FeniXX réédition numérique (La Manufacture)
Envie de surprendre vos invités avec des recettes rapides, gourmandes et pleines de fraîcheur ? Le Petit Livre de - Recettes sur le pouce vous propose plus de 300 idées malines pour des apéros, pique-niques et buffets réussis.
Née à Saint-Sauveur-en-Puisaye en 1873, Sidonie Gabrielle Colette quitte sa Bourgogne aimée à l'âge de vingt ans, au bras de son époux, Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Journaliste de talent, coqueluche des salons parisiens, Willy dirige une équipe de « nègres » talentueux dont il signe les productions. Colette livrera ainsi quatre romans à succès : la série des Claudine. Séparée de Willy, elle signe enfin ses propres oeuvres : La Retraite sentimentale, Les Dialogues de Bêtes, La Vagabonde, Les Vrilles de la vigne, tout en se produisant sur la scène des music-halls parisiens et provinciaux. En 1912, elle épouse Henry de Jouvenel, qui dirige Le Matin, et met au monde, en 1913, sa fille Colette, dite « Bel-Gazou ». Elle publie notamment, en 1919, Mitsou ; Chéri, en 1920, est un immense succès. En 1923, paraît Le Blé en herbe, puis La Maison de Claudine, marquant le retour de Colette à son enfance sous le règne enchanteur de sa mère : Sido. La Naissance du jour (1928), sur le thème du renoncement à l'amour, puis Ces plaisirs (Le Pur et l'Impur), en 1931, sont la clé de voûte d'une oeuvre qui a fait de Colette l'un des maîtres prosateurs du siècle. Peu à peu, contrainte à l'immobilité, elle apprivoise sa souffrance et plonge dans le passé avec Journal à rebours, un roman à clés : Julie de Carneilhan (1941), et une oeuvre pétillante : Gigi. Elle cisèle encore le souvenir de Sido dans L'Étoile Vesper (1946). Colette s'éteint le 3 août 1954. « Il m'a fallu beaucoup de temps pour noircir une quarantaine de volumes. » Une longue route sonore, une oeuvre qui chante, comme une source inépuisable.
Antonin Artaud, génie inclassable, a marqué le XXe siècle par son œuvre explosive et sa vie tourmentée.
Décryptez l’univers foisonnant de Marcel Aymé à travers une analyse aussi fine qu’inattendue. La Comédie humaine de Marcel Aymé révèle comment un auteur, souvent réduit à ses contes, a su capturer l’âme d’une époque avec humour et profondeur.
L'histoire commença le jour où elle entendit cette phrase : « Tu es comme les femmes, dans les tableaux de Modigliani. » Qu'avaient-elles de si particulier, ces femmes qui peuplent les tableaux de Modigliani ? Alors elle les regarda de plus près. Il y avait ces cous interminables, ces visages étirés jusqu'à la déformation. Des portraits éternisés. Invraisemblables. Hors du temps... Soudain, elle s'aperçut que les femmes de Modigliani n'avaient pas d'yeux. Juste des trous d'un bleu pâle. Les yeux étaient muets. C'est ce silence qui l'impressionna. Elle sentit ce que la voix avait voulu dire. Dès lors, par la force des choses, elle ne ressemblerait à personne d'autre qu'à ces femmes peintes. Et lorsqu'elle avouera comme par défi : « Moi, j'étais femme dans les tableaux de Modigliani », personne ne la croira, simplement parce qu'elle est née bien après la mort du peintre.
Sur le plateau de l'Ardenne entre Hargnies et Gédinne, à l'orée de la frontière belge, le hameau des Vieux-Moulins-de- Thilay s'arrime aux schistes des fagnes dans l'implacable effroi du ciel et du vent. Ici, durant la Seconde Guerre mondiale, une humble famille de paysans - les Fontaine - a sauvé des prisonniers évadés, accueilli des pilotes abattus, balisé des terrains de parachutage, vécu l'horrible drame du maquis des Manises. Du mois d'août 1941 jusqu'en septembre 1944, la paysanne Marguerite Fontaine a écrit son journal de guerre sur des cahiers d'écolier qu'elle cachait dans une poutre.
