Etonnants voyageurs
Qui était Robert-Louis Stevenson, célèbre auteur de "L'île au trésor", entre autres ? Sans Francis Lacassin qui décida de republier les oeuvres majeures de Stevenson en collection populaire, la vie de Stevenson, tout autant que ses ouvrages seraient restés dans l'oubli quasi général. Or, s'il fut "l'un des derniers romantiques, Stevenson n'en fut pas moins l'un des premiers routards", un homme simple qui a vécu des aventures extraordinaires, un grand écrivain. Après avoir suivi Stevenson dans ses élans de joie et de tendresse, Rodolphe Jacquette considère que "la rencontre avec ce grand auteur est de celles qui ne peuvent laisser indifférents".
Si le mot « flâneur » évoque immédiatement Baudelaire, les grands boulevards et la vie de bohème, - qu'en est-il de « flâneuse » ? Dans ce livre jubilatoire, ode piquante à la déambulation au féminin, Lauren Elkin la présente comme une femme « déterminée et pleine de ressources, profondément en phase avec le potentiel créatif de la ville et le pouvoir émancipateur d'une bonne balade ». Mais elle nous montre aussi que revendiquer d'occuper ainsi l'espace urbain reste pour les femmes un acte subversif.De New York à Paris, de Tokyo à Londres et Venise, Lauren Elkin croise en chemin les flâneuses qui y vécurent - de la réalisatrice Agnès Varda à la correspondante de guerre Martha Gellhorn, en passant par les romancières George Sand et Virginia Woolf. L'auteure s'attache à mettre au jour ce qui se joue chaque fois qu'une femme au pied léger sort à la rencontre de la ville, comment chacun de ses pas contribuera à transformer son existence.
Si le mot « flâneur » évoque immédiatement Baudelaire, les grands boulevards et la vie de bohème, - qu'en est-il de « flâneuse » ? Dans ce livre jubilatoire, ode piquante à la déambulation au féminin, Lauren Elkin la présente comme une femme « déterminée et pleine de ressources, profondément en phase avec le potentiel créatif de la ville et le pouvoir émancipateur d'une bonne balade ». Mais elle nous montre aussi que revendiquer d'occuper ainsi l'espace urbain reste pour les femmes un acte subversif.De New York à Paris, de Tokyo à Londres et Venise, Lauren Elkin croise en chemin les flâneuses qui y vécurent - de la réalisatrice Agnès Varda à la correspondante de guerre Martha Gellhorn, en passant par les romancières George Sand et Virginia Woolf. L'auteure s'attache à mettre au jour ce qui se joue chaque fois qu'une femme au pied léger sort à la rencontre de la ville, comment chacun de ses pas contribuera à transformer son existence.
Un homme se tient face à la mer, à l'extrême fin de l'Europe, en Irlande, comme s'il s'absorbait lentement dans le paysage - ou y cherchait les voies d'une découverte de soi. Et à sa voix répondent d'autres voix, comme en écho, croisées ailleurs, à Bruxelles, à Gand, qu'importe l'endroit. La catastrophe a déjà eu lieu, "comme si quelqu'un brûlait des ordures ce jour-là devant une flamme éternelle depuis longtemps en allée". Et nous comprenons que nous sommes en Bosnie, à Sarajevo, à Mostar, tout autant qu'en exil, errants séparés du monde et de soi, sans retour - à moins que l'exil ne soit pas une parenthèse, mais le seul espace habitable d'une reconstruction... Roman, récit de voyage ? Combinant texte et photographies, brouillant les frontières entre narration fictionnelle, témoignage et reportage, Dusan Sarotar signe là une oeuvre magistrale, envoûtante, qui n'est pas sans rappeler W.G. Sebald.
