Presses universitaires de Provence
Giono est gourmand de paysages. Il regrettait le peu de cas que faisaient du paysage deux de ses auteurs favoris, Machiavel et Stendhal. Du premier, il écrit : « Nicolas ne nous renseigne guère sur le paysage qui l'entoure ». Stendhal, pour sa part, note en marge de l'écriture de ses romans « Ici paysage, ici description » sans pour autant le faire, « mais moi », ajoute Giono, « à ce moment-là, j'avais besoin d'une description, d'un arbre, d'une herbe, d'un bruit dans la nature... ». Car Giono a mis le paysage au coeur de son oeuvre et a beaucoup réfléchi à sa fonction romanesque. Cet ouvrage, auquel ont collaboré les meilleurs spécialistes internationaux de Giono, propose une exploration paysagère de l'oeuvre de l'écrivain trop souvent cantonné à la Provence. Il passe en revue le paysage au travers de ses différents aspects, dans un mouvement qui conduit du plus familier au plus surnaturel : les lieux du paysage (villages, jardins, parcs, forêts, cataclysme), les territoires du paysage (Provence, Italie, Espagne), le paysage dans le « cycle du Hussard » (Stendhal, la lumière et l'ombre), les thèses que porte le paysage (discours sur la guerre, utopie et dystopie), l'écopoétique (l'olivier, les métamorphoses d'un paysage en perpétuel mouvement), ses médiums (métatextualité, peinture, couleur, cinéma) et enfin le labeur du paysage (traduction et genèse textuelle).
Trahison, complots, châtiments : cet ouvrage collectif explore comment les cités antiques ont vécu et combattu la trahison ultime, celle qui livre une patrie à l’ennemi. Une plongée captivante dans les rouages politiques et moraux de l’Antiquité.
Agir ensemble ne va pas de soi : l'action collective implique un projet collectif et des règles qui opèrent comme des lignes de conduite. L'étude de l'existence et de la transformation de toutes les formes d'action collective - de l'entreprise à l'association, en passant par toutes les formes privées ou publiques d'entrepreneuriat collectif - implique ainsi une théorie de l'action à même de faire leur place aux projets et aux règles par lesquels les collectifs d'action se conçoivent et se construisent. Nourri des apports fondamentaux de la sociologie des organisations francophone associée aux noms de Michel Crozier, Erhard Friedberg et Jean-Daniel Reynaud, l'ancrage régulationniste retenu pose le projet collectif au fondement de toute forme d'action collective. Il affirme la nécessaire prise en compte de l'agir projectif proprement humain impliqué dans l'action. Sur la base de cet ancrage régulationniste, le glossaire répond à l'exigence scientifique de maîtriser les concepts par lesquels les observateurs ou les chercheurs dialoguent avec le monde des pratiques observées. Offrant la possibilité d'un approfondissement de la réflexion, il constitue une aide indispensable pour toute personne désireuse de comprendre la vie des organisations.
Entre Lyon, Alexandrie, Hambourg et Tunis, Prier ailleurs révèle comment les communautés expatriées organisaient leur culte en terre étrangère aux XVIe–XVIIIe siècles.
Cet ouvrage s'inscrit dans la série de publication des « Fouilles à Marseille » dont deux volumes ont déjà paru (en 2011 et 2014) traitant de la ville, puis des mobiliers médiévaux et modernes. Ce troisième volume s'intéresse à la ville antique, entre le vie siècle avant J.-C. et la fin du viie siècle. Marseille, cité grecque, se revendique la « plus ancienne ville de France » et son histoire est déjà longue de plusieurs siècles lorsqu'elle intègre l'Empire romain en 49 avant J.-C.À partir des grandes fouilles urbaines de l'Alcazar et du quartier de la Major menées à l'aube des années 2000 et dont les données archéologiques sont présentées de façon détaillée, plusieurs thèmes sont abordés et traités de manière synthétique. Ainsi, l'urbanisme, le réseau des rues, les zones de nécropoles ou encore l'organisation des zones suburbaines et du territoire massaliètes sont revisités à travers les données les plus récentes de l'archéologie préventive. D'autres fouilles de moindre envergure, situées dans le quartier du Panier ou sur la butte Saint-Laurent, c'est-à-dire au coeur de la ville antique, complètent le corpus des sites étudiés.L'équipe éditoriale de cet ouvrage regroupe les principaux acteurs de l'archéologie marseillaise, qui sont issus de l'Inrap, du service archéologique municipal et du CNRS (CCJ et CEREGE). Ils ont mis en commun leurs recherches pour proposer cette synthèse renouvelée de Marseille durant l'Antiquité grecque et romaine.
