FeniXX réédition numérique (L'Aube)
« Finalement l'ombre disparaît et, par fines touches, des teintes naissent en de multiples points de la voûte haute du ciel, alors, là se découpent des nuages, ils deviennent enfin presque visibles pour celui qui est encore là, pour celui comme moi qui n'a peut-être rien d'autre à faire que d'être là, assis sur le pas de la porte à guetter le premier nuage dans le ciel du matin. L'espace se reconstruit morceau par morceau jusqu'à transformer l'horizon deviné en ligne réelle, les cris d'oiseaux en taches blanches et le bruit des vagues en ondulations visibles. Ainsi, le matin allait finir par arriver, espoir indicible, je n'aurais pu dire que je l'attendais vraiment, non plus que je le désire tellement d'ailleurs, simplement, comme fatalement, cette nuit-là aussi allait finir par s'achever et le temps maintenant allait pouvoir enfin s'organiser en quelque chose qui ressemblerait probablement encore une fois à une journée, journée à venir nouvelle, nette et propre, identique, sortie d'un moule naturel et sain. » Un murmure d'amour et de solitude, sur une petite île de Bretagne perdue dans l'océan. Louis Maspero mêle fantasmes et réalité, pour nous donner un roman onirique qui nous emmène, seuls à notre tour, sur les rives de notre imaginaire...
Suivant une tradition méditerranéenne millénaire, et sans qu'on y prenne garde, un comptoir commercial « colonial » a pris forme à Marseille ces dernières années. L'événement s'est produit dans le quartier de Belsunce, centre historique d'accueil des immigrants venus des mondes pauvres ou en conflits tout au long de ce siècle. À la différence des anciens comptoirs coloniaux, ce dispositif, qui s'appuie sur les différentiels de richesse entre pays, contribue à l'enrichissement de tous les maillons de son réseau. Il prend place dans une organisation mondiale de l'économie souterraine. Il invente une économie transfrontalière qui bouleverse les desseins des États, du Nord comme du Sud, et leurs hiérarchies rigides. Loin des fondamentalismes, Tunisiens, Marocains, Algériens, Polonais, Turcs, Libyens, Africains se croisent en d'incessants échanges civilisationnels dans cet espace de l'honneur et de la parole donnée. Peu sensibles aux rêves républicains d'une intégration française, ces communautés d'hommes et de femmes actifs interrogent radicalement notre conception de la citoyenneté.
Michel Anselme fut l'un des pionniers de la politique de la ville en France. Dès la fin des années soixante-dix, à la demande du maire de Marseille et de l'Office public d'HLM, il dirigea, avec ses amis du CERFISE, une première réhabilitation, dans l'une de ces cités où les travailleurs sociaux et les policiers craignaient d'aller. Avec le souci d'écouter les habitants et de donner droit à leurs revendications, mais aussi de construire des accords entre voisins, et de renouer le lien entre locataires et institutions, il inventa les « permanences de parole » là où régnaient la violence et l'abandon, le non-dit et l'exclusion urbaine. Ce fut l'expérience fondatrice du Petit Séminaire. D'autres expériences suivirent. Des quartiers nord de Marseille aux premières opérations de développement social des quartiers lancées dans les DOM-TOM, ce livre retrace l'itinéraire d'un sociologue qui choisit très tôt de tenir une position d'intervention sur le terrain de l'action publique, plutôt que de faire carrière dans le monde universitaire. Homme de parole dans tous les sens du terme, Michel Anselme consacra peu de temps à écrire. Il est mort subitement en 1993, à l'âge de 44 ans. De ses écrits, nous avons choisi les plus significatifs, pour faire entendre une nouvelle fois cette voix qui affirmait que les habitants des quartiers les plus difficiles sont capables de prendre la parole, de participer à la gestion de leur cadre de vie, du moment qu'on sait mettre en place des dispositifs adéquats. La politique de la ville a réclamé dès le début une présence active des habitants. Vingt ans après, elle ne sait toujours pas comment obtenir leur implication. Pour tous ceux qui cherchent du sens sous les discours incantatoires, il nous a paru utile de remettre en circulation les textes d'un homme que la passion de la démocratie avait mis en position de précurseur. Ce livre est l'initiative d'amis qui ont partagé son expérience professionnelle et sa vie quotidienne.
