Gallimard (réédition numérique FeniXX)
Tel un musicien pour se délasser se laisse aller à une composition sans plan déterminé, pour nous faire entendre ses fantaisies sur les thèmes les plus variés, Francis de Miomandre nous ouvre un univers des plus variés où il accueille les plus humbles choses de la vie quotidienne : une bulle de Champagne, une touffe de chiendent, une pierre. Les ayant accueillies, il les pénètre, leur insuffle son âme emplie d'amour universel, leur prête nos sentiments humains, nos rêves, nos déceptions, et jusqu'à nos larmes. Puis il nous enchante par de petites histoires, vrais contes d'Andersen où l'humour se mêle au lyrisme et nous révèle quelques-uns des symboles les plus pathétiques de notre absurde existence, nous fait entrevoir les vérités les plus profondes. Ce livre que l'on peut ouvrir n'importe où, lire dans tous les sens sans perdre un iota de son charme et de sa haute portée philosophique est enveloppé d'un halo de féerie, d'une vapeur somnambulique, et l'on se demande où est le réel, où est le rêve parce que les envols du songe reposent sur les bases solides de la plus lucide connaissance de la réalité. « Caprices » est un pas de plus sur la voie royale que l'artiste a empruntée depuis « Direction Étoile », « Le Fil d'Ariane », « Samsara », les « Jardins de Marguilène », « Fugues », avec une sûreté sans cesse plus grande. Tout frémissant d'amour bouddhique et nimbé du sourire tendre et mélancolique de la sagesse, « Caprices », dans un style de plus en plus dépouillé et ruisselant de poésie, nous amuse, nous enchante et nous laisse au bord de cette angoisse métaphysique qui préoccupe tant d'écrivains plus réalistes.
Cette fois, le "détective sans nom" joue avec le feu, et manque de peu de subir le sort des sorcières du Moyen Âge. Cette fois-ci, sa petite copine, la belle Kerry, lui donne un sérieux coup de main.
Reflets de Picardie, mais aussi reflet de l'histoire de la France; l'histoire de Flesselles débouche pleine de force dans notre présent. Grâce à des techniques d'investigations des traces passées, variées et toujours pertinentes, Bernard Binoist plonge un regard minutieux d'historien dans les profondeurs du passé de nos campagnes pour en faire émerger l'Homme aux prises avec les forces de la nature et les contraintes sociales. Nous entrons de plain-pied dans le vécu quotidien des hommes et des femmes d'un village picard, leurs préoccupations deviennent familières et leurs attitudes individuelles ou collectives accessibles : ici l'être n'est pas une abstraction.
Voici le tome II de "Pop'Corn, mon amie" : Le Monde enchanté de Pink Lodge ; nous retrouvons Sylvette, surnommée Pop'Corn, chez ses parents, dans un appartement situé au dixième étage d'un immeuble de la ville, surmonté d'une immense pièce vitrée que la fillette appelle son palais de verre. Pop 'Corn, âgée de six ans, découvre la discipline scolaire, la nostalgie de la liberté, mais aussi l'amitié en la personne de Coby, dix ans, compagnon d'école. La mouette blessée, Sam le petit Noir, le chat Bambou, une expédition jusqu'au port, un week-end à New York, Diki le chien savant perdu et retrouvé, les soeurs jumelles de Coby vedettes de cinéma, tels sont, parmi d'autres, les épisodes tour à tour délicieux, bouleversants, tendres et pleins d'humour qui feront pénétrer le lecteur dans l'intimité de notre jeune et gracieuse amie.
Montréal, 1964. Normand Bazinet est petit pour son âge. Quand sa grand-mère est assassinée avec l'embout d'un parapluie, dans son lit à l'Hôtel-Dieu, personne ne pense qu'il pourrait être le coupable. Mais, lorsque la police apprend qu'il avait dix ans et non sept, on l'envoie « pour son bien » dans une maison de redressement. À sa sortie, il a un seul désir : tout oublier. Ce qui ne l'empêchera pas de passer les vingt-cinq années suivantes à chercher la vérité. Parce qu'autour de lui les gens qu'il aime se mettent à mourir, de plus en plus nombreux. Et même avec entrain, pourrait-on croire.
