Alain Brossat
Alain Brossat
Le cinéma est aujourd'hui traversé par une bataille autour du réel : d'un côté, les industries du cinéma, majoritaires, promeuvent une déréalisation qui est à l'oeuvre dans nos sociétés ; et de l'autre, un cinéma minoritaire et dispersé qui s'active en sens contraire pour nous redonner le goût du réel. Ce livre entend examiner cette bataille qui traverse le cinéma depuis quelques décennies et qui atteint aujourd'hui un seuil critique.
Pour en finir avec la prison s'inscrit en rupture avec les discours les mieux partagés sur l'institution pénitenciaire : le sécuritaire et l'humanitaire. Entre ceux qui exigent un régime plus sévère et ceux qui revendiquent pour l'entrée du droit dans les prisons, le faux débat occulte la véritable question : à quoi servent les prisons aujourd'hui ? Pour Alain Brossat, « l'énoncé inavouable sur lequel se fonde le fonctionnement de l'institution pénitenciaire est celui-ci : il y a, parmi la population, une part incompressible dont le statut est celui de l'irrécupérable. Pour cette part, ce n'est pas la dynamique de l'inclusion qui est à l'oeuvre, mais bien le décret d'abandon.» C'est pourquoi il ne peut pas y avoir de bonne prison. « Il ne se passera pas longtemps avant que la prison apparaisse aux yeux des vivants comme le signe irrécusable de l'état de brutalité, d'arriération des moeurs et des sensibilités dans lequel vivait l'humanité au XXe siècle, et encore au début du XXIe. » Alain Brossat est philosophe. Il a notamment écrit Le Corps de l'ennemi, hyperviolence et démocratie (La Fabrique, 1998).
Ernest Coeurderoy entre en politique après le massacre de juin 1848, mais engagé dans les mouvements radicaux, doit bientôt fuir la France et se réfugier en Suisse, commence alors un long parcours d'exil. Vite oublié, en dépit du talent littéraire et pamphlétaire que manifestent ses écrits, Coeurderoy n'en est pas moins un témoin de premier plan de la période qui suit la Révolution de 1848. Il est, par excellence, le chantre de l'espérance trahie, de la mélancolie révolutionnaire accablée par le triomphe de l'ordre policier, de la bêtise et de l'argent. Il se suicidera désespéré en 1862.
Au chapitre premier, N. touche un chèque d'un montant inestimable. Avenue Lénine, un semi-remorque dérape sur la pluie. Au chapitre deuxième, N. emmène dîner la petite et imagine une scène de théâtre. Au chapitre troisième, N. achète un appartement. Au chapitre quatrième, N. part dans sa maison des Vosges et fait la connaissance de deux loirs. Au chapitre cinquième, N. emménage avec ses deux loirs et se dispute avec elle. Au chapitre sixième, N. passe l'aspirateur, ce qui indispose les loirs. Au chapitre septième, N. et son attelage de loirs vont à Chantilly retrouver Lulu dans la forêt.
Après que, dans les années vingt, le glas de la révolution européenne a sonné, l'histoire mondiale s'est déroulée, d'un point de vue marxiste classique, selon les voies les plus paradoxales qui soient. L'histoire des cinquante dernières années est jonchée du cadavre de plus d'une révolution dont le triomphe paraissait assuré, mais par contre, on a vu le prolétariat vaincre où personne ne l'attendait. À l'heure actuelle donc, dans ce cours si surprenant des événements politiques, après tant d'années d'espoirs brisés et de trahisons dans le mouvement ouvrier, la confusion idéologique la plus extrême règne parmi les révolutionnaires de la nouvelle génération. C'est à la faveur de cette obscurité que les Figuières, Mavrakis et autres ont pu, dans une période récente, soumettre sans grands risques Trotsky et le trotskisme à la critique cavalière que leur dicte leur optique stalinienne, maoïste ou philistine. Aussi ce texte, volontairement conçu comme un pamphlet, s'attache-t-il dans une optique délibérément partisane - c'est-à-dire militante - non à défendre, excuser ou amnistier Trotsky et les trotskistes, mais à confronter le projet politique du trotskisme à ceux de ses détracteurs. Cette polémique n'est donc en rien une apologie, mais constitue l'illustration d'un combat et le témoignage de la vivacité politique d'un courant que les antitrotskistes de tous horizons expédiaient un peu rapidement au musée de l'histoire.