Annoncer une mauvaise nouvelle, décider d'un arrêt de traitement, tenter une opération risquée, réanimer un patient suicidaire... les dilemmes moraux ne sont pas rares en médecine. Les problèmes éthiques ont néanmoins revêtu une acuité particulière de nos jours du fait des progrès techniques, du coût des thérapeutiques innovantes, de l'évolution des moeurs, du vieillissement de la population. Cette nouvelle conjoncture conduit peu à peu à changer les façons d'exercer la médecine. Une culture du partage s'instaure avec les soignants, le monde associatif ou les sciences humaines et sociales. La philosophie morale se trouve également mise à contribution. Car pour être une démarche rigoureuse, l'éthique biomédicale ne doit pas se réduire à un échange d'opinions informelles et spontanées. Elle doit se nourrir de la connaissance des travaux des philosophes d'hier et d'aujourd'hui. À cette fin, le présent ouvrage propose aux professionnels de santé, ainsi qu'à tous ceux qui sont concernés par leurs décisions, de découvrir les grands principes et les principales théories de la philosophie morale. De l'éthique des vertus au contractualisme moral, en passant par le probabilisme, le déontologisme, l'utilitarisme, le libertarisme, l'éthique de la sollicitude ou l'éthique narrative, l'histoire de l'éthique est riche en ressources. Chaque théorie morale apporte un éclairage nouveau et fournit des repères, tant pour l'élucidation des problèmes d'éthique au quotidien que pour la compréhension des débats de société autour de la bioéthique.
Les recherches sur les récits de voyage médiévaux connaissent actuellement un renouveau des perspectives envisagées, qui situent ces textes dans des contextes et des problématiques renouvelés. Les dix contributions présentes dans ce volume explorent deux pistes : d'une part les liens entre récits de voyage et géographie, d'autre part la place de ces récits dans le développement d'une quête du « moi » au cours du Moyen Âge. La frontière entre récit viatique et traité de géographie est floue et les définitions de ces deux domaines demeurent poreuses tout au long du Moyen Âge. De la même façon, la place que tient l'écriture du voyage dans la naissance de l'autobiographie est significative et l'histoire de ces deux genres littéraires se croise fréquemment. Ces deux aspects, souvent opposés, rarement rassemblés, ne sont cependant pas antinomiques, mais méritent d'être examinés de façon conjointe. En effet, le voyageur, confronté à des lieux et des expériences nouveaux, qui viennent enrichir les connaissances géographiques, est aussi amené à un retour sur soi et à un questionnement sur son identité.
Les historiens du Moyen Âge rencontrent assez fréquemment, dans leurs recherches, des hommes d'Église faisant la guerre. Ce sont la plupart du temps des prélats : évêques, abbés ou cardinaux. Ces hommes ne prenaient pas seulement les armes lors des croisades, mais aussi au cours de conflits séculiers, sans aucun motif religieux, comme la Guerre de Cent Ans. Or, contrairement aux idées reçues, l'usage des armes par le clergé n'était pas totalement interdit au Moyen Âge. De nombreux motifs permettaient aux prélats de justifier leur participation aux conflits armés, d'autant plus qu'en tant que seigneurs et vassaux des rois, ils étaient sollicités par les pouvoirs séculiers. Tout était question de mesure : si les évêques les plus belliqueux pouvaient provoquer le scandale, d'autres furent considérés comme des héros. Pourquoi étudier ce sujet à travers l'exemple de la France du XVe siècle ? C'est qu'au cours de cette période, ces pratiques semblent se raréfier avant de quasiment disparaître. Est-ce sous l'effet de l'esprit de réforme qui anime l'Église après le Grand Schisme, lors des conciles de Constance et de Bâle, ou sous celui de la modernisation des structures de l'État monarchique français et de ses institutions militaires ? C'est à ces questions que se propose de répondre cet ouvrage, à travers l'étude des actes et du mode de vie de ces prélats combattants, des questions de droit, de la manière dont ils furent jugés par la hiérarchie ecclésiastique et la société de leur temps.
L'école est un lieu d'émergence, d'actualisation, et de transition d'émotions relevant à la fois de souffrances et de trajectoires créatives. En interrogeant, sous divers éclairages disciplinaires (psychologie clinique, psychanalyse, neurosciences, philosophie, sciences de l'éducation et musicologie), la part intime de l'investissement scolaire par les enfants, les professionnels, ainsi que les familles, cet ouvrage aborde les différentes façons dont les émotions individuelles et collectives affectent le rapport à l'école. Les sept contributions présentent l'expérience intime, culturelle et sociale de la scolarité comme fondatrice du développement psychique, de l'autonomie et du devenir citoyen de l'enfant, acteur non seulement de sa propre vie, mais aussi de l'école et de la société. Destiné aux professionnels et chercheurs de l'enfance et de l'adolescence, l'ouvrage tente de décloisonner les regards sur l'école et de situer les enfants et les adolescents au coeur de leur cheminement singulier : subjectif, scolaire et citoyen.
