L'Histoire immédiate
La France se pique d'avoir appris au monde les droits de l'homme et du citoyen. Paris est la capitale de la France, et beaucoup plus encore : le symbole et le coeur et centre nerveux du pays. Mais Paris est la ville de France, et peut-être de cette part du monde où subsiste une démocratie formelle, la plus privée de citoyens. En fait Paris, cité qui a forgé l'essentiel de l'histoire nationale en l'imposant souvent à la province, est de toutes les cités françaises la plus aliénée, la plus colonisée par le pouvoir central. Des Capétiens à Pompidou, il n'est pas d'initiative, pas de sursaut parisien, pas de tentative d'organiser à la fois, une autonomie et une démocratie parisienne qui n'aient été l'occasion pour le pouvoir d'alourdir la mainmise sur la ville-capitale : Étienne Marcel, les Frondeurs, les Sans-Culotte, les Communards, tous tentent de faire des Parisiens des citoyens et tous sont écrasés et transformés en figurants du pouvoir central, tout juste bons à faire la haie pour applaudir les souverains en visite et payer les travaux du baron Haussmann. Toutes les franchises locales abattues, toutes les séquelles de la démocratie parisienne abolies, la capitale muette, violée, livrée par les assemblées fantomatiques à l'arbitraire des bureaucrates, à la voracité de l'argent-roi et du promoteur tout-puissant, n'est plus qu'un objet désarticulé. A qui appartient Paris ? Pour l'heure à un régime d'affairistes et de technocrates. Et demain ?
Barricades de mai, printemps de Prague : l'année 1968 restera celle des ardentes mises en question - de la société de consommation ici, du socialisme autoritaire là-bas. Dans cette double explosion, faut-il voir le prodrome d'une révolution intégrant socialisme et démocratie ? Se gardant avec soin des mystifications et des illusions commodes, l'auteur ne cache pas qu'un tel type de régime n'a jamais existé, hormis dans les courtes phases de transition où les masses et leurs leaders communient dans l'enthousiasme des grands ébranlements sociaux. Mais il recherche avec soin, de l'échec des journées de mai aux déboires de l'autogestion yougoslave, les contradictions qui entravent et les expériences qui peuvent servir à fonder une théorie et une pratique socialistes. Observateur attentif des sociétés de l'Europe de l'est, responsable politique mêlé à tous les débats de la vie publique occidentale, Gilles Martinet fonde son étude sur une comparaison permanente entre les expériences et les crises de l'Est et de l'Ouest. Car les clés de la démocratie socialiste sont à chercher à Paris comme à Prague.
Les combats pour la liberté de la presse sont vieux comme le monde - comme la presse, en tout cas. Mais qu'est-ce que la liberté de la presse, sinon la liberté des propriétaires de journaux ? Et qu'est-ce qu'un propriétaire de journal, dans bien des cas, sinon le représentant d'un groupe d'affaires dont les intérêts ou les opinions peuvent différer, pour un temps, de ceux du pouvoir, mais dont les conflits avec le gouvernement n'intéressent pas forcément l'intérêt général ou les liberté
À peine arraché à un tiers de siècle d'interventions étrangères et de luttes pour la décolonisation, le Viêtnam reste déchiré par une manière de guerre civile. Mais il affirme, à travers les épreuves qui auraient abattu ou laminé tout autre peuple, une inlassable puissance de renouveau. Pourquoi se battent aujourd'hui, dans les rizières et les montagnes, les hommes qui ont fini par chasser l'étranger pour imposer au monde l'idée de leur indépendance, sinon de la fondamentale unité ? Pourquoi, les Français partis, les Américains mal camouflés mais privés des moyens qui ont fait d'eux pendant vingt ans les maîtres de Saigon, les Vietnamiens poursuivent-ils cet implacable combat ? Il y a bien des façons d'être vietnamien, le fût-on, de part et d'autre, avec rage. Ces façons, Jean-Claude Pomonti, qui rend compte depuis sept ans pour le Monde de la vie de l'Indochine et du Sud-Est asiatique, est mieux placé que personne pour les décrire, en un livre tout frémissant de sensibilité, ruisselant de justes sensations, de notations pénétrantes. Sous la plume fervente et précise de Pomonti, c'est le Viêtnam souffrant et renaissant, divisé et indomptable qui vit, dans sa grâce fluette et sa puissante vitalité. Des maquisards à Thieu, des politiciens d'opposition aux petits marchands, des lycéennes graciles aux policiers de Cholon, un pays frémit là sous nos yeux, un pays qui a fait l'histoire et cherche à faire enfin sa vie.
