Le Savoir suisse
Nous vivons à l'ère de la multiplication exponentielle des images. Les touristes déposent leurs photos sur des sites internet. La photographie est omniprésente dans la promotion des grandes stations, où elle joue un rôle d'appel. Les modèles de ces images ont souvent été fabriqués par des artisans et des artistes, les imagiers des Alpes, aujourd'hui oubliés. Claude Reichler présente leur oeuvre à travers une recherche sur les livres de voyage anciens, qui constitue une histoire du regard sur le monde alpin. Ce matériau fascinant raconte un lien à la nature bien différent de celui du tourisme contemporain. Pratiquant tour à tour l'approche globale et l'analyse fine, alliant la géographie et l'histoire de l'art ou l'histoire culturelle, entrant dans le détail des représentations, l'auteur nous entraîne dans un voyage dans le temps et, comme un guide sûr et agréable, nous ouvre des mondes dont nous ne percevons aujourd'hui que l'écume. Enrichi d'une importante documentation multimédia à travers un contenu augmenté accessible sur internet, ce livre se développe en archipel, d'un site à l'autre, d'un regard à l'autre, du présent au passé.
Il n'existe pas de vision de la Suisse moderne, voire contemporaine, sans qu'on y perçoive l'empreinte laissée au 19e siècle par Alfred Escher. Zurich lui doit d'être devenue la principale ville de son canton, puis le siège de l'Ecole polytechnique fédérale, la métropole économique et le grand centre de décisions. Berne devient capitale du jeune État helvétique de 1848, mais ce dernier est en proie à des turbulences face à ses grands voisins ; Escher va veiller à consolider sa position diplomatique. Ce livre décrit l'imbrication, d'esprit très radical, des intérêts politiques et économiques, les batailles pour les chemins de fer et une prouesse technique mondiale, le tunnel ferroviaire du Gothard. A Zurich même, Escher fonde le Crédit Suisse, l'usine qui deviendra Oerlikon et deux entreprises devenues des empires : Swiss Life et dans la réassurance Swissre. Auteur de diverses publications sur Escher, Joseph Jung signe ce portrait où, dans ses luttes, dans ses épreuves, nous voyons vivre le Zurichois qui occupa dans son propre canton des postes publics à tous les échelons et fut parlementaire fédéral pendant 34 ans (de 1848 à 1882). A ce jour, il demeure le seul homme élu quatre fois à la présidence du Conseil national.
Pour comprendre Isabelle de Charrière il faut la relire au 21e siècle. Elle était restée dans l'ombre de Benjamin Constant. Il fut près de Neuchâtel son jeune ami génial mais rejoignit Mme de Staël sous les feux de Paris. Elle-même, Hollandaise de naissance, demeura en Suisse. Elle publia donc hors de France, dans son français excellent, mais autre. Valérie Cossy nous invite dans son essai à prendre la mesure de cette oeuvre, où frappent une vision littéraire et sociale d'avant-garde et la constance de ses convictions. Dans ses romans, Mme de Charrière refusa de suivre les modèles de son époque. Elle défia, dans le fil des narrations et par sa langue, la distance hautaine qui préva- lait entre classes, ou entre homme et femme. Confrontant par exemple un couple de nantis et une simple fille enceinte du jeune homme, tout se concentre dans son récit sur un respect absolument égal qu'elle porte aux deux femmes. Mme de Charrière avait déjà manifesté ses idées et sa brillante intelligence comme épistolière. Dans son existence elle accepta de demeurer en marge, en tant que femme, habitant la Suisse, et en tant qu'écrivain. Par son écriture et sa vision de la société, c'est la force cachée de sa différence que l'on admire aujourd'hui.
Les Burgondes, le peuple des Nibelungen, quittèrent le Rhin sur ordre des Romains. Ils s'établirent autour de Genève ovp leurs rois avaient pour mission d'assurer le contrôle militaire du passage des Alpes. Mais, du 5e au 6e siècle, l'Empire qu'il s'agissait de défendre s'effondra. Dans un mouvement politique qui transforma l'Europe, le royaume burgonde s'étendit sur une part de la France et la Suisse romande actuelle et s'exerça à l'indépendance. Période fascinante et peu connue, ovp l'auteur, par une analyse critique des connaissances historiques et un apport remarquable de ses propres recherches, décrit la cohabitation, dans cette première 'Bourgogne', d'un peuple venu du Nord et des Gallo-romains. L'harmonie interethnique fut réglée par une loi du roi Gondebaud. Peu à peu se fixa jusqu'à nos jours la limite des langues, entre le français et l'allemand. Le passé prend ici le visage d'une famille royale dont les tribulations, avec sang, sagesse ou fureurs, réussites ou désastres, s'inscrivent dans le basculement général de l'Antiquité au Moyen Age.
