Futur proche
L'école est devenue un véritable champ de bataille. La guerre culturelle s'est propagée parmi les jeunes, entraînant son lot de tensions. D'un côté, des élèves s'opposent avec véhémence au féminisme, expriment leur mépris pour la diversité sexuelle et de genre; de l'autre, des élèves se mobilisent pour la liberté, l'égalité et l'inclusion. En arrière-plan: des politiques, des parents et des polémistes accusent les enseignantes d'encourager leurs élèves à changer de sexe, veulent interdire les drapeaux arc-en-ciel ou associent les toilettes neutres à l'effondrement de la civilisation. Pour documenter ces antagonismes, l'auteur a récolté plus d'une centaine de témoignages provenant du personnel enseignant et d'élèves du Québec. Le constat est clair: il y a une hausse marquée des propos et des gestes haineux dans nos milieux scolaires. En discutant aussi de la situation aux États-Unis et en France, où plusieurs forces conservatrices sont également à l'oeuvre, Francis Dupuis-Déri s'interroge : comment expliquer cette vague de comportements délétères dans les écoles? Comment le corps enseignant et les parents peuvent-ils développer de bonnes pratiques pour contrer ses effets?
Octobre 2023 : après l’attaque du Hamas, la France s’embrase. Dans La mauvaise cause, Denis Sieffert décrypte comment intellectuels et médias ont relayé la propagande israélienne, au mépris des faits et des victimes palestiniennes.
Qu'est-ce que l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN)? Qui sont ses membres et ses partenaires, et quel rôle jouent-ils dans la géopolitique contemporaine ? Cette alliance militaire, la plus grande jamais créée, sert-elle vraiment la cause de la paix ou celle des vendeurs d'armes et autres profiteurs de guerre? Alors que l'OTAN fait un retour en force sur la scène internationale, ce livre examine ses origines, sa structure et ses objectifs à une époque de tensions mondiales croissantes. Par une étude minutieuse des processus décisionnels qui la régissent, de la question souvent mal comprise de son financement et de la façon dont elle se joue du droit international, cet essai est une introduction indispensable pour comprendre une organisation sans cesse en expansion qui stimule la course à l'armement, exacerbe les conflits et accentue le risque de guerre nucléaire.
Dans la Silicon Valley, terre traditionnellement fertile pour les spiritualités excentriques, un nouveau récit se répand. Les start-up de l'intelligence artificielle vendent désormais aux investisseurs l'imminence de la fin des temps. L'IA deviendrait si intelligente qu'elle en serait divine, capable de nous sauver comme de nous anéantir. Sous son influence, l'industrie de la tech tout entière bascule dans un discours aux accents religieux. On ne vend plus le progrès, mais la métamorphose. On ne vend plus le futur, mais la fin de l'histoire. Certains les appellent les doomers - les catastrophistes - ou encore les techno-oligarques. Pour les besoins de ce livre, nous les appellerons les «prophètes». Cette congrégation se compose majoritairement d'hommes blancs, issus des élites universitaire et entrepreneuriale. Ils viennent de Stanford, Oxford, Harvard ou du MIT. Ils sont ingénieurs, chercheurs, philosophes, patrons, investisseurs et milliardaires, et pas une semaine ne passe sans que ces prophètes apparaissent dans la presse pour prononcer un oracle. Dans un inquiétant amalgame d'autoritarisme et d'ultracapitalisme, ils veulent nous faire croire en leur toute-puissance pour mieux imposer leur pouvoir. Ce faisant, ils représentent une réelle menace pour la société civile et nos libertés.
Et si les technologies censées libérer les femmes servaient aussi à mieux les contrôler ? Gender tech explore l’ambivalence des innovations médicales et numériques qui façonnent le corps féminin, entre émancipation et nouvelles formes d’oppression.
