L'URGENCE DE COMPRENDRE
"Ancien déporté aux camps de Buchenwald, Rottleberode et Dora, Stéphane Hessel fut cet ancien normalien féru de poésie capable de réciter l'intégralité du Bateau ivre de Rimbaud ou l'Orphée de Rilke. Mais, on le sais moins, l'auteur à succès a commencé ses études par la philosophie, fasciné par les cours et la stature de Maurice Merleau-Ponty. Contrairement au philosophe allemand Theodor Adorno, Stéphane Hessel considérait qu'il était possible d'écrire des poèmes après Auschwitz. Il en a écrit lui-même. Car c'est en effet la poésie qui lui tenait lieu de philosophie. Cet art de la brièveté était selon lui une pensée incarnée, par gros temps ces fragments sus par coeur façonnaient son esprit, c'est-à-dire son corps. L'esprit et le corps, deux entités d'ordinaires séparées qui n'en font qu'une dans le monisme hessélien. Stéphane Hessel s'est même permis d'espérer en une nouvelle humanité." Nicolas Truong
« Nous sommes dix-huit hommes et femmes d'horizons différents, intellectuels, journalistes, universitaires de diverses disciplines (anthropologie, histoire, sciences de l'éducation, sociolinguistique, sociologie, philosophie), qui nous élevons contre l'utilisation frauduleuse de ce bien commun qu'est la laïcité. Accaparée à des fins électoralistes, elle ne peut en aucun cas servir de support idéologique au rejet et à l'exclusion. Elle ne peut pas être ce mur de séparation que d'aucuns aimeraient bâtir au sein de notre communauté nationale. Elle est un état social qui nous permet de vivre ensemble, au-delà de nos différences d'origine et d'options spirituelles. » Christine Delory-Momberger, François Durpaire, Béatrice Mabilon-Bonfils avec Étienne Balibar, Pascal Blanchard, Philippe Blanchet, Jean-François Bruneaud, Rokhaya Diallo, Ahmed El Keiy, Antoine Hennion, Martine Janner-Raimondi, Pierre Merle, Edgar Morin, Benjamin Stora, Pascal Tisserant, Laurent Visier, Christiane Vollaire, Geneviève Zoïa.
Un projet de renouveau a pris racine depuis les années 1970 dans les pays producteurs de pétrole disposant des liquidités nécessaires à l'application effective d'une économie islamique régie par les normes juridiques, organisationnelles et éthiques de l'islam. La finance islamique (dont les modalités de fonctionnement se sont imposées dans les esprits occidentaux à la faveur de la crise financière de 2008) constituerait le premier jalon d'une islamisation non pas seulement économique, mais totale et totalitaire des sociétés arabes, surtout à la faveur de l'arrivée des islamistes en politique.Cet ouvrage entend dénoncer la finance islamique, conçue non pas uniquement comme alternative au modèle de développement économique occidental permettant de rendre compatible l'islam avec la modernité, mais comme un élément déterminant et dangereux, constitutif du radicalisme islamiste.Une analyse fouillée et édifiante.Yassine Essid est historien, professeur à la faculté des Sciences humaines et sociales de Tunis et président du Groupe d'études et de recherches interdisciplinaires sur la Méditerranée (GERIM).
Fatima moins bien notée que Marianne pour un devoir équivalent, Issam et Kader plus punis que Mathieu pour un même comportement, des écoles publiques qui concentrent 90% d'enfants musulmans quand d'autres n'en comptent aucun, des manuels scolaires qui réduisent l'islam à l'islamisme Il ne s'agit pas là d'impressions jetées en pâture au débat polémique, mais du résultat d'années d'enquêtes et de recherches scientifiques.Cette réalité a des conséquences. En janvier2015, les réactions de certains élèves lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo questionnent sur le degré d'adhésion à notre République. Les attaques du 13 novembre 2015 interrogent sur le ressentiment de jeunes radicalisés qui ont fait leur scolarité au sein du système éducatif français.François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils n'en sont pasrestés au simple constat. Ils proposent une «laïcité d'inclusion» en mesure de faire de l'école une arme puissante d'intégration, meilleur rempart contre les haines. François Durpaire est historien. Il a récemment publié la bande dessinée La Présidente (Les Arènes).Béatrice Mabilon-Bonfils est sociologue, auteure notamment de La laïcité au risque de l'Autre, avec Geneviève Zoïa, chez le même éditeur.