Une colline dominant Ascona et le lac Majeur est devenue dès 1900 un haut lieu de la liberté de pensée et de vie. A Monte Verità le jaillissement des esprits fut proprement stupéfiant à un moment ovp en Europe les interrogations sur un mode de vie alternatif et les condamnations de la société industrielle se faisaient pressantes: recherches croisées et innovations dans tous les arts, ardeur réformatrice jusqu'à la libération des corps et du sexe, ascétisme végétarien, valeurs opposées à la morale bourgeoise dans une succession de groupes et de courants d'idées, chorégraphes d'avant-garde, révolutionnaires russes, Allemands en nombre comme dans une banlieue de Munich, vagabonds-prophètes inspirant Hermann Hesse, chercheurs de grand renom réunis autour de Carl Gustav Jung, historiens des religions tel Mircea Eliade ou inspirateurs futurs du New Age rapprochant l'Orient et l'Occident. Il n'existait pas de livre en langue française pour décrire l'un des feux d'artifice les plus étonnants du 20e siècle. Le voici, dans une approche nouvelle et contemporaine des pouvoirs d'un lieu.
Pour la première fois un livre révèle au grand public, premier intéressé, la saga mouvementée des transports dans les villes suisses. Après l'enthousiasme du 19e siècle pour les voies ferrées, on a vu dès 1960 l'automobile triompher. Elle a engorgé les centres. Et les emplois se sont dispersés autant que l'habitat. Aujourd'hui les trams reviennent en force en Europe. Bâle et Zurich se distinguent comme des villes-modèles et dominent le paysage autant par leur réseau que par la proportion de la population qui l'utilise. C'est qu'une nouvelle stratégie a pris corps, avec voies ferrées régionales, RER, S-Bahn, M2 audacieux à Lausanne, liaisons transfrontalières en projet à Bâle et à Genève. Un maillage repensé qui se traduit par 30 'projets d'agglomérations', à l'assaut des 3,5 milliards de francs promis par la Confédération. Telle est la nouvelle politique ovp les usagers-citoyens se trouvent impliqués: par le choix de leur mode de déplacement quotidien, par leurs exigences de confort et de qualité de service, mais aussi par leur vision du futur qu'ils ont contribué à définir par des votes riches en coups de théâtre.
En février 1936, un étudiant juif, David Frankfurter, assassine à Davos Wilhelm Gustloff, principal séide du nazisme parmi les Allemands établis en Suisse. Aussitôt Hitler déchaîne contre Berne ses instruments de pression, résolu à transformer en grand acte de propagande le procès du coupable. Ce livre se lit comme un roman policier. Il décrit surtout, grâce aux recherches minutieuses d'un jeune historien, le climat que l'avènement du Troisième Reich répand hors de ses frontières, les perplexités du Conseil fédéral, les réactions contrastées des milieux israélites, l'émergence de l'idéologie raciste dans la diplomatie germanique. Avec l'affaire Grynszpan, l'autre assassinat d'un Allemand par un jeune juif à Paris, en 1938, l'escalade de l'antisémitisme débouchera sur la Nuit de cristal.
La dilatation d'un câble au Saint-Gothard a coupé un jour les liaisons électriques à travers l'Europe et plongé Rome dans le noir. Illustration fulgurante de la complexité du marché de l'énergie. Besoin universel et précarité. Le problème posé, c'est aussi l'avenir de la planète et un choix parmi ses ressources: certaines s'épuisent ou détraquent le climat. Face à de grandes controverses, ce livre clarifie les principaux concepts du domaine énergétique. Il expose les faits, innovations techniques, organisation des marchés. Il cerne les incertitudes. Il montre les Etats élaborant des scénarios selon des 'bouquets' de ressources disponibles ou hypothétiques. Il décrit les choix passés, présents et futurs de la Suisse. L'auteur donne son opinion, mais permet surtout au lecteur de fixer la sienne.