Découvrez le quotidien méconnu d’un maire de village à travers les lettres vives et authentiques de Jacques Kryn. Ce témoignage unique éclaire les responsabilités, les défis et les joies de la gestion communale, au cœur de notre démocratie locale.
A l'heure de l'automation, de la planification, de la construction européenne, le mouvement syndical français doit répondre, dans une perspective nouvelle, à des questions classiques : celles qui ont trait à la paupérisation, à l'ampleur et à la nature des revendications des salariés, à ses rapports avec les partis politiques, à son unité. Une expérience de vingt années de responsabilités confédérales à la C.G.T. donne à Pierre Le Brun quelque droit d'intervenir dans ces débats dont dépend l'avenir de la classe ouvrière. Il le fait en praticien, sur un ton empirique, pragmatique et prospectif. Dénonçant la "paupérisation relative" que subit la masse des salariés par rapport à l'élévation du revenu national, ce qui entraîne les travailleurs à mettre l'accent sur les revendications de sécurité plus encore que sur celles qui ont trait à la gestion, plaidant pour une planification vraiment démocratique, et non plus « concertée » entre grands intérêts et grands "commis", Pierre Le Brun en appelle enfin à cette unité syndicale dont dépend le pouvoir de contestation des salariés, c'est-à-dire leur mieux-être et leur libération définitive.
Les Français croient connaître l'Italie, la plus accueillante, la plus séduisante des nations voisines. Ses brusques explosions les déconcertent pourtant. La classe politique romaine leur semble plus byzantine encore que la leur et ils se demandent, non sans envie, comment ces jeux et ces fièvres permettent aux Italiens de donner des leçons d'expansion économique aux autres nations de la Communauté européenne et par quel « miracle » cette société à prédominance agricole est devenue en quelques années une puissance industrielle. Correspondant à Rome du journal Le Monde depuis l'automne 1965, Jacques Nobécourt a vécu les phases les plus récentes et les plus brûlantes de ces mutations. Sachant par expérience combien les données les plus élémentaires de la vie politique italienne risquent d'échapper aux observateurs attentifs, il a voulu donner dans ce livre une description des grandes forces de l'Etat et de la vie politique et peindre quelques-uns des protagonistes dont les noms reviennent quotidiennement dans les titres de nos journaux, poser enfin quelques-uns des problèmes-types de la vie politique et sociale italienne. C'est une clef pour les événements de demain qu'il nous propose et sa conclusion est optimiste : bien loin d'être engagée dans une phase de dégénérescence, c'est une maturation que l'Italie est en train de vivre. Beaucoup des problèmes qu'elle affronte et tente de résoudre concernent d'autant mieux ses partenaires européens qu'elle est en train d'inventer les solutions de l'avenir. Les révolutions de l'Italie sont les nôtres.
1967 : l'URSS fête ses cinquante ans, mais derrière le rideau de fer, le système vacille. Serge Romensky, ancien correspondant de l'AFP à Moscou, analyse avec finesse les tensions entre stalinisme et déstalinisation.
Octobre 1968, Mexico. Alors que le monde entier se prépare à célébrer les Jeux Olympiques, une répression sanglante met fin aux rêves révolutionnaires des étudiants mexicains.
