Patrick Dupouey
Patrick Dupouey
Méditant sur le destin de la nature dans le contexte contemporain de son artificialisation toujours plus avancée, Philippe Descola annonce « son décès prévisible, en tant que concept » et la « clôture probable d'un long chapitre de notre propre histoire ». Mais comment définir les « dégâts anthropiques » occasionnés par l'action de l'homme sans faire référence au moins implicitement à ce que cette action modifie et à ce qui est atteint par ces dégâts ? Soit à ce qui, dans le monde, a de loin précédé notre existence, l'a produite et continue de la déterminer : la nature. Il est tout à fait certain qu'une époque est en train de se clore, caractérisée par une certaine manière de concevoir notre rapport à la nature. Il n'en reste pas moins que nous avons beaucoup de raisons, et des raisons assez solides, de douter que ce à quoi renvoie le mot « n'existe pas », ou encore que la notion de nature n'ait « aucun sens » et ne soit qu'un « fétiche » qui a « fait son temps ». Comme on peut douter qu'il faille « désormais penser sans elle » et qu'user du concept de nature soit, comme le suggérait Pessoa, le symptôme d'« une maladie de nos idées ». Il est ainsi plus urgent de le clarifier de manière critique que de penser par-delà nature et culture. Si l'on en croit l'anthropologue Philippe Descola, la pensée moderne de la nature fait partie du problème et non de la solution. En philosophe, Patrick Dupouey interroge cette proposition pour montrer que, bien au contraire, un concept de nature solide reste un outil indispensable pour comprendre les crises que nous traversons, sans sombrer dans les apories du relativisme. L'analyse de ces processus permet de faire émerger des solutions pour une transformation progressiste et coopérative du monde, pour sortir des crises qui caractérisent notre époque. Longtemps professeur de philosophie en classes préparatoires, Patrick Dupouey est notamment l'auteur d'un « Que sais-je ? » sur La Nature (2023), de La Croyance. Comment savoir ce qu'il faut croire ? (Vrin, 2022) et, en passionné d'alpinisme, de Pourquoi grimper sur les montagnes (Guérin, 2012).
Le site de la Capelière est positionné au contact de l'étang de Vaccarès et des anciens parcours du Rhône d'Ulmet, un des deux bras majeurs du fleuve dans son delta. Le terrain, actuellement dans la Réserve naturelle nationale de Camargue, est de très faible altimétrie. Les fouilles de 1997 à 2002, réalisées dans le cadre d'une équipe pluridisciplinaire où la part environnementale est essentielle, ont mis en évidence une occupation d'un millénaire, des alentours de 500 av. n. è. au VIe siècle. Entrecoupée de moments d'abandon, cette longue durée a pu être découpée en cinq périodes principales dont les quatre premières sont majeures (de 500 av. n. è. à 60 de n. è.). Ce petit village, implanté en milieu difficile car inondable, apparaît au travers de l'analyse de l'ensemble des données archéologiques (architecture vernaculaire, stratigraphie et mobiliers), environnementales ainsi que des ressources agro-pastorales ou halieutiques, comme singulier par la variété et le nombre des produits commerciaux rencontrés. L'étude critique et comparative de ces informations au fil des siècles montre non seulement les évolutions culturelles successives du village, mais permettent aussi de le percevoir comme un poste avancé du commerce d'Arles, non comme un lieu de redistribution, mais comme un regroupement de navigateurs ou passeurs fluviaux, parmi les premiers nautes arlésiens.
À l'heure des périls pesant sur le climat et la biodiversité, la nature est d'abord cette richesse qu'il importe de sauvegarder. Mais l'insaisissable idée de nature se prête à tous les usages. On s'en réclame comme d'un puissant outil de légitimation, en même temps que l'on se méfie de son utilisation politique. Si les sciences ont replacé l'être humain dans la nature, parmi les autres vivants, toute interrogation sur la place du naturel en nous est suspectée de vouloir « naturaliser » ou « essentialiser » les formes sociales de domination. Des voix s'élèvent pour déclarer obsolète la distinction de la nature et de la culture, peut-être la notion de nature elle-même. Il appartient à la philosophie de réinterroger en permanence cette idée, ainsi que les images et les affects qui lui sont associés. C'est ce à quoi s'emploie Patrick Dupouey dans ces pages où il topographie et balise le champ sémantique et problématique d'une idée installée au coeur du débat public.
nouvelle présentationComment la biologie constitue-t-elle ses objets, ainsi que les méthodes qu'elle met en oeuvre pour les connaître ? L'interrogation épistémologique en appelle une autre, plus spécialement philosophique : qu'en est-il de la nature même de ce qu'on appelle la vie ? Les disciplines biologiques ne sauraient par elles-mêmes offrir une réponse suffisante à cette question. Il appartient au philosophe d'interroger l'unité de ces champs disciplinaires et de conduire une réflexion critique sur leurs acquis. L'enjeu des débats et des combats de cette discipline est idéologique et sociale. La religion, la politique, la philosophie elle-même ont plus d'une fois tenté des manoeuvres de récupération. Et dans cette histoire, la science ne fait pas toujours figure de victime innocente. La philosophie doit donc aussi réfléchir sur la portée des savoirs biologiques au-delà de la science elle-même.Patrick Dupouey est professeur de philosophie au lycée Michelet de Lannemezan.Définition et propriétés du vivant. Histoire naturelle et écologie. La nature de la vie. Le problème de la finalité. Les théories de l'évolution. La signification épistémologique de darwinisme : hasard, nécessité et finalité. Les conséquences de la révolution darwinienne.