Face aux supermarchés et aux échanges mondialisés, l'agriculture veut survivre. L'une de ses batailles vise la revalorisation des produits des terroirs. Mais pour un fromage, un vin, une viande, comment circonscrire une région spécifique, une saveur, une méthode traditionnelle? Comment protéger un nom, Gruyère par exemple, et se défendre contre les imitations et les publicités trompeuses? Comment garantir, du côté des producteurs, une qualité précise?Les appellations d'origine contrôlées, idée venue de France, mobilisent en Suisse législateurs, agronomes, économistes, gastronomes et les associations qui fixent, avec l'Etat, des règles complexes. Aussi cet ouvrage, décrivant une action politique très actuelle, a-t-il requis la collaboration d'experts de l'agriculture, des lois du marché et du govªt. Il initie au domaine des AOC et des IGP (indications géographiques protégées) tous les consommateurs qui cherchent à se nourrir hors de la banalité.
Quand la situation économique devient menaçante, on souhaite que l'Etat intervienne. Mais que peuvent faire Berne et les cantons en cas de récession et de chômage, ou si l'inflation s'enfièvre ? Par ce livre, qui parcourt les trente dernières années, le lecteur non initié aux finances publiques se trouve éclairé et guidé dans les dédales administratifs et parlementaires. Ainsi découvre-t-il en action, dans le contexte suisse, les outils d'une stratégie macroéconomique : le budget, le fisc. Mais quels en sont les résultats concrets, en comparaison avec d'autres pays à système fédéral ? Répondre à cette question est l'objet même de ce livre. Il alimente une vivante réflexion sur les limites ou blocages de la politique helvétique, intervenant à temps ou à contre-temps dans les vagues et les creux de la conjoncture, dans un contexte international parcouru de théories économiques rivales.
La vieillesse a pris un nouveau visage. Alors qu'en Europe et aux Etats-Unis, la population dépassant 80 ans constitue la tranche d'âge au plus fort accroissement démographique, l'allongement de la vie a fait du troisième âge une période où l'on ne se sent pas vieux: au-delà de la retraite et jusqu'à l'approche des quatre-vingts ans, dans une forte majorité des cas, on bénéficie d'une santé relativement bonne et on mène une vie indépendante et riche de possibilités. Mais que devient-on ensuite, quand tout finit par se fragiliser? Ce livre se fonde sur de nombreuses enquêtes nationales et internationales. Les études statistiques sont ici approfondies par l'approche ethnographique: des entretiens éclairent les changements vécus, l'état de la santé, l'altération du corps, l'évolution de la vie relationnelle, les déménagements. Les auteurs mettent en perspective les faits objectifs de la grande vieillesse avec l'écoute des personnes du quatrième âge, leurs sentiments, les stratégies qu'elles déploient dans le quotidien pour préserver une vie qui fasse sens, leur perception de la fragilité et leurs pensées à l'approche de la mort.
Devenir, trace et mouvement, quelques mots-clés qui incarnent les idées essentielles de la théorie de l'art, telle que Paul Klee l'enseigna au Bauhaus de 1921 à 1931. Le devenir inclut l'idée d'un art comme processus, qui vise non pas la forme finie mais la mise en forme, la genèse du travail artistique et son développement perpétuel. La trace constitue la marque de tout épisode dynamique et révèle le caractère particulier de son auteur, qu'il s'agisse du mouvement d'un point, d'un crayon, d'un promeneur, d'un chien, d'un danseur, d'un oeil ou de sons. Et l'idée d'un devenir incessant par le mouvement est l'axiome central de la théorie de la mise en forme de Klee. L'oeuvre d'art et même le cosmos tout entier seraient ainsi nés du mouvement d'un point originel. Cet ouvrage se propose d'offrir une vue d'ensemble de l'état actuel de la recherche sur Paul Klee. Il familiarise le lecteur avec les singularités majeures de l'artiste et présente les instruments à disposition pour appréhender une théorie entièrement dévouée à la quête d'une formule universelle de la création.
