Yves Rajaud
Yves Rajaud
L'entreprise a besoin de poésie... Métaphore, imagination, créativité, symbole, intuition, (toutes choses que le poème génère et féconde), sont, quand on y songe, les ressorts de l'entreprise : métaphore, pour comprendre la complexité des données économiques ou pour éclairer le flou d'une question de management ; imagination, pour créer l'offre innovante dont l'entreprise a besoin pour vivre, forêt de symboles, source première de sa communication ; intuition enfin, l'une des clefs du décideur.
Siloë, visage : un homme écrit sous la dictée du réel, « d'après nature », tout en commentant, par l'essentiel, « la litanie des faits », les informations quotidiennes : les otages, les tremblements de terre, les coïncidences de l'Histoire. Où est la sagesse ? À quoi servons-nous ? Quelle unité dans tout cela ? Nuits : « Eaux, morts et nuits faces féminines du dieu ! ». Il s'agit bien de décrypter la nuit, ses pratiques, son avenir ; d'abord sous la forme de connotations libres, d'images de la culture et du Temple-ciel cher au poète (qui préfère « l'intuition cendrillon à la preuve froide ») ; ensuite, par une mise en rapport des notes issues de ces visions. Puissance illimitée du rêve. La mémoire, tuf d'origine, représente ici notre « commun onirique » et permet à notre imagination de remonter « aux jours carbonifères », c'est-à-dire « au coeur de l'obsidienne ». La nuit est aussi le domaine des amants. Mais l'amoureuse n'est pas succube, elle est lumière posée « au lieu de chasse sombre ». Pour le poète, croyant, la nuit est le premier creuset dont « le sens célé » englobe l'illumination de la foi, les sens pluriels et « l'axe des mots du jour ». Un beau recueil.
Le poète convoque l'amour, la mer et l'imaginaire ; il célèbre ce que nous donne le monde, dans la joie de vivre grâce à l'aimée, et offre le tout au Très-Haut. Le « vous » adressé à Ève, crée un rituel, mais si sa beauté se croque avec gourmandise, la femme reste en même temps « cathédrale ». L'écriture, elle aussi, brûle comme l'amour, comme la Foi. « Amour de l'amour, amour des mots d'amour ou seul amour des mots ? » interroge avec malice Yves Rajaud, comme pour brouiller les pistes. Il précisera, afin de vaincre l'inquiétude à l'avance : « Si les amours finissent, les mots ne meurent pas ». Pour lui, l'amour demeure cette « sentinelle du monde », là même où la Terre disparaît. Dans ces poèmes en prose détendus, adorants, riches d'images qui rejoignent souvent celles des livres sacrés, Éros reste très prégnant, comme la communion avec la Terre, la mer, l'art, les lieux symboliques. Une force est confiée par l'amour au poète, autant qu'au croyant (« je ne sais pas cesser d'aimer »). Mais, de Dieu, a-t-on des preuves ? Réponse superbe du poète :« Personne n'est jamais revenu du mystère. »