Pierre Chaunu
Pierre Chaunu
Et si notre civilisation jouait son avenir sur un sursis ? Pierre Chaunu, historien visionnaire, interroge ici la chute vertigineuse de la fécondité et ses conséquences sur la transmission culturelle.
Du présent que j'ai vécu, des futurs que j'ai parfois prévus, de quelques coins du passé que j'ai d'assez près regardés se dégage une ligne simple de relative cohérence. L'Australopithèque cassant son caillou avait déjà perdu une bonne part des conduites instinctives complexes qui permettent aux autres êtres vivants de vivre un cours un peu terne mais tranquille et sans migraine. Nous avons largué le reste et comblé cette heureuse défaillance par un processus ininterrompu d'accumulation culturelle. On peut donc être tenté de schématiser l'histoire par un vecteur sur l'axe du temps représentant la masse globale d'information et sa circulation. Les clefs de cette histoire sont simples, elles s'appellent : accroissement du nombre des vivants, élargissement des cercles de communication, conservation de l'acquis, limitation des pertes en ligne (l'écriture, de l'imprimé à la puce électronique), réduction des flambées destructrices de violence qu'entraîne tout décloisonnement des espaces. Et quelle explosion quand commencent à fonctionner les multiplicateurs sensoriels, optiques, d'abord au début du XVIIe siècle, puis les multiplicateurs des volumes et de la vitesse du déplacement, en attendant la parole et l'image à 300.000 kilomètres/seconde... Tout compte fait, il ne se passe pas tant de choses importantes en trois petits millions d'années, qu'on ne puisse tenter de les dire en 300 pages.
Né en 1923, Pierre Chaunu est professeur à l'Université de Paris-Sorbonne et directeur du premier centre d'histoire quantitative qui a été créé en France en 1964. On le considère comme l'un des pères de l'histoire quantitative et sérielle. Il enseigne également à la Faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence. Son oeuvre publiée représente un peu plus de 20 000 pages, depuis Séville et l'Atlantique jusqu'à De l'histoire à la prospective, publié ici dans la collection « Libertés 2000 », Le temps des réformes et Le refus de la vie. Depuis 1971, il collabore à divers magazines ; il est le président-fondateur de l'Association des Universitaires pour le respect de la vie. Pierre Chaunu, un historien, l'un des plus célèbres de l'école historique française ; un homme de foi : il enseigne la théologie réformée ; un homme engagé dans les interrogations d'aujourd'hui : il est un adversaire résolu de la loi sur l'avortement - élève aujourd'hui la voix pour dire ce qu'il pense, ce qu'il ressent face aux questions vitales qui forment la trame des volumes de la collection "La vie selon..." Après le succès de Parole d'homme, de Roger Garaudy, voici un nouveau livre promis au retentissement. Car, à propos du bonheur, de l'enfance ou de la politique - tout au long des vingt chapitres du livre -, Pierre Chaunu mêle intimement l'expérience de vie professionnelle aux réflexions de l'historien et aux méditations du croyant. Ce mouvement de la pensée - qui va de la confidence à la connaissance par le savoir historique et à l'amour par la foi - entraîne le lecteur. Il restitue à chacun de nous, en ce temps fugitif et troublé, la mémoire de l'éternité.
Au centre même du creux des volumes consécutif aux lourdes pertes et à la grave incidence de la guerre hispano-anglaise, des forces actives - on l'a vu - travaillent au redressement massif des années qui suivent 1592. Rapidement, les niveaux d'avant la catastrophe sont retrouvés, la marche en avant du mouvement reprend son cours et, sans conteste, quelle que soit la ligne d'approche que l'on adopte, les niveaux atteints dès la première fluctuation cyclique 1593-1604, voire, dès la première fluctuation primaire (1593-1597) du cycle 1593-1604, en volume, du moins, dépassent déjà ceux-là, pourtant, particulièrement honorables, du « cycle royal de l'argent du Potosí ». Ils les dépassent de très peu, il est vrai, mais avec une constance suffisante pour qu'il ne puisse y avoir de doute sur la réalité du dépassement.