Aucun pays n'accorde à ses citoyens autant de droits politiques que la Suisse. Ce livre révèle en quelles circonstances furent octroyées au peuple ces puissantes armes démocratiques que sont l'initiative et le référendum. Chez les radicaux au pouvoir, ces audaces répondaient aux voeux de leur aile démocratique et sociale. Mais les conservateurs apprendront à s'en servir. La période couverte part de la constitution de 1848. Un agrégat de cantons souverains se mue en un état fédéral encore sommaire, mais doté d'une réelle capacité d'action. Développement industriel, batailles du rail, conflits religieux, pression des puissances économiques voisines : voilà l'arrière-fond des réformes qui vont durablement marquer la construction de la Suisse moderne. Dans le même temps, devenue l'asile des réfugiés politiques de l'Europe, la Suisse renonce à étendre son territoire et risque une guerre avec la Prusse, pour Neuchâtel. Les affrontements entre centralisateurs et partisans de l'autonomie cantonale imprègnent fondamentalement la constitution de 1874, largement acceptée le 19 avril. Dès lors, le socialisme s'enracine, les cantons catholiques, perdants du Sonderbund, reprennent force, malgré le Kulturkampf, et les radicaux se réorganisent. C'est l'éventail des partis du 20e siècle qui se met en place.
Le 6 décembre 1992, un vote populaire a exprimé le refus de la Suisse d'adhérer à l'Espace économique européen. Ce fut en vérité le « non » de la Suisse à l'Europe communautaire. Vingt ans plus tard, l'échec paraît beaucoup moins étonnant que le succès relatif : il ne s'est en effet fallu que de 20000 voix pour que le peuple dise oui, et à 60000 voix près, la majorité des cantons, également requise, aurait pu être atteinte. Comment l'entrée dans l'EEE a-t-elle failli être acceptée par un peuple qui avait refusé massivement six ans plus tôt l'adhésion à l'ONU ? Pourquoi un tel enthousiasme des cantons romands qui donnèrent des majorités allant jusqu'à 80 % ? Comment cet élan est-il si vite retombé ? D. S. Miéville, journaliste politique qui a suivi de près les événements, répond à ces questions en les situant dans leur contexte historique, politique et diplomatique. Surprenant en action des figures politiques majeures, il retrace les doutes du gouvernement, les manoeuvres des parlementaires et des groupes de pression et l'essor, derrière Christoph Blocher, du mouvement national-conservateur anti-européen. Une succession d'espoirs et de désarrois, de tâtonnements, de rebondissements et de coups de théâtre est soumise aujourd'hui au jugement de l'Histoire.
En période de crise, il peut paraître paradoxal, pour des économistes, de choisir le bonheur comme champ d'investigation. Mais nombre d'études sérieuses tentent ce retournement dans l'approche des difficultés actuelles. Les auteurs cernent ici ce qui peut donner à une personne, à divers degrés, le sentiment d'être satisfaite de sa vie. Des enquêtes ont permis en effet de détecter si l'on se sent plus ou moins heureux en fonction de son revenu (l'argent), de sa position sociale (la conscience des différences de revenus), de sa situation économique (l'emploi salarié ou indépendant, le chômage), de sa relation avec des loisirs plus ou moins exigeants (la télévision), de son statut civil (le mariage, le divorce). Les économistes vont jusqu'à mettre sous leur loupe les liens du bonheur avec certaines pratiques politiques (les votes fréquents, l'engagement local, la démocratie directe). Sur le bonheur, en langage d'économiste et non de psychologue, ce livre soumet à réflexion et à confirmation l'importance réelle que revêtent notamment, pour chacun de nous, les avantages matériels, certains groupes auxquels nous référer, un travail indépendant, une participation à la politique dans un sentiment de proximité.
En Suisse, le nombre d'agriculteurs fournissant le lait s'est effondré sous la pression des marchés internationaux. Leur survie pose un problème crucial en termes de politique fédérale. Que deviennent aujourd'hui les éleveurs qui ont en charge l'élevage, le lait, le fromage, les prairies, ces quintessences de la Suisse? Longtemps puissants et protégés, ils ont vu disparaître le soutien traditionnel à la production laitière. Leur rôle subventionné est désormais celui de gardiens des paysages et de la biodiversité. Les voici marginalisés face aux géants d'une industrie alimentaire mondialisée, sous-rétribués pour leur lait. Les conditions que posent la loi et l'administration pour le paiement direct de leurs nouvelles prestations reconnues se révèlent toujours plus contraignantes. Jérémie Forney fonde sur une solide enquête menée en Suisse romande le tableau vivant des répercussions du nouveau régime agricole sur la vie familiale, le budget et l'avenir des exploitants indépendants. Il repère cinq stratégies pour survivre. Car de ces acteurs centraux de la vie rurale dépend l'un de nos aliments essentiels, mais aussi, à bien des égards, l'avenir de nos campagnes et de la Suisse.
