Les éditions de La maison en feu
Liv ne sait plus habiter son corps. Dans sa chambre, elle accueille des amants sans nom qu'elle ne garde jamais jusqu'au matin. Sous les néons d'une salle d'examen, elle attend l'inexorable, hantée par les diagnostics imaginaires. Sa mère a été emportée par le cancer il y a longtemps, lui laissant une peur obsessive de la maladie pour seul héritage. Maintenant, la vie de Liv et de son père est pleine de fantômes. Alors que Liv traque sa mère dans les sentiers de course longeant le fleuve à Verdun, son père ne quitte plus son appartement, enfoncé dans son divan, aveugle au monde qui l'entoure et rongé par ses drames intérieurs.
Mieux vaut être conne qu'être seule? C'est la nouvelle philosophie de Jessica, il semblerait. De la banlieue au centre-ville, mais jamais dans la forêt. Léo, lui, préfère danser seul dans son salon. À l'abri des regards, dans ses petits caleçons. Mylène aussi aimerait pouvoir danser seule, la nuit tombée. Valser avec ses démons, dans les ruelles de son ancien quartier. Dans cette vie fabuleuse, tout le monde fait de son mieux. Les pieds légers, le coeur pesant. Mais qu'ont en commun ces trois fabuleux? Le monde est petit et les monstres, ils sont grands.
Avec une plume d'une précision et d'une méticulosité impressionnantes, l'autrice nous convie dans son premier recueil à un parcours en six parties au fil duquel se déploie une voix qui, peu à peu, arrive à s'exprimer avec force et sans maladresses. Le hoquet en pulpes évoque tant l'importance de prendre soin de soi que celle de confronter autrui, pour apprendre à mieux bâtir sa maison.
Il ne se passe presque rien et, pourtant, tout va mal. Jean-barthes jacques s'écorche les mains, les coudes, les genoux sur la pente raide du quotidien : son complice l'abandonne, ses meubles sont emportés, le chauffe-eau fait des siennes, les cochenilles causent des ravages et la petite souris grise, elle, n'en fait qu'à sa tête. Un peu de lumière pour schlumbergera truncata plonge dans l'univers à la fois drôle et pénible de jean-barthes jacques qui, à bout de souffle après sa rupture avec clémentine et son déménagement forcé, pose un regard furtif, peut-être désabusé, sur le monde qui l'entoure.
Éventrer le bois est un recueil en trois parties où l'écriture propose de se venger de l'agresseur par de longs poèmes où on perd haleine. Les vers incisifs et sans pudeur permettent au lecteur d'observer une force résiliente incomparable. Extrait : feuilleter l'oxyde / pages calcaires / ils n'y voient que du feu / à la maison / laissée seule / sur un plateau d'argent / on lui sert l'amour / cheap / tout est jaune ici / la tapisserie / les rideaux / l'urine des animaux empaillés
Camille travaille dans un café de l'est du Plateau. Le soir, elle ingurgite des quantités astronomiques d'alcool. Sur son balcon, elle inspire et expire la fumée d'un joint. La boucane lui permet de quitter sa propre tête. Soudain, elle fait la rencontre de l'éblouissante Lou qui fait battre son coeur, qui entre en grand coup de vent dans son quotidien. Celle-ci sera dès lors témoin de la vie en montagne russe de Camille, de sa difficulté à faire les bons choix. Comment jongler entre les problèmes de santé mentale et l'ouverture à l'autre, cet autre qui nous chamboule et nous renverse ?
Au départ, elle ne comprendrait pas. Foncerait peut-être les sourcils. devrait relire le poème. Elle croirait qu'on parle de ses genoux. Ses genoux qu'un inconnu voudrait caresser. Ça lui ferait penser à une main lourde et maladroite. Une main qui sert à faire des trous dans la terre.
Les neuf personnages de Nous serons tous guéris, qu'ils soient marginaux ou non, ont tous quelque chose en commun : ce sont des êtres inquiets, nostalgiques et peut-être d'infatigables romantiques, même quand c'est enfoui sous la poussière du temps qui passe. Les neuf nouvelles du recueil sont autant de variations sur une même angoisse existentielle. Elles plongent tour à tour le lecteur et la lectrice dans les univers de la musique métal, du cinéma d'horreur, de la littérature, du numérique ou des théories survivalistes. Au coeur de ces récits, le passé et le présent se font face dans un affrontement d'où on ne sort pas toujours indemne.
Dans Température pièce, l'angoisse se faufile par toutes les craques, menace de tout faire s'effondrer. Aux prises avec un environnement familial étouffant et sa relation amoureuse chancelante avec Léa, la narratrice de ce roman, étudiante en philosophie, cherche des sorties de secours. Le livre donne peu à peu les clés d'un récit qui plonge au coeur des traumatismes intimes, ceux malgré lesquels on tente de s'épanouir.
Que faire à l'âge du deuil, quand les lieux que nous connaissons disparaissent, quand la mémoire est rangée dans de petites boites de photographies? Dans Orange pekoe, le narrateur déambule autant dans les lieux qui l'entourent que dans ses souvenirs d'enfance. Il se rappelle la petite maison blanche, le grand-père dans sa berçante, les tasses de thé et, très loin, la baie, dans un ailleurs inaccessible, peut-être imaginaire. Le récit fragmenté trace patiemment les chemins hasardeux de la mémoire. Sur la route, des objets abandonnés, les oiseaux qui reviennent chaque printemps et l'angoisse de l'enfance qui refait surface un soir, bercée par le ronronnement du réfrigérateur.
Camille travaille dans un café du Plateau Est. Du haut de sa vingtaine, elle comble le temps entre ses ses quarts de travail de bières et de joints sur son balcon. Boucaner pour quitter brièvement une tête surchargée. Puis, Camille rencontre Lou. Ou plutôt, Lou atterrit dans la vie de Camille. Entre le biodôme et le parc Laurier, ces deux femmes apprennent à s'aimer, malgré le quotidien étouffant et les montagnes russes qui s'affolent.