« Comment dites-vous déjà ? Socialisme, communisme, totalitarisme, stalinisme ? Nos hésitations et nos cafouillages, nos rudes empoignades d'hier et sans doute de demain autour du nom de la « chose » en disent long bien, sûr, quant au mystère de ce qui s'en va avec l'évaporation du « socialisme réel » en Europe de l'Est, la montée du chaos en Union soviétique et la déréliction du mouvement communiste international. En effet, avec et dans l'événement-cassure, ce sont différentes séquences, différentes durées qui viennent se coaguler, qui entrent en collision. Car enfin : quelle est la page, le chapitre, le tome qui s'achève là ? quelle histoire ? celle qui commence avec Yalta ? celle qu'inaugure octobre 2017 ? ou peut-être celle qu'inaugure Le Manifeste communiste ? le messianisme jacobin ? Ou bien encore, pourrait-on dire, suivant le fil d'Hannah Arendt, est-ce là le terme de l'ère noire des mouvements totalitaires qui a pris corps, sur le terreau européen au début des années trente ? »
Entre Petrograd et Varsovie, des milliers de militants juifs ont écrit l’histoire révolutionnaire du XXe siècle. Vie et mort du Yiddishland révolutionnaire retrace leur combat, entre espoirs fous et tragédie historique.
Cet essai décrit le retour de la figure très ancienne de l'affrontement du serviteur avec son maître, au coeur des rapports capitalistes contemporains, au temps de la crise sans fin de la démocratie libérale. La dérégulation généralisée des relations entre le capital et le travail, la disparition toujours accélérée des emplois à statut, la "flexibilisation" du travail se conjuguent avec la crise de la représentation qui dépouille les couches populaires de ce qui leur restait de capacité politique. Ainsi se dessine le nouveau visage de la subalternité.
This collective book proposes to re-examine and explore the paradox of modernity through the triad structure of biopolitics, ethics and subjectivation, as it has served as an effective analytic tool for Western cultures (Foucault, Agamben, Negri...). The authors ask themselves if this framework can be tested on as varied cultural conditions as those in Asia, South Asia, Africa, Latin America or Eastern Europe.
Comment comprendre que l’omniprésence de la sphère culturelle ne suscite nulle part ni opposition ni inquiétude ? D’où vient pareil unanimisme ? Et que cache-t-il ? Partant de ces questions peu orthodoxes, Alain Brossat dessine les mornes contours de la « démocratie culturelle » dans laquelle nous baignons désormais, gavés et assoupis, mais aussi isolés et insatisfaits. Ce nouveau régime de gouvernance supplante chaque jour un peu plus notre vieille « démocratie politique », vaincue par le marché et ses irrésistibles attraits : précisément les marchandises culturelles ! Non content de donner, avec les armes du philosophe, un grand coup dans la fourmilière de notre tout-culturel, de ce « toujours plus de culture » que l’édition et la librairie connaissent si bien, non content d’être un livre de combat contre une pensée plus que dominante (il faudrait dire hégémonique), cet essai résolument à contre-courant dévoile l’ampleur de ce qui se joue dans ce désintérêt de la politique au profit de la culture : tout simplement notre servitude. Alain Brossat enseigne la philosophie à Paris VIII-Saint-Denis. Auteur de nombreux ouvrages, il vient de publier Le Sacre de la démocratie, tableau clinique d’une pandémie, Anabet, 2007.
