Collection bis
Ce voyage accompli comme un exorcisme est incomparable, un feu d'artifice de drôlerie, d'introspection et de désespoir transcendé. Je ne connais pas de livre aussi beau, aussi soutenable' dans l'appréhension qu'il nous communique, aussi extrême sur la confrontation morale et physique non pas tant à la mort qu'à l'intégrité du corps : machine, refuge, compagnon des heures. Comme si c'était cela, le vrai miracle de la visitation. Magnifique. C.-M. Cluny, Le Figaro littéraire Sous sa plume, la misère humaine, la sienne mais aussi la nôtre, devient une aventure inoubliable. Vivre, vivre à tout prix, malgré les angoisses et les peurs : c'est là la leçon de ce livre. Francine Paillet, Télérama Ce voyage autour d'un crâne, c'est finalement une célébration de l'intelligence. Et de la liberté que donne une intelligence en éveil. Nicole Zand, Le Monde
C'est une vie, c'est une claque, c'est inoubliable. Olivia de Lamberterie, Elle C'était la mort et non le sexe, le secret dont les grandes personnes parlaient en chuchotant, et sur lequel on aurait bien voulu en apprendre davantage. Juive, Ruth Klüger est née à Vienne, en 1931. À onze ans, elle fut déportée avec sa mère à Theresienstadt, puis à Auschwitz où cette dernière lui proposa le suicide en se lançant contre les barbelés électrifiés. Par miracle , toutes deux furent expédiées à Christianstadt, d'où elles réussirent à s'échapper avant de débarquer à New-York. La jeune fille se maria, eut deux enfants, puis divorça. Elle devint une germaniste émérite. À soixante et un ans, un accident survenu à Göttingen la convainquint qu'il était nécessaire de témoigner. Continuer à vivre ? Comment y parvenir tout en récusant aussi bien l'oubli qu'on veut vous imposer que l'apitoiement ou la muséification de cet épisode de l'Histoire ? Peut-on refuser de témoigner et de fournir un récit taillé comme l'autre l'attend, selon le bon patron, dans le bon tissu, cousu avec le bon fil ? Refus de témoigner a été écrit en allemand et l'auteur l'a dédié à mes amis allemands . Ce livre a reçu le prix Mémoire de La Shoah 1998.
Le savoureux, délicat, pudique, émouvant Alouette de Dezsö Kosztolányi. Tout est juste, tout est déchirant dans ce livre : la valise qui résume les vains espoirs d'évasion, le papier à fleurs du salon, la cuiller qui tourne dans la tasse de thé. Le Nouvel Observateur Alouette doit partir une semaine à la campagne ! Ses vieux parents achèvent amoureusement la valise. Comment vont-ils survivre à une si longue absence ? Quand Alouette paraît, le sourire se fige. Elle a trente-cinq ans. Elle est laide. Très laide. Cette semaine sera la semaine de tous les possibles. Mais Alouette revient. Grossie, encore plus laide, encore plus grotesque. Tout rentre dans l'ordre. Et les parents, émus, soupireront : À tire-d'aile notre petit oiseau nous est revenu. Alouette est un des classiques incontestés de la littérature hongroise, et Kosztolányi le considérait comme son plus grand roman .
Épatant. L'Express Frigyes Karinthy disait : je ne plaisante jamais avec l'humour . Et on vous en donne la preuve avec les quarante nouvelles rassemblées dans Je dénonce l'humanité. L'ironie karinthienne appuie férocement sur les petits défauts et les grandes manies de l'espèce humaine. Ses mesquines préoccupations quotidiennes, ses nombreuses inquiétudes existentielles et métaphysiques pointent ici leur nez dans des tableaux où l'absurde et le paradoxal sont rois. Un père essaie d'aider son fils à résoudre un problème de mathématiques, un joueur d'échecs se met à chanter pour retrouver vigueur et courage, un arrogant clame sa discrétion légendaire, un détective tire des conclusions bien trop hâtives... et le banal devient grandiose. La modernité insolente de ces tranches de vie résonne fort dans notre XXIe siècle. Leur humour corrosif convoque celui de Charlie Chaplin, ou de Pierre Desproges.
