Débats philosophiques
La philosophe américaine Judith Butler est connue en France pour avoir relancé la problématique féministe à partir d'une relecture des relations de pouvoir chez Michel Foucault. Mais son travail peut aussi être étudié sous l'angle des rapports entre sujet et normes. Comprendre l'action des normes dans la vie humaine et la vie des normes dans les actions humaines, c'est s'engager dans une double réflexion sur le pouvoir de la norme dans la vie et sur le pouvoir de la vie dans les normes. Tel est le centre de la philosophie de J. Butler. D'un côté, la norme a une efficacité pratique particulière dans la régulation des vies et des comportements, d'un autre côté, une norme n'est posée que parce qu'elle peut être contestée par la vie. L'un des enjeux de cette étude est de souligner combien, en posant des questions radicales, J. Butler s'inscrit dans la tradition philosophique d'une "relecture" comparée - ici, Hegel, Freud, Foucault.
L'ouvrage vise à dégager les grandes lignes de force de l'oeuvre de Marcel Mauss (1872-1950) qui fut le plus proche collaborateur d'Émile Durkheim et le fondateur de l'anthropologie en France. Son oeuvre la plus célèbre reste l'Essai sur le don (1924), mais il est aussi l'auteur d'essais très importants pour la théorie anthropologique, présentés et commentés dans le présent volume. Chaque contribution illustre à sa manière la fécondité du double mouvement maussien entre l'extrême singularité du fait social, localisé dans une culture et une langue spécifiques, dans un temps historique donné, et la construction instable de catégories générales, transculturelles et transhistoriques. Cet ensemble est complété par un texte remarquable de Marcel Mauss sur Célestin Bouglé, jamais réédité depuis sa première publication en 1896, présenté ici par Bernard Valade : on y discerne aisément la méfiance du jeune Mauss à l'égard d'une sociologie excessivement abstraite, tout comme son intérêt pour les faits de psychologie individuelle.
Ce volume est une introduction à Freud, construite autour de sa thèse la plus célèbre : un inconscient sexuel régit la vie psychique, y compris dans ses prétentions intellectuelles, morales ou esthétiques. Comment Freud a-t-il travaillé pour la formuler et la défendre, tant dans le contexte où la psychanalyse est née, qu'au fur et à mesure du développement de la théorie dans l'espace de ses propres difficultés ?
Et si notre capacité à distinguer le bien du mal était innée ? Le Sens moral retrace l’histoire passionnante de cette idée, des Lumières écossaises à Kant, en passant par Hume et Smith.
La renommée nationale et internationale de Pierre Bourdieu lui est venue de la sociologie, une sociologie un peu particulière, dite " des élites ", ou plus communément, " de la domination ", au fil de laquelle il ne se fit pas faute de fustiger les représentants de celle qu'il appelait " La discipline du couronnement ", la philosophie. C'était là pourtant son terroir d'origine, sa formation première, et la seule dans laquelle il possédât un diplôme (l'agrégation). Mais il ne voyait dans ses anciens " collègues " que des lectors figés dans une position scolastique qui les éloignait des urgences du monde et du " sens pratique ". Pourtant, c'est à l'aide de La philosophie (dite " analytique ") qu'il critique la philosophie (sartrienne, heideggerienne), et vise à l'éduquer, qu'il forge les concepts majeurs de sa sociologie, comme l'habitus, la violence symbolique. Et l'enjeu de ses recherches est encore un enjeu philosophique, qui le rapproche de ceux qui ont voulu transformer le monde, au lieu de se borner à le penser.
L'oeuvre de Durkheim a suscité et suscite des lectures et des interprétations différentes, longtemps accompagnées d'une querelle idéologique, celle que l'institution de la sociologie a provoquée. Le débat sur le sens et la portée de l'entreprise durkheimienne se poursuit donc, sur les fins scientifiques, l'utilité sociale et les dérives idéologiques d'une discipline universitaire dont l'oeuvre de Durkheim constitute l'une des matrices fondatrices. Au début des années 1980 en particulier, fut contestée la vision déterministe de sa sociologie : anti-individualisme, positivisme rigide... Les textes ici rassemblés s'inscrivent dans un courant actuel de relecture des oeuvres de cet auteur, dont le rôle majeur dans l'institution de la sociologie et le développement des sciences sociales est largement admis et reconnu. Ils sont publiés à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Durkheim (1858-1917).