1977. Deux historiens, amis et engagés, osent une lettre ouverte aux Églises en pleine crise. Lettre aux Églises interroge, avec humour et rigueur, les responsabilités des institutions religieuses face aux défis de leur temps.
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XVIe siècle : l'Europe se déchire entre Réforme et Contre-Réforme. Pierre Chaunu, historien majeur de la période, propose ici une analyse audacieuse des rapports entre Église, culture et société.
Une étude sur le passé de la France avant qu'elle ne soit une nation. « Copyright Electre »
Histoire et imagination, La transition inaugure la collection « Histoires » initiée par la communauté des historiens universitaires. Le point de vue initial de Pierre Chaunu est que : « Avec la transition, nous avons enfin un concept opérationnel et fédérateur. C'est un concept d'économiste, de démographe et bien évidemment de philosophe et d'historien.[...] Pour le moment la transition se présente comme l'entrée dans un système de plus en plus implosif, totalement non reproductible, au sens propre, un futur sans avenir. Seule, une analyse historique du présent à la lueur du passé est susceptible, peut-être, de proposer quelques solutions en vue d'une prospective un peu moins désastreuse.»
A partir de l'étude de nombreuses sources, retrace la constitution et la mise en mouvement de l'expansion planétaire de l'Occident chrétien maritime entre le XIIIe et le XVe siècle, qui mènera au désenclavement des différentes régions du monde. « Copyrigh
Le baptême de Clovis, il y a 1 500 ans, est aussi celui de la France, pays que fonda le chef mérovingien. Guerrier victorieux, Clovis fut aussi un génial politique : sa conversion rallia aux Francs les Gallo-Romains. La cérémonie de Reims se mua ensuite en sacre et Clovis devint un héros mythique qui, à la différence de Charlemagne, appartient à la France seule. Pour modeler ce profil, il a fallu près d'un millénaire et la guerre de Cent Ans qui cimenta la nation. Clovis fut alors identifié au Roi saint en attendant le siècle des Lumières qui fit du Franc l'inventeur de la monarchie constitutionnelle... Au XIXe siècle les deux France, révolutionnaire laïque et royaliste catholique, se disputèrent le héros. L'ombre de Clovis était présente lors de « la grande ordalie » de 1914-1918 et même aux funérailles de Mitterrand. Elle est au coeur de l'exception française : précoce identité nationale, royauté sacrée, Église indépendante du pape, passage de la « gallicanie » à la « laïcanie », de la religion d'État à une forme d'athéisme d'État. Pierre Chaunu et Éric Mension-Rigau, mêlant érudition, intuitions et convictions, passent en revue les figures qui, après Clovis, ont su aussi rassembler les France : Jeanne d'Arc, Henri IV, De Gaulle... Les auteurs décrivent cette France d'hier et d'aujourd'hui, fruit d'une succession d'impossibles mariages et qui entre dans le XXIe siècle avec deux mémoires vivantes, parfois opposées : celle de Clovis-Jeanne d'Arc et celle des soldats de l'An II.