Que devient la vie familiale en Suisse? L'institution du mariage résiste-t-elle face aux divorces et aux cohabitations ? Comment fonctionnent de nos jours les relations entre conjoints, parents et enfants, frères et soeurs, membres de la parenté ? Entre les avatars de l'individualisme et la persistance des traditions, quels équilibres, quelles tensions ? Voici à ce propos un ouvrage bref et synthétique, résumant les principaux résultats de recherches accomplies en Suisse sur ces nouvelles réalités. Deux sociologues, spécialistes reconnus des questions familiales, portent sur les liens des couples et de leurs proches une vision éclairante, souvent surprenante, mais fondée, fouillée et nuancée. Ils passent à la loupe des statistiques et des enquêtes les modes variés de la modernité conjugale, les divers styles d'éducation des enfants, le cas des enfants uniques, les relations entre frères et soeurs, la situation des femmes dans le ménage, les pratiques de solidarité dans le cercle élargi de la parenté et des amis. Ce livre décrypte et situe ce qui se passe sous notre toit.
En 2009, lors d'une initiative constitutionnelle, le peuple Suisse a décidé à une large majorité qu'il fallait « prendre en compte les médecines complémentaires ». Ce fut le premier pas vers une intégration, au niveau de l'enseignement public, dans les pratiques des hôpitaux et dans l'évaluation sanitaire, de certains soins « hors normes » fort répandus et appréciés, mais relégués jusqu'ici dans une zone d'ombre. Ce livre participe à cette mise en lumière de médecines dont les spécialistes décrivent ici soins et principes, telles l'ostéopathie, l'acupuncture, l'ayurvéda, l'homéopathie, l'hypnose, la naturothérapie, la phytothérapie... Les tensions entre médecines reconnues et dissidences remontent en fait à l'antiquité. Elles sont analysées dans ce livre jusqu'aux évolutions actuelles vers des médecines « intégratives », en Suisse et dans le monde, particulièrement aux États-Unis. Sous leur influence se développe une nouvelle manière d'évaluer sérieusement diverses thérapies, dans l'intention, désormais officielle, de les intégrer avec discernement dans le système de santé.
La fin de la guerre froide, en 1989, est loin d'avoir apporté de l'apaisement dans la politique extérieure de la Suisse. Aux remises en cause intérieures de la neutralité et de l'armée, se sont ajoutées des pressions parfois violentes venues de l'étranger, en particulier des États-Unis, contre le secret bancaire et dans l'affaire des fonds juifs. D'une période de turbulences, dont on n'est pas sorti, René Schwok offre ici une claire synthèse, dans l'esprit de son précédent livre sur la Confédération face à l'union européenne. la Suisse est le seul pays à soumettre ses relations internationales à des votes populaires continuels : à ce contrôle le Conseil fédéral n'échappe jamais, mais face aux autres pays il n'est structuré ni pour des réactions rapides ni pour des stratégies à long terme. Le Sonderfall helvétique s'en trouve bousculé et ses principes fortement réinterprétés. La voie solitaire persiste néanmoins, sous pression d'un parti isolationniste pour qui vote le quart des électeurs, mais aussi en réaction aux crises qui affectent l'UE. Ce livre montre ce qui a changé et ce qui perdure, contre toute attente. il offre une analyse plus détaillée de trois affaires retentissantes: fonds en déshérence, Iran, Libye.
Le 10 août 1792, avec le massacre d'un régiment de Gardes suisses dans le palais des Tuileries, en plein Paris, nous assistons à l'effondrement de la monarchie française, mais aussi, par contre-coup et du côté des Alpes, à l'ébranlement final de l'Ancien régime dans les cantons suisses, incapables de déterminer une politique commune. Heure par heure, et face à tous les milieux impliqués dans la révolution, nous observons le rôle crucial joué par la présence, traditionnelle et admise selon de vieux traités, des troupes helvétiques en France. Mais celles-ci se découvrent soudain les dernières garantes de l'ordre public, soumises à des commandements confus. Les suisses sont devenus un symbole, une force-clé, lorsque tout paraît s'effondrer. Des groupes avides de changement aspirent à un acte spectaculaire. il sera sanglant. Longue est l'histoire des relations franco-suisses. Ce livre fascine en distinguant minutieusement le vrai du faux lors de cette journée tragique.