Le service militaire n'étant plus obligatoire, il était temps d'en écrire l'histoire et de s'interroger sur les manières dont cette institution a transformé la société française. Depuis toujours, parce qu'il touche à la vie, à la mort, aux libertés, le service militaire a déchaîné passions et polémiques : caserne éducatrice ou avilissante ? Moyen de préserver la paix ou facteur de guerre ? Garantie démocratique ou fantasme d'une armée populaire visant à conjurer la hantise des prétoriens ? Illusions et légendes sont tenaces ; et complexes les relations entretenues entre le citoyen, le soldat et l'idée républicaine. Plus qu'aucune autre institution, le service militaire fut objet de mythologies politiques, investi d'images qui l'ont ancré dans les moeurs. La caserne fut l'une des matrices de l'unité nationale, creuset complémentaire de l'école publique. Mais aussi symbole d'égalité, incarnation du régime républicain. Et consécration de virilité puisque les femmes en étaient exclues. L'imaginaire collectif en a été marqué en profondeur. À la croisée de l'histoire sociale et de l'histoire culturelle, cet ouvrage retrace, pour la première fois, des origines à nos jours, les fonctions, perceptions et représentations de ce mode de recrutement, de ce rite singulier. À la fois érudit et accessible, cet essai permet de comprendre les mutations d'aujourd'hui et leurs enjeux. Il ouvre à une réflexion sur la société de demain, celle où les jeunes des deux sexes découvriront l'âge adulte de la même manière.
« Orphelin, scorpion/buffle se complaisant dans l'entourage de vieillards et de fortes femmes seules mais pas esseulées, gaucher contrarié, myope et curieux comme une taupe, menteur et voleur ou plutôt hâbleur - en patois provençal on dit garofeur - plein de bouche et chapardeur, toujours pressé mais jamais stressé, rarement ému, sceptique sur les valeurs inculquées par rapport aux pratiques que je ne qualifiais pas encore de sociales, complètement isolé en dépit de la naissance de Moncadet et d'un nombre impressionnant de cousines, mais tous venus trop tard, après moi, c'est-à-dire après la guerre donc après Lui, il n'en fallut pas plus pour m'apprendre à dire NON systématiquement et me positionner toujours ailleurs : c'est donc l'hystérie salvatrice autant que protestante qui m'a poussé vers l'épistémologie ! Comprendre le monde plutôt que de ne pas le comprendre, même s'il est irrémédiablement corrompu et même si cette connaissance ne me donne pas le moyen de le changer. Je ne voulais pas mourir idiot, je décidai donc de vivre jusqu'à ce que j'eusse tout compris, y compris ce misérable tas de petits secrets... » Bruno Étienne nous confie ici une grenade entrouverte (essai d'anthropologie complémentariste), sorte de « vie mode d'emploi » qui, si elle est Perec-ement jubilatoire, constitue par ailleurs, un formidable travail d'anamnèse : celui qui nous fait parcourir le trajet d'un enfant provençal devenu professeur de science politique, spécialiste de l'Algérie et de l'Islam, mais aussi professionnel de karaté, et maître dans l'appétit de vivre !
« Tout était étrangement solitaire pareil aux traces d'un monde oublié. Les champs semblaient abandonnés et brillaient durement dans la lumière du soleil. J'ai dévalé la pente en courant jusqu'à la petite rivière ; je me suis agenouillé sur le bord, j'ai trempé mes mains dans son eau transparente, j'en ai humecté mon visage, puis je me suis étendu sur le dos et je l'ai écouté couler. J'ai respiré longuement l'odeur de bois mouillé des bâtons écorces. Le plus fort que j'ai pu, j'ai collé mon dos, les bras en croix contre la terre couverte de mousse pour que toutes les sèves me pénètrent, qu'elles se répandent dans tout mon corps. Encore une fois, j'ai regardé le ciel comme je ne l'avais jamais regardé, je me suis fondu en lui. J'avais sept ans. Je savais que j'allais quitter ce pays pour toujours. » Sept ans et la fin de l'enfance pour le petit garçon qui a poussé dans le tendre monde des femmes de son village et l'amour vigilant de sa grand-mère Zina, la vieille femme kabyle aux pouvoirs un peu sorciers. Mais à sept ans, les petits garçons deviennent grands, brusquement, et Mounsi doit rejoindre son père, travailleur émigré en France. Commence alors l'autre versant de sa vie... Mais Zina et les parfums de la terre perdue réussiront leur ultime sortilège : Mounsi deviendra écrivain et nous confiera ces Jours infinis, un superbe roman d'enfance.
