Éditions de l´IHEAL
Des rythmes du candomblé aux avant-gardes esthétiques les plus radicales, la culture joue un rôle central dans l'émergence du Brésil contemporain. Issu du dialogue entre historiens français et brésiliens, cet ouvrage parcourt des domaines variés, de la littérature romantique à la musique populaire en passant par le théâtre et le cinéma, la mise en scène des corps, la mémoire et la fabrique de héros culturels. Les constructions identitaires, les politiques culturelles, les phénomènes d'emprunts et de métissage sont au coeur de la réflexion. Quatre décennies après l'émergence de l'histoire culturelle, cet ouvrage dresse un bilan d'étape et pointe les tendances actuelles de la recherche. Au fil des treize essais qui le composent, il donne à voir, à lire et à entendre la diversité brésilienne dans la perspective d'une histoire culturelle transnationale, loin de toute tentation exotique.
Le 26 septembre 2014, 43 étudiants de l'école normale rurale Raúl Isidro Burgos, communément appelée Ayotzinapa du nom de la localité où elle se trouve, sont portés disparus suite à une attaque à main armée de la police. Quelques jours après cet acte répressif, les Mexicains descendent en masse dans les rues pour réclamer la réapparition en vie des étudiants et exprimer leur douleur, leur colère et leur envie de changement. Ayotzinapa devient l'emblème du mal-être général de tout un pays. De l'indignation face à la répression à la fatigue émotionnelle après plusieurs mois de mobilisation, en passant par la joie et l'espoir qu'apporte une lutte commune, les manifestants sont traversés par des émotions multiples qu'il est nécessaire d'analyser pour comprendre leur engagement. En s'appuyant sur une étude de terrain de plusieurs mois au coeur du mouvement étudiant de la capitale mexicaine, Margot Achard souligne la complexité et l'importance du rôle des émotions dans la formation, le maintien et la baisse de la mobilisation.
À la suite d'une enquête ethnographique, Nathalie Borrel met en lumière la situation des travailleuses domestiques au Mexique, à travers l'analyse et l'articulation de trois systèmes d'oppression : le genre, la classe et la race. Les dynamiques sous-jacentes aux rapports de pouvoir sont importantes parce qu'elles permettent de comprendre non seulement les conditions de travail, mais plus largement les imaginaires qui traversent la société mexicaine. Ces femmes travailleuses, loin d'être les victimes d'un système, ne sont pas totalement surdéterminées par leur statut. Elles sont aussi capables d'agir et d'élaborer des stratégies, individuelles ou collectives, pour essayer d'éviter la discrimination, l'exploitation, le harcèlement, le classisme et le racisme. Grâce à une approche interdisciplinaire et féministe, Nathalie Borrel interroge, au travers d'un récit vivant, les conditions matérielles et subjectives des travailleuses domestiques.
Les récits relatifs à la fabrique des nations sont toujours pleins d'oublis. Dans le cas du Brésil, considérer que les peuples indigènes ont joué un rôle actif dans l'histoire du pays revient à toucher un château de cartes : il suffit d'en déplacer une seule pour que tout l'édifice s'écroule et pour que les interprétations consacrées, les certudes les mieux ancrées, s'effondrent. Le chercheur doit alors construire de nouvelles interprétations, mettre à distance les catégories de pensée héritées de l'ère coloniale et toujours bien présentes dans les sociétés contemporaines, revoir de manière critique son outillage méthodologique et ses instruments d'analyse. En considérant les marges comme de possibles façonneuses du centre et en s'interrogeant sur les régimes d'altérité, il devient alors en mesure de bâtir à nouveaux frais un récit alternatif sur la naissance d'une nation. Sur la base d'un travail ethnographique et dialogique engagé auprès des peuples autochtones brésiliens depuis plusieurs décennies, João Pacheco de Oliveira propose dans cet ouvrage une autre histoire du Brésil et de la formation des identités brésiliennes. Cet exercice d'anthropologie historique donne à voir les tensions complexes qui ont existé et existent toujours entre la pratique disciplinaire du pouvoir et les formes de résistance, de rébellion à l'autorité, entre les politiques publiques nationales et les dynamiques de la mondialisation, entre les héritages de l'époque coloniale et les mutations les plus contemporaines.