D'aucuns prétendent que nous sommes plongés dans l'Anthropocène, mais force est de constater que certains le sont plus que d'autres. En une vingtaine d'années, divers «-cènes» ont été proposés pour pallier les insuffisances de cette notion et pour affirmer que le piètre état de la planète aujourd'hui n'est pas le fait de l'humanité en soi, mais bien le résultat de relations socioéconomiques délétères qui font, entre autres, que certains êtres, certains lieux et certaines mémoires sont considérés comme jetables. En montrant la stratigraphie de pouvoir et de toxicité qui compose notre environnement, Marco Armiero propose le Poubellocène, l'ère des déchets, non pas comme une époque géologique à proprement parler, mais comme prisme d'interprétation qui tient compte des relations de domination et d'exclusion. De Naples, en Italie, à Agbobloshie, au Ghana, des écofictions dystopiques à la réalité des épidémies, il explore les entrailles du Poubellocène dans un livre bref et accessible, qui jette les bases d'une notion et offre une lecture multidisciplinaire de notre rapport au monde.
Que signifie être «indépendant», dans le monde du livre? De qui l'éditeur et le libraire sont-ils indépendants et, surtout, à quelles fins? Quelle «édition indépendante» peut constituer un modèle économique viable? Et que nous apprennent les remous qui l'agitent sur les formes contemporaines de contrôle de la parole et l'amenuisement sournois de l'espace démocratique? Dans le sillage d'analyses comme celle d'André Schiffrin et à partir d'exemples tirés du Québec et de la France, ces réflexions décrivent un monde du livre toujours plus menacé par les conglomérats médiatiques et les géants du web, mais où, paradoxalement, s'épanouit une édition indépendante foisonnante. Dans ce contexte, il devient urgent de clarifier cette notion pour qu'éditeurs et libraires puissent, ensemble, continuer de diffuser des formes et des idées radicales : l'indépendance doit être le fruit d'une réflexion commune et d'une quête collective, car à quoi bon être indépendant tout seul?
La restructuration néolibérale des institutions économiques et politiques entraîne une militarisation progressive des forces policières et de leurs tactiques de maintien de l'ordre. Surveillance, infiltration, brigades spéciales, armes sublétales, arrestations préventives... en Amérique du Nord comme en Europe, il semble que tous les moyens soient bons pour neutraliser la contestation sociale. Refusant de céder au schématisme habituel qui fait des forces de l'ordre un simple instrument des élites politiques, la sociologue Lesley J. Wood revient sur l'histoire récente de la police nord-américaine pour mettre au jour les dynamiques complexes qui la traversent. S'appuyant sur des sources directes, ainsi que sur les travaux de Bourdieu, Boltanski, Wacquant, et d'autres, elle étudie l'influence croissante du secteur privé - multinationales et consultants en sécurité -, de l'armée et des grandes associations professionnelles sur les pratiques policières et leur diffusion. Car mieux comprendre les raisons de l'escalade de la violence dans les réponses policières, c'est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister. Dans « Le marché global de la violence » en fin d'ouvrage, Mathieu Rigouste revient sur les mutations du maintien de l'ordre en France.
Dans les décombres laissés par les tempêtes meurtrières de 2017, les habitants de Porto Rico rebâtissent leur monde et se mesurent à de puissants adversaires dans une lutte pour l'avenir : pour qui reconstruira-t-on l'île ? Pour ceux qui y vivent ou pour ceux qui veulent y faire fortune ? Après un désastre écologique comme ceux qui promettent de frapper partout et de plus en plus souvent, deux visions du monde s'affrontent : celle d'ultrariches libertariens, déterminés à transformer l'île en un paradis où ils pourraient vivre à l'abri des tumultes d'un monde dont ils ont su tirer profit, et celle d'une population déterminée à reconstruire ses communautés autrement, pour mieux vivre ensemble, et mieux vivre dans le monde. Naomi Klein reprend ici la grille d'analyse de La stratégie du choc pour décrire le pillage en cours, mais elle raconte surtout l'histoire de femmes et d'hommes qui s'organisent pour subvenir à leurs besoins et pour bâtir une société durable et démocratique.