Rester jeune: c'est l'impératif catégorique de notre temps. Or, à le prendre au pied de la lettre, il exigerait non seulement de renoncer à vieillir, mais aussi de refuser de grandir. Car l'adulte semble tellement ringard et dépassé! Faudrait-il alors substituer, à l'idéal d'accomplissement, l'horizon d'un épanouissement permanent? Sommes-nous voués au jeunisme ou à l'infantilisation? C'est contre une telle lecture que cet essai entend plaider. L'âge adulte n'a pas disparu; il a changé. Et sa métamorphose tient en grande partie à sa féminisation. Alors, faire ou ne pas faire son âge, c'est peut-être la grande question du XXIesiècle dans nos sociétés - et Pierre-Henri Tavoillot nous la pose avec malice et intelligence.
La gouvernance sert aujourd'hui de label à toutes les innovations ; mais dans le plus grand flou, parlant à la fois de modernisation administrative, de performance managériale, d'innovation démocratique... En réalité, c'est un nouveau Janus aux faces contradictoires. D'un côté, l'efficience gestionnaire, qui prescrit la concurrence. De l'autre, une ouverture démocratique, qui fait rêver d'égalité. Un grand écart immense. Peut-on parler de la même façon aux banquiers et aux Indignés ?Ce livre analyse cette situation et montre que la gouvernance publique va vers des paradoxes croissants, car elle est prise entre deux impératifs contradictoires. Pour y échapper, suffira-t-il de promouvoir des microconsensus, qui restent émiettés et sans globalité politique ? Ou s'agit-il là d'une nouvelle morale politique ?Jean-Pierre Gaudin est professeur de science politique à l'IEP d'Aix-en-Provence. Il a notamment publié L'Action publique (Dalloz et Presses de Sciences Po, 2004) et La Démocratie participative (Armand Colin, 2007).
Les villes organisaient l'espace - du centre et de la périphérie, de la continuité et de la métrique -, un ordre juridique, politique et social, un système économique. Elles s'adossaient le plus souvent à un territoire rural qu'elles commandaient.À l'âge d'internet et du GPS, l'espace change radicalement dans l'usage que nous en faisons et dans son rôle d'organisateur de notre rapport au monde. Métapolis opère un basculement de la ville matérielle dans le monde virtuel. La société « hypertexte » qui la caractérise se fait et se défait sans cesse et pratique l'ubiquité, comme le montre le flux permanent de photographies qui circule sur les smartphones. Les grandes régions urbaines vivent dans une logique de l'offre (marchande ou non) et de la régulation (politique ou non) sous forte contrainte d'incertitude.Ce livre interroge : les méthodes et les savoirs actuels de la production urbaine, publique ou privée, sont-ils en mesure d'y répondre ?Alain Bourdin est sociologue et urbaniste, professeur des universités à l'Institut français d'urbanisme, qu'il a dirigé. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont, chez le même éditeur, La métropole des individus et L'urbanisme d'après crise.
Pour les Français, 2012 s'est imposée comme l'année des illusions. La victoire d'un Président de la République qui se brise contre le mur de la crise. Des entreprises qu'on croyait créatrices de richesses qui font des pertes et détruisent des emplois. Des sportifs érigés en modèles qu'on découvre indélicats. Des fonctionnaires dont on apprend qu'ils n'étaient que des « ripoux ». Comment, dans ces conditions, aborder 2013 ?Ce livre-enquête, réalisé en partenariat avec Le Monde, décrypte, grâce à la célèbre méthode des mots-clés employée par l'institut Médiascopie, les perceptions qu'ont nos concitoyens de l'actualité telle qu'elle s'écrit au quotidien à travers ses drames, ses succès, ses débats, ses héros et ses traîtres. Une analyse complétée par le regard aiguisé de personnalités.