Quels parcours de vie mènent à se retrouver, au grand âge, entouré d`amour et de sollicitude, ou isolé et esseulé ? Comment faire face, en vieillissant, à cette question angoissante : « Qui prendra soin de moi ? »Cette enquête ethnographique décrit la vie quotidienne des vieux Cubains, qui sont nés avant 1959 et atteignent aujourd'hui leur quatrième âge, dans un contexte de crise économique et d'incertitude politique, où les cadres d'existence qu'ils ont connus et contribué à construire sont bouleversés.Dans un style narratif et vivant, Blandine Destremau montre comment les hommes et les femmes de cette génération vivent et aménagent leur vieillissement, alors que les solidarités familiales ont été affectées par les migrations, la chute de la fécondité et la renaissance d'une culture entrepreneuriale. Comment les politiques publiques, très performantes dans le domaine sanitaire, prennent-elles la mesure des besoins de care et y répondent-elles ? L'auteure propose en fin d'ouvrage une sociologie du vieillissement à Cuba.
Petite feuille consommée depuis des millénaires dans les pays andins, la coca est devenue depuis la fin du xixe siècle le principal ingrédient pour la production industrielle de cocaïne. Pour les cultivateurs de cet arbuste pris en étau entre demande mondiale croissante pour la drogue et politiques répressives ayant pour but la réduction des cultures, comment faire valoir le droit à poursuivre cette activité ancestrale ?Grâce à une enquête dans les villages de cultivateurs et une ethnographie des mobilisations pour la défense de coca dans les régions du Tropique de Cochabamba (Bolivie) et de la Vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro (Pérou), Romain Busnel décrypte les interactions complexes qui lient organisations sociales paysannes et État, économie illicite et mobilisations.Sa comparaison fine des relations et échanges politiques donne à voir des arts de faire fortement ancrés dans les systèmes politiques nationaux, bien éloignés des imaginaires d'opposition systématique des habitants à l'égard des États.
À New York, Paris, Los Angeles, Dacca, ou São Paulo, les ateliers de confection sont une figure historique de la métropole industrielle. Pointés du doigt en raison de l'inhumanité des conditions de travail imposées aux ouvriers qui s'y côtoient, les sweatshops surprennent par leur stabilité et leur longévité dans des environnements urbains pourtant en pleine mutation. Au travers d'une large enquête menée à São Paulo, dans le vieux centre-ville industriel et les quartiers périphériques, ce livre plonge dans la mécanique de l'organisation et du fonctionnement de l'atelier, retrace les parcours de celles et ceux qui y travaillent et révèle la dynamique urbaine associée à cette industrie particulière. Ainsi, l'atelier de confection apparaît comme le point d'articulation de la dynamique migratoire, du changement social et démographique, et des différents circuits d'une économie mondialisée. Alors que la consommation de vêtements croît à un rythme inégalé, les ateliers de São Paulo sont en symbiose avec l'environnement urbain dont ils exploitent les interstices, et sont en phase avec les modes de vie d'une société amplement urbanisée où la consommation progresse dans toutes les classes sociales. En éclairant les univers sociaux, économiques et spatiaux de l'atelier, défini comme un objet métropolitain, cette géographie de la confection dévoile en même temps les tensions et évolutions de la société brésilienne à l'aube du XXIe siècle.
Travail, jeunesse et migrations réunit les contributions de quinze chercheurs français, argentins et uruguayens dans le but d'analyser la mobilité des nouvelles générations au sein d'un monde globalisé. Signes des transformations du travail en Europe et en Amérique latine, les notions de précarité et d'informalité se sont imposées, qu'elles s'illustrent par une entrée difficile des jeunes dans la vie adulte ou par de nouvelles formes de migration. Quand les jeunes Européens se mettent en quête d'un emploi stable, les jeunes Latino-Américains recherchent un emploi « formel », doté de droits sociaux. Dans les deux cas, l'incertitude de l'avenir n'écarte pas les possibilités de résistance et de mobilisation collective. S'affranchissant d'une vision eurocentrée et datée de l'emploi, cet ouvrage invite au dialogue entre sociologies du travail, de la vie quotidienne et de la politique.