« V. est assise sur une hauteur légère, à l'extrémité du plateau de L. : ce que les manuels géographiques appellent table, mesa ou, lorsque la superficie en est relativement modeste, comme à V., qui ne peut plus s'étendre, butte témoin, de celles où la mer secondaire a laissé tant de vestiges. La route que je pris en sortant de la gare, montait à travers les villas et les jardins qu'on devinait seulement, derrière les murs épais qui soutenaient leurs terrasses, pleins de fleurs... Me retournant, la main tendue et ouverte pour me protéger du soleil, je constatai que cette main dissimulait désormais tout le noeud ferroviaire et la gare (si petite qu'elle semblait ne pouvoir fonctionner que par la volonté des hordes d'enfants qui la regardaient avec intérêt du haut des remparts) - jusqu'à cette sensation d'une absence insolite, troublante, dont je compris plus tard qu'il s'agissait de ma fatigue : je ne soufflais pas malgré l'escalade, je n'étais pas mort. »
Se faire un rail sur un paquet de cigarettes, avec un ticket de métro, en moins de vingt secondes, c'est comme le vélo, cela ne s'oublie pas. Pourtant, là-bas en Bretagne, Laurent Dewalter pensait avoir trouvé l'oubli. À Paris, il n'y revenait que deux fois par mois. Pour venir chercher sa fille et la ramener. C'était les seuls rapports qu'il entretenait avec la capitale. Jusqu'à ce que l'assassinat de Philippe Morgan, l'ami des mauvaises nuits, ne mette le feu à la poudre blanche.
On ne meurt pas moins dans l'Allier qu'ailleurs, plutôt plus depuis que les gens des villes y viennent en vacances, et que les anciens flics y prennent leur retraite. Dans l'ensemble, les flèches volent bas, les cartouches de chevrotines atteignent n'importe qui... Si c'est pas malheureux, en plein été !
Avoir un papa chef d'orchestre de renommée mondiale, dans la vie, c'est un bon début. Sauf quand le papa en question, vous ayant engendré hors des liens du mariage, ne vous a pas reconnu. Et vous voilà obligé, pour devenir l'héritier éventuel de cet odieux papa, d'aller le rencontrer dans la jungle de l'Amérique centrale. Et c'est malsain, ce pays-là !
J'avais pourtant décidé de ne plus m'occuper des affaires du monde. Perdu dans mon désert mexicain, bien tranquille, j'essayais de soulever les pierres rien qu'en les regardant dans les yeux, comme mon maître tibétain me l'avait appris. Et puis le monde m'a rattrapé. Le monde et ses tueurs cinglés. Le monde et le corps de cette femme, qui ferait oublier les pierres au plus endurci des Lamas.
En octobre 1980, un an avant la proclamation de l'état de guerre, l'auteur fait un séjour en Pologne, passant par Varsovie, Wroclaw, Cracovie, Auschwitz, rencontrant tout au long de son parcours des universitaires, des syndicalistes de Solidarité, des membres du Parti. Très vite, son journal se révèle d'un réalisme à la fois minutieux et poignant, dans la mesure où Pierre Pachet s'y engage en tant qu'individu, découvrant les épreuves d'un régime de privations. S'il demeure constamment attentif aux grands problèmes politiques, sociaux et spirituels écrasant le pays, c'est par l'intermédiaire d'un simple corps humain, soumis à mille oppressions humiliantes. Exemples : les toilettes d'un grand aéroport, une salle de bains d'hôtel, un repas dans un restaurant, la résignation d'une foule dans l'atmosphère étouffée des villes, tout cela prend sous sa plume autant de gravité douloureuse, que certains entretiens politiques et culturels avec tel professeur, tel journaliste, tel activiste. Son témoignage ajoute ainsi un sens vécu concret à l'expérience. Le lecteur connaîtra désormais, d'une manière extraordinairement vivante, l'odeur, le grain, la couleur, la température d'un certain désespoir corporel, subi jour après jour par tout un peuple.