On ne cesse d'entendre leurs noms. Uber, Airbnb, Lyft et tant d'autres jeunes pousses devenues grandes seraient en passe de redéfinir le capitalisme. Pourtant, si l'on gratte le vernis d'innovation, cette vague de sociétés high-tech, pour la plupart américaines, est financée par des fonds de capital-risque sur un mode on ne peut plus traditionnel. Et derrière des promesses alléchantes dignes des mouvements sociaux les plus vertueux se dissimule une réalité bien plus glauque : l'économie du partage est en train de faire pénétrer dans des domaines auparavant protégés de nos vies un marché toujours plus avide et déréglementé. Tom Slee offre ici une synthèse lucide et documentée des enjeux liés à ce qu'on appelle l'économie du partage ou collaborative. Tranchant comme un rasoir, Ce qui est à toi est à moi montre que parce que ce modèle offre à quelques-uns la possibilité de gagner des fortunes aux dépens des collectivités, il est rien moins que délétère sur le plan social, urbain et économique.
Rome, 10 novembre 1931. Condamné aux arrêts domiciliaires, une bonbonne d'oxygène en guise de boulet et surveillé en permanence par deux sbires de Mussolini, Errico Malatesta, octogénaire et malade, se remémore sa vie, sans nostalgie ni regrets. Au cours d'une journée ponctuée par le tic tac de l'horloge, celui qu'on a surnommé bien malgré lui le « Lénine d'Italie » se souvient : la rencontre avec Bakounine dans le Jura, l'insurrection manquée du Matese, l'exil à Paris puis à Londres, l'aventure en Argentine, les soulèvements massifs du biennio rosso. Soixante ans d'anarchie entremêlés à l'histoire d'Italie et à celle du mouvement ouvrier international. Jusqu'ici racontée exclusivement dans les rapports des policiers qui l'ont toujours traqué, la vie de Malatesta, internationaliste et partisan de la propagande par le fait, est relatée en ces pages dans les mots de celui qui l'a vécue, tel que l'imagine Giacopini après avoir étudié de près la correspondance et l'oeuvre de celui qu'il surnomme l'« Ulysse de l'anarchie ».
Sans tomber dans un scepticisme stérile, Démocratie.com critique les discours techno-utopiques des penseurs des nouveaux médias et des militants pour le libre accès. Astra Taylor rappelle que la démocratie n'est pas une émanation directe des technologies et que pour faire d'internet une véritable plateforme populaire, il faut créer les conditions d'une culture démocratique durable.
Samir Shaheen-Hussain, partant de sa propre expérience de pédiatre, mène dans cet essai une enquête sur le rôle de l'establishment médical dans le déracinement, la colonisation et le génocide des peuples autochtones. Il jette ainsi un éclairage nouveau sur le racisme systémique dont ceux-ci souffrent dans le système de santé canadien. S'appuyant sur des études gouvernementales et historiques, des reportages, des rapports d'enquêtes publiques ainsi que sa participation à la commission Viens en 2018, l'auteur documente la violence médicale infligée aux enfants autochtones et leurs familles. Il accorde une attention particulière à la pratique qui interdisait systématiquement l'accompagnement parental lors d'évacuations aéromédicales pédiatriques, laquelle affectait de façon disproportionnée les peuples autochtones. Il prend comme étude de cas la campagne « Tiens ma main », lancée par des membres du personnel de la santé en janvier 2018, qui a réussi à mettre fin à cette règle cruelle de l'État québécois. Plus aucun enfant autochtone arraché mélange habilement l'essai critique et analytique, le récit de première main et le retour historique sur des périodes peu reluisantes de l'histoire des relations entre les divers palliers de gouvernement au Canada et les peuples autochtones. L'auteur y lance cet appel : il est impératif d'éliminer les impacts structurels des politiques racistes et coloniales sur les déterminants sociaux de la santé, de décoloniser la pratique médicale et de soutenir les luttes d'autodétermination des peuples autochtones. Il s'agit de conditions préalables essentielles à toute réconciliation authentique.
Les institutions sociales et politiques s'écroulent aux États-Unis comme ailleurs, et les élites, tant de gauche que de droite, ne suscitent plus au sein des peuples qu'un ressentiment dont l'intensité va grandissant. Cette colère se déchaîne et, de partout, surgissent des charlatans prêts à la canaliser pour protéger les élites au pouvoir. Les signes ne trompent pas : l'âge des démagogues est arrivé. Dans cette série d'entretiens, Chris Hedges explique l'ascension politique d'un personnage aussi trouble que Donald Trump, dénonçant au passage les démocrates, qu'il juge responsables de la déréliction politique qui a fait perdre la tête à l'Amérique. Une analyse lucide du néolibéralisme totalitaire et de la montée des extrémismes partout dans le monde, et qui incite, en fin de compte, à la rébellion.