Les plantes médicinales, appelées yuyos en espagnol et Pohã Ñana en guarani, qui accompagnent une boisson froide (le tereré) en été et une boisson chaude (le maté) en hiver, remplissent les étals au Paraguay et font l'objet d'exaltations nationales. Des marchés jusqu'aux terres d'extraction, en passant par le domicile familial, Marie Vesco retrace la trajectoire des yuyos pour mettre en relief le quotidien et le travail des femmes et des hommes qui les collectent et les vendent au Paraguay. Dans ce livre d'anthropologie du travail reposant sur une longue enquête de terrain, l'autrice suit la piste des plantes pour retrouver celle des humains.
La violencia que no cesa busca romper estereotipos y comprender las huellas y persistencias del conflicto armado peruano en la actualidad. A veinte años de la creación de la Comisión de la Verdad y Reconciliación, ¿cuáles fueron los usos del metarrelato de su Informe final en las reparaciones a las víctimas? ¿Cómo se manifiesta el "continuum de violencia" en los conflictos sociales actuales, las migraciones o las violencias de género? ¿En qué medida las producciones culturales interrogan la herencia de la violencia política? Abordamos estas preguntas desde una perspectiva multidisciplinaria que articula ciencias sociales, humanidades y artes.
« Notre philosophie tente de rétablir le sens de plénitude de l'existence », annonce le président Juan Domingo Perón en s'adressant aux philosophes du monde entier qui participent au Congrès national de philosophie de Mendoza en 1949. Par son discours, le président de l'Argentine se transmute en « philosophe pratique » - comme lui-même se désigne - et transforme radicalement la réunion savante.Dans le contexte de la guerre froide, ce Congrès national de philosophie est l'occasion de rendre publique la troisième position de son gouvernement. Non sans ambiguïté, le congrès de philosophie est l'une des tentatives parmi d'autres du gouvernement péroniste pour approcher les intellectuels, à une époque où l'espace intellectuel, fortement politisé, se professionnalise et dessine ses frontières disciplinaires.De l'espace intellectuel au sens large, en passant par l'espace universitaire, l'auteure explore dans ce travail la manière dont la politique agit sur l'organisation et la dynamique de l'espace philosophique aussi bien que les débats des philosophes.
Dans l'étude qui suit on a voulu présenter un bilan des problèmes humains mexicains qui méritent d'être traités dans un cadre régional. Un tel travail pourra sembler prématuré, puisque la connaissance des éléments régionaux de ce pays débute à peine. Deux raisons font cependant que ce travail peut être d'une utilité réelle. Tout d'abord on a ressenti le besoin de faire le point des connaissances déjà acquises, afin que les études qui se poursuivent à l'échelle monographique puissent être rapportées à un cadre d'ensemble, qu'on sache là où la comparaison est souhaitable et possible, ou au contraire prématurée. En somme aider à savoir à quelle échelle se place un phénomène qu'on étudie localement. Etudiant nous-même une portion de la région centrale mexicaine, nous avions besoin de savoir grossièrement ce que cette portion représentait par rapport au pays tout entier, ou par rapport à la région centrale. Plusieurs monographies de régions ou de villes sont actuellement disponibles ou en chantier. Pour ceux qui les liront on souhaite montrer comment elles s'inscrivent dans les ensembles du pays. Pour ceux qui y travaillent on espère apporter en particulier l'aide des inventaires bibliographiques qui suivent nos chapitres, même s'ils sont approximatifs et provisoires. C'est sur ces bibliographies que reposent les chapitres de ce travail, même si dans la plupart des cas une vue directe des régions aidait à poser certains problèmes ; beaucoup de nos descriptions sont étayées sur ces lectures de travaux surtout mexicains. On espère d'autre part avoir contribué à éclaircir la conception même des études régionales au Mexique. En effet le chercheur se trouve confronté avec deux sortes d'études surtout. Les études économiques d'un côté, fondées sur des chiffres précis mais difficiles à faire entrer dans les cadres des paysages naturels tels qu'on les voit. Les études des milieux naturels de l'autre, où l'on étudie le parti que l'homme tire directement du sol et du sous-sol, mais qui laissent échapper une part importante des activités humaines qui cependant méritent d'être étudiées dans un cadre régional. En effet l'exploitation des milieux naturels implique l'existence d'une population qui est consommatrice : production et consommation nécessitent que se nouent des relations de commerce, d'information, d'investissement qui se localisent en des endroits précis ; la ville est en général le lieu où se noue l'ensemble des forces proches ou lointaines qui composent cette vie de relation ; celle-ci cependant a aussi partie liée avec la campagne qui dépend certes étroitement du milieu naturel, mais moins directement qu'on ne le croit souvent quand on en contemple le paysage. Ainsi à côté du paysage visible, dont l'étude est essentielle à la compréhension de la vie régionale, d'autres aspects de l'activité des hommes doivent être envisagés par l'étude régionale.