« Je rapporte les tranches d'une autre vie possible de cette femme ou la mienne, à grands traits, sans donner de détails particuliers, n'en pouvant trop donner, comme si ma mémoire s'était, elle aussi, chargée de sable volatil qui rendrait le tout flou, j'aime aussi ces souvenirs, ceux qui restent accessibles, d'autant que seul à en posséder vraiment les clés, je n'ai aucun besoin de raconter autre chose que ce que j'aime, particules triées sur le volet des plaisirs subtilement sélectionnés par une mémoire particulière, la mienne... » Louis Maspero nous confie ici son second roman. Un roman d'amour fait de murmures et de chair, d'une nature complice et multiple qui mêle rêves et fantasmes à la réalité du quotidien. La confirmation d'un talent d'écrivain.
Grèves de la faim, passages à la télé, photos publicitaires dénudées, mais aussi SDF quêtant dans la rue ou expert portant sa compétence partout avec lui... nous sommes entrés dans une ère où de plus en plus le corps individuel s'émancipe du groupe pour devenir notre moyen principal de communication et de relation sociale. « Copyright Electre »
Depuis des siècles, Paris est le coauteur de la France. Aujourd'hui, la ville est comme saisie par un nouveau rôle : celui de ville mondiale des affaires, de la culture et du tourisme que deux décennies de grands travaux ont considérablement accentués. Comment repenser l'histoire de Paris face à ce nouvel enjeu, et surtout comment habiter dans une telle cité, comment y vivre et l'organiser dans ce contexte de métropole internationale ? Sans polémique, et dans un esprit constructif, un homme politique et un aménageur se sont associés pour penser ces questions et ouvrir des pistes de réponses. Un livre profondément politique au sens fondateur du mot, dont les perspectives historiques réjouiront tous les amoureux de Paris.
Après quinze ans d'analyse des méthodes et des débats consacrés à l'évaluation, de mise en oeuvre de cette évaluation dans les domaines de politiques et de programmes d'actions publiques, il apparaît avec force que celle-ci est une pratique sociale infiniment plus intéressante que tous les livres de méthode qui lui ont été, jusqu à aujourd'hui, dédiés. Afin de relancer le débat, ce livre propose de fonder la discussion des principes, des moments et des méthodes de l'évaluation sur une théorie du jugement politique. Tout en marquant ses relations profondes avec les sciences sociales, il les distingue en proposant une conception de l'évaluation comme moment constructif du développement de nouvelles formes de la conscience et de la pratique politique en démocratie. Nous vous présentons ici un ouvrage à la fois concret et théorique, nourri d'exemples puisés dans l'expérience ou les observations de l'auteur. Un essai qui invite autant à un renouveau de la pratique qu'à une discussion sérieuse de son sens.
« Le moteur s'était arrêté mais on n'entendait aucun claquement de portière, aucun pas sur le gravier de la cour. Seulement le silence et, très loin, l'écho des vagues. Ce n'est pas possible. Où sont-ils ? » U Fucone est mort assassiné par... U Fucone. Dès les premières lignes, Dominique Pinelli nous emmène dans un suspense haletant et totalement corse : difficile de s'y retrouver, dans les imbroglios du maquis que traversent les jolis seins des filles nues sur la plage et le plastiquage des belles villas qui défigurent la côte. Mais rassurez-vous : personne n'est tout à fait méchant, et souvent même on s'aperçoit que les Corses ont du coeur (avec l'accent !). Hommes mûrs et jeunes gens se battent dur pour leur île, mais craquent dans les yeux amoureux de leurs compagnes... très corses, elles aussi ! Un polar qui sent bon l'Île de beauté, aux effluves forts et sauvages comme un délicieux porcelluciu mitonné au coin du feu.
