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Cet ouvrage interroge le sens et la réalité de la nation américaine, déjà bi-centenaire, en examinant ses origines. Comment les « Pères fondateurs », ces Pygmalion du premier État-nation délibérément constitué, ont-ils conçu leur création ? Alors qu'en 1789 la France révolutionnaire fonde l'État-nation des citoyens, les dirigeants et les idéologues américains se défendent de ne créer qu'une nation contractuelle : ils cherchent à la légitimer en lui donnant une tradition. Pour l'auteur, l'idéologie dominante de l'Amérique passée et présente prend sa source dans les mythes développés par le discours des Fondateurs. Ce n'est pas vraiment la tradition libérale - héritée des lois britanniques et de la philosophie des Lumières - ou celle du « consensus » - dont on prétend qu'elle aurait assuré la permanence nationale - qui sont les fils conducteurs de la continuité historique des États-Unis, c'est plutôt une idéologie nationaliste, celle-là même qui est destinée à réaliser le « consensus ». Cette idéologie, profondément intériorisée, est remarquablement masquée par la pluralité des mythes qui la composent. L'auteur analyse l'élaboration et la portée de ces mythes : mythes de fondation, où s'exaltent les commencements absolus, le culte des pionniers, l'intangibilité des textes constitutionnels ; mythes de tradition et de continuité, où les conquérants de l'Amérique se font les porte-flambeaux de la civilisation et assument la tâche d'anéantir la sauvagerie et les sauvages ; mythes justificateurs d'une communauté exclusive, où l'homofaber anglo-saxon impose ses normes face à la « primitivité » des peuples d'Amérique et d'Afrique. Ces mythes modernes qui soutiennent et justifient la nation volontairement construite des Fondateurs établissent l'universalisme proclamé (et trompeur) d'une collectivité qui se dit élue par la Providence et que son élection disculpe des actes délibérés d'exclusion et de génocide. Des mythes à l'idéologie nationaliste, le pas est franchi en 1800 lorsque Thomas Jefferson, l'un des principaux idéologues de l'indépendance, est élu troisième Président des États-Unis. Désormais, l'État assume les mythes et les utilise pour cimenter la nation.
Ce livre n'est pas une biographie savante du jeune Trotsky mais l'évocation engagée d'un itinéraire politique, théorique et militant. Au fil de cet ouvrage, l'auteur s'efforce donc de suivre les sinuosités de cet itinéraire complexe, souvent contradictoire : de l'antimarxisme au marxisme « iskriste » du tout jeune Bronstein, de l'antibolchevisme virulent de 1904 au bolchevisme critique de 1917. Dans cette première phase de la vie politique de Trotsky, le « trotskisme » marche d'un bas boiteux : c'est l'époque du premier déploiement de la théorie de la révolution permanente, appuyée sur l'intuition géniale du profil de la révolution russe ; c'est aussi celle de la politique « malheureuse » de Trotsky, embourbé dans les marais du conciliationnisme et de l'équilibrisme, entre les deux fractions de la social-démocratie russe. L'ouvrage s'achève sur une évocation de 1917. La révolution d'Octobre ne signifie pas simplement l'ascension de Trotsky à la dimension historique. Au plan théorique, c'est, pour Trotsky, la seconde mutation fondamentale, celle qui l'amène à fondre la théorie de la révolution permanente dans le creuset politique et organisationnel du bolchevisme.
C'est grâce au mythe d'une unité paysanne que la bourgeoisie française a réussi à maintenir sous sa férule idéologique l'ensemble des couches les plus exploitées des campagnes. Ce mythe a toujours reçu la caution des chercheurs et des historiens, certains d'entre eux s'efforçant même de lui donner des lettres de noblesse en le conceptualisant sous le vocable d'« agrarisme ». Dans cet ouvrage, Philippe Gratton affirme au contraire l'existence de classes paysannes différenciées, aux intérêts antagonistes. Analysant les mouvements politiques ou syndicaux français qui ont contribué à dissocier l'unité terrienne dans la première moitié du XXe siècle, il s'efforce d'étudier non pas le rôle des paysans dans une lutte de classes qui se jouerait en dehors d'eux (au sein du monde industriel), mais les effets de la lutte des classes à l'intérieur même du monde rural. Pour lui, le temps des paysans respectueux des « autorités » syndicales ou politiques est révolu. Celui de leur révolte contre le pouvoir a commencé : les paysans français se battent désormais contre l'agrarisme.