Au cours de deux années de coopération technique auprès du Centro de Investigaciones Agrarias de México, j'avais pu me familiariser avec les problèmes agraires mexicains, les ingénieurs Sergio Reves Osorio et Juan Ballesteros Porta m'apportant leur aide amicale. Les conséquences de l'explosion démographique mexicaine sur l'évolution des structures agraires et agricoles m'avaient véritablement passionné. Comment le Mexique pouvait-il satisfaire les demandes de terres et d'emplois d'une population agricole et de travailleurs sans terreplus nombreux qu'à l'époque porfirienne, malgré près de soixante ans d'application de la Réforme Agraire ? La solution « miracle » de la colonisation, déversant le trop plein humain de campagnes asphyxiées dans les espaces ouverts du Tropique, m'a parue justifier une étude devant répondre à quelques questions fondamentales : - la colonisation agricole, dans une période récente (depuis 1930 environ), a-t-elle réellement mobilisé l'excédent de population rurale des zones de peuplement ancien, pour le lancer vers les terres neuves ? - quelles formes a pris cette colonisation ? - reste-t-il actuellement encore des terres colonisables, quelle masse de population peuvent-elles absorber ? - enfin quels sont le coût, la rentabilité de la colonisation, ainsi que son impact sur l'organisation régionale ?
Sarmiento a fait couler beaucoup d'encre. Il a inspiré des amitiés et des haines si tenaces qu'elles se sont transmises aux nouvelles générations. Aujourd'hui encore, on souille de temps en temps ses statues, ou bien on les couvre de fleurs. Puisque certains historiens de nos jours glorifient Rosas et d'autrescaudillos, il est normal que l'ennemi irréductible de ceux-ci prenne son poste dans la lutte renouée. Toutefois ce n'est pas une raison politique qui a guidé notre choix. Celui-ci nous a été imposé par plusieurs considérations. En premier lieu, c'est pendant la dictature de Rosas que Sarmiento a écrit le meilleur de son oeuvre, tous les livres qui l'ont rendu célèbre. En outre, pendant la même période, on assiste à l'éclosion d'une pensée argentine caractéristique, et d'une littérature originale. Une vie intellectuelle intense se développe à Buenos Aires avant l'émigration de ses principaux représentants, alors que Sarmiento a plus de vingt cinq ans. Au Chili, où se réfugient plusieurs jeunes écrivains argentins, on voit bientôt également une littérature prendre forme. Les grands projets des héros de l'indépendance se réalisent, l'éducation et l'immigration s'organisent. Sarmiento est le plus zélé défenseur de l'une et de l'autre.