Un homme se tient face à la mer, à l'extrême fin de l'Europe, en Irlande, comme s'il s'absorbait lentement dans le paysage - ou y cherchait les voies d'une découverte de soi. Et à sa voix répondent d'autres voix, comme en écho, croisées ailleurs, à Bruxelles, à Gand, qu'importe l'endroit. La catastrophe a déjà eu lieu, "comme si quelqu'un brûlait des ordures ce jour-là devant une flamme éternelle depuis longtemps en allée". Et nous comprenons que nous sommes en Bosnie, à Sarajevo, à Mostar, tout autant qu'en exil, errants séparés du monde et de soi, sans retour - à moins que l'exil ne soit pas une parenthèse, mais le seul espace habitable d'une reconstruction... Roman, récit de voyage ? Combinant texte et photographies, brouillant les frontières entre narration fictionnelle, témoignage et reportage, Dusan Sarotar signe là une oeuvre magistrale, envoûtante, qui n'est pas sans rappeler W.G. Sebald.
"La mer me fait peur", avoue Jonathan Raban, navigateur hors pair, et c'est ce mélange d'angoisse et de fascination qui fait le prix de ce livre. À peine installé à Seattle, il décide de rejoindre à la voile Juneau, en Alaska : mille six cents kilomètres d'un entrelacs d'îles et de canaux aux eaux tourbillonnantes, traversés de courants dangereux, empruntés pourtant depuis des temps immémoriaux. Ici s'est épanouie la culture du canoë des peuples autochtones, avec leurs fabuleux masques peints, leur iconographie complexe, leurs histoires de dieux sous-marins aussi néfastes que retors. Trappeurs et autres coureurs des bois eurent tôt fait de s'engouffrer dans le sillage des premiers explorateurs, eux-mêmes bientôt suivis par des colons, des missionnaires, des anthropologues et des pêcheurs dont les histoires, les rêves, les conflits hantent parfois chaque pouce de terrain. Est-ce par nécessité de faire le point que Raban a levé l'ancre ? Ou bien par besoin de s'immerger dans l'énigme de la mer, d'en recueillir l'écho dans les mythologies et les arts indiens, dans les journaux du capitaine Vancouver, dans la poésie et la peinture, dans la physique des vagues. Peu à peu, cette aventure dans le "Grand Dehors", au coeur de la nature sauvage, entraînera l'auteur dans des eaux plus profondes, plus sombres, plus personnelles qu'il ne l'avait imaginé, quand un drame imprévu bouleversera le déroulement du voyage et le précipitera dans une exploration des replis les plus secrets du coeur de l'homme.
"La mer me fait peur", avoue Jonathan Raban, navigateur hors pair, et c'est ce mélange d'angoisse et de fascination qui fait le prix de ce livre. À peine installé à Seattle, il décide de rejoindre à la voile Juneau, en Alaska : mille six cents kilomètres d'un entrelacs d'îles et de canaux aux eaux tourbillonnantes, traversés de courants dangereux, empruntés pourtant depuis des temps immémoriaux. Ici s'est épanouie la culture du canoë des peuples autochtones, avec leurs fabuleux masques peints, leur iconographie complexe, leurs histoires de dieux sous-marins aussi néfastes que retors. Trappeurs et autres coureurs des bois eurent tôt fait de s'engouffrer dans le sillage des premiers explorateurs, eux-mêmes bientôt suivis par des colons, des missionnaires, des anthropologues et des pêcheurs dont les histoires, les rêves, les conflits hantent parfois chaque pouce de terrain. Est-ce par nécessité de faire le point que Raban a levé l'ancre ? Ou bien par besoin de s'immerger dans l'énigme de la mer, d'en recueillir l'écho dans les mythologies et les arts indiens, dans les journaux du capitaine Vancouver, dans la poésie et la peinture, dans la physique des vagues. Peu à peu, cette aventure dans le "Grand Dehors", au coeur de la nature sauvage, entraînera l'auteur dans des eaux plus profondes, plus sombres, plus personnelles qu'il ne l'avait imaginé, quand un drame imprévu bouleversera le déroulement du voyage et le précipitera dans une exploration des replis les plus secrets du coeur de l'homme.