Découvrez le portrait intime et sans fard d’Antoine de Saint-Exupéry, tracé par Jules Roy, aviateur et écrivain qui partagea avec lui les mêmes idéaux.
Kyle Barnes affronte son exorcisme le plus intense alors qu’il découvre enfin la vérité sur ses pouvoirs et les forces obscures qui l’entourent. Ce troisième tome d’Outcast révèle des secrets qui bouleverseront tout.
Cet ouvrage n'est ni une étude scientifique ni une saga régionaliste. Il s'agit plutôt d'une histoire, au sens initial que les Grecs donnaient à ce mot, c'est-à-dire une enquête buissonnière et néanmoins rigoureuse, avec un fil conducteur biographique non dissimulé, mais non envahissant. Rédigeant ce livre, j'ai constamment pensé à tous ceux qui, bergers ou laboureurs, ont - depuis six mille ans - façonné le visage de la Champagne. Sans le savoir, ils produisaient en respectant la terre, tandis que nous la massacrons en le sachant, et en nous en accommodant. J'écris ces lignes pendant l'été 1985, vingt ans jour pour jour après que mon grand-père eut définitivement posé sa houlette de berger et rattaché son chien à sa niche, mais je pourrais mettre en épigraphe la phrase des Mémoires d'outre-tombe : « Du temps présent, au temps que je vais peindre, il y a des siècles. » Tout le reste, si j'ose dire, est littérature.
Intense circulation, sur son compte, de clichés - l'inévitable « pape » ! - et d'idées fausses : le procureur solennel, insensible, sans humour... Tout cela lui a composé un masque marmoréen, mieux fait pour inspirer le respect, dirait-on, que d'autres sentiments. On ferait fausse route : il a suscité des attachements passionnés, éveillé une fascination qui ne semble pas près de s'éteindre, trente ans après sa mort. Avec des divergences, bien entendu : certains lui prêtent une autorité quasi paternelle, parfois écrasante, d'autres l'ont perçu comme un « antipère », quelques-uns ont laissé leur admiration tourner à la haine. Le sûr est qu'il ne fit jamais naître des sentiments tièdes. Ce rayonnement indéniable, identifié à celui du surréalisme, il a su l'étendre aux dimensions de la planète. À la fois mainteneur de ses postulats initiaux - la liberté, l'amour, la poésie - et inlassable découvreur de routes nouvelles. Qu'il ait été un théoricien et un animateur hors pair, cela n'aurait pas suffi à justifier une influence posthume qui reste considérable. On oublie facilement qu'il fut aussi, et avant tout, un créateur, un poète, celui qui transfigure le quotidien le plus banal. On l'oublie parce qu'il refusait de se donner un personnage d'écrivain, et mettait plutôt l'accent sur son rôle d'« entraîneur ». Il écrivait, disait-il, pour rencontrer d'autres hommes, et cette soif des rencontres résume toute sa vie. Une phrase de l'un de ses compagnons en surréalisme, Jehan Mayoux, fournit peut-être la clé d'un magnétisme inépuisable : « Jusqu'à son dernier jour il fut celui près de qui on se sentait tenu d'être davantage soi-même. »
« Quand je pense à la douleur du monde, j'estime que j'ai une chance inouïe de pouvoir faire naître un sourire, un rire. La piste est un coin de paradis où nous entrons pour faire oublier aux autres et à nous-mêmes le malheur. » Cet aveu est de la première femme clown de la légende du cirque, Annie Fratellini, héritière d'une famille illustre. Durant plus de quarante ans, Paul, son grand-père, Albert et François formeront le plus célèbre trio de clowns de l'histoire du cirque, reconnus par les plus grands artistes : Sarah Bernhardt, Darius Milhaud, Jean Cocteau, Radiguet, Fernand Léger, Calder, etc. Après la guerre, le cirque tourne une page de son histoire. Annie Fratellini, « enfant de la balle », choisit d'autres horizons : le jazz, la télévision, le cinéma où elle tournera sous la direction de Louis Malle, Pierre Granier-Deferre et Pierre Etaix (Le Grand Amour). Son destin de clown la rattrape, favorisé par sa rencontre avec Pierre Etaix. Ils seront mari et femme et clowns, offrant le duo le plus surprenant du cirque contemporain. Annie Fratellini sera l'auguste, trente ans après Paul Fratellini, Pierre Etaix sera le clown blanc. En 1972, ils créent l'Ecole nationale du cirque, assurant ainsi le renouveau de cet art. Parce qu'il y aura toujours une Fratellini en piste, cette autobiographie est une invitation au voyage.