Jules César, après sa victoire de Bibracte sur les Helvètes en migration, en 58 av. J.-C., donna de ce peuple venu du Plateau suisse une description précise et célèbre. Gilbert Kaenel, archéologue et grand connaisseur des Celtes, accomplit le tour de force, en un ouvrage concis, de confronter cette vision écrite à un inventaire concret des principales fouilles accomplies en Suisse concernant les Helvètes au cours des deux derniers siècles précédant notre ère. Pour nous permettre d'entrevoir leurs activités et leur destinée, parole est donc donnée à des ponts, villes fortifiées, établissements ruraux, sépultures, dépôts d'armes, rares sculptures, outils, monnaies et restes humains, depuis les découvertes de La Tène, qui pour toute l'Europe donna son nom au Second âge du fer, jusqu'aux excavations récentes et stupéfiantes des fosses à sacrifices du Mormont.
En 888, Rodolphe 1er, porteur d'une tradition carolingienne aux vues larges, se fit couronner à St-Maurice. Ainsi naquit le royaume de Bourgogne. François Demotz apporte ici un éclairage remarquable sur cette puissance européenne des bords du Léman, comparable aux royaumes de Francie et d'Italie, qui dura plus d'un siècle et demi, s'étendit du Rhin à la Provence et se rapprocha peu à peu de la Germanie. La dynastie des Rodolphiens s'enracina entre alpes et Jura. Forte de ses liens continentaux, elle contrôla les cols, accueillit le pape ou des empereurs dont la proximité fut facilitée par la reine Berthe et Adélaïde, femmes influentes d'occident et liées aux abbés de Cluny. nous découvrons une suisse occidentale fidèle au souvenir de l'ancienne Burgondie qui évolue, par des institutions et pratiques originales, vers le temps des seigneuries.
Voici le regard global qui nous manquait et une solide mise en garde! On voit foisonner les espèces étrangères à l'Europe à cause des échanges mondiaux, du réchauffement climatique et des offres mercantiles irréfléchies. Berce du Caucase, verges d'or ou renouées s'approprient des territoires. La chrysomèle menace le maïs. L'acarien varroa et le frelon asiatique angoissent l'apiculteur. L'oïdium réapparaît dans la vigne. L'écureuil gris d'Amérique élimine notre beau petit roux. La moule zébrée envahit les lacs. La jacinthe d'eau bouche les canaux. La mineuse est la chenille qui ravage les marronniers. La minuscule fourmi de pharaon s'insinue jusque dans nos hôpitaux. La tique peut être fatale pour le promeneur en forêt, où le robinier intrus devient inarrachable. Alerte au pou de San José ou au moustique tigre! Contre tant de fléaux inattendus et coûteux, ce livre en appelle à une stratégie européenne. Il est urgent de nous aviser que paysages et zones vertes s'effacent sous l'implantation et la prolifération de plantes invasives, et que la biodiversité, sous le couvert d'apports exotiques, est en péril.
Ce livre décrit l'évolution des lois suisses qui ont traité de l'homosexualité. Il présente surtout, enrichie d'interviews, une histoire des associations qui ont réuni, dans une faible proportion il est vrai, les hommes qui se trouvaient concernés. L'action de ces pionniers fut capitale, mais ils partageaient avec les autorités un souci d'invisibilité. L'opinion publique réprouvait un comportement qu'elle considérait comme une anomalie ou un vice, que les législateurs réprimèrent avec modération, alors que l'Allemagne des années 1930 se déchaînait. Dans la seconde moitié du 20e siècle, avec la montée des mouvements de libération, vint le temps des militances de rue et du coming out. Les esprits s'ouvraient peu à peu quand explosa le SIDA. Ses victimes furent nombreuses. Le fléau bouleversa les milieux homosexuels. Les autorités décidèrent alors de s'allier résolument à leurs groupements afin de généraliser des actions préventives. En retraçant l'évolution des mobilisations, ce livre montre comment les luttes ont contribué à l'avancée des droits des homosexuels en Suisse au 20e siècle.