Rassemble 43 articles jalonnant 35 années de la recherche d'un historien qui est l'un des fondateurs de l'histoire quantitative. Articles consacrés surtout à la conjoncture économique du 17e siècle, à l'histoire de l'Espagne au 17e siècle, à la Réforme. « Copyright Electre »
Vous avez bien compris que cette brève histoire n'est pas, ne peut pas être celle de Dieu, totalement hors d'atteinte. Mais celle de ce qui s'est passé, peut-être, en nous, de la trace que nous croyons pouvoir déceler dans l'esprit et le coeur de ceux qui nous ont précédés ou qui nous accompagnent. Le premier concile du Vatican (le 24 avril 1870) rappelait, en une langue humaine accessible qui en vaut une autre (traduction d'un latin proche de notre français) que l'Église tient pour certainement vrai qu'il est unique Dieu véritable et vivant, créateur et Seigneur des cieux et de la terre, Tout-Puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini par l'intelligence et en toute perfection,... unique, singulière, absolument simple et immuable substance. La Bible dit plus sobrement, plus simplement,... et elle dit vrai. Dieu crée, voit, conduit l'histoire, celle des choses et des êtres, de la nature et la nôtre qui sommes, curieusement là, regardant un peu comme Il regarde, observateurs observés de la totalité dont nous sommes, à la source de laquelle il est, mais dont Il n'est pas. Dieu, donc, crée, voit, conduit l'histoire mais Il n'a pas d'histoire. Cette brève histoire est, tout au plus, une introduction possible à notre histoire avec Dieu.
Voici le livre d'humeur et de réflexion d'un de nos plus grands historiens, fondateur de l'histoire quantitative, dont l'esprit républicain supporte mal le gâchis de la dispendieuse commémoration de l'archétypale, très sainte, sanglante et belliqueuse Révolution. Le processus, improprement dit révolutionnaire, entrave, retarde, compromet l'évolution en cours d'une société vivante, moderne, en heureuse et rapide mutation, dont les indices par tête venaient de rattraper les performances de la créative Angleterre, que la France surclassait, alors, de toute manière, par le nombre et le poids. Une structure d'État qui s'est figée, le piège d'une série de mauvais choix, l'abandon, en 1774, de l'excellente réforme Maupeou, un règlement électoral absurde mettent en place une masse critique de bouleversements erratiques, qui fait émerger la boue et entraîne, au moment où commence la vraie révolution, la révolution industrielle, un des plus grands ratages de l'histoire. L'inflation, le retour à l'économie de subsistance, l'appauvrissement du patrimoine, la désalphabétisation, la plus atroce des persécutions religieuses, la plus grande flambée d'intolérance, l'amenuisement irréversible de la fécondité, le populicide de Vendée et la guerre d'agression qui entraînent un volume de pertes supérieur à celui de 1914-18 méritent-ils tant d'honneur ? Était-il convenable, à trois ans de l'Acte unique qui scelle l'amitié européenne, de commémorer ça ?
Hier, s'affirmait la confiance dans le progrès sans fin des sciences et des techniques. Depuis quinze ans, le monde industriel s'enfonce dans la crise qui s'exprime dans la chute des rendements, l'incapacité à absorber la nouvelle révolution technologique, la réduction de près de moitié de la fécondité. La cause profonde réside dans la mise en cause du transfert laïc de l'ascétisme judéo-chrétien, dans la contestation des valeurs d'un christianisme tamisé à travers les filtres des Lumières. Le vague à l'âme qui découle de la conscience aiguë de ce drame, s'exprime dans le concept et le vocabulaire de la décadence. La décadence, aujourd'hui, n'est à personne. Il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder autour de soi. Elle est dans nos moeurs, dans nos conduites, dans notre attitude globale devant la vie, dans l'absence d'un discours cohérent sur la mort. Il était légitime d'interroger l'histoire, de chercher les origines du mot, du concept, et de distinguer les périodes qui ont été marquées, dans la conscience des contemporains, ou dans le discours des historiens, du sceau de la décadence. [...] La décadence implique un processus lent et progressif, ce que l'analyse des sociétés contemporaines permet de discerner, est un risque d'une autre nature, quelque chose qui ne s'apparente à rien de rassurant que nous ayons connu. Devant ces dangers insolites, un supplément de lucidité associe le oui à la peur, le non à la panique. Seule une enquête historique permettra de répondre aux questions que se posent dirigeants, responsables et simples citoyens avides de comprendre. Pierre Chaunu a appelé la réflexion des meilleurs spécialistes des différentes périodes de l'histoire dans la collection Histoire et décadence qu'il dirige, et dont cet essai définit aujourd'hui les lignes, les règles et les jeux.