Entre Péguy (avec sa France qui est une "princesse") et Machiavel (avec ses hommes "qui sont ce qu'ils sont") se dresse Charles de Gaulle, qui "s'enveloppe de mélancolie" comme Chateaubriand, et parle, comme Céline, "volapük". En lui, le collégien, le saint-cyrien, le lieutenant, le capitaine, le commandant, le colonel, et d'abord l'écrivain, ont mis cinquante ans pour élaborer, dans le secret d'une démarche que les remous du monde n'ont pas faite moins intérieure, ce monument historique que l'on appelle, et que l'intéressé lui-même appelle, "le Général de Gaulle". Ce monument, isolé mais intact, on le visite, ici, de l'intérieur. Par le truchement du livre, du micro, de la télévision, on cherche, et on apprend par bribes et par éclairs, ce qu'il sait, lui, "depuis mille ans".
Nous sommes tous des Portugais. Foyer et forum d'une libération, laboratoire d'un socialisme pour l'Occident, le Portugal est dans l'Europe le centre de tous les débats, l'objet de toutes les passions. Peut-on sans violence passer du fascisme à la démocratie ? Peut-on faire la révolution dans la liberté ? Peut-on bâtir le socialisme en respectant la pluralité des courants, des partis et des tendances ? Les questions essentielles que pose et auxquelles répond partiellement la « révolution des oeillets », Mikhaël Harsgor, historien israélien spécialiste des civilisations de l'Europe occidentale, les traite non en théoricien ou en militant mais en conteur et en reporter vivant et superbement informé. Son récit de l'effondrement du vieux système que le Dr Caetano avait tenté médiocrement de faire survivre à Salazar, son évocation de la décolonisation d'un empire séculaire, le tableau qu'il brosse des luttes idéologiques entre socialistes et communistes portugais, entre la vieille armée et le COPCON, entre Spinola et Carvalho, sont autant de pages d'histoire pétillantes d'intelligence, colorées comme les églises baroques de Lisbonne. Un nouveau Portugal ? Oui. Quoiqu'il arrive, écrit Harsgor, un peuple aura arraché son bâillon et prouvé au monde qu'après la nuit du fascisme vient l'aurore, qui ne signifie pas forcément la paix mais témoigne de la vie.
J'ai en mémoire ce que de bons auteurs ont écrit sur le syndicalisme paysan et la "révolution silencieuse". Je lisais leurs textes au fil des années avec étonnement d'abord, irritation ensuite, indifférence les années passant. Le vent emporte davantage les sottises que les efforts vrais. Pourtant, j'ai peur aujourd'hui de la présentation caricaturale, voire orientée, de ce travail de trente ans. D'où ce livre qui veut raconter une histoire, établir un bilan et montrer aux gens des villes et des bourgs qu'il y a un trésor national caché derrière ces haies, ces champs désormais larges ; bref, que ce jardin - la "campagne française" - qu'ils regardent à peine est devenu une carte économique maîtresse pour la France menacée par la crise. Mais d'où viennent-ils, ces quelque deux millions de paysans ? Directement du Moyen Age. La plupart y vivaient encore il y a trente ans. A l'époque où Charlot faisait rire le monde en décrivant les Temps modernes, nous travaillions encore avec nos bras. Le blé coupé avec la faucille, les charrues traînées : par les chevaux et les boeufs ; la venue de la batteuse était l'un des grands événements annuels. Nous étions en retard d'un siècle ou de dix, va savoir. Aujourd'hui, le dernier carré des paysans français semble une tout autre race : montés sur leurs énormes machines, ils inquiètent les gouvernements aujourd'hui socialistes, intéressent les spécialistes américains, suivent dans les journaux le cours des matières premières et constituent sans doute pour le Tiers Monde le seul modèle de développement que l'Occident puisse lui offrir. Il était temps de s'expliquer clairement sur notre "projet paysan". Chaque Français est plus concerné par lui qu'il ne le croit. Michel Debatisse
Roumanie, 1952. À seulement 16 ans, Oana Orlea défie le régime communiste en distribuant des tracts. Arrêtée, elle traverse treize prisons et survit à l’enfer du goulag.