Le Lazarillo de ciegos caminantes, malgré le premier mot de son titre, n'a rien de commun avec Lazarillo de Termes, si ce n'est que ce malicieux héros sert à dénommer la profession par laquelle il débuta. Le guide d'aveugle est, dans le cas présent, le « guide des voyageurs inexpérimentés » de Buenos-Aires à Lima. C'est un itinéraire. Il a fait son apparition à Lima au début de 1776 avec une fausse indication de lieu et de date : Gijón 1773. Bien qu'il ait pris sa place dès O. Rich (1835) dans la bibliographie américaine, il a été réimprimé pour la première fois en 1908 par la Junta de Historia y Numismática Americana de Buenos-Aires, avec une préface de Leguizamón. Il restait un livre rare. En 1938, Ventura Garcia Calderón l'a inclus dans sa Biblioteca de Cultura Peruana publiée à Paris. Depuis, on l'a réimprimé trois fois, dont deux en de populaires collections espagnoles. Le voici offert aux lecteurs de langue française. Or pour la première fois, en conclusion des recherches qui, depuis un demi-siècle, l'ont rendu moins énigmatique, ce livre est irrévocablement rendu ici à celui que de bons juges, comme F. Monjardin et R. Porras Barrenechea, considéraient déjà comme son seul et unique auteur : Don Alonso Carrió de la Vandera (ou Bandera). Nous laissons pourtant à celui-ci le drolatique sobriquet dont il a affublé le personnage mêlé à sa mystification : les éditeurs récents ont à bon droit retenu Concolorcorvo comme un nom de guerre « sonore et significatif ». On doit louer le sûr instinct avec lequel Argentins et Péruviens ont élu cet ouvrage comme un des monuments littéraires représentatifs de leur XVIIIe siècle colonial. Mais le temps est venu de lui ôter la douteuse auréole d'indigénisme qu'il devait à la supercherie de Don Alonso. Cet inspecteur des Postes en mission n'a prêté ni sa plume ni son journal au Don Calixto Bustamante Carlos Inga dont il a mis le nom au frontispice de la première édition clandestine de notre Itinéraire. Il est rare qu'une mystification ne réussisse pas, peu ou prou. Celle-ci a fait son temps. Don Calixto, métis ou indien, dont nous ignorons quelle proportion de sang royal coulait dans ses veines, n'a plus aucun titre à figurer dans l'histoire littéraire du Nouveau Monde, même comme un parent pauvre de l'Inca Garcilaso de la Vega, authentique fondateur de la littérature péruvienne.
Le Territoire du Rio Branco marque l'apparition du massif cristallin qui limite au Nord le géosynclinal amazonien. Il est formé dans sa partie Sud par le Bouclier granito-gneissique, arasé, souvent recouvert de sédiments, qui se continue jusqu'en Colombie, au Venezuela et dans les Guyanes anglaises, hollandaises et françaises. Cette grande surface presque plane est interrompue au Nord par un large affleurement de roches volcaniques. Des témoins d'une série sédimentaire qui se retrouve tant au Venezuela qu'en Guyane anglaise, continuent ce massif montagneux, atteignant 2.875 mètres au Mont Roraimã.
Après les remarquables contributions à l'analyse des développements économiques données en l'honneur du professeur Gudin, par E. M. Berstein, K. E. Boulding, Gottfried Haberler, Wassily Leontief, Jacob Viner, O. G. D. de Bulhoes et bien d'autres grands noms de la science économique, l'ouvrage de Denis Lambert se présente comme un apport distinct et original de l'école française. L'auteur, en se fondant sur l'étude des économies sud-américaines, oppose à juste titre le déroulement optimiste et inévitable de l'inflation de croissance et les dangers de l'inflation de sous-développement. Seule la première comporte, à l'image de l'expérience nord-américaine, les mécanismes de correction spontanée qui font d'une tension interne une impulsion créatrice. Telle est la leçon que nous donnent les économies brésiliennes et colombiennes. Sur le Brésil, la documentation de Denis Lambert est particulièrement précise et pleine d'enseignement. Ce trait ne tient pas seulement à ce que l'auteur a vécu à Rio une partie de sa jeunesse mais aussi au fait qu'avec 62 millions d'habitants et 8,5 millions de kilomètres carrés, ce pays représente à lui seul la moitié d'un continent. En 1957, l'ensemble des économies sud-américaines compte 127 millions d'habitants répartis sur 17,2 millions de kilomètres carrés. Encore insuffisamment mise en valeur, cette région du monde est le seul continent sous-développé qui s'ouvre à l'industrialisation du XXe siècle avec une mentalité occidentale.
Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d'Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l'État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l'usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours - à vingt ans de la fin officielle du conflit - un pouvoir performatif sur l'identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ? Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s'est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas, les plus éprouvées par la guerre, d'évoquer la violence. Influencées à la fois par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l'imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d'un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées sont peu visibles dans l'espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d'anthropologie des mémoires de guerres civiles.
L’Amazonie comme vous ne l’avez jamais lue : une exploration scientifique et humaine des mutations profondes qui traversent, depuis le Pérou jusqu’au Brésil, les territoires et les sociétés de la forêt tropicale.
Le thème de l'encadrement des paysanneries dans les zones de colonisation est apparu particulièrement pertinent parce que c'est dans ces zones que luit l'espoir d'une solution à deux problèmes majeurs des campagnes du Tiers Monde : accroître la production agricole et trouver que faire d'une population rurale en surnombre qui ne cesse de s'accroître dans la majorité des pays. Il semble inutile de préciser ici ce qu'est cet encadrement ; les formules de J.P. Raison au début de sa communication y suffisant largement. Ajoutons simplement que c'est dans les zones de colonisation que le concept se simplifie et semble montrer ses aspects les plus positifs : en l'absence supposée de cadres traditionnels issus de la paysannerie, face à un maillage d'administration territoriale récent, rudimentaire et lâche, ce sont les aménageurs de la colonisation qui mettent sur pied les organismes nouveaux nécessaires, en donnant la prépondérance aux techniciens sur les politiques, afin de façonner les hommes et le territoire dans un but productif.
L'Université de Paris est heureuse de publier aujourd'hui les conférences faites, il y a quelques mois, par d'éminents économistes mexicains à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine. Elle s'acquitte ainsi d'une dette de gratitude envers le grand pays ami qui a eu la générosité de les organiser, ainsi qu'envers S.E.M. l'Ambassadeur J. Torres Bodet qui eut l'idée de ces entretiens et multiplia ses efforts pour parvenir à les réaliser. Par cette publication, notre Institut, fidèle à sa vocation, veut contribuer à faire connaître au public français le prodigieux essor réalisé par le Mexique au cours de ces dernières années.
Avec le dix-neuvième siècle s'ouvre une profonde, riche et obscure crise du monde hispanique. Les deux forces essentielles qui ont fait son unité : la Monarchie castillane et l'Église catholique, qui avaient atteint leur apogée dans l'absolutisme et la Contre-Réforme, semblent subir une éclipse. Un jour le roi disparaît inopinément de la tête de l'État, en même temps que s'étend parmi la classe cultivée et dirigeante un philosophique mépris pour le catholicisme et pour le prêtre. Le peuple espagnol privé de chef revient au communalisme médiéval et les créoles des Indes entrent bon gré mal gré dans l'Histoire universelle. Cette crise, avec tout son sens et tout son mystère, s'incarne magnifiquement en un homme : Bolivar. Aussi y a-t-il peu d'âmes qui offrent autant de richesse et de complexité. Son caractère reflète l'histoire.
Pour des raisons fortuites, nous avons été amenés à choisir la région de PUNO comme terrain de recherches. Très vite, il nous est apparu qu'elle ne constituait pas un monde à part : au fur et à mesure que nous progressions, nous nous rendions compte que les propriétés de l'organisation sociale que nous mettions en lumière s'interprétaient seulement par rapport à un ensemble beaucoup plus vaste, par rapport à une « zone de cotradition ». Si notre travail peut prétendre à quelque mérite, le seul que nous revendiquerions pour lui serait de préparer l'exploration méthodique de ce fond commun qui affleure sous les singularités d'une situation régionale.