Écrits entre l'automne 1983 et le printemps 1985, ces textes fondus en une histoire de l'Histoire sont les réactions à vif de Pierre Chaunu, ce grand historien d'esprit encyclopédique, ce philosophe anxieux du destin sous le regard de la mort. L'historiographie, telle qu'elle se publie au jour le jour, est le réactif le plus sensible des humeurs d'un moment. Entre une époque comme la nôtre, lourde de risques, de dangers, de possibilités gaspillées, et la manière de traiter le passé, des correspondances existent, qui sont, elles-mêmes, matière privilégiée de l'Histoire. Là, résident le sens et la justification de cet essai. Tout en survolant la totalité de la production historiographique, Pierre Chaunu a fait un tri qui est, en définitive, une photographie à la fois de la progression de la connaissance et des préoccupations des historiens. Pour une bonne moitié, il s'agit d'histoire religieuse. C'est donc au sein du religieux, de tous les aspects du sacré, qu'il nous fait pénétrer en compagnie des historiens contemporains. Mais cet essai n'est pas seulement une plongée au coeur judéo-chrétien de notre culture. Il montre aussi que l'après nouvelle histoire ne méprise plus les origines de nos identités nationales. Pourtant, estime Pierre Chaunu, l'oeuvre de démolition se poursuit hypocritement. Selon lui, les petits maîtres du passé, faisons table rase s'attaquent, à la tronçonneuse, aux racines qu'ils haïssent, alors qu'elles donnent son sens à la vie. Aussi ne s'étonnera-t-on pas que ce pèlerinage au coeur religieux et aux sources de notre identité se termine sur quelques éclats polémiques. Car, pour l'auteur de Histoire et décadence, la tolérance n'est pas indifférence, le respect de l'autre suppose que l'on mette bas les masques et que, de temps à autre, l'on dise tout, même ce qui est rude à entendre.
Le Temps des Réformes est bien autre chose qu'une nouvelle histoire de l'Eglise au temps de la Préréforme et de la Réforme. Certes, c'est une histoire savante, fondée sur un ensemble de recherches de pointe en cours, encore inédites, de la pensée, de la sensibilité, de la vie des intelligents (milieu des universitaires, des humanistes, du livre) et des humbles au temps des Réformes largement entendu de 1250 à 1550, mais c'est tout une méditation sur les origines du système de civilisation héritier de l'Antiquité gréco-latine, de l'innovation technologique du Moyen Age, du Message d'Eternité du Temps de la Loi, des Prophètes et des Apôtres, de la grande construction théologico-philosophique des IVe et Ve siècles, un systèe original qui a duré un bon demi-millénaire et qui achève de se défaire sous nos yeux. La construction d'un monde vivable, la construction d'un avenir passe par la Ré-intégration, en dépassement de l'éphémère, de tout ce que ce monde, qu'il ne faut pas perdre, contient d'éternité. En vérité, notre survie dépend d'un nouveau temps des Réformes. Professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Institut, Pierre Chacun est l'auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages qui touchent tous les domaines de la science historique.
Que s'est-il donc passé en Occident à la fin des années soixante ? Plus précisément, entre 1965 et 1970, quand - tous les sondages l'attestent - la mort devint, pour l'imaginaire collectif, le néant qu'elle n'a jamais été pendant 45 millénaires ? C'est avec son habituelle passion, et sur la base de documents inexploités à ce jour, que Pierre Chaunu analyse ces années noires - ces "Cinq tragiques" - pendant lesquelles tout bascule : l'Église, qui abdique sa spiritualité au profit d'un Évangile trop séculier ; la science qui s'essouffle, des techniques d'apprentis sorciers qui mettent en péril les équilibres fondamentaux de la démographie ; la "crise" avec son cortège de fanatismes et d'aveuglements au terme desquels on rencontre cette question singulière : pourquoi l'Occident cesse-t-il de donner un sens à la vie au moment même où le progrès lui offre les moyens de ne plus la transmettre ? On devine alors que, face à cette montée des périls, Pierre Chaunu ne ménage personne : ni les institutions, ni les dévôts, ni les incroyants. Il les adjure ici, au nom d'un espoir improbable doublé d'une espérance indéracinable qui reste la sienne et qu'il s'efforce avec talent, de faire partager. L'Historien, en cet instant, est ainsi un livre de colère et de conviction, un essai et une profession de foi.