Un jour de 1956, Jean-Paul Clébert quitte Paris pour vivre à demeure en Haute-Provence, au coeur du Luberon et de la vallée d'Apt. L'un des premiers, il livre les secrets de ce pays sauvage et imprévu. Depuis, d'autres sont venus, des artistes, des artisans, des résidents secondaires. Les villages abandonnés se sont repeuplés, la vallée n'est plus ce qu'elle était il y a seulement vingt ans, le Luberon est devenu un lieu de prédilection pour l'intelligentsia parisienne, les journaux de mode et les férus d'écologie. Les piscines ont poussé comme des champignons sous l'oeil des paysans. Le Luberon s'est réveillé. Mais l'heure du pastis est si douce... Jean-Paul Clébert, à travers le récit de sa vie, nous livre la chronique douce-amère d'une région qui, le temps d'une génération, a su se transfigurer sans se renier. Vivre en Provence, c'est d'abord découvrir, explorer et rêver, c'est dénicher une maison, la retaper, et un jour allumer son premier feu de bois. C'est aussi résider toute l'année en supportant les solitudes de l'hiver. C'est avoir des enfants nés dans le pays, converser avec les autochtones, participer à la vie du village et s'y faire adopter. C'est revenir à une vie frugale, une économie domestique, une cuisine fidèle aux saisons. C'est faire pousser ses propres légumes, jouer aux boules, guetter le mistral et faire la sieste, c'est enfin travailler, peindre ou écrire, fabriquer, réparer des objets ou regarder le soleil se coucher. Vivre dans le Luberon, c'est peut-être se retirer ou se replier hors du monde, mais c'est aussi apprendre à mieux appréhender, à aimer cette terre millénaire pour mieux la transformer.
Ce livre est important, au moins pour deux raisons. Pour la première fois, un acteur essentiel du nationalisme corse, en nous introduisant à un conflit chaque jour plus tragique, nous permet de comprendre cette situation et ses dérives. Par ailleurs - et surtout - la volonté de l'auteur de tout raconter de cette lutte est une tentative, peut-être désespérée, de créer « un effet de souffle » pour que cessent les luttes fratricides et les enfermements actuels. C'est évidemment d'abord cela qui nous a incités à l'éditer. L'auteur lui-même écrit : « Le mouvement corse ne représente plus une alternative pour le peuple corse. S'il veut la symboliser à nouveau, il lui faudra trouver la force et le courage politique de procéder à une introspection sans concession. » Ce journal d'un homme chaque jour en danger de mort veut être le déclic d'un apaisement. Gabriel Xavier Culioli, dans sa préface, souligne quant à lui que si « ce journal accable d'abord celui qui s'y plonge car, transcendant la volonté de l'auteur, il dresse un bilan du nationalisme corse qui donne froid dans le dos, » c'est aussi un livre nécessaire car « si la barbarie mafieuse triomphe là, elle se déchaînera en France en contaminant d'abord la côte méditerranéenne. Puis elle montera vers le nord... » Ce livre est de ceux dont la lecture crée un choc, un ébranlement violemment salutaire - sans doute avant qu'il ne soit trop tard.
