Les Transparents
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Ana Novac, rescapée des camps nazis, signe avec Cap sur la lune : exercices lyriques un recueil de poèmes et d'aphorismes où l'humour noir le dispute à la dérision.
Il s'agit de sourire de tout, du quotidien, de nos rapports avec les autres, l'amour en tête. Avec de courts récits, Daniel Sée trouble le lecteur, en créant un univers où l'étrange se mêle au familier, le réel au rêve. L'humour tendre, poétique, métaphysique même, s'inscrit dans la rencontre avec un galet vivant, le désir adolescent, les problèmes du temps et de la liberté... La sensualité gourmande est implicite. Le fantastique naît des enchaînements naturels, tous univers mêlés. L'effet Pirouette est certainement une première mondiale !
Claude de Burine exprime le plaisir d'aimer, en prenant tous les sens de ce verbe multiple, et surtout dans la réalité sensuelle ou l'imaginaire des fantasmes. La femme peut s'offrir nue à tous les paroxysmes, en des vers saccadés, épousant les mouvements de l'acte, où sont employés les mots du quotidien. Le corps de l'homme, les gestes, telle observation (« Tu faisais l'amour/Comme on assassine »), Éros, Cronos, Thanatos, les enfants et les jeux adultes inspirent sans cesse avec, pour piment, une pointe de surréalisme, a écrit Robert Sabatier, en 1989, dans « Métamorphoses et modernité ». On dirait que la ville n'existe plus. Ces poèmes placent le langage dans un bain de nature profonde, dont la sève est parallèle au sang vif, charnel du poète qui irrigue les mots de malice, de dons d'acrobatie, de vérité un peu rebelle. Le regard du poète s'approprie les êtres, les éléments, les saisons, la forêt et toute chose au nom d'une naïveté ludique et des droits naturels de l'amour. De multiples petits détails vrais, dialogues, mots d'enfants, souvenirs d'enfance, notes de botaniste sont jetés dans le jardin du poème, où poussent les fleurs, la curiosité, la nostalgie et la menace de la mort. "Le voyageur" est le huitième livre de poèmes de Claude de Burine, un des principaux poètes de cette fin du XXe siècle, dont "Le passeur" a obtenu le prix Max-Jacob 1977.
Les poèmes de cet ensemble sont comme sous le regret d'une aimée sudiste, qui s'est éloignée. « Qui casse le coeur brise l'esprit ». D'où les insomnies, les rêves, le bilan d'un vécu, mais sans souci de globalisation. Du côté de l'amour, il y a les deux enfants, l'amitié, l'abnégation, la « confiance » perdue. Le poète répète : « La femme séduit et brise ». Cependant, le couple uni demeure comme un exemple, un critère lointain. Ailleurs, surgit l'évocation de la Gitane qui chante dans la nuit, intensément. Ensuite, un portrait-charge des épouses bretonnes. Le poète, sans trop charger, se livre à une satire amère de « La civilisation robotique, informatique, boutiquière », où « le mensonge tient lieu de songe ». Comment ne pas l'approuver dans son violent désir de paix, de réconciliation, ou quand son regard ne supporte pas de regarder ces morts-vivants, les vieux de l'asile ou de l'hôpital ! D'un côté, la figure du Christ en miroir exemplaire, le besoin du « coeur vrai » ; de l'autre, le sentiment que l'ici est aussi vain et inutile que l'ailleurs. La célébration du monde d'André Guillemot, Celte mélancolique, souvent au bord du mysticisme, est d'emblée rayonnante, spiritualiste, joyeuse, avant l'arrivée des soucis et des malaises liés à un vécu difficile.
Le poète convoque l'amour, la mer et l'imaginaire ; il célèbre ce que nous donne le monde, dans la joie de vivre grâce à l'aimée, et offre le tout au Très-Haut. Le « vous » adressé à Ève, crée un rituel, mais si sa beauté se croque avec gourmandise, la femme reste en même temps « cathédrale ». L'écriture, elle aussi, brûle comme l'amour, comme la Foi. « Amour de l'amour, amour des mots d'amour ou seul amour des mots ? » interroge avec malice Yves Rajaud, comme pour brouiller les pistes. Il précisera, afin de vaincre l'inquiétude à l'avance : « Si les amours finissent, les mots ne meurent pas ». Pour lui, l'amour demeure cette « sentinelle du monde », là même où la Terre disparaît. Dans ces poèmes en prose détendus, adorants, riches d'images qui rejoignent souvent celles des livres sacrés, Éros reste très prégnant, comme la communion avec la Terre, la mer, l'art, les lieux symboliques. Une force est confiée par l'amour au poète, autant qu'au croyant (« je ne sais pas cesser d'aimer »). Mais, de Dieu, a-t-on des preuves ? Réponse superbe du poète :« Personne n'est jamais revenu du mystère. »
Ilie Constantin est hanté par le temps des origines et de leur rapport à notre conscience et à notre futur ; du « péché de la mémoire » à « l'archéologie de l'avenir ». Certes, le doute est lié à l'obstination de la quête spirituelle, l'homme se voit prisonnier dans des gratte-ciel, son corps n'étant qu'un « hasard d'argile ». Mais son rapport à la nature est la preuve d'un élan mystique ; son enracinement d'homme-arbre « perdu de joie et d'insignifiance » désigne la présence divine. La recherche du livre de repos de l'enfance est proche du désir/besoin d'immortalité. Le paysage est pétri en pleine pâte, vigoureusement. La vie intérieure, « le peuple du dedans », notre dualité, l'amour humain sont scrutés à la loupe incandescente de l'altruisme. Des pages de foi lyrique, d'attente authentique, un sens de l'image foudroyante, un savant découpage dans l'abstrait et le concret, une sensualité vive sont enfin à saluer. Rivage antérieur est une oeuvre marquante.