Lieutenant Sturm est une œuvre essentielle pour l'éclairage qu'elle apporte sur un des écrivains majeurs de notre siècle. Laurent Dandrieu, Le Quotidien de Paris Pendant la Première Guerre mondiale, dans le calme et la terreur des tranchées, trois officiers allemands se retrouvent pour échanger des idées sur leur destin, leur avenir et leurs émotions. Sans cesse ils reviennent sur le sens de cette guerre qu'ils ont choisi de faire. La tension dramatique naît de la succession des alertes et des attaques, et du contraste entre les monotonies du front et les scènes où le lieutenant Sturm lit à ses amis les textes qu'il a ébauchés, qui apparaissent comme des prolongements et des éclaircissements du désastre qu'ils vivent. Livre tragique et prémonitoire, Lieutenant Sturm a été publié pour la première fois en 1923 dans un journal de Hanovre, puis repris en volume en 1963. Ernst Jünger est né à Heidelberg en 1895, et mort à Wilflingen le 17 février 1998. Les Éditions Gallimard ont publié ses Journaux de guerre en Pléiade.
La lecture du Bouc émissaire est d'un enchantement drolatique et désespéré. Le Nouvel Obs Quand l'Étranger arriva, Askanius fut son bon génie : il lui prêta la somme pour ouvrir son cabinet d'avocat. Une fois installé, Édouard Libotz voulut se faire des amis, se marier, faire sa vie . Il fit le bien et résista au mal parce qu'il ne pouvait faire autrement : la vertu était son destin. Mais Libotz ne réussit pas à sauver son ami Askanius du désastre déclenché par le procureur –; symbole du mal absolu –;, pas plus qu'il ne parvient à se faire accepter dans la province. Il part, il supporte les coups du destin, l'un après l'autre, sans laisser s'éteindre son espoir tout ensanglanté . Libotz est un homme ordinaire, mais il est entouré d'une aura qui fait penser à ces jeunes gens dostoïevskiens, pareils à des saints. Nul ne semble s'être rendu compte, lorsque parut Le Bouc Émissaire en 1907, qu'on avait là l'un des plus grands récits écrits dans la langue suédoise. Il n'a pas été surpassé par la suite, ni même égalé. (Sven Stolpe, biographe de Strindberg.)
Ce livre provoque la honte et l'admiration. Il est de ceux qui restent longtemps dans les mémoires. Jeune Afrique Harriet Jacobs, fille d'un homme libre, est née en 1813 en Caroline du Nord. Sa mère est une esclave : elle l'est donc, elle aussi. Adolescente, elle aurait dû subir le sort commun : être violée, et donner naissance à une vaste progéniture qui aurait enrichi le cheptel de son propriétaire. Mais, ce destin, elle le refuse. Elle choisit son amant, un homme blanc, dont elle a deux enfants. Pour échapper à la colère de son maître , elle vit enfermée dans une minuscule soupente pendant près de sept ans... Jusqu'au jour où elle parvient à fuir et à rejoindre les États du Nord. Après une série d'aventures inouïes, elle trouve refuge auprès des abolitionnistes et rédige ce témoignage, qui démonte et met au jour toutes les perversions du système esclavagiste. La sobriété du récit le rend d'autant plus implacable, d'autant plus efficace ; il fut publié à Boston en 1861, puis à Londres l'année suivante. Considéré comme un classique aux États-Unis, il n'avait jamais été traduit en français.
La magie est là, immédiate, dès la première ligne. Même si on n'est pas familier de ces contrées, impossible de se garder du trouble qu'elles dégagent et de ne pas conclure, avec Filip David, que la plupart des choses échappent à la raison des humains. Lire Dans Le Prince du feu, Filip David mêle en virtuose passé, présent et futur. Fantastique et mystère nous font perdre toute notion de temps. Primitif et sauvagerie subsistent dans nos métropoles modernes car l'univers reste gouverné par les lois ancestrales et inexorables. Dibbouks, fantômes et démons sont aussi réels que nos trains. La grâce de la poésie s'est pourtant posée sur ces récits, elle adoucit l'amertume d'un monde où la mort est partout présente.
L'art de Kosztolányi est de faire surgir la tragédie des événements les plus anodins, de transformer le moindre personnage vivant dans l'obscurité et l'aphasie en héros digne de Sophocle. Le Figaro littéraire Veille du bac, début du XXe siècle. Vili Liszner excelle dans la course à pied mais guère en géométrie. Antal Novàk enseigne les mathématiques avec foi et enthousiasme, et ne peut, en dépit de sa bonté et sa compréhension, accorder l'examen à l'adolescent. Les cancres recalés sont dangereux la nuit, et complotent contre le professeur, déjà abattu par la fuite de sa fille avec son amant.