Depuis le 6 octobre 1973, le monde s'interroge sur « ce qui a changé chez les Arabes ». Est-ce l'aptitude à combattre ? Personne ne pouvait douter du courage d'un peuple qui, une fois, a conquis le monde connu. Est-ce la capacité de manipuler les instruments de la technologie avancée ? Chacun savait que les fellahs du Nil sauraient un jour créer leur Novosibirsk. Ce qui a changé, n'est-ce pas plutôt l'aptitude à mesurer le réel, à s'inscrire dans le possible, à substituer à l'âge de la prédication, de l'invective et de l'épopée celui de la politique, de la stratégie et mieux encore de l'analyse ? De cette maturation, rien ne témoigne mieux que le livre de Mahmoud Hussein. A propos d'un événement de l'histoire du monde arabe qui en d'autres temps aurait suscité des torrents de lyrisme, il garde le ton de l'analyse politique et de la critique historique. Ayant, sur le champ de bataille, perdu l'obsession de la défaite, les Arabes sont-ils prêts à aborder un règlement de paix durable avec Israël ? Pour cela, répond Mahmoud Hussein, il faudrait qu'Israël, restituant les territoires conquis sept ans plus tôt, se réconcilie avec une Palestine arabe enfin arrachée à l'exil et à l'oubli, et opte pour la fusion avec l'Orient plutôt que pour la croisade aux côtés de l'Occident.
La France sera-t-elle la dernière puissance coloniale du monde occidental ? La question peut faire sursauter bien des Français de bonne foi, pour qui, après l'indépendance de l'Algérie et des pays d'Afrique noire, le « dossier colonial » français est refermé depuis longtemps. Et pourtant ! De la Réunion aux archipels polynésiens, de Nouméa à Cayenne, ces « poussières d'îles » et de territoires sont-elles autre chose que de vieilles colonies héritées du siècle dernier, en dépit du langage officiel - DOM-TOM - (département d'outre-mer, territoire d'outre-mer) ? Aujourd'hui la plupart des puissances occidentales présentes, comme la France, dans le Pacifique, l'Océan Indien ou en Afrique, achèvent leur désengagement. La France, nostalgique de l'Empire, souhaite-t-elle demeurer sur ces confettis oubliés ? Paris aurait-il une politique outre-mer ? Ce n'est pas sûr. Une France répressive, crispée sur une volonté dominatrice et dérisoire maintient sous sa tutelle quelques millions de personnes dont on se soucie fort peu à Paris. Un grand voyage autour du monde permet de découvrir le singulier visage qu'affiche encore la France outre-mer. Il permet surtout de vérifier la faillite d'une politique. Et de poser quelques questions urgentes.
De Georges Valois à Marcel Déat, en passant par Doriot, Bardèche et l’OAS, plongez dans une enquête historique rigoureuse sur les mouvements fascistes qui ont marqué la France de 1923 à 1963.
1963 : qui sont vraiment les gaullistes, ces inconnus qui gouvernent la France ? Pierre Viansson-Ponté, journaliste au Monde, dresse le portrait de ces fidèles du général de Gaulle, entre rituels et secrets d’État.
« Un jour viendra, couleur d'orange... » : quel lien unit à l'espérance du poète la mort de milliers d'orangers sur les rives du lac Balaton, voici plus de vingt-cinq ans ? - Le socialisme. Il forme la trame du nouveau livre de Maurice Duverger, à ses yeux le plus important de tous ceux qu'il a publiés. Comment une doctrine qui tendait à libérer les hommes a-t-elle abouti à des dictatures totalitaires ? Pourrait-elle s'épanouir dans les démocraties d'Occident, en y accroissant le pluralisme au lieu de le détruire ? Doit-elle limiter ses ambitions, au lieu de faire entrevoir un Eden futur qui transpose la vie éternelle, ce rêve perdu ? Ces questions, et bien d'autres, sont abordées dans une confrontation de tous les socialismes pratiqués et parlés, où l'analyse de leurs formes et de leurs forces se déroule en contrepoint d'une critique théorique. Benedetto Croce a trié naguère Ce qui est mort et ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel. Maurice Duverger s'efforce de distinguer aujourd'hui ce qui est mort et ce qui est vivant dans la science sociale de Marx.