En 2008, un magazine américain publiait un article dans lequel un homme transgenre ayant légalement changé d'état civil, Thomas Beatie, annonçait qu'il était enceint d'une fille. Son histoire a fait rapidement le tour du monde avec un titre mille fois repris : « Le premier homme enceint du monde ». Cet exemple médiatisé de grossesse masculine, qui a fait surgir la question de la parenté transgenre dans l'univers médiatique, n'est que la partie émergée de l'iceberg. D'autres hommes transgenres ont mis/mettent au monde leurs enfants, que ce soit avant ou après leur transition, mais surtout beaucoup de personnes transgenres souhaitent être parents et le deviennent avec ou sans l'aide des nouvelles techniques de reproduction assistée. En proposant de réfléchir sur l'expérience transgenre de la parenté de façon pluridisciplinaire (sociologie, anthropologie sociale, philosophie, psychologie et psychanalyse, médecine de la reproduction, droit, littérature, sciences de l'information et de la communication), cet ouvrage veut prendre la mesure des interrogations qu'elle soulève : comment ces expériences se donnent-elles à voir ? Comment sont-elles traitées et reçues socialement et médiatiquement ? Que nous apprennent-elles sur les pratiques et les conceptions contemporaines du genre, de l'engendrement, de la parenté et en particulier de la filiation ? Sommes-nous capables de relever le défi qu'elles lancent à nos capacités d'appréhension et de compréhension ?
Les sept études de ce volume portent sur les livres II et III de La République de Platon. À la différence du livre I, où sont réfutées les définitions traditionnelles de la justice, et du livre IV, où la justice trouve sa définition à l'échelle de la cité et de l'âme, les livres II et III présentent une multiplicité de sujets : la justice, la naissance et le développement de la cité, la nécessité de la fonction des gardiens, la nature et l'éducation des gardiens. Plus que des parenthèses ouvertes, ce sont des emboîtements : la découverte de la justice requiert l'observation théorique de la cité à son origine ; la cité, en se développant, a besoin de citoyens dont la fonction exclusive est de la préserver de ses ennemis tant extérieurs qu'intérieurs ; enfin, pour effectuer cette protection dans l'intérêt de l'État, ces gardiens, choisis pour leur nature, doivent recevoir une éducation profondément réformée. Sans cette réforme, et sans les lois qui la constituent, la justice resterait introuvable. Trois focales ont été adoptées dans l'ouvrage : observer la productivité de l'éducation des gardiens (musique et gymnastique) pour la cité, observer la productivité de ces deux livres pour l'oeuvre de La République, et observer les produits singuliers de ces deux livres dans une comparaison avec d'autres dialogues de Platon et avec d'autres corpus (Aristophane, traités hippocratiques, Aristote).
Cet ouvrage met en lumière la révolution qu'a produite l'industrie publicitaire sur le développement de la presse et la transformation des villes chinoises, de la fin de l'empire (1905-1911) aux premières années de la République Populaire de Chine (années 1950). En s'appuyant sur des sources encore peu exploitées (archives municipales, croquis, journaux, photographies), l'auteure montre comment la publicité imprimée a profondément changé l'apparence physique des journaux, leurs contenus éditoriaux et leur modèle économique. En utilisant des méthodes numériques innovantes (systèmes d'information géographique, cartographie numérique), elle décrypte également l'impact de la publicité extérieure sur les paysages urbains, les politiques municipales et la vie quotidienne des citadins. L'ouvrage analyse les publicités qui, par leur matérialité ou leur contenu, portent atteinte à l'apparence des rues et à l'intégrité physique et morale des citadins. Enfin, l'auteure examine les problèmes de circulation que posent les publicités dans les rues encombrées de Shanghai ainsi que les métamorphoses de la vie nocturne en Chine pré-communiste sous l'influence de la publicité lumineuse.