Le portrait d'une femme admirable. Mona Ozouf, Le Nouvel Observateur Édith Thomas, chartiste, historienne et romancière, fut un être entier, épris de vérité et d'une liberté abrupte et revendiquée. Est-ce pour cela que l'Histoire ne lui a pas rendu justice ? Résistante de la première heure, elle rejoint la rédaction des Lettres françaises et le CNE après la mort de Jacques Decour. Elle en est la cheville ouvrière, celle qui assurait toutes les liaisons indispensables , écrit Claude Morgan. Dans le même temps, elle s'inscrit au PCF clandestin. Six ans plus tard, en pleine affaire Tito, elle est l'une des premières à en claquer la porte. 1952 : Paulhan publie sa Lettre aux directeurs de la Résistance. Édith Thomas, elle, rédige Le Témoin compromis. Elle y analyse au plus près son cheminement politique et existentiel au cours de la décennie écoulée. Qu'en était-il de la Résistance ? Qu'en est-il du communisme ? Qu'est-ce qui l'a menée à cette partition brutale avec ses camarades , alors que son adhésion au Parti avait tant signifié pour elle ? Les Éditions Viviane Hamy font reparaître son Jeu d'échecs, publié en 1970, quelques mois avant sa mort. La critique pointe alors la lucidité extrême de ce roman autobiographique qui propose [...] des éléments nouveaux à l'examen du paradoxe de la femme d'aujourd'hui. Il faudra s'y référer à l'avenir . Il était donc essentiel de rééditer ces Mémoires afin de mieux appréhender, soixante-dix ans après les faits, le rôle majeur que cette femme hors normes joua dans la Résistance intellectuelle et les années de l'immédiat après-guerre.
L'œuvre de Denton Welch est unique. Le Monde L'été, les bords de la Tamise, Orvil Pym a quinze ans. C'est l'Aventure, la découverte des correspondances entre une croupe et une pêche Melba, la révélation de la beauté devant Aphra, qui profitait de chaque seconde pour se métamorphoser ... Ce sont les derniers jeux de l'enfance, le trouble qui s'immisce, le plaisir, la peur délicieuse. Comparer Soleils brillants de la jeunesse à L'Attrappe-Cœurs ? Ce serait desservir deux très grands livres. Curieusement, il s'agit là de la première traduction française du roman-culte d'un écrivain anglais mort en 1948 à l'âge de trente-trois ans. Welch est un écrivain dont la modernité du style résonne aujourd'hui étrangement quand on le compare à Hervé Guibert, avec qui il partage, à un demi-siècle de distance, la fougue, les dons, la maladie et le destin, comme lui violemment attentif aux éclats intimes d'une vie tronquée qui s'accroche à l'essentiel : le sexe et l'amour transfigurés par l'onirisme. Hugo Marsan, Le Monde
Un chef-d'œuvre de l'écrivain et Européen, Róbert Hász. Le Monde Dans un pays et un temps indéterminés, quinze jours avant d'être démobilisé, le lieutenant Livius fait l'objet d'une mutation dans la montagne, vers une lointaine forteresse. Une fois sur place, le jeune homme découvre un univers à part, absurde et paranoïde, où des hommes qui ne savent rien de leur situation, sinon qu'ils doivent obéir à un Ordre énigmatique s'accrochent à leur passé et à leurs certitudes...