En 1955, la thèse révolutionnaire de Valère Catogan éclata comme un coup de tonnerre dans le ciel de la lupinologie. Depuis lors, elle n'a pas cessé de provoquer des débats passionnés, se révélant, à l'expérience, proprement « infalsifiable ». Pour reprendre la formule de l'inspecteur Ganimard, on ne sait ce qu'il faut y admirer le plus, la hardiesse de la conception d'ensemble ou l'ingéniosité des détails. François George a pu parler d'une « coupure épistémologique ». Au-delà même des cercles érudits, quelle que soit leur extension prévisible au moment où vient de se fonder l'association des amis d'Arsène Lupin, l'honnête homme se sent interpellé par un texte qui s'enfonce jusqu'aux sources de l'identité nationale pour rejaillir dans l'avenir lumineux d'une vie humaine inespérément prolongée. Trente ans après, le secret des rois de France n'a rien perdu de sa puissance ni la démonstration catoganienne de sa stupéfiante audace.
Rédigeant ce livre, j'ai constamment pensé à tous ceux qui, bergers ou laboureurs, ont depuis six mille ans façonné le visage de la Champagne. Sans le savoir, ils produisaient en respectant la terre, tandis que nous la massacrons en le sachant, et en nous en accommodant. Naturellement méfiant vis-à-vis de toutes les sociétés, fussent-elles traditionnelles ou pastorales, j'avoue ressentir jusqu'à la fascination la souveraine harmonie de nos paysages ruraux, de leur architecture permanente et des drapés successifs que les saisons y couchent. A la suite du naufrage des valeurs paysannes anciennes, la sagesse et la culture se sont réfugiées dans quelques personnalités d'exception, bergers et paysans authentiques. De ces témoins je parlerai surtout. Leurs leçons vivent encore en moi. Ils sont les derniers hommes de la terre et du ciel. Je ne peux les arracher à leurs vergers croulant sous la neige de l'aubépine en fleurs, à leurs champs étroits qui fuient et restent comme suspendus à la limite des nuages, à leurs vallées tourbeuses où les tempêtes automnales plaquent par milliers les sarcelles. J'écris ces lignes pendant l'été 1985, vingt ans jour pour jour après que mon grand-père eut définitivement posé sa houlette de berger et rattaché son chien à sa niche, mais je pourrais mettre en épigraphe la phrase des Mémoires d'outre-tombe : « Du temps présent au temps que je vais peindre, il y a des siècles. »
« Je considère un livre, même le plus personnel, comme une oeuvre en partie collective : tout ce qui est en nous y entre, mais aussi tout ce que nous avons entrevu ou deviné, les livres lus et les voyages faits, l'observation d'autrui autant que les expériences traversées par l'écrivain lui-même, les notes marginales du correcteur d'épreuves, les lecteurs, les amis ou hostiles. Nous sommes tous trop pauvres pour vivre uniquement des produits de ce lopin d'abord inculte que nous appelons moi. » Cette oeuvre de haute exigence est un retour à l'essentiel : l'humain. Elle s'accommode d'un peu d'austérité, de dépouillement ; elle s'enrichit de culture et de réflexion. Elle sollicite, et s'édifie sur le refus de la médiocrité, de la lâcheté et de nos limites et faiblesses. Comment ne pas entendre sa haute voix ?