Il y a presque dix ans - avant WikiLeaks, Occupy Wall Street et le Printemps arabe -, l'anthropologue Gabriella Coleman se plongeait dans l'étude d'un phénomène mondial alors en pleine expansion: la communauté de hackers au masque désormais célèbre, Anonymous. Après quelques mois, elle était devenue si étroitement liée au groupe - tantôt confidente, tantôt interprète ou porte-parole - que ce statut ambigu, atypique, avait pris une place centrale dans son travail. C'est depuis cette zone liminaire que ce récit entreprend de cerner la nébuleuse, à la manière d'un journal d'enquête anthropologique. Son immersion étonnante dans la sous-culture d'Anonymous, Gabriella Coleman l'enrichit de témoignages obtenus auprès de hackers célèbres en pleine action. S'y chuchote, dans l'ombre de la figure légendaire du trickster, la jubilation du «lulz» - le plaisir de jouer des sales tours, la délectation du «trolling», l'exaltation de la piraterie. Une forme naissante et rageuse d'activisme s'y déclare aussi haut et fort, qui aura le succès que l'on connaît. Sans rien céder aux charmes de l'anecdote, l'ouvrage pense plus largement l'action directe dans le cyberespace, en creusant notamment la question de l'éthique du «hacking». Il examine dans le même temps les mécanismes de répression conçus par les autorités pour contrer cette nouvelle forme de contestation. Cette étude sur Anonymous est indubitablement la plus complète et la plus rigoureuse existant à ce jour.
Dans Séparés mais égaux, Christophe Allaire Sévigny enquête sur un système d'éducation qui, sous couvert de la liberté de choix, a glissé vers une forme moderne de ségrégation sociale. Les élèves québécois font aujourd'hui l'expérience d'une «école à trois vitesses» qui les discrimine en fonction des moyens économiques et du bagage culturel de leurs parents. L'école pour tous a disparu. À mi-chemin entre l'essai et le reportage sociologique, cet ouvrage part de l'expérience vécue des élèves, dont les témoignages sur les stigmates que laisse un tel système sont bouleversants, et fait entendre des professeurs et de nombreuses personnalités publiques qui ne décolèrent pas face aux reculs actuels de nos idéaux démocratiques. On en sort lucide et moins capable d'accepter l'inacceptable.
À qui profitent les ressources du Québec ? Qui contrôle nos forêts, nos mines et les produits de nos terres agricoles ? Qui choisit la voie qu'empruntera notre développement hydro-électrique ? Qui décide du sort de nos réserves d'eau potable ? Si, depuis la Révolution tranquille, nous sommes vraiment «maîtres chez nous», d'où vient ce sentiment que nos ressources sont encore pillées? Dépossession répond à ces questions persistantes, attaquant l'idée - chère à l'imaginaire québécois - selon laquelle le projet de souveraineté économique des années 1960-1970 est accompli. L'histoire ici retracée est celle d'une perversion, d'une corruption au sens propre du terme. Est-il en effet possible que la Révolution tranquille ait contenu en germes le néolibéralisme que l'on connaît aujourd'hui ? Parcourant l'histoire de l'agriculture, de la forêt, des mines, de l'énergie et de l'eau, cet ouvrage met à nu les racines du malaise profond qui perdure depuis plus de quarante ans lorsqu'il est question de nos ressources naturelles. Il sera suivi d'un deuxième tome sur les services publics.