Ce qui triomphe, c'est la valeur de l'amour. Et les diverses péripéties du roman nous importent moins, dans leur enchaînement de cruautés et de renversements, que ces moments que le bonheur sauve. Peut-être parce que c'est ce que nous appelons l'éternité. Le Figaro La rencontre du prince Hamid el Ghâzi avec le jeune esclave révolté qu'un marchand s'apprête à châtrer ouvre ce conte des Mille et Une Nuits. Dès le premier regard, un lieu indéfectible unit celui que l'on appelle el Ghâzi –; le Guerrier –; à Shahin –; le Faucon –;, l'adolescent qui a perdu la mémoire. L'étrangeté de leur relation exacerbe les jalousies et les haines : celle de Harazad, le propre fils du prince, celle de l'ennemi ancestral, l'émir Hussein ibn 'Ali... L'auteur, fille d'un consul général à Alexandrie, vécut très longtemps en Égypte. Elle fit paraître Le Myrte et la rose en 1982 sous le pseudonyme de Gamila Ghâli avec le parrainage de Leonardo Sciascia qui garda le secret. L'enthousiasme de la presse et l'engouement des lecteurs furent tels, qu'Annie Messina accepta de dévoiler son identité et d'inscrire son nom sur la nouvelle édition. Annie Messina est sicilienne –; la parenté de la Sicile et des Lumières n'est plus à prouver. On retrouve donc, naturellement, dans cette petite merveille, tour à tour le ton abstrait des moralistes et la fantaisie provocatrice des conteurs malicieux. René de Ceccatty, Le Monde
Une histoire d'amour, d'incompréhension et de désespoir. Dans sa maison de la Grande Plaine, Mme Szöcs attend : son mari est en train de mourir, il ne reconnaît plus sa femme et sa dernière phrase est destinée à Iza, leur fille trop aimée. Une fois son père enterré, Iza emmène sa mère vivre avec elle dans son appartement de Budapest. Elle a tout décidé, fait le tri entre meubles et objets à garder et à abandonner, arrangé la chambre, sans rien demander à sa mère, ni son avis ni ses envies. Peu à peu, la fragile petite vieille se pétrifie dans la non-existence qui lui est ainsi offerte, jusqu'au jour où elle décide de retourner dans son village... Après le succès de La Porte, Prix Femina étranger 2003, La Ballade d'Iza est une poignante réflexion sur la difficulté d'aimer, de comprendre l'autre et sur la solitude intrinsèque des êtres. Claire Julliard, Le Nouvel Observateur
L'histoire d'une jalousie, l'histoire d'une vie... Eszter est une comédienne célèbre. Pourtant, les frustrations de son enfance – entre des parents ruinés mais de très vieille aristocratie – renaissent et s'exacerbent quand elle découvre qu'Angela, l'ancienne gamine trop parfaite de son village natal, est l'épouse de l'homme qu'elle aime, et qui l'aime. Le Faon dit la jalousie, plus, la haine, vécue comme un maléfice, à l'égard d'un être qui symbolise tout ce que la petite fille que fut Eszter n'a pas connu, n'a pas été. Son monologue est celui d'une femme qui se donne, se confesse et expie. Construit comme une tragédie antique, Le Faon explore les Enfers d'une Médée hongroise dont le monologue tient autant de l'exorcisme que de l'expiation. L'Express
Onze nouvelles, d'une ironie mordante, qui décrivent les travers de l'homme et la décadence du monde qui s'annonce à l'aube du fascisme en Europe centrale. Il est des livres qu'on sirote sans se presser, en modérant volontairement les signes d'impatience de l'index qui froisse les pages, comme si on voulait en préserver le parfum le plus longtemps possible. Le Traducteur cleptomane a le bonheur de faire partie de ces ouvrages-là. Le Journal de Charleroi (Belgique). L'humour de Kosztolányi fait des ravages dans ces récits tranchants comme des rasoirs : l'avant-dernier, par exemple, qui raconte les tribulations d'un chapeau melon, est un petit chef-d'oeuvre de dérision chaplinesque. Kafka chez Ubu... André Clavel, L'Événement du jeudi On pense bien sûr à Kundera. Le romancier hongrois, tout comme le Tchèque, a cet art de dire l'indicible, la sclérose et la mort sur un air de fugue et un ton de plaisanterie. Michèle Gazier, Télérama Parce que jamais dans la vie ne s'est encore produite une situation à laquelle on n'ait pu appliquer cette phrase c'est la vie, ne mourez pas avant d'avoir lu ces nouvelles ! Florence Lorrain, Librairie Atout-Livre (Paris XII)
Une histoire singulière emportée par un beau souffle romanesque. Le Figaro magazine Aux environs de l'an 1000. L'Europe centrale est l'objet de toutes les convoitises. Le pape décide alors de confier à un bénédictin retiré à l'abbaye de Saint-Gall, Stephanus de Pannonie, une mission capitale : convaincre les Magyars païens de s'allier avec le Saint-Siège contre l'empereur germanique Othon Ier. Voilà Stephanus sur les routes. À la frontière du monde chrétien, il est capturé par les barbares qui découvrent qu'il détient le médaillon représentant l'oiseau Togrul, insigne du Künde. Ses ravisseurs se persuadent alors qu'il est ce chef spirituel qu'ils attendent depuis longtemps... Des guerriers fougueux à cheval, une époque troublée, des intrigues, des trahisons... Le Prince et le Moine, roman historique et d'aventures à la fois, plonge le lecteur dans le mythe fondateur de la Hongrie et dans les fracas du Xe siècle. Au gré des guerres ottomanes et des légendes, les chroniques enchâssées du moine Stephanus de Pannonie forment une époustouflante chanson de geste.