« L'adage destructeur qui affirme que « la première génération crée l'entreprise, la deuxième la maintient et la troisième la tue » est quelque chose de remédiable si, à chaque génération, on s'astreint à former les successeurs, et s'il règne une bonne harmonie. Nous devons éclairer l'attachement viscéral d'un entrepreneur à son entreprise. Attachement qui se traduit ici par une approche sage et prévoyante des successions, par le souci de maintenir le siège des capitaux dans le territoire d'origine, par l'adoption d'un management profondément social. Quand on crée quelque chose - et les entreprises n'échappent pas à cette règle -, on génère l'attachement des fondateurs et des successeurs familiaux à une oeuvre. Et cette oeuvre est collective : elle concerne ceux qui l'ont fondée mais aussi tous ceux qui y travaillent ou qui y ont travaillé. Une entreprise est un bien mis à la disposition de la communauté, et au service de la solidarité avec les clients, les fournisseurs, et les collaborateurs auxquels elle fournit du travail. »
Marseille et les Bouches-du-Rhône sous un angle inédit : découvrez comment la rareté de l’emploi et les mutations économiques redessinent les équilibres sociaux et politiques d’un territoire clé de la Méditerranée.
La décision publique ? Beaucoup la disent « en panne ». Elle ne serait plus accordée avec un État qui voit ses domaines de souveraineté se restreindre - avec la mondialisation, l'Union européenne, la décentralisation -, ni avec une société qui, alors que les institutions évoluent plus lentement, manifeste une vitalité puissante. La prospective ? Elle participerait d'un nouveau mode de « gouvernance » des sociétés : plus démocratique - car associant institutions publiques, acteurs sociaux et organisations privées - et apte à construire des choix stratégiques, compris par tous, et, par là, plus aisément mis en oeuvre. Le débat public ? La prospective le relancerait. S'écartant d'une visée planificatrice, elle stimulerait, à tous les stades du processus de décision, l'intelligence collective des acteurs. Tels sont les thèmes qui sous-tendent ce livre et qui définissent, positivement, ce que doit être une prospective du présent : au-delà des tendances lourdes, une démarche qui capte les signaux faibles, perçoit les germes du futur déjà à l'oeuvre, engage des initiatives innovantes ; bref, permet d'imaginer un avenir souhaitable qui, par l'engagement des acteurs inclus dans la démarche même, devient possible.
Quel est le véritable visage de l'Île-de-France en cette fin de millénaire ? Une région économique puissante, fer de lance de la France dans la compétition mondiale, ou une région qui s'essouffle et souffre d'une montée très forte des inégalités ? Quelles peuvent être les perspectives économiques de la région capitale dans un avenir teinté d'incertitude ? La métropolisation des grandes agglomérations rime-t-elle pour l'Île-de-France avec fragmentation territoriale ou périurbanisation ? Face à ces interrogations, cet ouvrage collectif présente les résultats des travaux de prospective sur la dynamique de localisation des activités économiques en Île-de-France. Soutenues par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Île-de-France (IAURIF), ces réflexions esquissent les perspectives économiques de cette région et proposent trois scénarios du futur. À travers le cas de l'Île-de-France, les contributions qui ont été rassemblées constituent des analyses originales sur les facteurs qui peuvent expliquer la croissance ou le déclin économique d'une « ville globale ».
Les initiatives mises en oeuvre pour lutter contre les phénomènes de relégation des quartiers sensibles sont d'abord centrées sur l'urbanisme et le social ; elles n'ont donc eu que peu d'impact sur ce qui est progressivement apparu comme l'une de leurs difficultés principales : la persistance du chômage. Face à l'impératif de création d'emplois et à la nécessité d'assurer un service minimum aux habitants, les entreprises ont été ainsi de plus en plus appelées à (ré)investir les zones urbaines sensibles. Aujourd'hui, cette implication n'est pas seulement dictée par « solidarité nationale » ou « citoyenneté ». C'est au contraire, pour beaucoup d'entreprises de services, une nécessité dictée par double logique d'efficacité économique et de légitimité sociale. Devant l'ampleur des problèmes rencontrés localement et à la difficulté d'exercice du métier, plusieurs grandes entreprises, réunies à l'initiative du Comité d'information et de mobilisation pour l'emploi (CIME), ont décidé de mettre en perspective leurs stratégies et leurs actions de développement économique et de lutte contre l'exclusion dans les quartiers sensibles. Le présent ouvrage constitue la synthèse de ce groupe de travail réuni d'octobre 1996 à juin 1998. Sans apporter de réponse définitive aux questions que soulève la problématique des quartiers sensibles pour les entreprises, il se veut une contribution utile à la réflexion de tous les acteurs économiques que questionne l'évolution des territoires urbains dévalorisés.