Devenu un classique sur l'image de la nature, ce livre analyse le rôle des créateurs, en particulier des peintres de paysages, et surtout l'apport du protestantisme. Explorant les difficultés françaises, il stimule notre réflexion sans présenter de conclusions définitives. Le tiers espace devrait attirer ceux que préoccupe la place de la nature dans notre monde. Publié en 1990, ce livre surprend par son actualité. La question du rapport de l'homme à la nature se pose aujourd'hui plus que jamais avec les questions écologiques placées au centre du discours politique. L'auteur signe une préface inédite qui vient compléter le propos du livre et le mettre en lien avec la société de 2012, finalement pas si différente de celle de 1990.
Notre pays, chacun le ressent, est à la croisée des chemins. Dette publique, mondialisation, désindustrialisation, avenir de l'Europe et de l'euro : sur tous ces sujets brûlants, les analyses et les controverses fleurissent. Dans la manière inquiète et souvent défaitiste qu'a la France d'entrer dans le monde ouvert qui est désormais le nôtre, notre histoire pèse très lourd - le deuil de la « Grande nation » et de notre prétention singulière à l'universalisme n'est pas chose facile. L'ambition de ce livre est d'illustrer cette relation qui détermine les trajectoires économiques, sociologiques et intellectuelles du pays. Pierre Veltz apporte ici une vision humaniste et offensive d'un autre développement possible.
Sept ans après le déclenchement de la crise économique et financière, le continent européen se trouve confronté à un nouveau défi majeur : celui de l'arrivée de centaines de milliers de migrants.Si cette crise appelle une réponse européenne concertée, elle a d'abord eu pour effet de mettre à rude épreuve la solidarité entre les États membres.Dans cet ouvrage, Jérôme Fourquet analyse comment les opinions publiques européennes réagissent à l'arrivée de migrants sur les côtes méditerranéennes.Comment comprendre les différences d'attitudes concernant l'accueil des migrants et le fait que certains pays, dont la France, se montrent particulièrement réticents alors même que le nombre des migrants arrivant sur son territoire est faible ? Quelles ont été les conséquences électorales ? Comment cette problématique s'imbrique-t-elle avec celle de la menace terroriste et du rapport à l'islam ? Un livre documenté et éclairant.
Chaque jour apparaissent de nouveaux signes du détraquement du modèle de croissance chinois, auxquels s'ajoutent la campagne contre la corruption et des facteurs à plus long terme, notamment le vieillissement de la population ou les catastrophes naturelles.Remettant en perspective les événements récents dont il propose une analyse fine, Dominique de Rambures nous expose les causes de la crise qui secoue la Chine aujourd'hui - et qui, à terme, impactera toutes les économies. Et il nous prévient : de crise en crise se rapproche le moment où, entre le marché et l'État, il faudra choisir. L'enjeu est donc plus politique qu'économique, et il ne se joue pas dans l'opinion mais à l'intérieur du Parti ! Il faut absolument lire ce livre pour comprendre la crise économique chinoise.Dominique de Rambures est un ancien banquier international. Il enseigne aujourd'hui à Paris I. Il a notamment publié, chez le même éditeur, Chine : le grand écart. Le modèle chinois de développement, ensuite publié en anglais par les éditions Macmillan.
Le monde est en ce moment souvent noir - comme Daech - ou brun - comme les extrêmes droites. Pourtant, la société collaborative et numérique nous entraîne dans une mutation économique et culturelle aussi puissante que celle de la révolution industrielle. Ce livre est le récit des réussites de nos sociétés, mais aussi celui de leurs bouleversements : alors qu'une « classe créative » rassemble innovation, mobilité et liberté individuelle au coeur des métropoles productrices de richesse, les classes hier « dominantes » se retrouvent exclues, perdues, basculant leur vote vers l'extrême droite. Jean Viard propose une analyse sans concession des limites du politique dans la société contemporaine et exhorte les acteurs culturels à se réapproprier le rôle de guide en matière de vision sociétale à long terme. Des propositions innovantes pour repenser le vivre-ensemble dans un monde qui a besoin de recommencer à se raconter. Jean Viard est sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof-CNRS. Gilles Vanderpooten a participé à l'élaboration de cet ouvrage.