Quelle superbe histoire d'amour, faite de rien, simplement d'une passion sauvage, absolue ! La Vie Giacenta est trop belle. Alors le village la rejette, avec sa fille, jusqu'à ce qu'elle meurt de solitude. L'adolescente pousse comme les fleurs sauvages, ses seuls complices sont la montagne et son cabri noir. Mais, pour les hommes, Jella n'est que la fille de sa mère. Elle doit fuir. Elle franchit le ravin et rejoint l'autre côté, où l'attend la sécurité auprès du vieux Pierre, le garde-barrière. Jusqu'à ce qu'André Retz arrive de la Grande Plaine... La rencontre de Jella et d'André est une histoire âpre, un affrontement semblable à celui de la montagne et de la Puszta. Et il n'y aura pas de vainqueur. Ombres et lumières sur la montagne, vaste silence mesuré à l'aune des pierres qui roulent, seul vrai refuge de Jella, bannie du village. Lorsqu'elle découvre l'amour, ce ne peut être que sommets de bonheur et précipices du désespoir. Libération
Alberti a pour lui trois atouts : Venise, l'aristocratie, le goût du saugrenu. C'est assez pour qu'on cède au charme. Le Monde Aldo Alberti naît en 1908 dans une ancienne famille vénitienne. Dès les années vingt, il collabore à des revues, crée et dirige Esso Rivista. En 1932, une phrase tirée d'un texte publié dans Tribuna lui vaut les foudres mussoliniennes : Avec toutes les femmes qu'il y a sur terre, mieux vaut ne pas se sacrifier pour une seule. Résistant, il participe activement à la libération de Venise. La Ligue des dames pour le transfert de la papauté aux Amériques regroupe trois nouvelles qui forment une ode à la Sérénissime qu'il aime avec déraison. Alberti a pour lui trois atouts : Venise, l'aristocratie, le goût du saugrenu. C'est assez pour qu'on cède au charme. La noblesse décadente, on l'apprend, n'est pas forcément déchue. Elle sait honorer ses ancêtres et les entourer de respect, mais elle sait également combattre le fascisme. Sur un ton délicieusement loufoque, qui le rapproche autant de Landolfi que d'un certain humour anglais, Aldo Alberti met en scène une petite caste farfelue qu'aucun préjugé ne saurait soumettre et qui tente d'extirper de ses terres le mal, qu'il prenne la forme du démon nazi ou qu'il s'identifie au pouvoir séculier de l'Église. René de Ceccatty, Le Monde
L'existence d'Alonso de Contreras, racontée par lui-même : le plus beau roman picaresque connu, parce que vécu. Fernand Braudel Contreras naît à Madrid le 6 janvier 1582, dans une famille très pauvre. À 14 ans, il s'engage dans l'armée. Il va parcourir les terres et les mers, trucider à tour de bras, embrocher des poulets et des hommes, faire un carnage de Turcs, couler des brigantins et des gabarres. Sa vie ressemble à un film de cape et d'épée tourné en technicolor à hollywood : il sera grand capitaine, puis gouverneur de deux îles, enfin commandeur de l'Ordre de Malte ; pour ne pas être en reste, il obtiendra une audience du pape, et rencontrera trois fois le roi d'Espagne. Ces Mémoires sont un chef-d'œuvre, car Contreras dit tout en ne disant à peu près rien. En effet, il se borne à raconter laconiquement ses aventures, et il surgit de cette succession d'épisodes un des tableaux les plus puissant du XVIIe siècle. D'un bout à l'autre du livre, le lecteur a l'impression de se promener dans une gravure de Callot. Il y a des habits déchirés, des feutres à plume, des forêts de hallebardes, des gueules patibulaires, des miquelets avec l'arquebuse sur l'épaule, des pendus qui se balancent aux arbres, des maisons qui brûlent. La Guerre de Trente ans est partout. Jean Dutourd
Toutes les jeunes femmes d'aujourd'hui doivent lire ce manuel qui pourrait s'appeler : Comment manipuler votre entourage et l'amener à faire tout ce que vous voulez'. Elle Dans mon enfance, j'ai beaucoup appris grâce aux histoires. Ce qui m'a le plus marquée, c'est que les méchants utilisaient leur cervelle et parvenaient toujours à quelque chose. [...] Aussi j'ai pensé qu'on avait besoin de gentils qui avaient quelque chose dans le crâne, des gentils actifs, et non pas des nouilles passives. Un méchant gentil. Est-ce que ça n'existe pas ?' Alors, peu à peu, j'ai décidé d'en être un. Benigna déborde d'optimisme ; rouée, futée, elle se présente comme la descendante de Machiavel.
