FeniXX réédition numérique (Le Castor Astral)
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Le garçon qui écrivait ce texte sans le savoir, entre quinze et vingt-cinq ans, ne savait rien non plus de moi, son improbable projection, qui me suis enfoncé à présent dans l'épaisseur de l'âge adulte. Quoiqu'il s'agisse du plus lointain, du premier de mes livres, je souhaite rester fidèle à celui qui osa publier alors ce témoignage de sa tourmente sous la forme d'un texte déjà fondé, comme les suivants, sur le rassemblement et la réutilisation de fragments antérieurs, et dont il affirma ensuite ingénument, dix ans durant, qu'il resterait le seul. Ce jeune homme qui fut moi, mais qu'à bien des égards je ne suis plus, voulait abandonner ces pages derrière lui pour distancer la mort toujours présente alors à ses trousses, depuis le suicide de son père en 1967. Il lui faudra ensuite des années pour mener à bien cet exorcisme d'une malédiction tombée sur son enfance, quête obstinée de la lumière, route devenue sans fin désormais. F.-Y.J.
René Guy Cadou passa comme un souffle sur les lettres françaises ; un souffle trop vite évanoui, mais qui tirait sa force de sa fraîcheur, de sa légèreté même : comment la mort, le temps et l'oubli sauraient-ils avoir prise, avoir poids sur lui ? Cadou, chez qui « poésie » était la « vie entière », a choisi de raconter en prose, comme. un roman, le grand matin de cette « existence entre toutes matinale »... Une prose pétrie d'images, de tendresse et de chansons, ainsi qu'il sied à l'enfance d'un poète. Avec cet acte de générosité, le plus absolu qu'écrivain puisse accomplir, René Guy Cadou a voulu offrir à chacun de ses lecteurs ce qu'il considérait comme son bien « inaliénable et le plus cher » : cette enfance qui, désormais, est à tout le monde.
Messac (peintre ou sculpteur ?) édifie des oeuvres de carton qui sont en train de s'imposer par leur audace dans le contexte du renouveau de la sculpture contemporaine. Par la peinture, il donne au carton l'apparence de matières qui évoquent le monumental. « On pourrait dire qu'avec la sculpture, le peintre Ivan Messac a trouvé son sujet, et pas n'importe quel sujet, un grand sujet, englobant, universel, lourd du poids des musées et de l'histoire de l'art. Il y a quelque chose de particulier dans le travail de Messac qui lui donne son attachante singularité, son ampleur, sa gravité. Son oeuvre est donnée à voir telle quelle, en toute candeur. Et pourtant, elle agit comme un leurre, comme un piège. Trompe-l'oeil, croit-on d'abord. Trompe l'esprit, se dit-on ensuite », écrit Pierre Tilman dont on connaît les livres sur Erré et Klasen et les textes sur l'art vivant.
« Si les lecteurs se réconcilient un jour avec la poésie, il est probable que ce soit en grande partie grâce à Georges L. Godeau » (Jean Chatard). En effet, ce poète parle de choses vues et vécues, de gens au travail, de leurs peines ou de leurs petites joies quotidiennes. Notre vie l'intéresse. Il sait la dire telle quelle, sans fioritures, sans alambiquer les mots et les phrases, sans faire « joli » ni « léché ». Il est écrivain comme il a été Ingénieur des Travaux Publics : sans mot de trop ou de moins, simplement efficace. Parce que « c'est comme ça ».