« Ne jalouse pas les gens mais imite-les si tu peux. » Ce vieux proverbe arabe tourne dans la tête de Nasser Sabeur quand, en 1974, débarque à Marseille avec 340 F en poche. Et, fascinés, nous suivons son aventure : des quelques chemises vendues à la sauvette sur un bord de trottoir à son premier magasin sur ce fameux cours Belsunce, les Champs-Élysées de l'immigration. Bientôt d'autres commerces suivront ; il fera fabriquer ses produits en Extrême-Orient, achètera des boutiques à Barbès, lancera la chaîne des « Papi ». Aujourd'hui, Nasser Sabeur a des bureaux à Hong Kong et Taïwan ; il vend des baskets aux Chinois, tout en dirigeant ses commerces populaires. Par ailleurs, il est associé à la création du plus grand studio photo en France. Mais au-delà de cette aventure portée par la volonté de réussir qui taraude Nasser Sabeur depuis son enfance à Bordj Ménaïel, c'est le désir de ce jeune patron de briser l'image stéréotypée de l'immigré qui nous a convaincus d'éditer ce livre. On peut sans doute y apprendre les vertus nécessaires pour devenir riche, mais on en retiendra à coup sûr un autre regard sur le monde de l'immigration.
« Aucun fantôme dans le dos mais quelques cicatrices à l'horizon. Je l'ai reconnue, le blue-jean délavé contrastait avec les chaussures trop femme, mais la toile rugueuse était gonflée par la plénitude de ses hanches. Sous le cou ferme et velouté, un fin chemisier Soleïado donnait de la couleur à son regard noir. Avant d'entrer, elle s'est retournée pour jeter un franc de tendresse dans la rainure de mes yeux : elle a blessé gravement mon immobilité. » Bien mal acquis, ne profite jamais aux rêveurs et aux idéalistes. Aux autres, par contre... Vincent Conti n'était pas très armé pour comprendre la leçon. Avec ses poings durs et sa gueule tendre - à moins que ce soit l'inverse - il n'a pour armes que ses gants de boxe et les poèmes de René Char. C'est peu pour se faire une place au soleil et dans le coeur de sa Bérangère. Heureusement il apprend vite et nul doute qu'il ira loin si les petits cochons ne l'ont pas mangé avant.
« La porte de Mirepieu, au quatrième étage, est toujours ouverte. C'est ainsi qu'il affiche, à l'attention de ses collaborateurs et quel que soit leur grade, sa disponibilité. On peut le voir sans rendez-vous. Il aime à dire qu'il n'a jamais refusé de recevoir quelqu'un et qu'il accepte d'être dérangé. En vérité, il n'y a pas foule dans son bureau et le personnel préfère le savoir, porte fermée, en réunion ou au téléphone. » Patron, lieu modèles ? Loin s'en faut. Marcel, à la fois dur et tendre, victime et maître de son destin, s'impose en contrepoint, et nous retrouverons finalement nos personnages dans un atelier de la RATP, après une terrible « bousculade », celle de toutes nos mémoires, celle de Charonne, le 8 février 1962. Maxime Vivas réussit ici la gageure de mêler politique et humour, désespoir et amour de la vie - qui passe par le devoir de désobéissance, un choix salvateur...
Hier colporteur de l'Occident vers les lointains des terræ incognitæ, point de départ des grands voyages exploratoires qui, dès le XIVe siècle, redessinèrent les cartes de la terre, le Finistère européen a peut-être rendez-vous aujourd'hui avec l'invention d'un nouveau paradigme territorial. De fait, pour ces régions excentrées de l'Europe, il s'agit d'inventer une voie littorale qui dépasserait la fausse alternative de l'hypercompétitivité ou de l'assistanat. L'Ouest européen rassemble une diversité de régions dont la richesse ne se mesure pas seulement à l'aune des indicateurs économiques. De Cadix l'Andalouse à Galway la Gaëlique, doit s'affirmer un développement territorial fondé sur des valeurs telles que la solidarité, le souci de l'intérêt collectif, l'organisation décentralisée et la préservation des ressources naturelles. Ce livre nous en donne les principales clés.