D'une manière toujours plus marquée, dans la vie réelle des démocraties contemporaines, l'actualisation supposée de la souveraineté populaire cède le pas devant la production de fictions utiles, de récits calibrés - bref d'un spectacle et d'une illusion de démocratie. C'est en ce sens que ces régimes sont devenus des villages Potemkine, des toiles peintes, des vitrines dans lesquelles s'exposent des valeurs, des principes, des idéaux de longue date démentis et reniés par les é
"C'est vers le bas du boulevard St Michel, écrit Jean-Paul Sartre dans l'un des reportages qu'il effectue pour Combat lors de la Libération de Paris, que j'ai rencontré le triste cortège. La femme avait environ cinquante ans, on ne l'avait pas tout à fait tondue. Quelques mèches pendaient autour de son visage boursouflé ; elle était sans souliers, une jambe recouverte d'un bas, l'autre nue ; elle marchait lentement, elle secouait la tête de droite et de gauche, en répétant très bas : Non, non, non...". Ce témoignage oculaire, comme tant d'autres, est demeuré l'emblème de la part d'ombre de la Libération. Mais, au-delà de la forte répulsion que suscite le souvenir de l'épisode des tondues de l'été 1944, quelle sombre fête furent donc les tontes ? Pourquoi les tondues et les tondeurs ne parlent-ils pas, alors même que, dans la littérature, les souvenirs autobiographiques, le fait divers même, le fantôme de la tondue revient inlassablement ? Au fil de cette enquête, l'auteur parcourt les différents lieux et milieux, où se transmet la mémoire incommode des tontes et des tondues. Revenant aussi sur l'ampleur du phénomène, il l'analyse, non comme un dérapage ou une bavure, mais bien comme un rite, qui trouve sa place au centre du tableau des combats et des festivités.
Dans la réflexion qu'ils engagent ici, les deux auteurs s'interrogent sur les possibles du cinéma, et sur la relation que les images entretiennent avec la politique et l'histoire. Comment se fabrique la mémoire ? Comment appréhender les archives ? Comment le temps, aux sens historique et cinématographique du terme ?
Ce livre n'est pas une biographie savante du jeune Trotsky mais l'évocation engagée d'un itinéraire politique, théorique et militant. Au fil de cet ouvrage, l'auteur s'efforce donc de suivre les sinuosités de cet itinéraire complexe, souvent contradictoire : de l'antimarxisme au marxisme « iskriste » du tout jeune Bronstein, de l'antibolchevisme virulent de 1904 au bolchevisme critique de 1917. Dans cette première phase de la vie politique de Trotsky, le « trotskisme » marche d'un bas boiteux : c'est l'époque du premier déploiement de la théorie de la révolution permanente, appuyée sur l'intuition géniale du profil de la révolution russe ; c'est aussi celle de la politique « malheureuse » de Trotsky, embourbé dans les marais du conciliationnisme et de l'équilibrisme, entre les deux fractions de la social-démocratie russe. L'ouvrage s'achève sur une évocation de 1917. La révolution d'Octobre ne signifie pas simplement l'ascension de Trotsky à la dimension historique. Au plan théorique, c'est, pour Trotsky, la seconde mutation fondamentale, celle qui l'amène à fondre la théorie de la révolution permanente dans le creuset politique et organisationnel du bolchevisme.
Lorsqu'après de trop longues tergiversations, les dirigeants occidentaux se sont décidés à agir militairement contre la guerre entreprise au Kosovo par Milosevic, une certaine gauche s'est levée, scandalisée. Pour la première fois depuis l'effondrement du communisme, ces nostalgiques ont dû répondre à des questions qu'ils tenaient à distance : D'où vient l'épuration ethnique ? La guerre, faut-il la faire ? Avec qui ? Et contre qui ? Qui sont les victimes ? Les résistants ? Ou encore, la sortie du communisme, ça donne quoi ? Le nouvel ordre (désordre) mondial, faut-il le réduire à la toute-puissance américaine ? Et ils nous ont assené des slogans défraîchis. Tel un miroir, la bataille du Kosovo nous a révélé une certaine gauche identitaire dans la tête de laquelle le mur de Berlin n'est pas encore tombé. Avec cet essai qui s'ouvre sur une traversée du Kosovo d'après-guerre, Alain Brossat et Jean-Yves Potel leur opposent une réflexion lucide sur nos responsabilités nouvelles.