Les routes de la République sont le produit d'une riche histoire. Pourtant, au mépris de cet héritage, en France, l'art de se déplacer des Parisiens est érigé en principe national par les grands médias parisiens. Depuis plus de vingt ans, on a rangé du côté du «bien» les transports collectifs et les transports ferrés, et du côté du «mal» la route, la voiture et les poids lourds. Pourtant, la voiture assure l'essentiel de la mobilité des Français, et la route joue de plus en plus collectif, avec le renouveau de l'autocar et le développement des mobilités collaboratives.Cette contradiction pose un problème grave quant à nos valeurs républicaines: comment nos élites ont-elles pu s'enfoncer dans un tel déni de réalité? À l'heure de la montée des populismes, notamment dans les territoires situés à l'écart des métropoles, il est urgent de refonder l'action publique en donnant la priorité aux réalités économiques, sociales et environnementales sur les fantasmes. La voiture est l'objet premier de la mobilité démocratisée, à elle de se réinventer!Mathieu Flonneau, historien, et Jean-Pierre Orfeuil, économiste, sont chercheurs et spécialistes des mobilités.
Laurent Bibard montre dans quelle mesure le terrorisme contemporain découle d'une forme de dévoiement de la manière masculine d'être au monde. Nous voici par là même confrontés aux retours archaïques à la violence de certains hommes envers les femmes. Mais chacune et chacun recèle en soi - jusqu'à nouvel ordre biotechnologique - les deux sexualités du fait même d'avoir été conçu. Tout un chacun contribue donc, d'une manière ou d'une autre, au degré de paix ou de violence qui caractérise les relations humaines. Autrement dit, nous sommes toutes et tous coresponsables de la montée contemporaine de la violence comme de la possibilité de son apaisement, au travers du rapport que nous entretenons avec le masculin et avec le féminin.Une approche originale de la possibilité des extrêmes qui se jouent dans le monde, et sans doute une piste neuve pour la combattre.Laurent Bibard est philosophe et économiste. Il enseigne à l'ESSEC, où il est titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité.
«Cette étude nous donne à voir les inquiétudes des Juifs de France, qui n'ont cessé de croître depuis une trentaine d'années. Les mutations de l'antisémitisme ne s'expliquent pas par les transformations du monde juif de France, ou en tout cas pas seulement. Mais elles s'inscrivent dans la même évolution générale. Celle-ci, comme le montre nettement ce livre, se transcrit pour les Juifs de France par une droitisation politique en matière électorale, et dans l'Alya. Pour la comprendre, il faut envisager en profondeur le modèle républicain qui organise notre vie collective. Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach se sont donc lancés dans un chantier qui comporte de nombreuses chausse-trappes: reconnaissons-leur le grand mérite de les avoir pour l'essentiel évitées, et remercions-les d'apporter un éclairage lumineux, documenté, sur le comportement et les sentiments des Juifs de France dans un contexte qui les inquiète à juste titre.» Michel WieviorkaJérôme Fourquet dirige le département Opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop.Sylvain Manternach est géographe-cartographe.