Imaginez Une année en Provence avec des alligators et des assassins, ou bien Minuit dans le jardin du bien et du mal avec des scènes de chasse et des repas à base de faune des marais. Coureur de monde impénitent, l'écrivain anglais Richard Grant, a descendu en radeau le fleuve Malagarasi, en Tanzanie, échappé à des bandits dans la Sierra Madre, mais porte son regard moins loin, cette fois : sur un coup de tête, sa compagne et lui, décident d'aménager dans une vieille plantation près de Pluto, au coeur du delta du Mississippi. Début d'une nouvelle vie. Ils s'immergent dans les sublimes paysages du delta, apprennent à chasser, se lient d'amitié avec une cohorte d'individus étonnants - éleveurs de poissons-chats, légendes du blues, millionnaires excentriques, et même l'acteur Morgan Freeman, - auront aussi à découvrir la corruption et le crime, et la réalité de tensions raciales. Cocasserie, poésie, colère aussi, composent un mélange d'une rare humanité qui a fait des Poissons-chats du Mississipi, pendant des mois un des best-sellers du New York Times, et le lauréat du Pat Conroy Prize. Au bout du compte, conclut Richard Grant, le Mississippi pourrait être « le secret le mieux gardé des États-Unis ».
Imaginez Une année en Provence avec des alligators et des assassins, ou bien Minuit dans le jardin du bien et du mal avec des scènes de chasse et des repas à base de faune des marais. Coureur de monde impénitent, l'écrivain anglais Richard Grant, a descendu en radeau le fleuve Malagarasi, en Tanzanie, échappé à des bandits dans la Sierra Madre, mais porte son regard moins loin, cette fois : sur un coup de tête, sa compagne et lui, décident d'aménager dans une vieille plantation près de Pluto, au coeur du delta du Mississippi. Début d'une nouvelle vie. Ils s'immergent dans les sublimes paysages du delta, apprennent à chasser, se lient d'amitié avec une cohorte d'individus étonnants - éleveurs de poissons-chats, légendes du blues, millionnaires excentriques, et même l'acteur Morgan Freeman, - auront aussi à découvrir la corruption et le crime, et la réalité de tensions raciales. Cocasserie, poésie, colère aussi, composent un mélange d'une rare humanité qui a fait des Poissons-chats du Mississipi, pendant des mois un des best-sellers du New York Times, et le lauréat du Pat Conroy Prize. Au bout du compte, conclut Richard Grant, le Mississippi pourrait être « le secret le mieux gardé des États-Unis ».
L'Ouest? Le mythe américain par excellence, nimbé du halo doré des légendes, magnifié par le western. Certes. Mais aussi, aujourd'hui, un vaste 'nulle part' à l'abandon, que l'on survole en allant d'un point à un autre. Et où l'on stocke l'arsenal nucléaire. Rien que cela, vraiment? Que nous dit encore, et dit de nous, l'Ouest américain? Pour en avoir le coeur net, Ian Frazier, journaliste star du New Yorker, homme de l'Est par excellence, à l'oeil aigu et à l'humour ravageur, fasciné enfant par les 'shows' télévisés, décide à trente et un ans de s'installer dans le Montana. Début d'un immense voyage dans les archives et par les routes, de la maison abandonnée de Bonnie et Clyde, dernier témoin de leur cavale, à la cabane de Sitting Bull, en passant par les lieux des crimes chroniqués par Truman Capote dans De sang-froid - 25 000 miles d'une exploration, entre légendes et réalité, d'un territoire hors norme où les étendues sauvages et anonymes disent tour à tour la force et la fragilité du rêve américain.
Où commence le "Nord" ? Là où la forêt boréale cède la place à la toundra ? À la limite sud du permafrost ? Au cercle arctique ? Mais c'est tout autant un espace mental, différent pour chacun : le rêve d'un monde vierge, sauvage, la poétique d'un "Grand Dehors" - et, on l'oublie, un "chez soi" pour ceux qui y vivent... Malachy Tallack va au plus simple, apparemment : suivre le soixantième parallèle qui passe chez lui, aux îles Shetland, puis traverse Canada, Alaska, Sibérie, Finlande, Suède, Norvège avant de faire retour à 'son' île de Mousa. Au plus simple ? En fait, au plus difficile, ce qui nous vaut une oeuvre rare, intense, sur la ligne de crête, toujours, dans la constante tension entre l'épreuve d'un vertigineux 'dehors' et l'introspection d'un 'chez soi', comme happé par le vide laissé par son père tragiquement disparu, jadis...