Mireille Balin, l'une des plus grandes stars du cinéma français est morte en 1968, oubliée et dans la misère. Son destin, aussi tragique que celui de Rita Hayworth ou de Marilyn Monroe, fit de cette actrice suprêmement belle l'un des symboles des années 30. De G. W. Pabst à Jacques Becker, de Julien Duvivier à Jean Grémillon, elle a tourné avec les plus prestigieux cinéastes de son temps et fut l'héroïne de deux chefs-d'oeuvre : Pépé le Moko et Gueule d'amour. Ses amis ? Eric von Stroheim et Raimu. Ses amants ? Jean Gabin et Tino Rossi. Son livre de chevet ? Les Pensées de Marc Aurèle. Son orgueil dévorant et son goût de l'indépendance mirent souvent en péril sa carrière : à Hollywood, elle refuse aux producteurs le droit de modeler son visage et fomente une grève. Incarcérée et jugée à la Libération pour avoir connu une passion avec un officier allemand, Mireille Balin mènera, pendant vingt ans encore, une existence dans la ruine, la maladie et la solitude. La beauté de celle qui fut la femme fatale du cinéma de l'entre-deux-guerres est foudroyée. Suivre pas à pas l'itinéraire de Mireille Balin c'est, à travers les événements politiques et l'univers cinématographique, se sentir proche d'une femme qui, de son apogée à sa chute, fut égale à elle-même : lucide, insolente, libre, en perpétuelle quête d'absolu. Une biographie qui se lit comme un roman.
Gustave Roud (1897-1976) est un des plus grands écrivains suisses d'expression française. Son oeuvre n'a pas subi l'ascendant de C.-F. Ramuz, dont il a été pourtant l'ami et le collaborateur. Elle est poétique élégiaque, introspective, elle puise son inspiration à la même source que les romantiques allemands du XIXe siècle. Roud a traduit les oeuvres principales de Hlderlin, de Novalis, et puis celles d'Eichendorff, de Trakl, de Rilke. Sa poésie (une poésie en prose, qui n'a pas son pareil en littérature française) est, comme la leur, une quête spirituelle, métaphysique, qui tend vers un absolu réel. inhérent au monde. Vers un paradis terrestre éparpillé dans la nature et que Roud n'a jamais voulu rechercher ailleurs que dans sa haute campagne joratoise. Il ne l'a jamais quittée. Il l'a décrite avec un talent de peintre et un coeur de musicien, avec un esprit de philosophe. Jean Paulhan disait : « Gustave Roud regarde le monde à l'oeil nu, et la nature ne le distrait pas. » Dans son extrême solitude, Roud a enduré toute sa vie la souffrance noble des grands visionnaires. La dizaine de livres qu'il a publiés de son vivant et son Journal posthume en sont la preuve rayonnante.
« Jean Paulhan, vous savez, était un simple membre du comité de lecture de la Nouvelle Revue française avec André Gide, mais on répétait à tous les échos que lui seul décidait du choix des manuscrits, car il passait pour être l'Eminence grise qui, en sous-main, gouvernait. Un jeune auteur ne songeait qu'à obtenir de sa part quelque encouragement et si possible une approbation et un appui qui assurent son accès dans le domaine des lettres et peut-être son avenir. Mais allez toucher ce personnage qui était entouré et s'entourait d'un mystère. Ses jugements apparaissaient spontanés, soudains et surprenants. Dans les entretiens, il ne manquait pas de vous mettre dans l'embarras car ses propos n'é
« De ce livre, je dirais qu'il s'achève là où commencent la plupart des histoires du vin de Champagne, sur la figure de dom Pérignon, au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle. Au siècle dernier, Charles Müntz a pu écrire que les vignes de Champagne poussaient leurs racines "dans un sol artificiel formé d'apports incessants", un sol né du labeur de la soixantaine de générations de vignerons qui ont peiné à "terrer" ces coteaux de la Rivière de Marne et de la Montagne de Reims. L'image me plaît infiniment, car elle évoque la solidarité profonde qui unit entre eux cette chaîne d'hommes et de femmes, dont les descendants oeuvrent encore sur un sol que tous ont nourri. Une chaîne d'hommes et de femmes qu'une tradition historiographique tenace avait brisée, au profit d'une légende où le champagne naissait des tours de main et des secrets d'un moine bénédictin de génie. » En ancrant son propos dans la Champagne rémoise, l'auteur nous permet de saisir les mécanismes de la viticulture médiévale. La mise en place des conditions qui en ont permis l'essor et son aboutissement dans « l'invention » du champagne. Nourri d'un incessant retour aux sources et aux textes anciens, ce livre, d'une grande érudition, apporte une contribution nouvelle à l'histoire de la viticulture, sans jamais se départir d'un souci de la narration et de la clarté du style. Il devrait intéresser non seulement le public champenois mais aussi les historiens et les spécialistes, professionnels ou amateurs, de la vigne et du vin.