Les prospérités du crime - corruption, crimes organisés, trafic et consommation de stupéfiants - ont une histoire inséparable de l'histoire politique. Tel est un des propos forts de ce livre. Il y a un avant 14-18, et un après « guerre froide ». Il y a aussi le système asiatique du XIXe siècle, très finement décrit, et le système mondial actuel. Ce parallèle historique saisissant casse l'idée simple que les immenses problèmes actuels ne seraient qu'une des faces du délitement du politique et de la morale. Ils sont le produit d'une société planétaire insuffisamment organisée, comme le fut hier l'Empire du Milieu à l'époque coloniale. La corruption tend, dans ce type de situation, à
Entre mémoire et présent, Mes papiers d’Arménie retrace le voyage intime et politique de Jean Kéhayan, fils de rescapés du génocide de 1915.
Une colline, près de Sion. Mais on est loin de celle qui inspira Maurice Barrès, même s'il y a la terre et les morts. Ici les morts parlent, et c'est une voix qu'on entend, comme à Domrémy tout proche, une parole qui jaillit, une résurgence. Des mots qu'on souffle, qui sonnent, mots d'une personne appelée Petturon, prince celte, qu'une pelleteuse tira de son sommeil, et que les archéologues tentent d'arracher à son séjour doré. C'est pourquoi il parle. La bouche pleine. De terre. De soi. De mots. Petit poisson mélancolique. Et surgissent devant nos yeux Grannica l'épouse, Padula l'indocile, Claude Gellée dit le Lorrain, la ligne de partage des eaux et l'immense forêt des Vosges.
Lisez Noces d'ombre, découvrez ces jeux de la lumière et de l'obscur, de l'océan et de la montagne, de Bordeaux et de l'Afrique, de la musique et du silence, de l'amour et du hasard, d'un homme et d'une femme... Construites au plus serré par le biais d'une écriture flexible et rythmée, ces six nouvelles unies dans une sorte d'élan vital transforment chacun d'entre nous en spectateurs acteurs d'une intrigue époustouflante : un grand moment de bonheur romanesque pour les lecteurs que nous sommes !
« Ce livre vient à son heure. À un moment où des interrogations s'élèvent sur le rôle effectif des régions et sur leur pilotage, à un moment où l'Union européenne connaît une nouvelle et décisive étape marquée par un processus d'élargissement aux pays d'Europe centrale et par l'arrivée de l'euro, il est bon que des repères soient proposés pour le Nord-Pas-de-Calais. Ces « éléments pour une diplomatie régionale de proximité » esquissent le parti que peut tirer notre région de son exceptionnelle situation au coeur de l'Europe du Nord-Ouest et des défis auxquels elle est confrontée. Ils appellent débat, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes. François Denieul a, avec le concours d'Olivier Dassonneville, le mérite de poser en termes simples et vivants, accessibles au plus grand nombre, les bases d'une analyse, d'un questionnement et d'une action qui me semblent indispensables. Comme ce livre le montre bien, ce n'est pas parce que nous sommes géographiquement proches que nous sommes identiques, ce n'est pas parce que la coopération est une nécessité évidente que nous ne sommes pas parfois en concurrence, mais je pense profondément que rien de durable ne peut se bâtir sans prise en compte et respect des identités et des intérêts propres à chacun. Cela requiert à l'évidence une bonne connaissance des autres. À sa mesure, nord de Paris, sud de Bruxelles y contribue. » Michel Delebarre
Les déambulations nocturnes de Joseph Chopard nous mènent dans le monde chaud d'une ville du Sud. « Copyright Electre »
En 1951, lors de la première expédition polaire organisée par Paul-Émile Victor, le docteur Sapin-Jaloustre et Mario Marret découvrent une rookerie, lieu de vie des pingouins Adélie et des Empereurs. En 1953, lors de leur troisième expédition, Mario Marret et six compagnons refusent de rentrer en Australie alors que leur base est détruite en quelques minutes par un incendie. Ils vont donc se retrouver à sept dans un abri précaire prévu pour quatre et vivre une étonnante aventure dans cette partie du monde particulièrement peu clémente qui, par la force du récit extraordinairement vivant et plein d'humour de Mario Marret, ressemblera à un décor de rêve fantastique. Une aventure où se succéderont péripéties et drames, mais que le plaisir de la découverte transformera en expérience chaleureuse dans ce monde loin de tout, torturé par le blizzard, le froid et les dangers. « Sept hommes chez les pingouins » se lit comme un merveilleux roman d'aventures. Mais c'est aussi un document exceptionnel sur une expérience digne des grands explorateurs du début du siècle.