Il y a une couple d'années, la Nouvelle Calédonie était à feu et à sang. Pas uniquement à cause de l'arrivée de l'avocat tourangeau Delcroix, venu défendre son vieux copain le journaliste Machin, qui s'est retrouvé un beau matin avec une trentaine de gendarmes dans son petit-déjeuner, mais il faut avouer qu'ils y ont mis du leur pour ajouter à la pagaille ambiante. Et si tout ça, la garde à vue de Machin, les barrages, les incendies, bref "l'île la plus proche du paradis" plongée en plein enfer, n'était dû qu'aux manigances du "vieux Nick" ?
Ce ne sont pas des pilotes de Jets. Ce ne sont pas des conducteurs de formule I. Ce sont des types pas très bien payés, qui traînent des remorques éléphantesques, dans les glaces de l'hiver et le feu de l'été, sur les routes insensées de Turquie et d'Iran. Et, croyez-en l'auteur, car il est allé y voir en personne, il leur arrive des trucs et des machins parfois drôles, parfois tragiques, mais jamais ordinaires.
Si nombreuses que fussent - dans une salle de musée - les statues archaïques de jeunes dieux, il m'a toujours semblé les voir solitaires. Comme si leur démarche ambulante et fixe, la plénitude de leur torse, le port élevé de la tête, les yeux sans paupière ni prunelle, les entouraient naturellement de silence et d'espace. Ils apparaissaient, venant de la mer, à l'heure où elle ne se distingue pas du ciel, où les brumes se dissipent si lentement que les bateaux et les maisons sont des montagnes de brumes. Je les voyais grandir sans se déplacer, monter lentement à ma rencontre. Ils n'étaient là que dans l'entre-temps fugitif de la nuit et du crépuscule de l'aube. Ils venaient, littéralement, d'autre part. Je les ai vus, depuis, emprunter toutes sortes de tenues. Ils m'ont surpris et je n'ai pas toujours su les suivre sur le chemin qu'ils m'indiquaient. Mais ils m'ont toujours désigné des lieux magiques, et su changer - de leur ombre gigantesque - un immense hôtel désuet en un éléphant, les rues de Naples en lieu d'asile pour naufragé, une bibliothèque en un murmure de voix, une ville en un tombeau, un décor en un cortège.
Quand on travaille à la télé dans une émission spécialisée dans la recherche des personnes disparues, on a tendance à se croire capable de remettre en ordre la vie des autres. Quand il accepte de rechercher un expert en art, qui a filé avec un manuscrit de Molière, Martin Paradis est loin de se douter que le vrai monde est encore plus dangereux que celui de la télé...
L'individu des temps modernes est un exilé. Aussi Saul, un jeune professeur français de trente ans, est-il venu à l'Université de Greenlake aux États-Unis, pour fuir son passé et tenter de devenir un homme neuf. Peu à peu, l'Amérique, qu'il observe avec la curiosité d'un voyeur, prend possession de lui. Il y trouve un nouveau rythme de vie. Il s'habitue à la lenteur du Sud, à l'indolence du climat, aux beautés d'un interminable automne. Il se réfugie dans une solitude dont il espère tout. Mais le Sud, imperceptiblement, s'insinue en ses veines. Quelques aventures rapides, dans l'indifférence, avec sa logeuse, avec une jeune étudiante, la découverte de la violence chez certains nostalgiques du fascisme, son travail même ne lui donnent aucun des plaisirs espérés. À l'approche de Noël, New York le hante, cette patrie de ceux qui n'en veulent plus. La complicité des rues, le grondement des métros express, la chaleur des magasins en contraste brutal avec le blizzard et le froid, les rencontres de hasard dans les cinémas et les bars équivoques, tout cela conduit peu à peu Saul à sa perte. En proie à de secrètes et cruelles passions dérobées sous le ton volontairement aigu du récit, Saul se laisse prendre au vertige de sa propre chute.
Un tueur à gages sans gages, ça peut devenir furieux. Ne vous avisez pas d'"oublier" le paiement, le contrat pourrait se retourner contre vous. D'abord, vous recevrez un signe. Si vous ne voulez toujours pas comprendre, les manifestations se feront de plus en plus pressantes et macabres : c'est le jeu du Petit Poucet. Le tueur a eu le temps de le roder depuis l'Algérie mais, aujourd'hui, les règles lui échappent, le chasseur est devenu proie...