Ce premier roman prend des airs de Guépard au féminin, dans le paroxysme des cuivres de Verdi. Biba Sicile, 1861. L'Italie est dans la tourmente. Une jeune aristocrate, Margherita, n'accepte plus de jouer l'épouse parfaite : elle enfonce une épingle à cheveux dans le cœur de son époux endormi et, habillée en homme, rejoint la bande armée du brigand Spaziante. Arrêtée par les soldats de Victor-Emmanuel, elle est jetée en prison. Vingt ans plus tard, du fond de sa cellule, la Briganta entreprend le récit de sa vie. Le désir, les passions vibrent. Le scandale est partout, dans la mort donnée et reçue, dans les viols des corps et des maisons, dans l'écriture. Violence sourde, maîtrise et tension. Cri de révolte et revendication de la liberté.
Retenez bien son nom. Ricarda Huch, auteur d'un de ces livres sublimes qu'on lit d'un trait avec le sentiment que c'est sûrement cela un chef-d'œuvre. Télérama Sur notre si bel été glisse une petite ombre, venue on ne sait d'où. En cette année 1906, les pressentiments qui hantent Lusinja von Rasimkara, l'épouse du gouverneur de Saint-Pétersbourg, vont se révéler justifiés. Quand elle a engagé un secrétaire pour servir de garde du corps à son mari, elle a scellé le destin de sa famille. L'arrivée de ce jeune homme hors du commun, bouleverse les esprits. Il suscite l'émoi des jeunes filles, Katja et Jessika, impose sa volonté au fils, Welja : il se rend bientôt indispensable. Son emprise protectrice ne cesse de grandir, mystérieuse, presque menaçante... Émule des Romantiques, biographe de Bakounine et de Garibaldi, Ricarda Huch, que Thomas Mann appelait la première femme d'Allemagne, écrivit Le Dernier été en 1910.
Ce livre, bourré de moments drolatiques et poignants, recèle une étonnante qualité d'émerveillement. Madame Figaro Alassio, 1939. Giovannino a huit ans et coule une enfance heureuse entre sa mère, sa grand-mère, l'oncle Pino et la tante Marta. Les petits Garibaldi – les fils du gardien –, Mr. Sweet, le professeur de tennis, et Maître Riedl complètent son petit monde. Un jour, sa passion pour le tennis le pousse à se rendre directement à l'école en chemise et pantalon blanc, pull-over blanc à torsades bordé de bleu . Ce manquement au règlement, qui impose la chemise noire, symbole de la révolution fasciste, lui vaut d'être renvoyé car il révèle une préoccupante attitude subversive à l'égard des institutions de la patrie . Le sport – le court de tennis, lieu d'initiation par excellence, est omni présent – et ses conversations avec une vieille princesse russe exilée permettront à l'enfant de pressentir la disparition d'un monde, que la haine abolit les échanges entre les hommes et les peuples, et qu'il est urgent de forger une nouvelle morale, à l'heure où son pays glisse dans l'horreur...