Depuis le départ des dernières troupes américaines du Vietnam, et surtout depuis la débâcle en Afghanistan en 2021, jamais les États-Unis n'ont fait face à une telle incertitude dans leur politique étrangère. Que s'est-il passé ? Et que leur réserve l'avenir
Les discussions et conférences rassemblées dans ce livre offrent une perspective profonde et généreuse pour comprendre l'état du monde, et notamment les enjeux liés au pouvoir. Y sont abordés le fonctionnement des médias, les systèmes d'éducation, la crise environnementale, le complexe militaro-industriel, la mondialisation, les stratégies militantes, et plus encore. Comprendre le pouvoir couvre ainsi l'intégralité de la pensée de Noam Chomsky et en constitue la meilleure introduction qui soit. La pensée politique de Chomsky ne cherche à imposer ni une vision nouvelle ni une grande idée. Elle se distingue bien plutôt par sa capacité à compiler une énorme quantité d'informations factuelles pour les rendre signifiantes. Par un travail d'analyse concrète de grande ampleur, Chomsky s'emploie toujours à démasquer, cas après cas, les tromperies des organisations occidentales les plus puissantes. Émaillés d'une grande quantité d'exemples, ses textes incitent à penser par soi-même et encouragent l'esprit critique. Comprendre le pouvoir se présente ainsi sous la forme très accessible d'échanges, de discussions, de conversations avec des militants, étudiants et chercheurs, échanges nous enjoignant à réfléchir avec eux.
Les entretiens avec Noam Chomsky rassemblés dans ce recueil ont été menés par C.J. Polychroniou entre 2018 et avril 2022. Le grand intellectuel et militant y parle de la fin et des séquelles du trumpisme, du dangereux centrisme de Biden et de l'espoir que représentent Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez aux États-Unis. Il commente aussi la gestion de la pandémie de coronavirus, la crise climatique et les risques toujours plus élevés d'un conflit nucléaire, notamment depuis que la guerre en Ukraine a éclaté.
Les médias sont saturés d'images déshumanisantes que le discours dominant associe à une prétendue «crise migratoire». Or cette crise n'est que le résultat inévitable de la colonisation, la mondialisation capitaliste et des dérèglements climatiques. L'imputer à celles et ceux qui font les frais de l'exploitation et de l'extractivisme est une façon d'exonérer les vrais responsables et permet de justifier le renforcement militaire des frontières, de diviser la classe ouvrière internationale, de criminaliser les migrants et de consolider la domination de la classe dirigeante. Ce livre dissèque la frontière comme méthode intrinsèque au processus de formation de l'État, de hiérarchisation sociale, de contrôle de la main-d'oeuvre et de promotion de nationalismes xénophobes. En étudiant les cas de différents pays d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Océanie, l'autrice dénonce les politiques migratoires et appelle à l'action. S'appuyant sur le travail de politologues et de journalistes, elle donne aussi à lire les témoignages de personnes migrantes pour offrir cette synthèse salutaire et nécessaire des combats menés partout dans le monde pour l'abolition des frontières.
Cet ouvrage aborde le néolibéralisme sur le terrain qui, dès ses origines, fut le sien : le choix de la guerre civile en vue de réaliser le projet d'une pure société de marché. Une guerre de domination polymorphe qui sait parfois se doter des moyens de la coercition militaire et policière, mais qui se confond souvent avec l'exercice du pouvoir gouvernemental et qui se mène dans et par les institutions de l'État. De Hayek à Thatcher et Pinochet, de Mises à Trump et Bolsonaro et de Lippmann à Biden et Macron, le néolibéralisme a pris et prend des formes diverses selon ce que commandent les circonstances. Et ce qui apparaît, dans cette perspective stratégique, c'est l'histoire d'une logique dogmatique implacable qui ne regarde pas aux moyens employés pour affaiblir et, si possible, écraser ses ennemis.
Le paradigme identitaire et son corollaire, l'intersectionnalité, s'invitent désormais dans toutes les discussions, exacerbant les conflits et polarisant les opinions. Forgés dans les années 1970 pour créer des ponts entre toutes les luttes contre les différentes oppressions, ils sont aujourd'hui trop souvent utilisés pour resserrer les rangs autour de causes de plus en plus restreintes. Mais, comme le démontre Olúfmi O. Táíwò, ce n'est pas le paradigme identitaire qui pose problème. Grâce à une connaissance intime de la tradition radicale noire et une compréhension critique des mécanismes de domination sociale, le philosophe décrit ici comment les élites instrumentalisent les luttes identitaires en les vidant de leur substance politique et de leur potentiel libérateur. Il incite à rejeter tout discours identitaire émanant de celles et ceux à qui profite l'injustice sociale, et plaide pour une approche constructive de solidarité émancipatrice. Une réflexion cruciale pour envisager la possibilité réelle de s'organiser au-delà de nos différences dans la lutte urgente pour un monde meilleur.