Comment peut-on être « flic » ? Comment le devient-on, le reste-t-on ? Comment peut-on avec bonne conscience et au nom de l'ordre public, exercer la violence ? Un policier hors du « service » est-il un citoyen comme les autres, un Français moyen ? Voilà les questions entre beaucoup d'autres, que Michèle Manceaux a posée à six policiers - gardiens de la paix, membre de la P.J., des R.G. (Renseignements généraux), C.R.S. - qui lui ont répondu avec une surprenante franchise, et une pittoresque liberté de ton - non sans répéter que ce métier d'« évacuation des déchets de la combustion sociale », il fallait bien que quelqu'un s'en charge... Mais comment ? Et au nom de quoi se définit cet « ordre » qui fonderait le recours à la violence institutionnelle ? « Chaque État, dit l'un des interlocuteurs de Michèle Manceaux, a la police qu'il mérite. »
Et si la vraie France se cachait loin de Paris ? Les provinciaux explore la renaissance des régions, entre héritage et modernité, à travers le regard acéré de trois journalistes d’exception.
Et si la modernité n’était qu’un leurre ? Dans cet essai percutant, Immanuel Wallerstein interroge notre époque et révèle les contradictions d’un système en crise depuis les années 1970.
Le « complexe militaire industriel », tel que l'a défini l'un de ses créateurs, Dwight Eisenhower, cet ensemble de mécanismes par lesquels guerre et industrie se nourrissent et se multiplient au sein de la société politique américaine, est-il l'un des loups-garous du monde moderne au même titre que « l'homme au couteau entre les dents » et le « péril jaune », ou la menace la plus directe contre la liberté des nations et la démocratie des Etats-Unis ? Le livre de Claude Moisy, correspondant à Washington de l'agence France-Presse depuis cinq ans et, comme tel, mêlé de près à tous les débats de l'« establishment » américain, n'est pas un pamphlet. C'est un document, un reportage et un avertissement. Un document, car tout ce qui compose le fantastique arsenal des Etats-Unis est ici évoqué et décrit, des missiles I.C.B.M. aux anti-missiles A.B.M., en passant par les gaz et les produits bactériologiques du type C.B.W. Un reportage, car ce que décrit Claude Moisy, c'est la saisie progressive, la digestion lente et presque inexorable de la société publique américaine par le dévorant « complexe » et la tentative désespérée des libéraux pour en protéger la démocratie américaine. Un avertissement, car il nous rappelle avec une force et une simplicité foudroyantes à quel point l'industrie militaire peut être liée à la prospérité, à quel point la préparation à la guerre conduit à la guerre, et que rien n'est plus simple et plus apparemment profitable, pour tout Etat industriel, que de fonder sa fortune sur le pouvoir d'extermination. Nourri de faits, bourré de chiffres, truffé de citations, peuplé d'êtres très vivants et très agissants, de Nixon à Laird, du représentant Rivers au sénateur Fulbright, le livre de Claude Moisy est le portrait implacable mais serein d'une Amérique que le poids des armes enchaîne à l'aventure permanente.
Mai 1968, un mois qui a changé la France. La révolte étudiante donne la parole aux acteurs clés du mouvement : objectifs, idéologies et récits inédits de ceux qui ont ébranlé le régime gaulliste.