Ce livre voudrait présenter, de 1504 à 1650, un siècle et demi d'histoire d'un océan : l'Atlantique, entendez, pratiquement, le plus vieil océan à l'échelle humaine, le premier qui ait été régulièrement franchi, le premier à s'être trouvé au coeur d'une économie, mieux d'une civilisation, diverse, complexe, multiple, comme toute économie, comme toute civilisation, mais essentiellement une, malgré l'immensité pour la première fois dépassée.
La conjoncture, telle que nous proposons de l'entendre, serait, donc, une méthode qui permettrait de révéler le plus de corrélations possibles entre les séries apparemment les plus éloignées. Mais cette méthode n'entend pas saisir seulement ce qui se prête au chiffre, à la série, elle vise à y incorporer le maximum d'humain que les documents expriment. Elle s'efforce, en tissant le plus de fils possibles, sur la trame des fluctuations du trafic, de donner un relief et un sens à ce qui risquait, hors de son contexte, de n'être plus qu'accidentel. La conjoncture est, ici, en l'occurrence, une méthode par laquelle on tend à tout intégrer de la réalité humaine connue dans l'unité de temps, à tout mener de front et à reconstituer, ainsi, le climat économique le plus largement entendu de l'Atlantique espagnol, résolu non plus spatialement, mais temporellement. Loin d'être le domaine de l'événementiel et par conséquent de l'accidentel, par opposition au continu et au logique du structurel, la conjoncture tenterait, au contraire, si la chose est possible, de reculer le domaine de l'accidentel et d'introduire des liens logiques dans des secteurs abandonnés, jusqu'alors, à l'aberrant.
La chrétienté latine occidentale s'est dotée, du XIIIe au XVe siècle, de nouveaux moyens. Une masse critique de transformations s'est alors constituée, après la lente et méthodique descente le long des côtes de l'Afrique (cf. L'expansion européenne, « Nouvelle Clio », PUF), mais tout explose et change de 1515-1520 à 1570... C'est la conquête (en Amérique), le contrôle côtier (dans l'océan Indien) et pour plusieurs siècles l'exploitation des nouveaux mondes, qu'ouvre la prépondérance européenne.Ce livre décrit, explique, mais surtout il pèse : coût démographique sous l'effet dévastateur du choc microbien et viral pour la première fois évalué, gain d'un surplus de 1 % du PNB pour l'économie dominante, sans doute l'une des conditions lointaines du « décollage » de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
Le difficile et douloureux débat en cours sur le financement des retraites le montre bien : les effets des phénomènes démographiques sont à la fois inévitables et irréversibles. De même que le fléchissement de la natalité dès le début des années 1960 n'a guère été remarqué à l'époque hors des milieux spécialisés, sinon par Alfred Sauvy, Michel Debré, Peter Mac Donald et déjà Pierre Chaunu, de même il est incontestable, chiffres de l'ONU à l'appui, qu'aujourd'hui la planète tout entière ou presque a cessé de « remplacer la génération » : les femmes en âge de procréer ne sont plus assez nombreuses ; dans les décennies à venir, la population mondiale va certes continuer à augmenter, mais ensuite elle va nécessairement décroître. Dans le tiers monde, dans les pays occidentaux, notamment en Europe (sauf peut-être en France et chez un ou deux de ses voisins), un malthusianisme primaire a presque partout triomphé. Comment des actifs de moins en moins nombreux pourront-ils faire vivre des inactifs de plus en plus nombreux ? L'humanité se trouve engagée dans un processus qu'elle n'a jamais connu. Elle doit le savoir, c'est la moindre des choses. Peut-être n'est-il pas encore tout à fait trop tard... Pierre Chaunu, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, est professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne ; Jacques Renard, docteur en histoire, est ingénieur d'études à l'université de Paris-IV-Sorbonne.