« Qui mène le monde ? Cette interrogation en soulève une autre : quels principes et quelles valeurs mènent le monde ? Cette question devrait préoccuper en premier lieu les citoyens des pays riches et puissants. Ceux-ci jouissent en effet d'une liberté, de privilèges et de possibilités considérables, fruits des luttes de leurs prédécesseurs, et se trouvent devant des choix décisifs quant à la manière de répondre à des enjeux d'une importance cruciale pour l'humanité. » Dans cet ouvrage, achevé au lendemain de l'élection de Donald Trump, Noam Chomsky offre une vue d'ensemble de la géopolitique actuelle et une synthèse des rouages politiques qui la sous-tendent : des sanctions américaines contre l'Iran à la politique de torture que pratique l'armée des États-Unis, en passant par la montée en puissance de la Chine et ses conséquences sur les États-Unis et l'« ordre mondial », sans oublier la nouvelle guerre froide qui couve en Europe de l'Est et la guerre planétaire contre le terrorisme. De moins en moins contraintes par la structure que l'on dit encore démocratique, les puissances mondiales d'aujourd'hui ont un tel potentiel destructeur qu'il est plus urgent que jamais de prêter attention à leurs détracteurs.
Si nous voulons ébranler, voire abolir, les structures capitalistes qui menacent aujourd'hui toute vie sur la planète, Noam Chomsky et Marv Waterstone affirment avec force qu'il faut commencer par réévaluer les outils que nous utilisons pour interpréter le monde. C'est ce qu'ils démontrent dans ce livre tiré d'un cours qu'ils ont donné ensemble à l'université de l'Arizona, en faisant ressortir les liens souvent imperceptibles entre la fabrique du sens commun et le pouvoir. Cet ouvrage didactique et incisif est une véritable leçon d'autodéfense contre l'hégémonie contemporaine, le réalisme capitaliste.
Il y a une quarantaine d'années, lorsque des télévangélistes américains - tels Pat Robertson - se sont mis à hurler sur les ondes que les États-Unis deviendraient une nation et un empire chrétien, les esprits cultivés souriaient. Ce langage passait alors pour du racolage commercial, de l'esbroufe ou des coups de gueule sans conséquence. Aujourd'hui, l'influence politique de la droite radicale évangélique est devenue incontestable aux États-Unis. Près d'un tiers des Américains y adhèrent, à divers degrés. Elle possède des écoles, des journaux et des radios. Ses membres ont largement soutenu Donald Trump, et ils ne sont pas étrangers à l'assaut du Capitole de janvier 2021. Son langage autoritaire et ses appels à la domination totale ne sauraient donc plus passer pour des hyperboles.
En 2018, le journaliste allemand Emran Feroz a mené une série d'entretiens avec Noam Chomsky à l'université d'Arizona, près de la frontière avec le Mexique. Ce grand analyste de notre époque y discute notamment de ce qu'on a appelle à tort la «crise des migrants» et de l'impérialisme, du réchauffement planétaire et de la menace nucléaire, de la présidence de Donald Trump, de la responsabilité des intellectuels, des religions et de l'éducation. Le sentiment d'urgence face à la situation qui se détériore aiguise le regard critique de Chomsky sans pour autant lui faire perdre son «optimisme de la volonté». À lire pour faire le point sur l'état du monde.
La dernière décennie de Michel Foucault a coïncidé avec l'agonie des espoirs de transformation sociale qui avaient marqué l'après-guerre. Face à cette « fin de la révolution », le philosophe a tenté de réinventer la manière dont nous pensons la politique et la résistance, ce que sa génération n'avait, jugeait-il, pas réussi à faire. C'est dans cette perspective qu'il s'est intéressé au néolibéralisme en tant qu'outil permettant de repenser les fondements conceptuels de la gauche et d'imaginer une gouvernementalité plus tolérante aux expérimentations sociales, ouvrant un espace aux pratiques minoritaires et à une plus grande autonomie du sujet vis-à-vis de lui-même. Le moyen, en somme, de réaliser le projet énoncé à la fin de sa vie, celui de n'être « pas tellement gouverné ». Et c'est ainsi que, dans sa quête d'une « gouvernementalité de gauche », Foucault a anticipé et contribué, en quelque sorte, au façonnement de la situation politique contemporaine.