« Depuis plusieurs décennies, on s'interroge à chaque élection sur la manière dont ont voté les électeurs en fonction de leur genre, de leur âge, de leur profession - et, évidemment, de leur religion. Pendant longtemps, l'enjeu consistait à mesurer le vote "catholique" ou le vote "juif". Aujourd'hui, l'enjeu c'est aussi le vote "musulman". Ce dernier a suscité de nombreux commentaires après les dernières élections municipales. Des socialistes battus, expliquant que leur défaite tenait à l'abandon de l'électorat musulman, conséquence du mariage pour tous. Des leaders des Républicains, se réjouissant d'avoir récupéré le vote musulman. Enfin, quelques observateurs en mal de sensationnel sont allés jusqu'à annoncer le basculement de cet électorat vers le Front national.L'objectif de cet essai est très simple : étudier à la fois le vote "musulman" - vers qui se tourne-t-il et quelles sont ses motivations ? - et l'impact électoral, s'il existe, de la présence d'une population d'origine arabo-musulmane dans les différents quartiers.Dans cette enquête dirigée par Jérôme Fourquet apparaît le visage d'une France trop rarement représentée comme une réalité dans l'analyse des votes, alors qu'elle est, inversement, surexposée comme un fantasme dans l'imaginaire collectif. »Gilles FinchelsteinJérôme Fourquet dirige le département Opinion et stratégies d'entreprises de l'Ifop. Cet ouvrage contient également des contributions de Sylvain Crépon, Joël Gombin, Nicolas Lebourg et Sylvain Manternach.
Le constat des auteures de cet ouvrage est sans appel: la discrimination coûte très cher à la société française. Dixmilliards d'euros de manque à gagner chaque année car l'État investit et forme une jeunesse qui, faute d'embauche, ne contribue pas ensuite à produire la richesse du pays. Faute d'embauche, en grande partie due à une discrimination généralisée L'analyse de ces chercheuses est limpide et leur message est clair: il faut inventer de nouvelles perspectives pour cette jeunesse éduquée mais larguée, et cela passe notamment par la collecte de données sur les origines des individus pour pouvoir renforcer les sanctions contre les discriminations. À moins que certains ne trouvent plus rentable de supprimer l'éducation dans les «quartiers»?Un essai qui ne manque pas d'audace.Virginie Martin, politologue, est professeure-chercheure à Kedge Business School et présidente du Think Tank Different. Elle a récemment publié, chez le même éditeur, Ce monde qui nous échappe. Pour un universalisme des différences (2015).Marie-Cécile Naves, docteure en sciences politiques, est chargée de cours à Audencia Nantes. Son dernier ouvrage paru est Le nouveau visage des droites américaines. Les obsessions morales, raciales et fiscales des États-Unis (FYP Editions, 2015).
Ce livre analyse la genèse, les enjeux sociaux et l'actualité récente d'une des politiques publiques les plus innovantes et les plus controversées: la politique de la ville. S'appuyant sur une solide connaissance sociopolitique et historique, sur des entretiens inédits avec d'anciens ministres et hauts fonctionnaires ainsi qu'avec des élus locaux, les auteurs livrent un texte enlevé, écrit comme un roman avec ce qu'il faut comme rebondissements, fortes personnalités et situations tendues. Cette brève histoire de la politique de la ville nous parle aussi d'aujourd'hui et de demain en un concentré plein de vie, d'espoir et de colère.Adil Jazouli est sociologue, fondateur et directeur du programme «Banlieuescopies » et responsable de la Prospective et de la Stratégie au ministère de la Ville. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les banlieues.Henri Rey est directeur de recherche au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences-Po, spécialiste de l'étude des comportements politiques. Il enseigne à Sciences-Po Paris.
Pourquoi aimons-nous tant croire aux complots ? À l'âge proclamé de l'hyper-information, d'internet et de la surexposition, de la transparence et de l'urgence médiatique, on aurait pu penser que la théorie du complot, qui n'aime par essence que l'obscurité, le temps et le secret, était vouée à s'exténuer et disparaître. Or c'est l'exact contraire : plus on proclame la transparence, plus le soupçon se diffuse : on nous cacherait quelque chose !Plus on a d'informations, plus le sentiment se développe que tout est planifié dans l'ombre par des puissances occultes. Tout concourt à cette idée que nous serions manipulés, que derrière l'apparence d'une société de l'information ouverte et moderne, des desseins cachés sont à l'oeuvre : 11 septembre, affaire DSK, Ovni, révolutions arabes - la vérité serait ailleurs. Forcément ailleurs. Jusqu'où ira notre parano ? Y aurait-il donc un ressort plus profond à cette tendance bien ancrée dans les sociétés contemporaines ?Et si notre parano moderne était l'expression paradoxale d'une quête de sens que la surenchère médiatique ne parvenait pas à satisfaire ?