Le marécage, c'est d'abord cette étendue humide et enneigée près de laquelle, un matin de décembre, on a retrouvé le cadavre d'Agnès Bault-Castaing, arrivée quelques années plus tôt dans une famille d'industriels savoyards, dont elle avait épousé le fils aîné. C'est encore le milieu où l'histoire plonge ses racines et dans lequel Agnès, jeune et brillante Parisienne, s'est vite enlisée : une tribu bourgeoise, où triomphent le cynisme et l'hypocrisie, jalousement fermée sur ses vieux principes, et pour laquelle un divorce est encore sujet de scandale. C'est enfin, longtemps plus tard, le bourbier des souvenirs, qui remontent dans la mémoire de Robert Bault-Castaing, le patriarche, alors qu'il se sait vaincu par la maladie. Ils le ramènent jusqu'à cette période trouble où, dans le huis clos de La Cavalerie, la propriété familiale, proliféraient les passions et mûrissaient les haines. Au-delà de la vérité officielle qui, sur le témoignage d'un débile mental, a jeté en prison deux braconniers, il en existe une autre, soigneusement enfouie, qu'il se décidera à
Pour une bibliothèque idéale se veut le guide facile et sûr pour aborder, puis approfondir, l'oeuvre des classiques français et étrangers de tous les temps. En plus d'un essai critique, confié au spécialiste le mieux qualifié, notre collection est la seule à offrir, entre autres, l'analyse de chacun des ouvrages de l'auteur traité, le répertoire le plus complet des jugements portés sur l'homme et sur l'oeuvre, suivis d'une abondante bibliographie. C'est l'instrument de travail indispensable, que tout étudiant, tout lettré se doit de posséder.
En France, on les appelle des poulets. Aux États-Unis, des cochons. Au Québec ? Des chiens, même si on a souvent envie de les traiter de « chiens sales ». Quand ils font une connerie, pour la cacher, ils en font une plus grosse, qui devra être dissimulée par une énorme, et celle-là, par une monumentale... Mais si vous trouvez que c'est exagéré, attendez de lire ce qui est arrivé à Carmen Paradis...
Les acrobaties vocales ajoutées par les artistes aux airs qu'ils interprètent, prennent le nom de colorature, ainsi que la voix et l'artiste qui les pratiquent. Ainsi de ce poème qui se déploie à la façon d'une partition d'opéra, divisé en prélude, air, romance, cavatine, etc. Sur un fond de mise en scène et de dramatisation, les fastes de l'art lyrique sont évoqués, avec ses hauts lieux : la Scala, Covent Garden, la Fenice, les personnages féminins du répertoire : Elvire, Lucie de Lammermoor, Salomé, Mélisande et leurs prestigieuses interprètes : la Pasta, la Malibran, Nilsson, Ludwig, Schwartzkopf, pour célébrer une femme nommée Marie-Soleil, qui est sans doute la projection fantasmatique de la grande diva du siècle : Maria Callas.
Ce roman ne raconte pas une histoire mais des centaines - nées les unes des autres - et menées selon un rythme de sang, de rage. Elles donnent à voir un paysage convulsif, où les événements n'ont jamais de repos, pas plus de repos que le « héros » - labile et sans nom - qui, sans ménagement, remonte - et nous entraîne avec lui - des zones pourrissantes où la fascination l'arrête longtemps, jusqu'aux sales jours d'enfance où règne l'abandon. Sans jamais quitter la couleur érotique la plus violente, la plus fastueuse, la plus obsessionnelle. On ressent une émotion physique à la lecture de cette brillante liturgie du sexe et de la mort. La décomposition - suggérée par Ludovic Janvier - s'impose d'abord au niveau du langage. Sa brutalité, souvent insoutenable, classe cet écrivain dans la lignée de Céline et de Bataille. Mais la torsion poétique que l'auteur impose à ses thèmes, porte le texte à une qualité tout à fait singulière.