Trois raisons essentielles m'ont amenée à faire de cet ouvrage une nouvelle édition. La première raison découle immédiatement de tout ce qui vient d'être dit : après les altérations subies par Cultura e Opulencia do Brasil dans ses diverses rééditions, il était nécessaire de présenter aux historiens un texte conforme à celui de l'édition princeps de 1711. La deuxième raison tient dans l'autorité dont jouit Antonil auprès des spécialistes d'histoire coloniale du Brésil. Il n'est pas un manuel d'histoire, pas une étude sur la vie économique et sociale du nord-est brésilien à l'extrême fin du xviie siècle et au tout début du xviiie siècle, qui ne comporte des développements entièrement basés sur Cultura e Opulencia do Brasil et qui n'en cite de longs passages. Et pourtant, aucune confrontation systématique des renseignements qu'y fournit son auteur avec les documents d'archives n'a jamais été tentée. N'était-il pas opportun de s'y risquer et de présenter non seulement un texte fidèle mais une édition critique ? La troisième et dernière raison se trouve dans les difficultés de compréhension que recèle Cultura e Opulencia do Brasil pour tout ce qui concerne l'histoire de la technique. Texte « diabolique » parfois, non seulement par 1'emploi d'un vocabulaire qui n'est plus en usage, mais par le style de son auteur. Ainsi s'imposa l'idée d'offrir aux lecteurs français une traduction qui, pour imparfaite qu'elle puisse être encore, soit susceptible de les aider à utiliser les ressources d'une oeuvre aussi capitale.
Si la concurrence entre le français et le créole date de la colonie française, les efforts de l'État haïtien pour répandre l'éducation dans les couches les plus défavorisées de la nation, les tentatives d'un groupe d'ethnologues pour relever le créole de son état d'infériorité sociale en face du français, l'usage qui en est fait par les diverses confessions religieuses pour la conversion des illettrés, l'expérience d'un enseignement donné dans le dialecte désormais orthographié, les récents essais d'adaptation de grandes oeuvres littéraires (Antigone, OEdipe roi) ont donné à cette concurrence une âpreté toute nouvelle. Le français reculera-t-il devant l'idiome local pour devenir de plus en plus la langue d'une élite restreinte, des salons, des délibérations et des cérémonies officielles ? Ou bien, au contraire, l'évolution sociale que l'on s'évertue à favoriser par l'emploi provisoire du créole aidera-t-elle à l'expansion d'un français dialectal chaque jour plus caractérisé ?
Cet ouvrage est un essai sur le Pérou des années soixante, vu sous un éclairage géographique. Il s'agit d'abord d'une description des milieux géographiques et des problèmes qu'affrontent les habitants dans l'aménagement des différents espaces qui composent le pays. Cet essai s'inscrit dans le cadre national péruvien. Il n'a malheureusement pas été possible de présenter une géographie régionale de l'ensemble du Pérou. Trop d'éléments font défaut. Les uns sont dûs à la carence de la documentation, les autres sont liés à la rapidité des changements que subit actuellement le pays ; il est difficile de cerner les relations de complémentarité qui tissent une trame régionale au moment où de larges secteurs du Pérou sont en pleine évolution, par suite de la croissance démographique et des migrations intérieures, du développement de certaines régions, de l'affaissement d'autres, et de la mise en place de nouveaux réseaux susceptibles de modifier durablement la physionomie du pays. Cependant, il m'a paru nécessaire d'offrir un bref panorama des caractéristiques des grands ensembles géographiques et de décrire quelques aspects des croissances, de la croissance économique comme de la croissance démographique. Enfin, il m'a semblé utile de dresser un tableau des projets d'aménagement en cours, de les situer dans leur contexte régional ; ces aménagements pourront peut-être constituer le canevas des futures grandes régions du Pérou, appuyées sur les ressources complémentaires de la côte, des Andes et de la forêt.
Argentine, Uruguay, Brésil : plongez au cœur des mutations industrielles qui ont façonné le Bassin de la Plata entre 1890 et 1970. Ce livre éclaire les dynamiques économiques, les succès et les blocages d’une région en pleine transformation.
Au début des années soixante, la situation énergétique du Brésil s'est profondément modifiée. Tous les handicaps n'ont certes pas disparu, mais depuis la fin du second conflit mondial la structure de la consommation se transforme rapidement et entraîne, au cours de la décennie 1950, l'émergence d'un véritable secteur énergétique progressivement intégré au reste de l'économie nationale. Il trouve évidemment son origine dans le démarrage de l'industrialisation que connaît le Brésil depuis la veille du second conflit mondial, mais on aurait tort de voir dans cette croissance induite le résultat d'une simple pression de la demande insatisfaite. La plasticité des structures dans une économie dominée par les planteurs et par l'industrie étrangère s'oppose à ce type « d'automatisme » : la création d'une industrie charbonnière, pétrolière et électrique passe par la constitution de sociétés publiques et l'intervention de l'Etat. En retour, cette « nationalisation » - dans les deux sens du terme - conduit le secteur énergétique à jouer un rôle de premier plan dans la restructuration amorcée de l'économie brésilienne.
