables et de grands voyous... À leur contact et à celui des autres filles, Leora ouvre les yeux sur le monde corrompu dans lequel elle vit. Comme souvent chez Tully, le récit prend la forme d'une mosaïque d'histoires, ce qui nous permet de suivre aussi le parcours de Madame Rosenbloom, de son protecteur haut placé et de quelques " fi lles de la maison ". Dans ce roman, Tully s'intéresse moins aux activités sexuelles des prostituées qu'à leurs trajectoires personnelles. Il leur donne la parole comme peu d'écrivains avaient osé le faire avant lui. Raconter une histoire dans laquelle des femmes - ni anges, ni démons - s'affranchissent par la prostitution, c'était évidemment briser un tabou dans l'Amérique puritaine des années 1930. Belles de nuit fut interdit pour sa supposée obscénité et étrillé par la critique. Il s'agit donc aujourd'hui de réparer une injustice et de saluer la lucidité de Jim Tully, l'ancien trimardeur qui préférait l'école de la vie aux leçons de morale. Tully se mettait à hauteur des parias, des exclus, des exploités, des marginaux, des inadaptés, des victimes de la société. Il ne prêchait pas, ne militait pas, mais n'avait pas son pareil pour les écouter et restituer leurs histoires dans leur rude et naïve simplicité.
Emprunt de poésie et d'humanité, Skyline jette un regard sans concessions sur l'entrée d'une adolescente dans l'âge adulte, à travers les rues colorées du Cap qui s'éveille au reste de l'Afrique et où se cognent toutes les atrocités contemporaines. Skyline se déroule dans une Afrique du Sud nouvellement démocratique, dirigée par Nelson Mandela. Le pays est devenu un refuge pour les habitants de nombreux pays voisins, déchirés par la guerre et économiquement exsangues. La narratrice est une adolescente qui rêve d'une vie meilleure - et de devenir écrivain. Celle-ci vit avec sa mère et sa soeur dans un immeuble délabré, au centre de la ville du Cap. Le bâtiment abrite des dealers nigériens, des ouvriers du Zimbabwe, des émigrés du Rwanda et du Soudan, des réfugiés du Mozambique, un couple d'aveugles, un couple de travestis, des animateurs de boîtes de nuit, une vieille dame allemande, etc., avec lesquels la narratrice et sa soeur vont se lier d'amitié. L'un des résidents de l'immeuble, Bernard Sebastião, est un survivant de la guerre du Mozambique. Hanté par la perte de ses enfants et de sa femme, il trouve du réconfort dans sa relation avec les deux jeunes filles. Chaque chapitre se termine par la description d'un tableau qu'il a peint, basé sur son interprétation de diverses oeuvres de l'art occidental. C'est à travers ces tableaux que le roman révèle son coeur profond : le questionnement sur la répétition de la guerre et ses effets sur les gens ordinaires.
Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine. Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise (un nisei, " deuxième génération " en japonais) rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine. Dans les semaines qui suivent son retour, et malgré l'accueil chaleureux de ses parents (notamment de sa mère qui, dérivant lentement vers la folie, s'imagine que le Japon a gagné la guerre), Ichiro prend la mesure de son statut spécifique. Il tente de redéfinir son identité et de retrouver sa place dans un pays qui, pense-t-il, l'a trahi - et qu'il a trahi. Méprisé par ses camarades nisei et par son frère cadet qui ont fait le choix de s'enrôler dans l'armée, il est pourtant son plus féroce contempteur. Au cours d'une longue errance entre Seattle et Portland et au fil de diverses rencontres, il tente de faire la paix avec lui-même et avec le choix qui l'a mené en prison. Alternance de monologues intérieurs incantatoires et rageurs et de dialogues laconiques dignes d'un film noir, évocation lucide d'une Amérique d'après-guerre où les tensions raciales ne s'apaisent jamais, No no boy met en lumière un aspect historique encore méconnu : le difficile retour à la liberté des citoyens américains d'origine japonaise après la guerre. À propos du titre : le double " non " fait référence au questionnaire que le ministère de la Guerre fit remplir en 1942-1943 aux jeunes Japonais-Américains de deuxième génération internés. Les questions n° 27 et 28 étaient destinées à tester leur loyauté envers les États-Unis. N°27 : Êtes-vous prêt à rejoindre les forces armées des États-Unis et à participer aux combats lorsque cela vous sera demandé ? N°28 : Êtes-vous disposé à prêter allégeance aux États-Unis d'Amérique et à les défendre en toute loyauté contre toute attaque par des forces étrangères ou nationales, et à renoncer à toute autre forme de soumission ou d'obéissance à l'empereur du Japon ou à d'autres gouvernements, puissances ou organisations étrangères ? Répondre non à ces deux questions était synonyme d'incarcération.
"Quel plaisir que ce voyage auprès d'un écrivain des lumières et homme du vingtième siècle !" (Marie-Thérèse Eychart, Les Lettres françaises) Roger Vailland, éternel voyageur, se rend à la Réunion en 1958. Comme lors de son séjour en Indonésie en 1950, l'écrivain se fait une nouvelle fois grand reporter. L'histoire de l'île, sa population métissée, son organisation sociale, sa faune et sa flore, ses paysages... rien ne lui échappe, pour donner naissance à ce " récit d'un voyage détendu ", comme il le définira lui-même.
1919. Elsa Triolet a 23 ans quand elle séjourne avec André, son mari, à Tahiti. Dépaysement à la fois inquiétant et merveilleux, entre témoignage et fiction, À Tahiti, écrit en russe et traduit par l'auteur elle-même, puise sa force dans la capacité d'observation et d'étonnement d'Elsa Triolet. L'auteur s'intéresse, dans cette île aux antipodes de sa Russie natale, tout autant aux différences qu'aux proximités d'une même humanité.