Il y a quelque ironie à présenter Michel Foucault dans la collection "Qui suis-je ?". De son vivant, il répondit à cette question : « Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort. » Mais il nous laisse son oeuvre et cette trajectoire éblouissante, précocement interrompue, qui mène de Normale Supérieure au Collège de France, en passant par l'agrégation de philosophie, la recherche, les voyages, les thèses et l'enseignement universitaire. A l'origine, une enfance sage à Poitiers, de solides études classiques chez les bons pères et la ferme volonté de se tailler sa propre voie, de n'obéir qu'à sa curiosité. Ainsi Foucault nous conduira-t-il à nous interroger sur la folie, sur la sexualité, sur l'archéologie du savoir. Nul plus que lui ne fut animé par une telle fringale de connaissance, une telle soif de liberté. Il les communique au lecteur qu'il contraint à regarder en face les visages contradictoires de la vérité.
Raymond Aron, philosophe et acteur de l'histoire du XXe siècle, laisse une oeuvre considérable et hybride. A la fois professeur et journaliste, il a profondément ressenti le caractère tragique du siècle ; patriote français, que le gouvernement de Vichy a exclu de la communauté nationale ; intellectuel d'origine juive, dont la pensée fut modelée par la philosophie allemande, la montée du nazisme et de l'antisémitisme durant l'agonie de la République de Weimar ; polémiste classé à droite, alors qu'il fut le premier à prendre publiquement position en faveur de l'indépendance algérienne ; athée, qui a rencontré certains catholiques dans la dénonciation des religions séculières. Contrairement à Jean-Paul Sartre, son "petit camarade" de l'Ecole normale supérieure, qui s'est toujours considéré comme un moraliste, Raymond Aron a voulu penser la politique du côté des acteurs, contre les "belles âmes", en soulignant la nécessité de l'engagement et la responsabilité des intellectuels, qui interviennent dans les affaires de la cité.
Certains s'obstinent à l'appeler Alexis Leger, et c'est déjà signe d'estime. Le collaborateur de Briand, le diplomate sans peur et sans reproche, la bête noire de Hitler dans les négociations internationales, le chantre de l'Europe trente ans avant le traité de Rome : il fut tout cela, et au plus haut de ce qu'il pouvait être. D'autres ne connaissent et ne veulent connaître que Saint-John Perse, l'immense poète de la pluie et du vent, de la mer et des oiseaux, des flagellations de tous les exils. Il se trouve peut-être encore des gens qui ignorent que ces deux identités concernent une seule et même personne, mais deux vocations. Comme nul n'est prophète en son pays, les Français l'admirent de loin sans trop le fréquenter. Mais le prix Nobel de littérature, obtenu en 1960, consacre Perse comme le plus grand poète de langue française du vingtième siècle. Aux Etats-Unis, dans les pays d'Europe du Nord et dans tout le domaine hispanophone, il est traduit, lu, admiré. En France, son heure viendra quand ses compatriotes se réconcilieront avec la haute poésie, quand ils sauront faire rimer culture avec ouverture et avec nature. Saint-John Perse a le vingt et unième siècle pour lui.
Vladimir Jankélévitch ne fait pas partie du troupeau. Il ne rompt pas avec la philosophie allemande, il fait pire, il l'oublie. C'est ce qu'on ne lui pardonnera jamais. Et le troupeau n'aura de cesse de l'isoler, de l'ignorer. Si le vrai sens de la philosophie est l'amour, l'amour est avant tout acte qui engage. Et l'engagement n'est pas pour le philosophe du « sérieux de l'intention », du « pur et de l'impur » un vain mot. C'est un mot grave, c'est un mot qui urge et brûle et consume, à l'image de l'amour. Il ne se galvaude pas. Il ne transige pas. Il s'oppose, il prend parti, il "engage" tout l'être : corps, âme, esprit. Jankélévitch s'oppose ici diamétralement à Sartre et à Merleau-Ponty, à propos desquels il ne livra jamais publiquement son sentiment sur cette question. Demeure un fait incontournable : ni Sartre, ni Merleau-Ponty ne s'engagèrent dans la Résistance. L'engagement est l'acte par lequel la liberté choisit.