La sexologie s'est développée en une science de la vie pour cerner un aspect fondamental des relations interpersonnelles. Sans négliger l'héritage de l'humanisme, ce livre remonte aux pionniers des recherches comportementales, psychologiques et physiologiques, à Freud et à Forel et aux Américains, Kinsey, Masters et Johnson. Il évoque les dysfonctions souvent rencontrées en sexologie clinique avec l'exemple de quelques cas précis. Mais les auteurs situent l'ensemble du domaine dans ses liens avec la biochimie, la génétique, l'endocrinologie, la psychologie, la psychiatrie, l'anthropologie. Ils présentent dans cet ouvrage des recherches de pointe: les avancées révélatrices de la neuro-imagerie développées actuellement entre des universités suisses et américaines. Ces travaux éclairent en particulier le rôle successif, en centièmes de seconde, des différentes zones du cerveau dans la réponse sexuelle.
Elles sont invisibles, dans l'air, l'eau, le sol, ces centaines de milliers de molécules artificielles produites aujourd'hui par l'industrie. Les chercheurs détectent peu à peu leur présence, mais elles sont dispersées, souvent persistantes, se combinant entre elles hors de tout contrôle. Ce livre nous met en alerte sur cette contamination chimique très complexe, aux répercussions planétaires, et avec maintes retombées dans notre vie quotidienne. Les conséquences toxiques ou génétiques en sont très préoccupantes: cancers, asthme, obésité, baisse de la fertilité. Les micropollutions dues à l'agriculture, à nos produits d'hygiène, aux additifs de notre alimentation, aux médicaments, au trafic, aux rejets industriels, sont systématiquement décrites dans ce livre. Nous sommes plongés dans le monde du nanogramme, tel l'effet d'un sucre dans une piscine olympique. Mais c'est à cette échelle que bien des contaminants liés à notre activité industrielle et à nos gestes de chaque jour font courir à la nature et à notre santé des risques graves. Vaste problématique dont il est grand temps que l'opinion publique prenne conscience.
En sociologue de la culture, Olivier Moeschler n'analyse pas les films en critique. Il n'approche pas l'action de l'Etat comme un juriste. Il ne considère pas le public comme un sondeur d'opinion. Dans le parcours très nouveau et fascinant de ce livre, de 1935 aux rebondissements actuels, il met en mouvement un 'triangle infernal': le Département fédéral de l'intérieur, les professionnels du cinéma, la clientèle des salles. Il montre ces trois milieux en processus d'actions et de réactions. Il scrute les stratégies changeantes des grands commis. Ainsi découvrons-nous comment fonctionne vraiment, en Suisse, la politique du cinéma. Fait fondamental: le septième art ne peut vivre, du moins en Europe, sans le soutien de l'Etat. Mais la Confédération ne s'est-elle pas interdit toute politique culturelle? C'est dans l'ambiguïté et les polémiques qui opposent la Berne fédérale aux cantons, ou l'Art et l'Etat, qu'est née en 1963 une loi fédérale sur le cinéma. Ce domaine a bénéficié d'une aide publique qui a passé de 1 à 50 millions. Cette remarquable analyse d'une politique culturelle s'achève par une comparaison éclairante entre un cinéma d'auteur et un cinéma qui se veut national.
Aucune famille de mammifères n'est aujourd'hui plus menacée que celle des grands singes. Les populations de gibbons, gorilles, orangs-outans, bonobos et chimpanzés déclinent à un rythme effréné, au fur et à mesure de la destruction de leur milieu de vie: les forêts tropicales. Or celles-ci sont abattues et exploitées pour le bois ou des plantations industrielles, tel le palmier à huile. Ce pillage ruine la biodiversité et chasse les populations autochtones. Pour mesurer les chances de survie des grands singes, il faut pénétrer les mécanismes de l'économie planétaire, prendre en compte le boom industriel chinois, les politiques nationales de déforestation, les voies souvent frauduleuses du commerce. Il faut résolument y impliquer nos propres habitudes de consommation. Ce livre rend compte des succès mitigés des accords internationaux pour sauver les espèces en péril et dresse l'inventaire des actions régionales entreprises en Afrique et en Asie pour sauver les grands singes - in extremis, si c'est encore possible.