À quelques semaines des élections présidentielles, les médias rivalisent d'ardeur pour évaluer à coups de sondages les chances des candidats. « Les sondages sont des satellites de reconnaissance qui photographient le champ de bataille, mais les hommes politiques s'en servent comme s'ils étaient porteurs de bombes », écrit Alfred Max, qui avait fondé avec George Gallup l'un des premiers centres d'étude de l'opinion publique en Europe et qui est aujourd'hui président de l'I.F.O.P. Comment sont faits les sondages ? Pourquoi si peu de personnes sont-elles interrogées ? Sont-elles sincères ? Peut-on faire confiance aux sondages ? Permettent-ils de prévoir l'avenir ? Sont-ils orientés, manipulés ? Influencent-ils les électeurs et faussent-ils le jeu de la démocratie ? Y a-t-il trop de sondages ? Faut-il les interdire, les brûler ? S'il existe de bons et de mauvais sondages, comment peut-on les distinguer ? À quoi servent les sondages ? À toutes ces questions très controversées, et à beaucoup d'autres que se posent aujourd'hui les Français inondés de sondages chaque jour et sur tous les sujets, l'auteur s'efforce de répondre en termes simples et clairs. Faisant appel à des exemples récents et concrets, il démontre que ces sondages sont un instrument utile pour l'exploration de notre société, mais qui opère à l'intérieur de limites très précises que chacun doit connaître.
On raconte que, dans tous les pays méditerranéens, il est un usage chez les apiculteurs : lorsque l'ancien apiculteur meurt, le premier acte de son successeur est de se rendre au milieu des ruches et, là, de dire : « Abeilles, vous avez changé de maître. » Les abeilles de ce livre sont les enfants d'un village du Midi. Ils s'appellent André, Gatita, Léo, Marguerite, Mireille de là-haut et Camille de la Haute Tension. Leurs maîtres, sans doute, étaient le vent, la lumière, les bruits dans la colline. Les histoires qu'ils se racontent, et celles qu'ils vivent se ressemblent, ce sont des légendes douces, où l'eau se mêle à la pierre. Ils naissent. Ils ont des pouvoirs extraordinaires. S'ils apprennent la solitude, ce n'est pas de leur faute. Autour d'eux, le monde change, les chiens, les femmes, les paysages qu'ils connaissaient disparaissent. Leurs corps et leurs jeux ne sont plus les mêmes. Une voix se lève en eux et leur murmure que le temps vient où ils ne seront plus ce qu'ils ont été - une voix leur dit, sans colère, sans tristesse, qu'ils vont changer de maître.
Sur les hauteurs d'Alger, Tristan, jeune coopérant français, partage une villa avec deux autres locataires : son collègue Mathieu, un ancien militant des jeunesses communistes et Watson, un Anglo-Saxon, journaliste d'agence. Une correspondance mensuelle avec Jean et Azur, ses amis restés en France, est pour le jeune homme une tentative acharnée pour percer le secret d'un pays sur lequel sont passés le typhon de la guerre, et la proclamation de l'indépendance. Car le bleu immuable du ciel algérien, que cache-t-il au juste ? D'abord, les premières conséquences de la nationalisation des terres, et de la révolution agraire, ensuite les résidus - encore très vivants - du colonialisme ; ainsi que la tutelle anachronique imposée aux filles et la pesée invisible du pouvoir. Bref, toutes les contradictions nées du choc entre traditions et développement. Ces courants exercent sur le jeune homme une fascination profonde. Et si Watson et Mathieu sont bientôt jugés indésirables par le gouvernement, pour s'être peut-être mêlés de trop près aux affaires politiques, Tristan, lui, peut demeurer dans le pays. On aurait tort de voir, dans ces impressions d'Algérie, un simple témoignage, une réflexion politique, ou une enquête documentaire. Sa finesse, sa subtilité, en font un vrai roman, où passe le charme des saisons, des villes, des paysages, des personnages.