Georges Canguilhem n'est plus, aujourd'hui, considéré seulement comme le continuateur de Bachelard et le maître de Foucault, son oeuvre est étudiée par des philosophes qui se proposent de renouveler l'épistémologie historique. Elle permet en effet de proposer une nouvelle définition, qui ne soit pas purement "technicienne", de l'histoire des sciences, une histoire à la fois philosophique et réellement engagée. Cette approche à la fois historique et critique, permet d'éclairer d'un jour nouveau des débats actuels, qu'il s'agisse de bioéthique, de neurosciences ou d'écologie.
L'exégèse des "Pensées" se contente d'ordinaire, conformément au dessein de Pascal qui est de « prouver absolument Dieu », de privilégier deux approches de l'argumentation référant le désir de savoir la vérité à la certitude de la religion dont dépend pour l'homme la connaissance de sa nature. On insiste d'une part sur le nécessaire dépassement de la philosophie humaine par la vérité, irréductible à la raison naturelle enfermée dans l'interminable dispute entre le dogmatisme et le pyrrhonisme, d'autre part sur l'inanité des preuves de Dieu procédant à la façon des démonstrations géométriques, physiques ou même métaphysiques. Mais c'est là négliger que la spécificité des Pensées, tant à l'égard des livres des philosophes que par rapport aux autres écrits de Pascal, tient à l'identification dans cet écrit de la recherche de la vérité à un impératif de caractère absolu, imposé par la fin de la nature humaine. En faisant de cet impératif le principe d'une relecture des fragments de Pascal, on éclaire d'un jour nouveau l'impuissance de la philosophie, qui repose sur l'illusion selon laquelle la vérité serait l'objet d'un simple enjeu théorique, quand elle doit être uniquement celui d'un désir engageant la destination même de l'homme.
Paul Ricoeur est mort en mai 2005. Son dernier livre inachevé, Vivant jusqu'à la mort, suivi de Fragments, a été publié en 2007 et le lecteur, devant une oeuvre philosophique aussi considérable, s'interroge : est-il possible d'y trouver un fil conducteur ? Ricoeur reconnaissait lui-même un tournant dans sa pensée philosophique : d'abord connu comme le philosophe du mal et de la faillibilité, marqué par le protestantisme, il se déclarait à la fin de sa vie beaucoup plus préoccupé par la question du bonheur et de l'action - par celle d'un homme capable. Les auteurs de ce volume (certains, comme Jean Grondin ou Jeffrey Barash, sont très connus) ont choisi de mettre en lumière cette insistance du philosophe sur les capacités de l'homme : le soi dans son rapport à lui-même, dans son rapport à l'autre, dans son engagement pour le tiers, dans son mode herméneutique, dans son rapport avec une autre langue. Ce livre aide à comprendre comment Ricoeur se situe dans l'histoire de la philosophie.
La "déconstruction" reste la marque de la philosophie de Derrida et elle est entrée dans le langage courant, sans doute en partie par son caractère ouvertement paradoxal. Cet ouvrage cherche à montrer la variété et la richesse des débats contemporains autour et à partir de la déconstruction dans les domaines de la philosophie du langage et du linguistic turn, de la théorie de la communication, de la psychiatrie, de la psychanalyse, de la théorie esthétique, de la critique littéraire et de l'histoire de la philosophie. Est-il possible de tout "déconstruire" ?