Alors que le débat public français est saturé de discours criant à l'insécurité identitaire que ferait peser l'immigration sur nos sociétés, l'objet de ce livre est de regarder celles et ceux qui migrent ou ont migré, non pas en scrutant leur degré d'intégration culturelle aux contextes dans lesquels elles et ils arrivent, mais en interrogeant leurs positions sociales ici et là-bas. Les textes rassemblés dans cet ouvrage renouvellent l'analyse des migrations des Suds vers les Nords, mais aussi des Nords vers les Suds : footballeurs et leurs familles en France et en Allemagne, migrantes et migrants européens aux Émirats Arabes Unis, familles camerounaises de classes moyennes en Europe, Équatoriens en Espagne, cadres de l'aéronautique en Allemagne, ou assistantes familiales issues du Maghreb pour l'aide sociale à l'enfance en France. En rassemblant des contributions de sociologues et d'anthropologues spécialistes du fait migratoire, l'ouvrage propose d'immerger les lecteurs dans des cas précis et des histoires singulières, contribuant ainsi à briser les préjugés contre les personnes en migration, quel que soit leur statut, quelle que soit leur origine, quelle que soit la trajectoire qui les a mis sur les chemins de la migration.
L'enquête « Histinéraires » est fondée sur un corpus de près de trois cents mémoires de synthèse des activités scientifiques, plus communément appelés « mémoires d'ego-histoire », écrits dans le cadre d'habilitations à diriger des recherches en histoire, soutenues entre 1990 et 2016. Elle comprend trois volets. Le premier s'attache à montrer comment, étudiés sur plus de deux décennies, ces textes deviennent un objet d'histoire, permettent de mesurer l'évolution de l'HDR et de proposer une sociographie de la communauté historienne. Le deuxième volet analyse les pratiques historiennes, qu'il s'agisse des archives, de l'interdisciplinarité ou des débats historiographiques contemporains. Enfin, le dernier volet étudie ce que les historiens choisissent de dire ou de ne pas dire dans ces textes académiques, définissant ainsi les frontières mouvantes entre public et privé, entre ce qui est dicible dans ce cadre et ce qui ne l'est pas. Deux contrepoints sont proposés : une réflexion issue d'une série d'entretiens dans lesquels des historiens « habilités » reviennent sur leur itinéraire professionnel et un entretien avec Patrick Boucheron à propos de la collection « Itinéraires » qu'il a fondée aux Presses de la Sorbonne pour accueillir certains de ces mémoires d'habilitation. Histinéraires donne ainsi à entendre la façon dont les historiens se racontent et racontent leur métier.
Quand la mort défie les règles : ce livre percutant explore les destins des corps exclus des rites funéraires, du XIXe siècle à nos jours. Pourquoi certains morts sont-ils privés de tombe, de mémoire, ou même d’identité ?
La mise en place de plusieurs programmes de recherches et de fouilles programmées, associés au développement de l'archéologie préventive, renouvelle régulièrement nos connaissances relatives à l'archéologie portuaire. Les recherches sur les ports antiques de Méditerranée bénéficient depuis plusieurs années d'un intérêt certain, aussi bien en France que dans l'ensemble des pays du pourtour méditerranéen. Les actes du colloque international de Fréjus en 2018 abordent des thèmes portant sur les aménagements et les fonctions spécifiques de ces lieux d'échanges et sur les transformations du milieu naturel. Les procédés de construction, les architectures, les bâtiments, les fonctionnalités et les représentations graphiques des sujets traités dans cet ouvrage. La première partie est consacrée aux éléments structurels des ports antiques, la seconde, à l'environnement de ces ensembles envisagé par le biais des fonctions administratives, de l'artisanat ou encore des infrastructures liées au commerce et à la navigation. Les résultats présentés ici font appel aux fouilles de vestiges terrestres et submergés, à l'étude des techniques, à l'épigraphie, à l'iconographie ou encore à l'archéologie expérimentale.
Découvrez comment le dessin peut révéler les silences de Shakespeare. Illustre Shakespeare de Jean-Louis Claret, universitaire et illustrateur, propose une exégèse visuelle inédite des œuvres du dramaturge.
Avant la révolution des transports, l'apparition de nouveaux moyens de communication et la mise en place des premiers réseaux logistiques d'approvisionnement et de distribution des marchandises au cours du xixe siècle, les chaînes de collecte, de circulation et de vente des matières premières et des produits manufacturés étaient d'une grande diversité, le plus souvent segmentées et composées d'une succession d'acteurs aux statuts et aux rôles variés. Selon les cas, elles se trouvaient caractérisées par une plasticité et une instabilité permanente ou, inversement, accrochées à des traditions et des pratiques validées par le temps, des cadres juridiques contraignants ou la force d'appartenances communautaires. Le but de cet ouvrage est de porter un éclairage sur ces chaînes et ces maillons du commerce des économies et des sociétés préindustrielles, afin d'approcher leurs natures, d'examiner leurs types de fonctionnement et de saisir leurs évolutions. Cerner, dans les échanges, ce qui se joue entre la production et la consommation, c'est essayer de comprendre comment le commerce s'organise avec ses besoins humains, matériels ou juridiques et ses objectifs économiques en termes d'achat, de transport et de vente de marchandises.