"Ce qui chante dans le chant" est une sorte d'autobiographie abstraite, où les poèmes sont comme des auto-épitaphes, des emblèmes qui soutiennent une allégorie effacée dans laquelle l'auteur s'adresse à cette figure d'un «enfant téméraire» qu'il porte en lui. Dans les poèmes en prose du début, à la fois teintés d'une sexualité violente et funèbre et d'un sentiment fondamental d'innocence, comme dans les poèmes plus brefs qui suivent, l'auteur, soit par une scène étrange, par quelque image de sa mythologie intime, par un instant dramatique ou passionné, s'efforce de dire l'ivresse de la pauvreté, de la nudité, de la fuite, de l'exil, de toute privation, du mépris enduré, mais aussi la confiance dans la parole, dans le chant des désespoirs même, dans les imprévisibilités de l'avenir.
La foule : c'est elle qui parle, c'est d'elle qu'elle parle, c'est de nous qu'elle parle, c'est nous qui parlons. Immense chant aux quatre milliards de bouches. Narratrice/narrée : ainsi se présente la voix qui conduit Chant pluriel. Pour la première fois, s'ordonne en un texte un discours collectif passionné, lancé au-dessus de nous et par nous, gens des H.L.M., gens de l'abondance, courbée sous la loi du travail/loisir, nous dont la vie est soumise à l'atroce scansion des aubes, des crépuscules. La foule clame son projet subversif, sa volonté de changer radicalement le vieux monde livré au « rajeunissement » sauvage que l'on sait (supermarchés, immeubles, autoroutes). Pour cela, une seule stratégie : réduire définitivement la prétendue contradiction qui subsiste encore, en Occident, entre matérialisme et métaphysique. Donc, opérant l'imprévisible jonction de ces deux « contraires », son chant survolté éclate à l'endroit même où on ne l'attendait pas, fond par surprise sur l'univers. Ainsi, le Dieu dont elle éparpille les syllabes sur la terre, est bel et bien le Dieu (jusqu'ici inabordable, inconnu) qui a crevé ses cuirasses (psychologie, morale, ordre, idéalisme), ses cibles. Dieu des masses, Dieu-masse, il recharge et relance au combat tout un passé « religieux » oublié, réactive tout un présent de révoltes fatiguées et, suscitant ses « apôtres », ses militants, impulse un futur de subversions vertigineuses. La chasse aux individualismes commence. Au coeur des multitudes, les « apôtres » se déplacent, faisant sauter les verrous de la bonne conscience, annonçant la grande utopie post-révolutionnaire. Épopée aux actions innombrables (burlesques, sanglantes : positives). Chant pluriel est aussi hymne prophétique (si la prophétie est bien ce qui « consiste dans le plus parfait développement de la faculté imaginative » - Maimonide). Voici le premier manifeste pour une écriture absolument collective, faisant accourir, à la surface du texte, les mille cris de misère lancés sous le goudron, sous le béton, accomplissant, d'une certaine façon, le voeu de Lautréamont (« La poésie doit être faite par tous. Non par un. »), développant le discours pluriel, le seul possible aujourd'hui, demain. Voici le premier livre où il y a beaucoup de monde sur la page !
La préface dit : « Le présent ouvrage rassemble tout ce que l'on sait actuellement du Professeur Froeppel : le journal de sa folie, le récit de sa mort, ses oeuvres théâtrales, scientifiques, poétiques et pédagogiques, mais revues, corrigées, et augmentées de nombreux inédits. » On y retrouve - notamment - sa célèbre pièce : Un mot pour un autre, au milieu de ses autres oeuvres : Comédie du langage, Prose et poésie, OEuvres pédagogiques, OEuvre plastique. Et voilà mise en place la machinerie d'une logique tout à fait insolite, basée sur l'autopsie minutieuse du langage, la radioscopie burlesque de ses clichés, où l'on aperçoit, à travers une sorte de reflet inversé et absurde, l'ombre déformée des systèmes, tels que structuralisme, sémantique, sémiologie, etc. Ainsi, le Professeur Froeppel, personnage mythique dont la situation dans le temps est incertaine, et dont la joyeuse férocité et la froideur grandiose nous font délirer avec lui, est bien un « précurseur absolu ».