On a déjà beaucoup écrit sur ces bébés qui ont commencé leur vie dans des tubes de verre et qu'on a baptisés du triste nom de « bébés-éprouvette ». Même si les pourcentages d'échecs sont honnêtement cités, ils le sont si discrètement qu'ils paraissent secondaires, et c'est l'exploit scientifique qui est toujours mis en avant. Ces enfants sont pourtant le fruit d'un désir immense, d'une obstination hors du commun défiant angoisses, souffrances, déceptions et espoirs vains. Jusqu'à leur naissance, leurs mères ont eu « la peur au ventre ». L'une d'entre elles, Elisabeth Raumont, a vécu avec courage et persévérance cette bataille de la fécondation in vitro. Elle confie son aventure aux femmes et aux hommes qui ont presque fini d'espérer.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« Impulsif, impérieux, hypomaniaque... Balzac l'aura été avec un souverain éclat. « Forçat de la gloire, forçat de l'amour, forçat de l'argent et, par-dessus tout, admirable forçat des lettres, Balzac, toute son existence, aura vécu rivé à la plus lourde, à la plus dure, à la plus exigeante des nécessités intérieures : celle de se ruer sans trêve à l'assaut du monde, afin de se sauver des affres, sans cesse renaissantes, de l'inexistence. « Cette énorme avidité, ce fut sa chiourme. Cet immense effort jamais achevé, sa galère. Mais ce forçat ne fut pas un paria. Ce colosse porta superbement ses chaînes. Mieux : il s'en servit pour tirer de l'océan de ses angoisses la plus belle oeuvre qui soit. « Et cette oeuvre aura été pour lui, non pas le « paradis », mais le simple univers perdu et retrouvé. Non pas la « fiancée » que chantent ses héros, mais, bien plus profondément, la mère, elle aussi perdue, détruite, dévorée et enfin reconstruite, restituée, rejointe par la voie de l'art. » C'est ainsi qu'André Mauprat achève son analyse d'un des « cas » les plus fascinants de la littérature : celui d'Honoré de Balzac. Coucher l'auteur du Père Goriot sur le divan, seul un romancier psychiatre pouvait tenter une telle entreprise. Avec sa sensibilité d'écrivain et sa pertinence de spécialiste, André Mauprat propose ici un Balzac au risque de la psychiatrie. Tour à tour clinique, existentielle, psychanalytique, esthétique, son enquête se lit comme un roman policier. Qui débusque, dévoile, décrypte une à une toutes les singularités, toutes les contradictions, toutes les énigmes d'une vie et d'une oeuvre pleines de bruit, de fureur et de génie. En 1986, en témoignage d'admiration, André Mauprat adresse un premier état de son ouvrage à celui qu'on a appelé « notre Balzac bis » : Georges Simenon. Le 11 août lui parvient de Suisse une longue lettre détaillée et passionnée : « C'est l'étude la plus poussée que j'aie lue sur Balzac, écrit notamment Simenon... Vous avez déclenché en moi des curiosités lancinantes. » On conçoit qu'un tel essai ait chance de captiver tous ceux qui cherchent réponse aux mystères du « cas Balzac » et de la création romanesque.
Jamais le marché de l'art en France et dans le monde n'a été aussi florissant qu'aujourd'hui. Pourtant, ce que l'on appelle l'art contemporain apparaît comme un vaste miroir aux alouettes, et les nouveaux artistes dont on parle font plutôt figure de publicitaires que de créateurs authentiques. Comment en est-on arrivé là ? De Van Gogh à Buren, de Gauguin à Christo, que s'est-il passé ? L'art a-t-il perdu tout sens ? Et pourquoi les pouvoirs publics se laissent-ils abuser en subventionnant, parfois à des prix démesurés, des oeuvres médiocres ou insignifiantes ? Pour mieux comprendre les causes de la mutation irréversible des arts plastiques traditionnels à l'ère du satellite et de l'ordinateur, il faut faire un peu d'histoire et analyser les étapes de la métamorphose générale des médias depuis le commencement de la révolution industrielle. Des impressionnistes à l'infographie, du cubisme ou des fauves à l'art conceptuel ou aux derniers avatars de la figuration libre, on est véritablement passé d'une civilisation à une autre.