L'histoire de la Méditerranée médiévale ne se résume pas à des affrontements perpétuels ; elle est aussi marquée par des périodes de paix et d'échanges diplomatiques intenses. Un mince fil séparait la guerre et la paix. Comment passait-t-on de la préparation, de l'organisation et de la conduite de la guerre à des relations pacifiques ? Cette thématique s'inscrit dans un ensemble disparate, l'Occident, Byzance et l'Islam, avec des sociétés et des idéologies distinctes, tout en étant liées entre elles par les échanges, les contacts et les communications multiples. L'ouvrage porte sur les transitions entre la guerre et la paix, sur les croisés répondant à l'appel de la propagande pontificale, les z mobilisés par le ihd, les eunuques byzantins qui se retrouvaient sur tous les fronts. La guerre signifiait aussi organiser la défense en temps de paix. La Méditerranée et ses milliers de kilomètres de côtes s'est hérissée de fortifications, de ribâts et de bases navales. La question des négociations occupe le coeur du volume. Elle témoigne de l'intérêt de l'historiographie actuelle pour l'étude de ce moment emblématique d'échanges diplomatiques, comme entre Venise et les Ottomans. À Byzance où prédominait l'idéologie de la paix comme fondement chrétien de l'Empire, la négociation n'avait parfois d'autre issue que la guerre. Pour magnifier le temps de paix les cadeaux diplomatiques se répandaient dans toutes les cours de la Méditerranée médiévale.
Cet ouvrage est consacré à la mort des souverains ou de ceux qui sont considérés comme des monarques même s'ils n'ont pas été couronnés. Certains sont bien connus - Constantin le Grand, Charles VI, Catherine de Médicis, Henri IV, Marie-Antoinette, Murat, Franco, Tito, etc., d'autres moins. Les approches sont autant littéraires - dans la représentation de la mort du prince et son idéalisation -, qu'historiques - dans l'événement que constituent le décès et son impact. Les funérailles conduisent les dépouilles apprêtées et souvent embaumées, exposées au public, ou représentées par leur effigie, à leur lieu d'ensevelissement, mausolées, nécropoles, églises selon un rituel bien défini où tous les acteurs ont leur place. Au contraire de la belle mort, les antifunérailles vouent les cadavres de ceux qui ont été puissants, souvent mutilés, parfois décapités, à l'infamie sur une place publique. Les rituels dépendent des circonstances, mort à la guerre ou suite d'une maladie, accident, exécution, assassinat, complot, crise de succession, publicité voulue de funérailles grandioses aux yeux du monde ou au contraire funérailles escamotées. L'écriture, qu'elle soit historiographique, hagiographique, rhétorique, journalistique ou même iconographique, joue un rôle primordial dans le récit de l'agonie, la commémoration, le dénigrement, la remémoration, l'héroïsation et la sanctification. Enfin, l'impact de la mort du prince s'inscrit dans l'histoire nationale et internationale, opposant le corps mortel au corps politique, la mort critique à la mort symbolique, le passé à l'avenir, l'après du pouvoir étant la question centrale.
Cet ouvrage présente le manuscrit écrit par un marchand arlésien dans le dernier tiers du XVIe siècle. Homme de condition relativement modeste, issu du monde agricole, probablement la frange haute qui s'est hissée vers la boutique, il entreprend de laisser ce qu'il intitule un « Livre de memoyres pour moy Anthoine Peinct » dont les premières notices remontent à 1569. Ce livre rappelle certains événements et laisse la trace d'affaires passées jugées importantes, mais c'est essentiellement un livre de comptes dans lequel se mêlent des événements familiaux, naturels ou politiques qui frappent les esprits. Écrit en pleine période de la Ligue qui secoue sévèrement la ville d'Arles, il fournit l'occasion à son lecteur de prendre la mesure de la croissance des activités du marchand Antoine Peint, majoritairement des prêts, et de cerner ses réseaux de sociabilité. Ce document, croisé avec d'autres sources (registres paroissiaux, délibérations communales, registres fiscaux et notariaux), donne le moyen de percevoir la stratégie d'ascension sociale que cet homme met en oeuvre dans le contexte politique de la période et d'en découvrir l'efficacité puisqu'il accède au statut de bourgeois et que, peu après sa disparition, son fils aîné accèdera à la noblesse.
