La cose et les fées
Michaël Bar Zvi rappelait, dans son éloge de la guerre, que la seule leçon qu'on puisse tirer de la Shoah et des crimes contre l'humanité est la nécessité éthique et politique de la guerre. Il poursuivait son éloge en indiquant que la volonté de se battre est plus qu'un recours moral. Elle est un des seuls moyens de préserver la dignité de l'homme. Les puissants de ce monde parlent de paix et indiquent garder, en livre de chevet, c'est à dire au plus près de la tête, des livres de stratégie militaire. Même Gandhi n'échappait pas à cette règle. Le traité des cinq roues, de Myamoto Musashi est de ces livres essentiels. L'auteur raconte son vécu. Son expérience est celle du plus grand des samouraïs de l'histoire. Musashi ne fait pas de théorie. Il témoigne. Des cinq éléments du bouddhisme zen qui constituent le traité des cinq roues, le vide est le plus important. Il est celui qui rend les quatre autres efficients. Et pourtant, cette partie ne fait que quelques lignes. Revenir sur le vide de Musashi, c'est aller bien au-delà de la préservation de la dignité de l'homme. C'est aller à l'essence de la vie. « Je veux connaître les pensées de Dieu ; tout le reste n'est que détail », a pu dire Albert Einstein. Toucher le vide touche l'émanation de la pensée de Dieu.
L'Ukraine est une nation très jeune. Naturellement, elle a développé les mythes fondateurs d'une identité nationale. Il y a déjà eu une première République d'Ukraine, en 1922. C'était suite à la chute des empires russe et austro-hongrois. Elle avait déjà construit ses mythes qui ont naturellement trouvé leur place dans la continuité de la nouvelle République de 1991, à la chute de l'URSS. Il nous est demandé, aujourd'hui, d'être solidaires de l'Ukraine, et de manière très solennelle jusqu'à la mort puisque l'Ukraine est en guerre. Mais avec qui et quoi nous demande-t-on d'être solidaires ? Quelle est la nature de cette injonction ? L'étude des mythes ukrainiens explique en grande partie l'identité ukrainienne véritable, la situation ainsi que l'injonction de solidarité. D'autres conséquences, moins tragiques, seront mises en lumière par cette étude. Elles sont géopolitiques, géostratégiques et géoéconomiques. L'Ukraine doit-elle, peut-elle, intégrer l'Union Européenne, l'Otan ? Pour que ce soit possible, nous devons partager des ressources et des valeurs. Les partageons-nous avec l'Ukraine ? Un premier élément de réponse est donné par le titre : Ukraine en marche. Ukraine, en russe, signifie marche au sens de glacis. Les Ukrainiens ont voulu ce nom. Les mythes ukrainiens qui fondent leur identité n'ont qu'un seul et unique déterminant : la Russie.
Malheur aux vaincus ! La chasse créa l'homme et l'homme créa la chasse à l'homme. Le paganisme romain créa le christianisme et le christianisme créa la chute de l'empire romain chrétien tel un virus dans son hôte. Le virus est une humeur, dit Galien, le grand médecin, à propos de la peste à l'ère de Marc-Aurèle. Que reste-t-il de Rome ? Que reste-t-il de l'Empire ? Quand tout lui aura été dérobé, sur quoi pourra-t-il compter ? Rien, il ne restera rien puisque même son identité lui aura été usurpée. Végèce, le grand stratège, se souvient. L'Histoire de Rome, c'est l'histoire du Levant et du Couchant. Rome est une histoire au-delà du temps. Rome est une histoire au-delà des lieux. Rome est l'histoire des faiblesses humaines. Rome est l'histoire d'humains qui se croient forts et d'autres qu'on croit faibles. Végèce explique son oeuvre : l'art de la chose militaire. Le contexte particulier est celui qui écartèle Rome par le couchant, par le levant, par septentrion et par le midi. Ce contexte est celui des histoires de famille, d'Excalibur en Bretagne, de la Rome soeur Constantinople, des peuples fédérés et des Amazighs révoltés. Un très grand empereur va se révèler : Théodose. On ne peut que garder dans un coin de tête le poème de Shelley qui rapporte, gravé aux pieds d'une ruine antique : «?Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon oeuvre, ô puissants, et désespérez?!?» Auprès, rien ne demeure. Autour des ruines De cette colossale épave, infinis et nus, Les sables monotones et solitaires s'étendent au loin...