L'attentat contre Charlie Hebdo, contre l'Hyper Cacher, puis la manifestation du 11janvier: choc, traumatisme, réponse historique donnée par des millions de personnes et des responsables de dizaines de nations. À la suite de ces terribles journées de janvier, le quotidien Le Monde a donné la parole à des intellectuels pour tenter de penser, ensemble, l'événement. Car si l'accord est total sur les faits il s'agit du plus grand rassemblement citoyen depuis 1945 , le désaccord est complet sur leur interprétation. Pour les uns, la France a montré au monde entier qu'elle pouvait faire société. Pour les autres, une partie du peuple a manqué. Le 11janvier est-il la promesse d'un pacte républicain réaffirmé ou le symptôme d'une communauté nationale disloquée? Quinze interventions destinées à passer du réflexe à la réflexion.Nicolas Truong, journaliste, responsable des pages Idées-Débats du Monde, a rassemblé et préfacé ces analyses percutantes.
Jean Blaise est l'inventeur de la Nuit Blanche à Paris, du Lieu Unique, du Voyage à Nantes. Jean Viard, s'il est sociologue, est aussi cofondateur des éditions de l'Aube; il fut administrateur du théâtre de Châteauvallon quand Toulon était dirigée par le FN, porteur du projet de transformation du Vieux-Port à Marseille... Ce livre est donc l'échange entre deux acteurs qui, forts de leurs expériences, analysent les changements de nos sociétés et appellent à une interrogation radicale de nos politiques culturelles. Il plaide pour que la culture sorte de «ses boîtes et de ses élites» pour à nouveau nous aider à faire société, joie, fête et partage. Une interrogation bien utile dans une société divisée, tendue et pessimiste...Jean Blaise dirige Le Voyage à Nantes. Jean Viard est sociologue et éditeur. Stéphane Paoli est journaliste.
Quel est ce monde dans lequel nous vivons ? Les extrémismes se donnent à voir, et les nationalismes avec eux. Car le monde qui vient semble faire peur comme s'il allait échapper aux États, aux nations, aux hommes et aux femmes. Pour beaucoup, un retour à une stabilité imaginée, un repli, l'espoir d'un temps figé, sont autant de réponses à des environnements devenus instables. Pour sa part, si elle partage le constat d'un monde complexe et mouvant, Virginie Martin refuse d'emboîter le pas à ceux qui parlent de suicide français ou de soumission. Et si nous racontions une autre histoire que celle à la mode, celle qui nous angoisse et nous sépare ? Une histoire d'émancipations, d'identités multiples et harmonieuses, de progrès techniques incroyables... Dans cet essai passionnant et acéré, l'intellectuelle lance un appel : la France doit porter un discours sur un nouvel universalisme - celui des différences.Virginie Martin est politologue, docteure en sciences politiques. Elle est professeure-chercheure à Kedge Business School et fondatrice du Think Tank Different. Elle a notamment publié Toulon la noire, le Front national au pouvoir (Denoël).
«Nous avons tous été surpris, tous soudainement en extinction de voie, tous statufiés dans nos expressions de stupeur, tous figés dans le silence assourdissant de la déflagration causée par les attentats de janvier2015. Tous, y compris nous, les intellectuels.Nous ne pouvons plus continuer à développer les mêmes idées-forces et nous ne pouvons plus écrire de la même façon après un si grand désarroi. Nos mots ne peuvent plus se draper dans le linceul de la seule certitude. Ceux que voici les nôtres , armes défensives et offensives comme l'aurait dit Picasso, sont avant tout un éloge à toutes les nuances et placent la complexité au coeur du cyclone d'où l'intellectuel est sommé de parler. C'est à partir d'elle la nuance complexe que vous y trouverez vos propres pistes de réflexion. Il ne suffit plus d'être indigné.»Edgar Morin et Patrick Singaïny,11 février 2015. Edgar Morin, sociologue et philosophe, Patrick Singaïny, essayiste et artiste contemporain, ont publié ensemble La France une et multiculturelle (Fayard, 2012).