Résultant d'une convergence entre la recherche de main d'oeuvre de l'administration de la Guerre française, malgré des désaccords au sein du gouvernement, et la volonté des autorités chinoises de se rapprocher des Alliés afin de se préserver des visées japonaises, environ 37 000 Chinois débarquèrent à Marseille à partir du 24 août 1916. L'auteur retrace au travers d'une approche chronologique et thématique le parcours de ces travailleurs, soumis à un encadrement militaire tenu d'exercer un contrôle étroit. Il étudie leurs conditions d'existence pour le moins difficiles, confrontés aux pénuries de toutes sortes et aux mauvaises volontés d'employeurs, publics ou privés, peu soucieux de respecter les engagements pris. Il explore l'environnement dans lequel ces Chinois furent immergés, environnement fréquemment hostile, marqué par une image dépréciative dont ils étaient porteurs et par la méfiance d'un monde ouvrier qui voyait en eux une concurrence déloyale, à l'origine de nombreux actes de violence souvent subis mais aussi commis par certains d'entre eux, y compris à l'encontre de leurs compatriotes. Étant considérés inassimilables, comme les travailleurs coloniaux recrutés pour participer à l'effort de guerre, ils ne devaient pas rester en France, et l'auteur examine les diverses modalités déployées pour les rapatrier, notamment après l'expérience douloureuse des régions libérées, ainsi que les conditions très restrictives imposées à ceux qui purent se maintenir en France.
Jean-Baptiste Girard, jésuite, séduit une de ses pénitentes, Catherine Cadière. Il a 48 ans, elle en a 19. Nous sommes à Toulon en 1731. Un fait divers parmi tant d'autres au XVIIIe siècle ? L'opinion publique en décide autrement. Un procès retentissant s'ouvre à Aix-en-Provence. Sur fond de querelle religieuse entre jésuites et jansénistes, les discours des satiristes et des épistoliers commentent les frasques du couple scandaleux et construisent une affaire singulière. Le verdict du procès ne satisfait personne, ce qui explique que l'histoire semble échapper à toute conclusion. C'est pourquoi le livre interroge aussi les mémoires de l'affaire, en examinant les variations de ses réécritures qui, du XVIIIe à nos jours, oscillent entre fascination et défiance. Aujourd'hui encore, les éléments savoureux de cet objet historique singulier permettent à chacun de s'y retrouver.
Toujours présentes dans les cales des navires qui sillonnent la Méditerranée à l'époque moderne, les ressources de la mer constituent l'un des piliers du commerce maritime, mais aussi l'une des bases essentielles de l'alimentation des sociétés littorales anciennes. Les conditions d'exploitation de ces richesses naturelles, poissons et coquillages, soie de mer, nacre, éponges ou peaux de chagrin, ont été profondément modifiées entre le XVe et le XVIIIe siècle. Les innovations radicales qui se produisent au sein les techniques de pêche dès la fin du Moyen Âge permettent une augmentation importante des tonnages réalisés. Les surplus de production induisent l'apparition d'une activité de conditionnement soutenue par un groupe actif d'investisseurs extérieurs au monde de la barque. Dès le XVIe siècle, des clivages sociaux divisent les communautés de pêche tandis que se marginalisent les pratiques collectives les plus anciennes. Essentielles pour les économies littorales, les ressources de la mer pénètrent loin à l'intérieur des terres. Marchandise de première nécessité, le poisson, à l'instar du blé, participe donc de politiques édilitaires. Cet ouvrage propose une lecture multi scalaire, conduite sur une longue durée, de la nature et de la fonction des richesses extraites de la mer, mais aussi des sociétés maritimes qui mettent en oeuvre cette exploitation, du plongeur à nu du golfe de Gabès jusqu'au petit consommateur d'une cité roussillonnaise du XVIIIe siècle.
L'ouvrage retrace l'histoire de l'asile où Vincent Van Gogh fut interné. En 1807, à Saint-Rémy-de-Provence, le docteur Louis Mercurin achète l'ancien couvent Saint-Paul-de-Mausole. La petite maison de force tenue avant la Révolution par des moines devient un asile privé laïque dirigé de main de maître par le médecin. Pendant les décennies qui suivent sa mort en 1845, ses trois petits-enfants, un temps associés dans la propriété de l'établissement, président à sa destinée. Venus pour la plupart du quart Sud-Est de la France, des malades mentaux des deux sexes sont séquestrés à Saint-Paul. Vincent van Gogh y a vécu un an, de mai 1889 à mai 1890, séjour au cours duquel il a réalisé une part importante de son oeuvre. Une autre célébrité, Marie Lafarge, condamnée pour le meurtre de son mari, l'avait précédé. D'abord effroyables, les conditions de vie des pensionnaires s'humanisent ; grâce à la vigilance des inspecteurs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, les maltraitances les plus criantes sont supprimées. Mais les préoccupations de rentabilité et les problèmes de pouvoir entre propriétaires, directeurs, médecins et religieuses relèguent au second plan la question de la guérison alors aléatoire de la folie. L'histoire de Saint-Paul est aussi celle de sa féminisation : au départ majoritairement masculin, l'asile s'organise peu à peu autour des soeurs de Saint-Joseph et des malades femmes.