Janus pourrait être l'emblème de ce livre : l'économie et le social sont les deux faces d'un même monde que nos représentations mentales nous font, en permanence, opposer. Et pourtant ! Une société qui ne saurait plus assurer le passage harmonieux entre les dynamiques du social et la puissance de l'économie a-t-elle encore un futur ? Une société qui ne saurait plus écouter le présent, dans ce qu'il révèle de forces de changement, a-t-elle, encore, un futur ? La conviction des auteurs - engagés dans la recherche et dans l'action - est que l'économie s'invente, et invente, au travers des liens qu'elle noue avec la société : liens de coopérations, de confiance, d'échanges ; liens aussi d'oppositions, de conflits, de négociations. Tout n'est pas économique : les entreprises qui construisent leur futur ne peuvent le faire qu'en construisant en même temps le futur des hommes. Utopie, ou réalité en marche ? Sans concession à une mode « entreprise citoyenne » qu'ils contestent, les auteurs montrent comment certaines entreprises modifient leur rapport au social par souci de performance économique, pour construire un futur moins aléatoire. Ces stratégies innovantes, que l'on sent précaires à travers les témoignages des responsables d'entreprises, vont-elles rester sans lendemain ou sont-elles les prémices d'une économie plus respectueuse du social ? Des chercheurs exposent ici, à partir d'exemples précis, les conceptions qui pourraient aider à construire différemment la performance des entreprises. Une perspective intéressante ; mais le chemin est encore long.
Les gares vont-elles devenir des centres commerciaux et les stations de métro des espaces de travail ? Les aéroports se transformeront-ils en aérovilles et les aires d'autoroutes en « oasis d'urbanité » ? Fera-t-on bientôt du téléachat dans les trains, les voitures ou les avions ? Verra-t-on les bureaux regroupés dans des chaînes hôtelières spécialisées ? Ce livre est une enquête et un récit des lieux du transit que s'invente notre société depuis un siècle. On y remonte le temps des gares, des stations-service et des aéroports pour atteindre le coeur de ces hauts lieux de la mobilité. Mais surtout il porte un autre regard sur notre quotidien, un art de vivre et de travailler qui se reconstruit autour de ces escales modernes. Nourri d'histoire, de voyages et d'entretiens, Transit jette des passerelles entre des domaines aussi divers que l'urbanisme et le marketing, la grande distribution et la sociologie. Ce livre d'images vivantes nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et sur notre devenir. Il est d'une lecture indispensable pour tous ceux qui pensent, travaillent et vivent dans la nouvelle mobilité de la société.
« La petite fille pense, avec délices, qu'elle va, dans un tout petit moment, s'immerger dans le bleu du bonheur parfait... Or, elle ressent un mouvement brusque de sa maman qui, dans un bruit assourdissant, la précipite brutalement dans son cauchemar, à l'intérieur même du maudit poste de télévision. » Rachida Titah trace la vie de figures féminines - proches sûrement de la petite fille qu'elle a été, de la mère, de la grand-mère qu'elle est - dans l'Algérie d'aujourd'hui, monde de lumière devenu noir de violence et de terreur. Le grand mérite de l'auteur est de nous faire vivre fraternellement le quotidien de ces filles d'Algérie - la naissance, l'amour, la guerre, la mort dans la ville et au village - dans une proximité qui nous est d'autant plus douloureuse qu'elle nous est devenue familière.