Pour Serge Paugam, les différents types de liens qui rattachent les individus à la société sont aujourd'hui fragilisés, et à l'origine de profondes inégalités. Pour essayer de remédier à cette situation, il faut revenir aux fondements de ces liens : la protection et la reconnaissance. Les politiques publiques peuvent ici jouer un grand rôle en cherchant à apaiser les angoisses liées à l'insécurité - dans toutes les sphères de la vie sociale -, et en s'efforçant de valoriser les individus dans leur quête de reconnaissance. Elles ne peuvent toutefois être menées durablement que si elles émanent d'une volonté partagée de vivre ensemble dans une société démocratique, apaisée et ouverte. Un essai stimulant.Serge Paugam est sociologue, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Il est également responsable de l'Équipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS) du centre Maurice-Halbwachs.
François Hollande arrive à l'Élysée avec des idées simples de non-ingérence dans les affaires africaines, de refus de toute connivence avec les chefs d'État rétifs à la démocratie et avec la volonté d'ignorer les dictateurs africains. Mais les crises malienne et centrafricaine l'obligent à changer radicalement de posture... et les interventions de l'armée française se dessinent dès à présent comme le principal succès du début de ce quinquennat.Après le naufrage diplomatique de Nicolas Sarkozy, qui a déstabilisé l'image de la France en Afrique et dans une grande partie du Sahel par le biais d'une campagne militaire en Libye aux conséquences mal maîtrisées, François Hollande a saisi l'occasion de réparer une partie des erreurs de son prédécesseur. Comment, pourquoi, à quelles conditions humaines, économiques et politiques : l'auteur nous dévoile le dessous des cartes. Et nous amène à nous interroger sur les défis à relever pour que la France retrouve pleinement une place en Afrique - un enjeu considérable pour l'avenir de l'Afrique et de la France.Gregor Mathias est spécialiste des problèmes de sécurité et de défense en Afrique et professeur associé à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr.
« Tout ce pour quoi notre monde, c'est-à-dire nos grands-parents, nos parents se sont battus - la liberté, la démocratie, les droits de l'homme - sont des valeurs toujours en danger et pour lesquelles à notre tour nous ne devons pas accepter ce qui est en train de se passer - quelque chose qui se répand à travers toute l'Europe occidentale et centrale, une montée des extrémistes et du racisme. Pourquoi les Roms, les Tsiganes, doivent-ils être les victimes de ce nouvel et pourtant si vieil obscurantisme ? » Fanny ArdantDepuis plusieurs mois, les communautés roms sont pointées du doigt. Les passions se déchaînent, entre racisme primaire et naïveté irresponsable. Michaël Guet vient recadrer les choses : qui sont les Roms ? Quelle est leur histoire ? D'où viennent les stéréotypes qui les entourent ? Quel est leur devenir ? Un ouvrage précis, sérieux et documenté, qui appelle à renouveler notre regard et à remettre en cause nos certitudes.Michaël Guet diplômé en géopolitique européenne, en charge du Comité intergouvernemental d'experts sur les questions roms (CAHROM), travaille pour le Conseil de l'Europe depuis 1997.
Alors que s'érigent de nouvelles barricades contre l'égalité, Caroline Dayer jette un pavé dans la mare du genre. Des manifs contre le mariage pour tous et toutes aux attaques contre l'IVG, l'auteure éclaire ces controverses contemporaines en démontrant que le genre n'est ni une idéologie ni une théorie mais un concept et un champ de recherches interdisciplinaires. Un pavé ne tenant pas tout seul, la mosaïque des discriminations est ainsi démantelée. Renversant les apparences, cet ouvrage invite à cerner le coeur du système afin de hacker la matrice des violences. Et à fouler les pavés... pour l'égalité ! Caroline Dayer est enseignante et chercheuse à l'université de Genève.