Au Moyen Age, nombre de métaphores circulaient à propos de Dieu. Mais peu ont été aussi répandues et aussi décriées que l'identification de l'Etre suprême à une sphère « dont le centre est partout, la circonférence nulle part ». Ce livre suit les méandres de cette histoire au xiiie siècle telle qu'on ne l'a pas encore vue : à la fois littéraire (Jean de Meun), théologique (Alain de Lille) et scientifique (Vincent de Beauvais) ; latine et vernaculaire. Il questionne sa provenance, ses liens avec la philosophie antique et la rhétorique, ainsi que les concepts de nature et d'infini. Grâce à des analyses détaillées de textes encore mal connus, tels que les traductions et abrégés en moyen français du Speculum maius, l'ouvrage aboutit au constat d'une richesse irréductible et, en même temps, au refus de voir dans cette micro-histoire une linéarité, voire même une progression.
Ce livre propose une synthèse et une sélection de morceaux choisis des recherches réalisées entre 2011 et 2015 au sein de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS). Ce programme de recherche original et inédit, a associé pendant cinq ans l'Université d'Aix-Marseille, le CNRS et le conseil régional PACA dans le but de mieux diagnostiquer les problèmes de délinquances et de mieux évaluer les politiques publiques de sécurité et de prévention. Paradoxalement, tous ces sujets d'une actualité brûlante n'avaient jamais été traités de façon un tant soit peu systématique et collective en dehors de la région parisienne. La Provence en général, et la ville de Marseille en particulier, sont-elles réellement ces « capitales du crime » que les médias présentent souvent ? Au-delà des règlements de compte liés aux trafics de drogues, qu'en est-il de toutes les autres formes de délinquance et en particulier de celles qui impactent le plus la vie quotidienne des habitants ? Quelles types d'enquêtes et de données statistiques permettent de répondre en partie à ces questions ? Comment la police et la justice travaillent-elles sur ces problèmes ? Les Zones de Sécurité Prioritaires et leurs effectifs de police renforcés constituent-elles une réponse efficace à la délinquance ? La justice est-elle « laxiste » comme certains le prétendent ? Toutes ces questions essentielles trouvent ici des réponses scientifiques particulièrement rigoureuses et argumentées.
Le site de la Capelière est positionné au contact de l'étang de Vaccarès et des anciens parcours du Rhône d'Ulmet, un des deux bras majeurs du fleuve dans son delta. Le terrain, actuellement dans la Réserve naturelle nationale de Camargue, est de très faible altimétrie. Les fouilles de 1997 à 2002, réalisées dans le cadre d'une équipe pluridisciplinaire où la part environnementale est essentielle, ont mis en évidence une occupation d'un millénaire, des alentours de 500 av. n. è. au VIe siècle. Entrecoupée de moments d'abandon, cette longue durée a pu être découpée en cinq périodes principales dont les quatre premières sont majeures (de 500 av. n. è. à 60 de n. è.). Ce petit village, implanté en milieu difficile car inondable, apparaît au travers de l'analyse de l'ensemble des données archéologiques (architecture vernaculaire, stratigraphie et mobiliers), environnementales ainsi que des ressources agro-pastorales ou halieutiques, comme singulier par la variété et le nombre des produits commerciaux rencontrés. L'étude critique et comparative de ces informations au fil des siècles montre non seulement les évolutions culturelles successives du village, mais permettent aussi de le percevoir comme un poste avancé du commerce d'Arles, non comme un lieu de redistribution, mais comme un regroupement de navigateurs ou passeurs fluviaux, parmi les premiers nautes arlésiens.
Si les études portant sur le genre et la migration ont donné lieu à de nouvelles perspectives d'analyse, rares sont les recherches qui interrogent la façon dont, en situation de mobilité, se pense la relation de maternité/paternité. Cet ouvrage contribue ainsi à enrichir cette approche en s'intéressant à la transformation des rapports sociaux de sexe induits par les migrations dans l'exercice de la parentalité. Il offre un regard inédit et innovant sur les façons différenciées d'être père ou mère et questionne la relation souvent implicite entre proximité physique et unité familiale.