L'Évadé réussit ce tour de force d'offrir une parodie du roman d'aventures, du roman sentimental et du roman exotique. L'Évadé, le feuilleton des aventures calédoniennes de Rochefort, est un texte venu d'ailleurs, de cette fin du XIXe siècle où l'on raconte des histoires comme si on coloriait des images : c'est naïf, insolite, plein d'intrigues et de rebondissements, d'exotisme et de bons sauvages – bien qu'ils soient anthropophages ! C'est Tintin chez les Canaques. Rochefort, roublard, mélange les fils avec un malin plaisir. On est sous le charme d'Armande et des palétuviers. Et Danclade-Rochefort, encore auréolé de sa légende, mousquetaire sans roi, nous mène par le bout du nez jusqu'à son évasion finalement réussie... grâce aux Canaques. André Rollin, Le Canard enchaîné.
Ce qui confère à ce roman toute sa beauté, c'est la grande sensibilité de son auteur. Le Château d'Ulloa, chef-d'œuvre du naturalisme espagnol, a toute la saveur de la terre et les couleurs de la Galice, mais aussi descend avec bonheur au centre du cœur des hommes. Le Magazine littéraire Au tréfonds de la Galice, le marquis d'Ulloa ripaille, boit, chasse avec le curé, vit en concubinage avec sa servante, tandis que Primitivo, l'intendant du château, joue de tous les vices et faiblesses de son maître pour le voler et s'approprier le domaine. Frais émoulu du séminaire, Julian, le chapelain, tente de sortir le marquis de cette féodalité archaïque, de le soustraire à l'influence maléfique des lieux et au machiavélisme de son régisseur : il en sera la première victime. Une fresque où l'on respire par tous les sens l'air galicien, avec ses superstitions, et ses fêtes, ses beuveries, perdrix et loups, braconniers et aristos, bourriques et curetons. Quel film on en ferait !... Jean-Charles Gâteau, Le Journal de Genève
Un texte bouillonnant de fureur contenue, livrant le procès d'un douloureux travail de remémoration.. Madame Figaro André Lorant est né en 1930 à Budapest dans une famille de la bourgeoisie aisée. La guerre ne lui permet plus d'ignorer ses origines juives : en 1944, il porte l'étoile jaune. Après l'avènement du communisme, ce sont ses origines sociales qu'on ne lui pardonne pas. En 1956, il est déclaré ennemi de la classe ouvrière . Il choisit alors l'exil, s'installe en France... et devient l'un des spécialistes de Balzac. En 1997, il décide de retourner en Hongrie. Mais à chaque étape du pèlerinage, la nécessaire distance se mue en indifférence. C'est seulement de retour à Paris, chez lui, que l'émotion jaillit et engendre Le Perroquet de Budapest, le récit d'une enfance revisitée.
Un roman férocement satirique signé par un des plus grands écrivains hongrois du début du siècle. L'Événement du jeudi Déjà en 1919, à Budapest, on ne trouvait plus de bonnes. Bonnes, frugales, modestes, vertueuses, qui baissent les yeux et dorment à la cuisine. Anna, enfin, entra chez les Vizy, fit des parquets lumineux, des vitres transparentes, des plats moelleux. Et planta son couteau de cuisine par neuf fois dans le corps de ses patrons, une nuit de fête après la vaisselle. Pourquoi ? Anna ne dira rien. Mais l'auteur, à phrases feutrées, se glisse dans le clair-obscur des obsessions bourgeoises, les silences mesquins, les ragots, la pesanteur sociale, l'indifférence. Anna la soumise n'a rien à dire sur cette nuit-là. Pas même à elle-même. Une histoire lisse sur les sables mouvants de l'âme. Un chef-d'œuvre de pointillisme. Juliette Boisriveaud, Cosmopolitan Les Éditions Viviane Hamy ont publié trois romans –; Alouette, Anna la douce, Le Cerf-volant d'or –; et un recueil de nouvelles –; Le Traducteur cleptomane –; de Dezsö Kosztolányi. Il faut découvrir et redécouvrir Kosztolányi (1885-1936), il faut lire et relire cet immense écrivain, une des plus grandes figures de la littérature hongroise du XXe siècle selon Georges Kassaï.