La Chine semblait se rassembler, silencieuse et tendue, toute à son effort de correction des expériences de 1958 à 1964. En cinq ans, le nombre des bouches à nourrir avait cru de 80 millions, sans qu'augmente beaucoup le revenu national. A la fin de 1965, il n'y avait plus place, en apparence, que pour l'effort aride, la mise en valeur rationnelle, les comptes et la discipline. Soudain éclata cette « Révolution Culturelle » qui, selon Lénine, a pour objectif de donner au prolétariat le contrôle des institutions sociales. Ceux qui provoquèrent, déclenchèrent, entretinrent, théorisèrent ce prodigieux bond en avant historique, étaient, autour de Mao Tse-tung, une minorité. Mais cette minorité l'emportait par la conviction que la transformation totale des relations de production est le premier devoir des révolutionnaires, que le parti ne saurait être un simple agent de transmission d'une autorité centrale et a une tâche primordiale : apprendre au peuple à être responsable. Négligeant le pittoresque et les aspects théâtraux de la révolution exploités par la presse occidentale, Jean Esmein, que sa connaissance du chinois aida à en suivre, à Pékin, les diverses péripéties, étudie tour à tour le rôle joué par les cadres politiques et militaires, par les paysans et les ouvriers, par les intellectuels, les étudiants, les gauchistes - car la « Révolution Culturelle » elle-même eut les siens... C'est en plongeant au plus profond de cet océan de contradictions sociales, économiques, idéologiques, que l'auteur retrouve, avec une sorte de simplicité sereine, la rationalité d'une Chine beaucoup plus proche de nous que le veut la légende.
La gauche est défaite. Après avoir subi bien d'autres échecs, elle vient de perdre la première bataille de l'après-gaullisme. Jamais le pouvoir n'a semblé aussi loin de son atteinte. Jamais, non plus, la gauche n'a été à ce point inattentive aux changements de la société qu'elle voudrait transformer. Evaluant mal les contraintes qu'imposent notre environnement international et notre héritage historique, analysant mal le réseau des pouvoirs qui régissent notre pays, la gauche, trop souvent, gesticule en croyant agir. La première étape de sa rénovation est donc de mieux comprendre la société où elle vit. Mais une seconde étape est tout aussi nécessaire : c'est d'inventer un nouveau comportement politique dans lequel le projet l'emportera sur le discours et le contrat sur la « tactique ». Comme il montre que ces deux étapes peuvent être rapidement parcourues, ce livre est un livre optimiste. Il n'apportera, certes, aucune consolation à ceux qui s'obstinent à préparer le Front Populaire ou la Révolution de 1917. Mais, à tous les hommes de gauche qui veulent agir dans - et sur - la France des années 1970, il propose plus qu'un espoir : une méthode.
1968 : la France se demande qui succédera au général de Gaulle. Après de Gaulle, qui ? dresse le portrait des trois principaux prétendants — Pompidou, Mitterrand, Giscard d’Estaing.
1948, 1956, 1967 : trois dates qui ont marqué l’histoire du conflit israélo-arabe. Dans Israël et le refus arabe, Maxime Rodinson, orientaliste et sociologue de renom.
Dans les villes du tiers monde, plus de 200 millions d'êtres humains vivent en état de pauvreté absolue. Or, avant l'an 2000, c'est entre un milliard et un milliard et demi de nouveaux venus que l'exode rural et la pression démographique jetteront dans des villes déjà engorgées, « taudifiées », disloquées, sous-industrialisées. Quand Mexico concentrera 30 millions d'habitants, quand Calcutta dépassera les 20 millions d'âmes et que Le Caire les approchera, il sera trop tard. Pour contrôler l'un des plus grands bouleversements de l'histoire du monde, une stratégie internationale, audacieuse et réaliste, s'impose dès à présent. L'objectif : construire autant en vingt ans que depuis le début des cités, il y a dix millénaires.