Depuis quelques années, la nécessité de réaliser des fouilles scientifiques en Amérique centrale méridionale s'imposait de plus en plus. Les pays de l'Isthme furent en effet longtemps délaissés par les archéologues au profit des zones de hautes civilisations du Mexique et du Guatémala, comme du Pérou. Il est devenu maintenant évident que l'étude des régions marginales doit permettre non seulement d'ajouter un chapitre à l'histoire du Continent, mais doit contribuer en outre, dans une large mesure, à la solution des problèmes relatifs aux origines et au développement des civilisations américaines les plus évoluées.
Au centre même du creux des volumes consécutif aux lourdes pertes et à la grave incidence de la guerre hispano-anglaise, des forces actives - on l'a vu - travaillent au redressement massif des années qui suivent 1592. Rapidement, les niveaux d'avant la catastrophe sont retrouvés, la marche en avant du mouvement reprend son cours et, sans conteste, quelle que soit la ligne d'approche que l'on adopte, les niveaux atteints dès la première fluctuation cyclique 1593-1604, voire, dès la première fluctuation primaire (1593-1597) du cycle 1593-1604, en volume, du moins, dépassent déjà ceux-là, pourtant, particulièrement honorables, du « cycle royal de l'argent du Potosí ». Ils les dépassent de très peu, il est vrai, mais avec une constance suffisante pour qu'il ne puisse y avoir de doute sur la réalité du dépassement.
Vichy et la France Libre au Mexique/les débuts en politique de Jacques Soustelle, délégué du général de Gaulle pour l'Amérique centrale et les Caraïbes/le Mexique pendant la Seconde Guerre mondiale, carrefour des propagandes nazie, fasciste, communiste, espagnole, nationaliste et républicaine, franco-françaises, nord-américaine et japonaise.../ les réfugiés espagnols entre France et Mexique/latinité, hispanité, et culture anglo-saxonne... Tels sont certains des thèmes étudiés dans cet ouvrage, à la lueur notamment de nombreuses sources ouvertes pour l'auteur. Ainsi, si l'on plonge au coeur des politiques extérieures de la France et du Mexique pendant la Seconde Guerre mondiale, en raison de cette dernière ce sont en fait les mécanismes en crise des relations politiques, économiques et surtout culturelles qui sont mis à nu et décryptés au moment où se forgent les clés d'un nouveau dialogue - contemporain - entre la France et l'Amérique latine. Ouvrage pionnier d'histoire des relations internationales sur une aire peu connue, mais aussi éléments pour une histoire culturelle qui reste à écrire.
Les activités pétrolières ont attiré au Vénézuéla des milliers d'étrangers et mis en mouvement, à l'intérieur même de la nation, des centaines de milliers de personnes. Ces déplacements spontanés ont dangereusement affaibli certaines régions et densément peuplé des plaines presque vides d'hommes en y faisant apparaître des paysages tout nouveaux que la seconde partie essaiera de définir. Ces mouvements ont eu pour effet de fournir une masse importante de main-d'oeuvre aux compagnies : les pétroliers, pour la plupart, sont des déracinés. En éloignant ces hommes de leur pays, souvent de leur famille et en mêlant ces contingents d'origines diverses, les migrations ont constitué une masse assez amorphe, perdant ses traditions et ouverte à toute influence nouvelle. Le haut niveau de vie, les techniques très particulières de l'exploitation du pétrole, l'action matérielle et morale des compagnies ont alors marqué cette pâte que leur avaient préparée les migrations en lui donnant l'empreinte définitive. Ainsi, les mouvements de population n'ont pas eu seulement, dans la formation du groupe des pétroliers, des effets quantitatifs, mais aussi qualitatifs, c'est dire leur importance.