Tout au long de son Journal, qu'il tint de 1887 à 1910, Jules Renard n'a cessé de s'interroger sur les mots, le rythme, la phrase... Leçons d'écriture et de lecture rassemble toutes ses considérations et ses préoccupations sur le style -;¿le sien, bien sûr, tout comme celui des écrivains de son époque, de Victor Hugo à Verlaine, en passant par Huysmans, Maupassant, Claudel... Jules Renard dresse ainsi son portrait d'écrivain mû par le doute, celui de ses contemporains, de son siècle, de la littérature de son époque.
Récit d'une mission secrète confiée à un Français lors de la guerre de Sécession, au milieu des bayous de Louisiane. Pendant la guerre de Sécession, le major Camille de Polignac s'engage aux côtés des Sudistes afin de prêter main-forte aux troupes confédérées du général Lee et défendre la liberté des États à disposer d'eux-mêmes. Ayant déjà participé à la guerre de Crimée de 1853, ce proche de Napoléon III se verra confier la mission d'acheminer des tonnes de coton en provenance des riches plantations de Louisiane, à bord de trois bateaux à vapeur, sur des fleuves quasiment à sec. Devant composer avec un régiment pour partie hostile et une nature déchaînée, les bayous labyrinthiques de Louisiane et la présence des troupes ennemies de Lincoln, Camille de Polignac emmènera ses hommes - de Bâton Rouge à La Nouvelle-Orléans en passant par le golfe du Mexique, dans une expédition romanesque et onirique, obstinée et sanglante...
L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté. Le Cambodge, repères historiques :colonisation française (1863-1953), indépendance et arrivée au pouvoir de Sihanouk (1953-1970), coup d'État et république khmère dirigée par Lon Nol (1970-1975), chute de Phnom Penh et régime khmer rouge (1975-1979). L'Accusé, publié pour la première fois en khmer en 1973, tient à la fois de la littérature carcérale, de la confession (rousseauiste), du " pêle-mêle " spéculatif et introspectif (à la Montaigne), et des stances bouddhiques sur la mort. On pourrait aussi parler d'une structure " en guirlande ", typi- que des stratégies argumentatives cambodgiennes. C'est un cri lancé contre la guerre civile qui fait rage autour de Phnom Penh. Un cri lancé contre la condition humaine. Avec, en filigrane, la vision fugitive d'un bonheur possible, fait de paix, de frugalité studieuse, de rêveries, d'amour (avec la belle Sophary) et de liberté. Le narrateur, sur la sellette, doit prouver son innocence (mais les rouages de la justice sont peu clairs) ; accusation politique qui fait écho à la détention de l'auteur dans les locaux de la police secrète de Lon Nol (1971), une " garde à vue " interminable (plus de sept mois) que lui valent ses convictions progressistes et son refus de collaborer avec le nouveau régime. Il s'analyse donc et analyse le monde qui l'entoure. L'ouvrage est composé de quatre parties qui se répondent, et mêle à la fois autobiographie et fiction. Khun Srun et son oeuvre sont le symbole du drame cambodgien. Le symbole d'un immense gâchis. Comment un jeune écrivain prometteur, humaniste, pacifiste, lecteur de Heinrich Bll et d'Alexandre Soljenitsyne, a-t-il pu rejoindre les rangs d'un mouvement politique qui est à l'origine d'un des plus effrayants univers concentrationnaires (tout un pays transformé en prison à ciel ouvert) que le monde ait connu ? Début de réponse dans L'Accusé, premier de ses textes à être traduit en français.
Une fable sur la civilisation corruptrice et le désir de sauvagerie. Les cinq vieillards d' Au plus loin du tropique -; Ma Pouta la mère maquerelle, Ah You le marchand chinois, Corentin le curé, Trinité le matelot unijambiste, Pétino le commandant -; n'en finissent pas d'expier leurs crimes sur Parataito, un atoll perdu dont le nom signifie " paradis " en tahitien. Ils y vivotent, entre rêves et souvenirs, quand un cyclone jette à leur rivage un naufragé, Kerlan. Ces vieux accrochés à leur passé vont redonner vie au marin qui aspire à fuir le sien. Jusqu'au passage de la goélette de ravitaillement apportant les nouvelles de Papeete... Une fable sur la civilisation corruptrice et le désir de sauvagerie.
Le mal a ses génies, mais aussi ses seconds couteaux. Marceau, trop jeune pour avoir connu la Seconde Guerre mondiale, trop âgé pour avoir " fait l'Algérie ", tient sa descendance comme deux équidés au bout d'une longe et lui inculque les principes fondamentaux des moeurs soldatesques et de la virilité : Gilles, destiné à l'école militaire, et son cadet, " le Collectionneur ", désireux d'inscrire son nom dans l'histoire de l'aéronautique. Las, la guerre est loin : c'est sur le champ de bataille économique que l'on se bat désormais. Les deux frères cherchent leur place et leur identité, se répartissant réussites professionnelles, échecs personnels et humiliations intimes. Mais peut-on s'émanciper d'une tutelle paternelle aussi impérieuse, pourvoyeuse d'aversion pour les femmes, d'instincts racistes et de goût de la mort ? Comment devenir un homme lorsque le modèle familial de virilité est devenu hors de portée ? On rêve de combats épiques mais on tue des petits animaux. On rêve de panache mais on soumet des enfants. Quant à la guerre, on ne la fait plus que sur des maquettes de petits garçons. Authentique conte moral contemporain, L'art du dressage, tout en sondant les présupposés d'une introuvable masculinité, dresse le tableau d'un drame familial arrimé à la tragédie collective.