« L'aventure commence » est l'histoire de ces colons de France antarctique. Leur foi dans un monde nouveau leur donne une joie insouciante. La tragédie les rattrape inexorablement. L'aventure commence en 1557. Le règne du roi Henri II s'annonce magnifique. La renaissance est flamboyante. C'est un monde nouveau qui se donne ou se prend. A l'embouchure de la rivière de janvier, le bois brésil fait partie de ces nouveautés à conquérir comme, peut-être, le coeur des indiennes Topinamba. Michel est de ces tout premiers colons en France Antarctique. Il épouse Potigora. Le Brésil ressemble au paradis d'avant la faute. Tout peut recommencer. On ne se préoccupe ni des ennemis portugais, ni des indiens cannibales. L'insouciance freine-t-elle l'inéluctabilité ? Le Bien est indissociable du Mal. On importe et on exporte les maladies et les haines autant que d'autres marchandises. L'équilibre entre catholiques et protestants tiendra-t-il ? La morale en est que l'histoire ne fait que bégayer. Et, Caïn tua Abel.
Le nouveau monde, nouvel Eden, est une charge intense d'espoir. Albert Camus, dans l'homme révolté, oppose la révolte à l'espoir, un sentiment qui développerait la passivité. L'espérance serait ainsi le plus terrible des maux, celui qu'eût le temps de retenir Pandore dans sa boite. La double peine est d'atteindre le désespoir. Quand tous t'auront abandonné, tu pourras toujours compter sur tes souffrances ! Les nouvelles du nouveau monde décrivent la perte de l'espoir, nouveau-né. Le nouveau monde commence avec la colonie du Brésil. C'est l'espoir de la renaissance. Puis vient l'Acadie pour recommencer la somme de tous les malentendus, à l'instar de Sisyphe qui pousse sa pierre jusqu'en haut de la montagne. Elle chute. Sisyphe la remonte, encore et toujours. Albert Camus a su transcender l'absurde. La nouvelle ne peut que s'achever à Oran, la ville de la peste. Ce 5 juillet 1962, au lendemain de l'indépendance algérienne, que devient l'Espoir ? Que devient la révolte ?
« L'aventure va si loin » est le voyage initiatique d'Evangéline, depuis son Acadie. Elle découvre dans sa chair et au fil de rencontres, la foire des vanités, le bourbier du découragement, puis la douleur du désespoir. Evangéline est séparée de Gabriel, le jour de leur mariage. Elle est envoyée à Boston sou le statut d'esclave à durée déterminée, sans droit. Elle s'enfuit en direction de Providence puis de Salem. Elle reviendra à Boston. Cette toute petite flamme en elle qui lui confie que Gabriel est toujours vivant lui permettra-t-elle de continuer à espérer ?
« Quand finit l'aventure » est l'achèvement colonial, apothéose du désespoir en forme de somme de toutes les trahisons. Cette histoire est la fin de l'espoir en forme d'inachevé, une morte violente. Michel et Mireille vivent cette journée du 5 juillet 1962 à Oran. Ils avaient décidé de partir. L'indépendance algérienne est formalisée par un massacre. Il fallait qu'il en soit ainsi. L'Algérie française et la guerre d'Algérie étaient un quotidien que cette journée particulière résume. Là, une mise en garde est nécessaire. La réalité dépasse toujours la fiction. Et puisque nous sommes au plus près de cette réalité, certaines scènes ou propos peuvent heurter les plus sensibles. C'est une particularité du réel. Il se fiche de la règle de bienséance qui régit le théâtre.