Afin de dépasser la dichotomie traditionnelle entre la femme, éternelle mineure, soumise au pouvoir arbitraire et tyrannique de l'homme et la femme rebelle, nous avons isolé plusieurs parcours féminins au sein des archives judiciaires provençales de 1750 à 1850. Au-delà des actes criminels, et des attitudes déviantes, leurs paroles révèlent leur capacité de résistance, certes parfois ténue, à une gestion normative de leur corps et de leurs identités. De la rue à l'espace domestique, ces femmes tentent d'imprimer leurs désirs, leurs volontés dans leurs rapports aux hommes, aux autres. Les stratégies mises en lumière lors de la procédure judiciaire établissent des brèches dans un rituel social normatif. Ces femmes de peu se jouent des représentations de genre pour s'affirmer sous les regards de leur parenté, de leur communauté d'appartenance et face aux jugements des autorités judiciaires. Leurs discours montrent comment elles rusent avec les assignations et les rôles sociaux de sexe. Elles s'expriment dans la violence et le sang, mais également par le Verbe, indice de leur souffrance et de leur refus du mode habituel du « vivre-ensemble ». Jugées contestataires, elles ne défendent parfois que leur intégrité physique des attentats de la misère, du mépris, de la brutalité. Mais pour tous, leur culpabilité reste intrinsèquement liée à leur sexe. Derrière le caractère exceptionnel de leurs crimes se livrent par bribes le quotidien des rapports entre les sexes ainsi qu'une sociabilité pétrie de tensions et de tentatives d'apaisement, de sentiments amoureux et de déchirures affectives.
Depuis 1979, les critiques d'art chinois ont accompagné le développement de l'art contemporain, participant à la renaissance de la vie intellectuelle durement éprouvée sous le règne de Mao. Cet ouvrage présente d'une part le paysage intellectuel dans lequel s'est construite la discipline, et d'autre part les textes théoriques et leur réception dans le milieu académique. Attirés au départ par la pensée occidentale, un champ référentiel qui s'étend de Platon à Danto, les critiques chinois se sont tournés ensuite vers le corpus classique, pour forger des outils « propres à la Chine » afin de ré-écrire une histoire de l'art contemporain chinois délivrée du carcan post-colonial, mais au risque de se prendre au piège d'un nationalisme insidieux encouragé par le Parti communiste. Que ce soit Gao Minglu, Li Xianting, Wang Lin ou encore Wang Nanming, tous questionnent la méta-critique, le sort et l'essor de la modernité et du postmodernisme, les discours historiques ou l'art abstrait et ses liens avec la calligraphie.Qu'ils récusent les concepts occidentaux jugés inaptes pour interpréter l'art chinois ou recourent aux concepts classiques, qu'ils défendent une démarche universelle et condamnent les artistes et les critiques qui brandissent leur identité chinoise, ils aspirent à un art « au service du peuple », produit par des artistes intégrés à la société. Leurs écrits attestent de la vitalité de la critique d'art contemporaine chinoise.
Cet ouvrage, issu d'une thèse de doctorat, propose une reconstitution du quartier de Marseille dénommé Corps de Ville à partir du XVIe siècle, situé autour de l'hôtel de ville, le long du quai du port, qui constitua le centre de la ville du Moyen Âge au XVIIIe siècle, mais fut presque entièrement détruit en 1943. Outre une restitution de la topographie des rues et des îlots qui n'est plus lisible depuis la reconstruction de cette rive septentrionale du port, l'ouvrage restitue la trame urbaine disparue, avec ses artères, ses places et ses marchés. Il montre également l'attractivité de quartier en replaçant les lieux de pouvoir civils et religieux. Au centre de l'ouvrage se situe l'histoire des maisons du quartier. La mise en perspective des textes d'archives et des vestiges découverts au cours des fouilles archéologiques réalisées autour de l'hôtel de ville ces dernières années, a en effet permis de restituer, pour les périodes comprises entre le XVIIe et la fin du XVIIIe siècle, la forme extérieure et l'agencement des intérieurs, mais également de définir les techniques et les matériaux mis en oeuvre dans la réalisation de ces bâtiments. Le livre s'inscrit aussi dans l'histoire sociale par la recherche de l'évolution des manières d'habiter. La diversité de maisons qui apparaît dans cet ouvrage permet de nuancer l'image dépréciée dont ce quartier a eu trop souvent à souffrir. Elle le replace au contraire comme un « quartier de centralité et de reconnaissance sociale » qui lui faisait défaut jusqu'ici.