On a affaire à une toile de maître de petit format, à un morceau de musique de chambre dont les échos resteront longtemps dans l'esprit des lecteurs. Le Point Après la mort de la mère –; elle aurait été assassinée –;, personne ne fit plus la cuisine ; les frères partirent, et Alrik resta seul avec son père qui n'ouvrait plus la bouche. C'est à cette époque qu'il apprit à jouer sans jouet, sans camarades, et sans connaître les jeux. La mer, l'air gris et l'eau grise, l'air bleu et l'eau bleue, les harles et les macreuses durent satisfaire son besoin de découvrir et de combiner ; quand cela devint insuffisant, son œil puisa dans ses propres ressources pour combler ce manque ; son oreille avide, qui ne connaissait que le rugissement ou le murmure du vent, le clapotis ou le grondement des vagues, se nourrit de sa propre substance, et, exacerbée par cette autarcie, finit par distinguer des sons là où il n'y en avait pas, entendre la circulation du sang, la tension des nerfs, le déchirement des tissus, puis les sons enfin, qui, au fil des mois, se rassemblaient, s'ordonnaient, s'unissaient pour en engendrer d'autres. Alrik Lundstedt ce jeune homme surdoué monte à Stockholm pour apprendre la musique. Mais la folle du logis l'entraîne hors du chemin... Rêve et réalité se mêlent...
Prix Femina étranger. La Porte est une confession. Magda Szabó retrace sa relation avec Emerence (prénom à consonance princière en hongrois) Szeredás, originaire de la même province quelle, qui fut sa femme de ménage pendant une vingtaine d'années. Sa compatriote mais aussi son contraire : l'une est vieille, l'autre jeune, l'une sait à peine lire, l'autre ne respire que par les mots, l'une arbore l'humilité comme un blason, l'autre l'orgueil de l'intellectuelle cultivée. Et pourtant la vieille servante va tout apprendre à l'écrivain adulé, car elle est bonne, fondamentalement généreuse ; dès qu'il s'agit de sauver une vie, que ce soit celle d'un Juif, d'un Allemand, d'un voleur ou d'un chaton abandonné, Emerence ne réfléchit pas une seule seconde. La narratrice fait le portrait haut en couleurs de ce personnage lumineux au caractère difficile et singulier, qui agit en véritable despote sur son entourage et qui refuse à quiconque l'accès à son domicile.
Celui qui l'a écrit était bien un maître aristocrate et païen' pour donner autant de vraisemblance à cette assemblée londonienne qui jette avec ses habits sa vertu, se baignant dans le péché avec l'appétit et l'innocence de jeunes loups au plus fort du carnage. Le Nouveau quotidien (Suisse) Dans le salon très mondain de Lady Helling, toute la gentry écoute le sulfureux colonel Boldman exposer avec complaisance ses théories et pratiques quant à l'usage de la fessée et du fouet appliqué à l'éducation des jeunes filles. À l'écart, l'hôtesse se prend à rêver de l'époque où le jeune et trop pauvre lieutenant Boldman ne pouvait prétendre l'épouser, elle, la richissime héritière des Robson. Quelque temps plus tard, le bel officier révélera à la très vertueuse lady sa véritable nature... En 1905, à la fin de sa vie, un dénommé Jean de Villiot, pseudonyme de Hughes Rebell, publie ce Fouet à Londres chez Charles Carrington, connu pour son catalogue sadomasochiste et ses publications d'Oscar Wilde parues sous le manteau. Sans conteste, le romancier écrivit ce livre – où l'hypocrisie et la perversité sont le lot de tous – dans la jubilation et avec une distance qui force le rire
Lire Gazdanov, c'est se prendre de passion pour ses personnages surréalistes', pour ses allers-retours incessants entre rêve et réalité, pour sa peinture des bas-fonds parisiens (digne d'un Francis Carco), pour sa philosophie de l'errance. L'Alsace Dans les années 30, à Paris, un étudiant russe sans le sous se lie d'amitié avec un clochard qui devient milliardaire grâce à un héritage inattendu. Le miracle ne modifie en rien leur relation, chaque semaine ils se rencontrent dans le luxueux appartement du vieillard... jusqu'au jour où il y est retrouvé assassiné. Le jeune homme, naturellement suspecté, est arrêté... Il ne devra son salut qu'à une statuette du bouddha mystérieusement disparue de la scène du crime. Qu'on la retrouve, et elle révèlera l'identité du meurtrier ! Des portraits de la diaspora russe drôles, émouvants, inoubliables, ponctuent cette quête policière qui sert de toile de fond aux interrogations de l'auteur sur les déchirures de l'exil et les impostures du réel.