Articulée à la fois sur la philosophie et l'histoire, la pensée de Hume se situe dans un moment d'invention théorique particulièrement riche. Dès lors que l'histoire de l'Etat cesse de se confondre avec celle du droit de la puissance souveraine, qu'il devient possible d'écrire une histoire qui ne soit pas celle d'un souverain mais celle d'une société, alors le concept de société civile peut aider à envisager en termes nouveaux les problèmes classiques de la philosophie politique. Le parti pris de cette étude est d'analyser la théorie politique de la société civile chez David Hume, sous l'angle anthropologique, économique et historique. Si la société civile moderne est susceptible d'une histoire, encore faut-il comprendre de quelle histoire il peut s'agir : comment l'écrire, à partir d'où ? D'où l'importance de la définition de ce nouveau point de vue historique chez Hume pour mesurer le caractère moderne de sa théorie politique.
A lire attentivement Descartes, on se surprend à constater que l'inventeur de la philosophie du sujet pensant emploie rarement le mot de « sujet », si ce n'est au sens traditionnel et scolastique de sujet des accidents ou des qualités, ou encore de substance. Le but de ce volume est donc d'aborder la question à partir de l'inventaire du vocabulaire cartésien de la « subjectivité ». Devons-nous dire ainsi que l'ego du cogito est sujet ? Ou bien la res cogitans ? Ou encore la mens ? Y a-t-il un sujet corporel chez Descartes ? L'union est-elle le sujet ? Y a-t-il de la même manière un sujet des passions ? Une ipséité serait-elle enfin le sujet chez Descartes ? Multiples formes de la question de savoir s'il y a bien une philosophie du sujet chez Descartes.
L'objectif est de convaincre que la philosophie de Fichte est plutôt une pensée originale de la constitution contradictoire du moi humain en lequel sont à la fois opposées et réunies finitude et absoluité. « Copyright Electre »
Comment rendre compte de la génération de la forme, lorsque le difforme et l'informe conjuguent avec elle leurs puissances dans le processus de formation des êtres vivants, des oeuvres d'art, des génies, des comportements éthiques et politiques, ainsi que des figures de style et d'écriture ? À l'écart des systèmes et des abstractions de la tradition philosophique antérieure, Diderot réévalue l'idée de forme et reconfigure l'idée de nature, selon l'inspiration matérialiste de sa philosophie. Il parvient ainsi à construire l'alliance féconde des savoirs positifs et de l'imagination naturante. Cette réappropriation matérialiste de l'idée de forme, permet d'en comprendre l'usage dans la philosophie naturelle, l'art, la littérature, l'éthique et la politique. Est ainsi mise en évidence l'aptitude heureuse de la forme à épouser le mouvement et la singularité, à penser la métamorphose, et à dire la génialité de la puissance inventive de la nature où prolifèrent les variétés inédites.
La pensée de Spinoza est, tout entière, une philosophie de la puissance de la raison. Plus encore, il découle de ce rationalisme le projet, sans précédent dans l'histoire de la philosophie, d'une identification entre la raison théorique et la raison pratique. La partie IV de L'éthique étudie le comportement d'un homme qui peut connaître les prescriptions éthiques de la raison. Cependant, la connaissance vraie de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, ne le conduit pas, immédiatement et infailliblement, à désirer le premier et à écarter le second : on ne peut faire abstraction de la force des affects. Il devient alors pertinent de s'intéresser non seulement au contenu des prescriptions rationnelles, mais aussi aux causes mêmes du conflit entre ces prescriptions et les passions. Comment comprendre la servitude dans laquelle se trouvent les hommes et l'expérience de ce que nous appelons l'impuissance morale ? Le présent ouvrage cherche à éclairer cette question fondamentale de la vie éthique.
Machiavel est à la fois acteur et spectateur, politique et historiographe, républicain et conseiller du prince, philosophe et patriote. Toutes ces facettes et contradictions sont analysées par les différents auteurs. On peut ainsi se rendre compte des innovations majeures de Machiavel dans la définition d'un nouvel art politique de gouverner, directement lié à l'état d'urgence.
L'oeuvre d'Habermas témoigne de la façon dont le philosophe, dans son rôle d'intellectuel, peut agir de l'intérieur sur la cité, en se mêlant aux débats publics et en s'efforçant de les arracher aux abîmes de la déraison. Ces contributions, dont celle d'Habermas lui-même, reflètent le va-et-vient entre autoréflexion propre à la raison philosophique et sa projection théorique et pratique dans l'espace public politique.