Où commence le "Nord" ? Là où la forêt boréale cède la place à la toundra ? À la limite sud du permafrost ? Au cercle arctique ? Mais c'est tout autant un espace mental, différent pour chacun : le rêve d'un monde vierge, sauvage, la poétique d'un "Grand Dehors" - et, on l'oublie, un "chez soi" pour ceux qui y vivent... Malachy Tallack va au plus simple, apparemment : suivre le soixantième parallèle qui passe chez lui, aux îles Shetland, puis traverse Canada, Alaska, Sibérie, Finlande, Suède, Norvège avant de faire retour à 'son' île de Mousa. Au plus simple ? En fait, au plus difficile, ce qui nous vaut une oeuvre rare, intense, sur la ligne de crête, toujours, dans la constante tension entre l'épreuve d'un vertigineux 'dehors' et l'introspection d'un 'chez soi', comme happé par le vide laissé par son père tragiquement disparu, jadis...
L'Ouest? Le mythe américain par excellence, nimbé du halo doré des légendes, magnifié par le western. Certes. Mais aussi, aujourd'hui, un vaste 'nulle part' à l'abandon, que l'on survole en allant d'un point à un autre. Et où l'on stocke l'arsenal nucléaire. Rien que cela, vraiment? Que nous dit encore, et dit de nous, l'Ouest américain? Pour en avoir le coeur net, Ian Frazier, journaliste star du New Yorker, homme de l'Est par excellence, à l'oeil aigu et à l'humour ravageur, fasciné enfant par les 'shows' télévisés, décide à trente et un ans de s'installer dans le Montana. Début d'un immense voyage dans les archives et par les routes, de la maison abandonnée de Bonnie et Clyde, dernier témoin de leur cavale, à la cabane de Sitting Bull, en passant par les lieux des crimes chroniqués par Truman Capote dans De sang-froid - 25 000 miles d'une exploration, entre légendes et réalité, d'un territoire hors norme où les étendues sauvages et anonymes disent tour à tour la force et la fragilité du rêve américain.
On peut venir à Bangkok pour bien des raisons, un changement de sexe, une nuit d'amour avec deux prostituées, un séjour dans un palace, ou simplement pour disparaître. Pour Lawrence Osborne, ce sera la recherche d'un dentiste bon marché - et la découverte qu'on peut vivre là inconnu, sans attache, avec un dollar par jour. Une des rares villes avec Pékin à n'avoir jamais été colonisée par l'Occident, énigmatique, chaotique, immense, corrompue, d'une grâce et d'une subtilité fascinantes : une ville pour un écrivain comme lui, se dit-il, depuis toujours de nulle part. Pologne, France, Maroc, États-Unis, Istanbul, il avait vécu jusque-là en nomade, occupé à se chercher, plus sûrement à se perdre : ici, dans ce cratère d'une totale étrangeté, voici qu'enfin il se sent chez lui. Jours tranquilles à Bangkok tient à la fois du journal intime et du carnet de vagabondages, entre quête spirituelle et séductions de la nuit - mais après tout les transsexuels sont-ils si étrangers au bouddhisme qui professe qu'un homme a été femme, et vice versa? Un guide qui sort de l'ordinaire, et une superbe oeuvre littéraire où s'affirme un auteur aujourd'hui comparé à Graham Greene.
On peut venir à Bangkok pour bien des raisons, un changement de sexe, une nuit d'amour avec deux prostituées, un séjour dans un palace, ou simplement pour disparaître. Pour Lawrence Osborne, ce sera la recherche d'un dentiste bon marché - et la découverte qu'on peut vivre là inconnu, sans attache, avec un dollar par jour. Une des rares villes avec Pékin à n'avoir jamais été colonisée par l'Occident, énigmatique, chaotique, immense, corrompue, d'une grâce et d'une subtilité fascinantes : une ville pour un écrivain comme lui, se dit-il, depuis toujours de nulle part. Pologne, France, Maroc, États-Unis, Istanbul, il avait vécu jusque-là en nomade, occupé à se chercher, plus sûrement à se perdre : ici, dans ce cratère d'une totale étrangeté, voici qu'enfin il se sent chez lui. Jours tranquilles à Bangkok tient à la fois du journal intime et du carnet de vagabondages, entre quête spirituelle et séductions de la nuit - mais après tout les transsexuels sont-ils si étrangers au bouddhisme qui professe qu'un homme a été femme, et vice versa? Un guide qui sort de l'ordinaire, et une superbe oeuvre littéraire où s'affirme un auteur aujourd'hui comparé à Graham Greene.