Au sein d'un couple, souvent l'un et l'autre exercent leur profession dans des villes différentes. Dans leur existence pimentée de vols lointains pour le travail ou les loisirs, ils bougent sans cesse. Se sentent-ils pour autant plus libres? En outre, ils tiennent à s'enraciner dans leur maison de campagne. Ce va-et-vient caractérise la société contemporaine, ample phénomène dont le sociologue Vincent Kaufmann, après de longues enquêtes, analyse les conséquences: éclatement urbain, rôle impérieux de la voiture, embouteillage des transports, sort des enfants, et surtout capacité personnelle de s'adapter à cette mobilité, financièrement et mentalement, sous peine d'être marginalisé. Ce livre décrit aussi les transformations de quartiers de Paris tout comme les conséquences sociales du 'modèle suisse' donné comme exemple en Europe: les transports publics à Berne ou Zurich.
Les sociétés mégalithiques, celles des dolmens et des menhirs, sont présentées au grand public par le professeur Alain Gallay dans une remarquable tentative d'accorder l'anthropologie, l'archéologie et l'histoire. Si l'on y trouve par exemple les sites bretons ou valaisans, parmi les hauts lieux de l'Europe du 5e au e3 millénaire av. J.-C., les cultures décrites sont situées dans une perspective planétaire. Mieux qu'un inventaire géographique et chronologique, cet ouvrage propose une analyse ethnologique des pouvoirs, usages, croyances et divisions sociales qu'implique le maniement de pierres pesantes. C'est notamment, en Europe, l'apparition des sociétés agricoles à richesses ostentatoires de la traction animale, et des lignages dominants. L'évolution des constructeurs mégalithiques est cernée en Afrique, en Asie, dans le Pacifique avec l'île de Pâques, d'une manière qui ne s'absorbe pas dans les particularités, mais fonde sur les trouvailles archéologiques des traits communs et divers scénarios. Ceux-ci éclairent les controverses fondamentales sur les origines de la propriété, de l'Etat, de l'appropriation de la richesse, des systèmes de gouvernement, de l'usage politique de la violence.
Du passé méconnu de l'Afrique de l'Ouest, particulièrement du Sahel précolonial, ce remarquable ouvrage de synthèse propose un parcours novateur, qui tient compte des recherches les plus récentes. Ainsi décrypte-t-il le passé par l'archéologie et l'ethnologie. Il décrit dans leurs mécanismes sociaux, les village à chefferies, divers types de sociétés animistes souvent converties à l'islam, le développement de l'exploitation de l'or et des esclaves, source de richesse mais aussi de conflits souvent violents, les marchés et échanges locaux, le grand commerce des pistes transsahariennes. Dès lors il aborde dans leur diversité la croissance et la chute de pouvoirs politiques et guerriers, et apporte des éclairages inédits. Par exemple sur les 'Empires' successifs qui se seraient étendus au sud du Sahara, de l'Atlantique à la boucle du Niger. Ou sur l'esclavage local, en lien avec l'Orient arabe et le Maghreb, avant la grande traite vers les Amériques. Des Peul aux Mossi, des Bambara aux habitants de Tombouctou ou au Pays des Dogon, ce livre révèle, avant l'ère coloniale, les usages, les complexités du pouvoir, les violences, mais aussi les richesses de pays trop longtemps restés dans l'ombre de l'histoire.
Plus vive que jamais, la question de 'l'identité' rebondit dans l'Europe mondialisée, mais c'est là un vieux problème. Se sentait-il Français, Rousseau, lui l'enfant de Genève? Et Benjamin Constant, ce Lausannois à l'aise en trois langues, universel lui aussi par sa pensée et son oeuvre littéraire, quel sentiment éprouvait-il envers la Suisse? A Paris, voyait-on en lui un compatriote ou un homme d'ailleurs? De ses riches recherches, Roger Francillon ne tire pas ici une histoire littéraire résumant celle dont il a dirigé la publication en quatre volumes. Il choisit de relire des écrivains dans une perspective identitaire, du 18e siècle à nos jours. Il expose leur attitude à l'égardde la Suisse, des lettres romandes, de Paris ou de la France. On est frappé par des jugements singulièrement critiques. Les courants sont contradictoires à chaque époque mais aussi dans l'esprit même des auteurs. Sur la Suisse on passe des réticences de Ramuz à la ferveur de Rougemont, et des réserves de Mercanton à la position sereine de Starobinski.