Demain est là a deux objets, intimement soudés. L'auteur a voulu montrer quelles étaient, dans tous les domaines de la science, les préfigurations de ce qui nous attend au cours du prochain quart de siècle. Il a voulu en outre présenter un choix des plus célèbres artisans actuels du progrès matériel. Les hommes et les choses... Voici des Prix Nobel comme Waksman ou Rabi, des self-made men comme le général Sarnoff, de grands syndicalistes comme Reuther, ou de grands patrons comme Sikorsky, des entreprises géantes comme Du Pont, des laboratoires minuscules comme celui de M. Trombe... Énergie solaire, énergie atomique, énergie chlorophylienne, électronique, cybernétique, médecine, aviation, astronomie, derniers-nés des métaux, matières plastiques : voici, parmi bien d'autres, les principaux sujets d'études de l'auteur. Ce fut une longue enquête, pour laquelle l'auteur a sillonné les États-Unis, le Canada, l'Europe occidentale, une partie de l'Afrique. Enquête impartiale menée par un homme seul. Il a tenté de bout en bout d'être pareil à l'Usbek de Montesquieu qui, sans idée préconçue, tâchait à écouter, à voir et à comprendre tout et le contraire de tout - puis jugeait. Le propos est ambitieux. Mais le Dr. Robert J. Oppenheimer, le savant le plus pathétique qu'ait rencontré l'auteur, ne lui disait-il pas : « L'homme est un aveugle qui marche sans relâche dans la nuit... ».
Héritier d'une ancienne monarchie absolue, façonné par un colonialisme négligent, enserré dans la trame du conflit indochinois, le régime politique cambodgien était rongé par les contradictions. Il a cahoté jusqu'à sa chute, en mars 1970, sous la direction d'un prince éclairé et omnipotent. Ce livre en rappelle l'histoire et en démonte les mécanismes. Le déroulement de la crise au cours des "journées" de mars, le massacre de milliers de Vietnamiens, le début de la guerre sur ce nouveau champ de bataille, l'organisation par les partisans d'une paysannerie presque entièrement impréparée, font l'objet de cet essai d'interprétation. Un ébranlement durable secoue un vieux monde paysan. Deux témoins en analysent avec minutie les causes et le devenir politiques.
Au bord de l'Indre, dans une calme sous-préfecture, une vieille dame et son locataire habitent la même paisible maison. Mme Legat, veuve d'un professeur de lettres, et Rémi, entomologiste qui essaie d'oublier ses amours contrariées avec Patricia, partagent ainsi, au long d'une partition écrite à deux voix, l'atmosphère feutrée de la province et la couleur gris tourterelle des lieux, qui donnent au roman son unité. Lorsque la vieille dame confie au jeune homme sa maison, qui est à la fois l'image et le centre de sa vie pour aller, à la demande de son gendre, s'occuper de sa petite-fille à Paris, Rémi va de découverte en découverte. Les promenades des citadins, les habitudes des commerçants, les jeunes pensionnaires de l'Institution Sainte-Catherine, telles que les voit - ou les devine - Rémi, contrastent avec les grands magasins, le jardin du Luxembourg et le musée du Louvre, que la vivacité et la tendresse de sa petite-fille font découvrir à Mme Legat dans un Paris inconnu. Aveugle et malade, elle reviendra dans sa maison pour y mourir pendant que Rémi, bouleversé par la disparition de sa vieille amie, s'interrogera sur le sens nouveau que cette mort donne à sa propre vie. Gris tourterelle est le roman de la nostalgie et de la tendresse. L'écriture recrée la poésie secrète de la vie provinciale. Ce livre enchantera tous ceux qui ont gardé un goût pour les récits faits à mi-voix, comme une confidence du coeur.
Poèmes d'amour, de voyages, de souvenirs, bilan d'un homme arrivé au milieu de son âge, ce nouveau recueil de Jean Pérol comporte une centaine de textes, prose et vers. Les poèmes, divisés en strophes, souvent par quatrains, souvent dodécasyllabiques, sont de forme classique. Jean Pérol promène sur les gens et les choses de tous les horizons une perspicacité nostalgique, une lyrique du regret, une sensibilité à la vie moderne, dans sa diversité.