"L'on prétendait, dans cette région où ma grand-mère était née, qu'à un moment chaque année, les morts rentraient chez eux", écrit Inara Verzemnieks dans ce récit déchirant de guerre, d'exil et de reconstruction de soi. Mais ceux-ci sont-ils vraiment partis ? L'auteure a grandi à Tacoma, État de Washington, entre deux mondes, entourée de fantômes, dans les récits et les silences d'une grand-mère ayant fui sa Lettonie natale, envahie par les troupes soviétiques après la Seconde Guerre mondiale. Toute son enfance fut captive des rituels de cette Lettonie perdue, de ses cérémonies : salut au drapeau d'un pays devenu irréel, chants à l'église, camps de vacances l'été, dispersion sur les cercueils de sable letton entré clandestinement aux États-Unis. Sa grand-mère Livija et sa grand-tante Ausma ont été séparées, jadis. Livija est devenue une réfugiée, Ausma a été exilée en Sibérie, sous Staline : les deux soeurs ne se sont pas revues durant plus de cinquante ans... Dans une boîte contenant les affaires de sa grand-mère, Inara découvre l'écharpe que Livija portait lors de son départ. C'est assez pour entreprendre le voyage jusqu'au village où sa famille s'est désagrégée, retrouver Ausma, percer certains silences, à commencer par l'enrôlement de son grand-père dans l'armée allemande, là où les juifs furent massacrés par dizaines de milliers. Si le passé nous échappe, nous ne pouvons pas, nous, lui échapper, constate l'auteure tandis qu'elle s'enfonce dans la noire beauté de ce pays marqué par le malheur, les guerres, la culpabilité : un long chemin au plus intime de soi, sur l'exil, les pièges et les douleurs de l'identité, et cette demeure, alors, que devient la littérature - qui nous vaut un texte bouleversant, lyrique et somptueux...
"L'on prétendait, dans cette région où ma grand-mère était née, qu'à un moment chaque année, les morts rentraient chez eux", écrit Inara Verzemnieks dans ce récit déchirant de guerre, d'exil et de reconstruction de soi. Mais ceux-ci sont-ils vraiment partis ? L'auteure a grandi à Tacoma, État de Washington, entre deux mondes, entourée de fantômes, dans les récits et les silences d'une grand-mère ayant fui sa Lettonie natale, envahie par les troupes soviétiques après la Seconde Guerre mondiale. Toute son enfance fut captive des rituels de cette Lettonie perdue, de ses cérémonies : salut au drapeau d'un pays devenu irréel, chants à l'église, camps de vacances l'été, dispersion sur les cercueils de sable letton entré clandestinement aux États-Unis. Sa grand-mère Livija et sa grand-tante Ausma ont été séparées, jadis. Livija est devenue une réfugiée, Ausma a été exilée en Sibérie, sous Staline : les deux soeurs ne se sont pas revues durant plus de cinquante ans... Dans une boîte contenant les affaires de sa grand-mère, Inara découvre l'écharpe que Livija portait lors de son départ. C'est assez pour entreprendre le voyage jusqu'au village où sa famille s'est désagrégée, retrouver Ausma, percer certains silences, à commencer par l'enrôlement de son grand-père dans l'armée allemande, là où les juifs furent massacrés par dizaines de milliers. Si le passé nous échappe, nous ne pouvons pas, nous, lui échapper, constate l'auteure tandis qu'elle s'enfonce dans la noire beauté de ce pays marqué par le malheur, les guerres, la culpabilité : un long chemin au plus intime de soi, sur l'exil, les pièges et les douleurs de l'identité, et cette demeure, alors, que devient la littérature - qui nous vaut un texte bouleversant, lyrique et somptueux...