« Au cours de l'évolution, nous avons perdu les conduites complexes instinctives de nos lointains ancêtres. Mais le don de l'orgasme peut être considéré comme un mode de substitution des conduites instinctives dans le processus complexe de la reproduction de la vie. Au tournant des années 60, la nouvelle contraception a balayé les dernières traces d'un lien déjà fortement distendu. « C'est un progrès, certes, mais il n'est pas sans risque. Plus de cent pages de chiffres et de tableaux le montrent bien : comme je l'avais prédit, l'humanité est passée presque partout de l'explosion à l'implosion démographique. C'est à la culture de faire face, comme elle l'a fait toujours au cours du processus historique. De la rapidité avec laquelle elle réagira dépend notre destin. Il me semble aujourd'hui qu'on puisse raisonnablement être optimiste, si la femme le veut bien. Il suffit d'ouvrir les yeux, de comprendre et de vouloir. Y contribuer tant soit peu est le but de cet essai. » p. c. Pierre Chaunu, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, est professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne; Jacques Renard, docteur en histoire, est ingénieur d'études à l'université de Paris-IV-Sorbonne.
La liberté est-elle la première des " idées-forces " dans la civilisation judéo-chrétienne? C'est le point de vue de Pierre Chaunu dont la réflexion dans cet essai est aussi théologique qu'historique. Le concept de liberté est pour lui inscrit dans les premiers mots de la Genèse: " Au commencement Dieu créa ". Cette conception repose sur trois principes: Dieu est liberté _ la Création est issue d'un acte libre de Dieu que ne limite aucune nécessité _ Dieu s'adresse à l'homme comme à l'alter ego de sa propre liberté. Cette " liberté au ciel ", Pierre Chaunu s'en fait l'exégète à la lecture de la Bible et de ses principaux commentaires: ceux de Luther et de Calvin, d'Erasme _, comme ceux de saint Augustin et de Thomas d'Aquin. Mais la liberté, " cette notion immémoriale antérieure au mot qui la défend ", a aussi une histoire. Elle commence avec le Ramapithécien qui se dresse sur ses pattes de derrière, elle est celle de la taille de l'outil, elle est acte créateur dans le temps vrai d'une vie sous le regard de la mort. Pierre Chaunu la replace au coeur des sociétés qu'il traverse avec érudition et passion: la Cité grecque, les guerriers du Moyen Age, les paysans parcellaires des XIIe et XIIIe siècles, ces " dix millions de décideurs tard mariés mais pour la vie ", les persécutions religieuses à contre-courant du siècle de Louis XIV, la Révolution française qui a basculé sur la question religieuse et a sombré dans l'intolérance de 91 et la Terreur de 93 parce que " la valeur première de la Révolution est Egalité, dût-elle en coûter beaucoup en matière de libertés ", le XIXe siècle des Libéraux pour qui la liberté est une valeur judéo-chrétienne de progrès. C'est en historien de la longue durée et de la continuité que Pierre Chaunu nous propose, avec la fougue qu'on lui connaît, cet itinéraire de la liberté " au ciel et sur la terre ", " idée-force " dont il discerne les signes du retour dans la pensée d'aujourd'hui. Pierre Chaunu est professeur d'histoire à l'Université de Paris-Sorbonne. Ses principaux ouvrages sont: Séville et l'Atlantique, La Civilisation de l'Europe classique, La Civilisation de l'Europe des Lumières, Le Temps des réformes, La Mort à Paris.