A partir d'une enquête, cet ancien conseiller juridique auprès de présidents africains, a rétabli la chronique de treize années de tyrannie. « Copyright Electre »
Le plus grand journal du monde - l'Asahi, 9 millions d'exemplaires - le plus gigantesque haut-fourneau, le plus énorme cargo - 300 000 tonnes - le train le plus rapide - Tokyo-Osaka, 200 km/h de moyenne - les appareils électroniques les plus parfaitement miniaturisés, les investissements les plus audacieux : on n'en finirait pas de citer les « records » japonais, exemples d'un développement technique auprès duquel ceux des États-Unis et de l'Allemagne paraissent timorés. Le Japon a décuplé en seize ans son revenu national brut : dix milliards de dollars en 1950, 100 milliards en 1966. En 1960, son premier ministre lui annonçait qu'il allait doubler ce chiffre dans les dix années à venir : qui doute aujourd'hui que ce fabuleux pari sera tenu, et que le Japon est désormais solidement installé dans sa position de seconde puissance du monde non-communiste, de « troisième grand » de l'économie mondiale ? De l'économie... Car non seulement les dirigeants de Tokyo, mais l'opinion publique, les leaders politiques et le peuple japonais semblent avoir choisi, pour longtemps, de s'en tenir à deux impératifs : la production et les échanges. Une ligne de conduite que l'on peut résumer en cette formule : la grandeur sans la bombe. Les démons d'un militarisme aujourd'hui détesté paraissent conjurés, mais au prix d'un oubli si manifeste et si minutieux de la politique qu'elle risque de prendre tôt ou tard sa revanche. Un grand peuple peut-il vivre seulement pour les taux de production, le rythme de croissance et les triomphes de la technologie ? Robert Guillain, qui a longtemps et attentivement partagé les expériences et les épreuves du peuple japonais, ne se contente pas de dresser le prodigieux bilan de son expansion : il en mesure, en expert et en ami, les risques et les chances d'avenir.
Peut-on encore être gaulliste, et « gaulliste d'espoir », en 1976 ? Peut-on encore fonder une action continue, créatrice, collective sur une référence historique, sur la vision du monde héritée d'un personnage qui se voulut et fut avant tout un stratège des circonstances ? Oui, répond Jean Charbonnel qui, issu d'un milieu traditionaliste de catholiques limousins, formé à l'École normale, puis à l'ENA, où Péguy et la démocratie chrétienne le disputaient à Barrès et à Michel Debré, historien de formation, homme public de vocation, élu de Brive, compagnon et rival de Jacques Chirac en Corrèze, a gravi presque tous les échelons des honneurs et des responsabilités sous la Ve République. C'est de l'intérieur qu'il a vu le régime s'infléchir vers le conservatisme, et de crise de l'énergie en affaire Lip, laisser s'affirmer les tendances qu'incarne brillamment Valéry Giscard d'Estaing. Ainsi ces mémoires d'un « premier de la classe » se muent-ils progressivement en réflexions d'un mal-pensant. Il se déclare persuadé que seule une opposition raisonnée au système giscardien du « libéralisme avancé » permettra de réconcilier les valeurs profondes du gaullisme avec la jeunesse et les forces productives du pays.
Le régime, hypertendu et lourd, vise les siècles. Il entasse ses pyramidaux anniversaires : cinquantenaire, soixantenaire, soixante-cinquième anniversaire d'octobre. Essoufflé, interminablement gâteux et d'autant plus sûr d'y parvenir. Il lui faut le siècle. Le siècle est magique : quand on l'a, il ne peut plus rien vous arriver, on aura tous les suivants. Niez l'histoire pendant un siècle, noyez-la, elle ne reprendra pas souffle. Le régime mange du temps, comme tout vivant. Et il ne recrache derrière lui rien d'autre que lui-même, son antiquité, sa durée qui obstrue. Régime égyptien (mausolée, marmoréen métro, colonnes auprès desquelles les passants sont fourmis). Dans ses colonnes, dans son marbre, la puissance s'entasse, pèse sur les morts.