Un certain XIXe siècle intellectuel et philosophique s'est obstiné dans l'exhortation « Désanimalisez la politique ! Extrayons-nous hors de ce cercle maudit où l'adversaire est un ennemi, un féroce un tigre, un loup ! ». Parcourant Hugo, Renan mais aussi Marx et les discours tourmentés qui arpentent les champs de ruines de juin 1848 ou les transes de l'affaire Dreyfus, Alain Brossat relate cet intense travail sur le discours politique où sont à l'oeuvre tous les reconditionnements : celui qui conduit du temps des révolutions à l'épreuve de la guerre intérieure suspendue (la démocratie instituée) ; celui qui mène du registre traditionnel où l'Autre politique est bête sauvage au mode prétotalitaire où il devient rat, bacille, pou agent de toutes les contagions et épidémies. La deuxième partie expose comment l'humanisation de la politique rend difficile de considérer l'adversaire, voire l'ennemi, comme « brute », comme monstre animal déshumanisé. Il en découle une difficulté permanente à faire face à des figures ou à des phénomènes confrontant les vivants à l'épreuve de la limite, de l'excès absolu, de l'inhumain. Ce problème, nous n'en finissons pas de le rencontrer à propos du criminel contre l'humanité et de son pâle rejeton le négationniste et aussi du terroriste, du génocidaire en Bosnie, au Rwanda, en Algérie... Comment le discours politique qui a exclu le partage entre figures bestiales et figures humaines peut-il faire face au retour de la barbarie humaine ? Comment se passer du nom de monstre politique ? Questions posées par une actualité toujours plus accablante.
Alain Brossat : " Droit de punir ", " pouvoir de punir "... Pourquoi, pour une fois, ne pas tenter de bouleverser notre entendement de ces questions en parlant plutôt de la punition comme un art ou " des arts de punir " ? Pourquoi l'action punitive et sa représentation doivent-elles être circonscrites dans le domaine des actions lourdes, sinistres et funèbres ? Pourquoi ne pas les associer au rire, au vital, à l'imagination ?
L'horreur d'Auschwitz et des crimes staliniens n'a mis un terme ni à l'histoire totalitaire, ni à celle des exterminations. Le présent est contaminé. L'actualité apporte chaque jour la preuve que la démocratie triomphante n'est pas incompatible avec la perpétuation, voire l'extension du monde concentrationnaire. Conserver la mémoire ne suffit pas. Il faut, pour l'avenir, passer à une compréhension du XXe siècle marqué plus que tout autre par la déchirure catastrophique du tissu de la civilisation que la démocratie mondialisée ne peut réparer. Alain Brossat, philosophe et enseignant à l'université Paris VIII, a voulu entreprendre cette tâche en relisant Hannah Arendt et Michel Foucault. Analysant la logique des discours concernant les génocides livrés aux émotions, aux jeux de mémoire et aux enjeux politiques, il élabore une histoire comparée des différentes scènes de l'extrême Auschwitz, la Kolyma, Hiroshima.
Qu'il s'agisse d'envisager les formes contemporaines du gouvernement des vivants (la biopolitique), de la mémoire collective, des phénomènes de violence extrême ou bien encore la dimension politique de la littérature, c'est en effet le discours qui, dans ses formes infiniment variables, est saisi comme fil conducteur d'une analyse, distinctement inspirée par les travaux de Michel Foucault, dont l'horizon est la mise en relation des modes d'énonciation, des formes de pouvoir et (en)jeux de vérité.