Dans cette série d'entretiens menés avec celui que l'on associe volontiers à la «conscience morale» des Américains, celui-ci s'exprime sur des sujets qui sont emblématiques de l'inquiétante époque dans laquelle nous sommes entrés il y a quelque temps: Trump, la Russie de Poutine, l'Europe, la crise des migrants, la montée de l'intégrisme religieux. À 88 ans, Chomsky regarde le monde en proie à des régimes autoritaires et totalitaires, un néolibéralisme débridé, une crise écologique dévastatrice, une guerre perpétuelle, mais ce qu'il voit surtout, ce sont les mouvements sociaux qui résistent à l'injustice et les inégalités. Même si la situation est critique, Chomsky défend un point de vue optimiste. Il persiste et signe: non seulement est-il encore possible d'espérer, mais l'espoir est plus que jamais indispensable.
La citoyenneté - le « droit d'avoir des droits », comme l'a définie Hannah Arendt - est aujourd'hui refusée à des centaines de millions de personnes - déracinés, réfugiés, apatrides et autres « illégaux ». Pour quelques happy fews, en revanche, les passeports sont des produits de luxe qu'ils collectionnent comme des toiles de maître, pour se simplifier la vie et payer moins d'impôts. Ce reportage montre ce qu'est devenue l'idée de citoyenneté à l'ère des gigantesques mouvements de population et de la privatisation des États. D'un côté, les ultra-riches ont accaparé le titre de « citoyens du monde » et sont les seuls à jouir, avec leurs capitaux, d'une planète sans frontières. De l'autre, des nationalités bradées, comme dans l'invraisemblable transaction conclue entre l'une des nations les plus pauvres du monde, les Comores, et les Émirats arabes unis qui, pour régulariser la situation des apatrides sur leur territoire, ont acheté au prix de gros des dizaines de milliers de passeports comoriens. Une captivante enquête sur les cosmopolites, volontaires ou malgré eux.
Le terrorisme suicidaire frappe aujourd'hui aussi bien à Columbine ou Utøya, que dans les rues de Paris. Sa violence multiforme surgit de partout et repousse chaque fois les frontières de l'horreur. Soutenir que ces assassins sont des forcenés ou encore les soldats fous d'une armée ennemie ne suffit plus à comprendre un phénomène aussi effarant. Franco « Bifo » Berardi s'intéresse ici à la psychopathologie, mais aussi aux origines économiques et politiques de ces meurtres de masse de plus en plus fréquents. Il démêle minutieusement l'enchevêtrement de désespoir, de ressentiment, de nihilisme, d'affirmation identitaire et de quête de célébrité qui pousse ces hommes à faucher la vie des autres avant de mettre fin à la leur. En ressort cet examen d'un corps social déchiqueté par le pouvoir absolu du capitalisme, qui nous confine à une impasse, entre dépression et violence. Un état des lieux dont il faut prendre acte pour pouvoir à nouveau poser la question « Que faire ? » et chercher, dans la noirceur, d'éventuelles lignes de fuite.
Malaparte démontrait que «l'insurrection est une machine [...]: il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l'arrêter». Presque un siècle plus tard, la même logique est à l'oeuvre dans les États-Unis de Trump. Alors que tous les regards sont rivés sur le président, ses bouffonneries et ses décisions arbitraires, une révolution bureaucratique a lieu en coulisses: une poignée de programmeurs démantèle méthodiquement l'administration pour la remplacer par des logiciels conçus dans la Silicon Valley. Ce putsch numérique vise l'annihilation de la souveraineté et la délibération populaires. Dans l'ombre des projecteurs, les saboteurs préparent le terrain pour la postdémocratie néolibérale: un régime plus autoritaire et plus brutal, où l'algorithme remplace le politique. Comprendre cette nouvelle technologie du pouvoir, identifier les méthodes et les objectifs de ses concepteurs, c'est se donner une chance d'en enrayer la mécanique. Et d'empêcher que le programme s'exporte et se télécharge au coeur de nos appareils d'État.