Aujourd'hui quand on pense Bretagne, on pense bonnets rouges. Mais pour comprendre ce mouvement, ses contradictions et ses limites, il faut se rappeler que, longtemps région conservatrice, l'Ouest est devenu une terre de gauche depuis plus d'un quart de siècle. La cassure s'est produite aux élections municipales de 1977. Angers, Brest, Nantes, Rennes... sont perdues par la droite. Puis la région bascule. Quelles sont les causes d'un tel changement ? Qu'ont fait ces élus des villes - puis des départements et des régions - une fois implantés ? Quelle tournure a pris dans l'Ouest le socialisme à visage urbain ? Qui sont les femmes et les hommes qui s'apprêtent à succéder à la génération de 1977 - celle de Jean-Marc Ayrault, d'Edmond Hervé ou encore de Jacques Auxiette ? Un cycle se ferme, un autre s'ouvre. Aux conquérants succèdent des héritiers. L'Ouest va-t-il rester à gauche ?
Marseille en 2013, ce fut la capitale europeenne de la culture, avec 8 millions de visiteurs, le Vieux-Port pietonnise, le centre-ville transfigure... Mais aussi de la violence, du trafic de drogue, du chomage, une exclusion toujours plus forte...Ce petit livre est celui d'un excellent connaisseur de la cite phoceenne, de ses problemes et de ses atouts, d'un intellectuel engage dans le renouveau de sa ville, le projet Vieux-Port et la metropole Aix Marseille Provence. Il analyse « la crise marseillaise », melange de reussites et d'exclusions, de nouvelles richesses et de pauvretes extremes, de partage et de racisme, de solidarite et de clientelisme. Il dessine ce que pourrait etre l'avenir de cette ville si elle retrouvait la fierte d'elle-meme et saisissait la chance que lui offre un monde de plus en plus gouverne par ses grandes metropoles.Jean Viard, a la fois elu marseillais et sociologue, vient de publier La France dans le monde qui vient, dans lequel il propose une analyse de la situation actuelle de notre pays et presente les grands enjeux de demain. Il developpe ici ses idees concentrees sur une ville, et quelle ville !A l'aube d'une campagne electorale qui s'annonce passionnante et cruciale, sur laquelle tous les regards vont etre braques, ce livre tombe a point nomme pour en presenter les enjeux.
Cela se passe en France. C'est la plus belle aventure de la jeunesse des quartiers populaires de l'histoire récente : la Marche pour l'Égalité et contre le Racisme. Partis de la cité la plus violente de l'époque, les Minguettes à Vénissieux, une poignée de jeunes traversent la France pendant plusieurs semaines pour délivrer, contre toutes les violences, les racismes et les injustices, un message d'égalité, de paix, de non-violence - et d'amour pour leur pays. À leur arrivée à Paris le 3 décembre 1983, ils seront accueillis par plus de 100000 personnes dans une ambiance à la fois grave et joyeuse. Mais cette histoire ne serait rien sans celle, hors du commun, de Toumi Djaïdja, initiateur et symbole vivant de la Marche ; ce livre raconte son histoire dans cette histoire - celle d'un itinéraire singulier qui rencontre un destin collectif pour écrire une nouvelle page d'une utopie plus vivante que jamais. Une épopée moderne à découvrir par les jeunes générations !
Pour Jean Viard, au-delà de la crise qui nous déstabilise, jamais la société n'a changé aussi vite. Mais pour le comprendre, il faut analyser à la fois le recul de nos grandes appartenances de classes et de nations, le rôle nouveau de l'art de vivre, du bonheur privé, des habitus et des identités. Comprendre notre culture de mobilité, le réchauffement climatique, la place nouvelle du travail, la pression d'un monde en permanence co-informé et le développement extraordinaire d'une société collaborative, liée par des réseaux tous les jours plus nombreux. Oui : le monde s'unifie, la terre chauffe, la société se morcelle... mais internet nous relie.Comment alors penser les formes politiques de cette société et de ce monde-là ? Comment penser cet individu devenu plus tribal que social ? De quelle manière réinventer du récit politique ?Un livre résolument positif, optimiste, qui insiste sur l'urgence de penser et de retrouver un récit commun.