Alceste explique à Philinte, qui n'est jamais que son double, comment il est éternellement en butte aux tracasseries d'autrui. Cherchant à étayer sa démonstration, il retrace son histoire personnelle, et il évoque la génération de mai 1968, sans renier son appartenance, avec une indulgence relative. Il prétend faire de la Révolution un meuble de jardin et oppose aux grands hommes ce simple programme : vivre et laisser vivre. Il n'ignore pas le prix du feu d'artifice dont le général de Gaulle et Jean-Paul Sartre tirèrent les dernières fusées. Envers Bernard Pivot, assure-t-il, il n'a que de bons sentiments, même s'il l'a publiquement traité de « gourde ». Sans doute l'apparence triomphe-t-elle dans notre pays fatigué. Mais défendre coûte que coûte la valeur risque de rendre méchant. Et ce serait perdre son temps que se tromper d'époque. Voilà pourquoi, soucieux d'élégance, Alceste n'attendra pas que son congé lui soit signifié.
Essayiste, historien, mémorialiste, Emmanuel Berl (1892-1976) fut l'un des esprits les plus brillants et les plus attachants du monde littéraire. Interlocuteur étincelant, il était recherché par ses contemporains qui admiraient son intelligence et sa liberté de ton. « Hérétique et infidèle, puisse mon esprit le rester ! » a-t-il écrit. Homme du XVIIIe siècle égaré dans le XXe, Berl a consacré sa vie au pacifisme. Journaliste pamphlétaire, il dresse la nécrologie de la bourgeoisie avant de s'intéresser au nationalisme, à la condition féminine, à l'immigration, à l'écologie et à l'Europe. Visionnaire sur beaucoup de sujets, il occupa à l'entre-deux-guerres une position essentielle dans l'intelligentsia. Parent de Bergson et de Proust, il eut pour amis Anna de Noailles, Cocteau, Drieu La Rochelle, Malraux, Herriot, Blum, Saint-John Perse et Camus. Après avoir dirigé Marianne (1932-1937), le premier grand hebdomadaire de gauche, il fut amené à rédiger le discours de l'armistice de 1940, qu'il ne renia jamais : « La terre, elle, ne ment pas. » Après la guerre, il devint un écrivain rare, obsédé par l'amour, la mort et le refus du refus de Dieu. Jusqu'à sa disparition, il ne cessa de s'interroger sur les problèmes de son temps. Emmanuel Berl fut un esprit libre dans la lignée de Montaigne, de Voltaire et de Chamfort.
L'homme qui marche, on le sait depuis toujours, stimule considérablement ses expériences sensitives. Partez à pied sur un raidillon de montagne, ou sur une plage à marée basse, ou sur un banal sentier campagnard, et aussitôt vous ferez éclore autour de vous un enchantement de couleurs, d'odeurs, de chants d'oiseaux, d'ailes de papillons, de souvenirs enfouis qui, mystérieusement ressuscités, feront un bout de chemin avec vous. Parfois même, pour peu que vos lectures vous habitent, vous rencontrerez tel prophète d'Israël, tel aède grec, tel ermite celte ou tel écrivain d'aujourd'hui dont les pérégrinations, par-delà les distances et les siècles, vont croiser les vôtres. Car la marche, pour celui qui se refuse à n'y voir qu'un banal exercice physique, se transforme rapidement en une quête spirituelle, en une étreinte renouvelée et vivifiante avec le monde lumineux des origines. Guy Féquant a rassemblé dans ce recueil des textes qui lui ont tous été inspirés par ses randonnées à travers l'Europe sauvage - ou ce qu'il en reste : poèmes, méditations brèves, tableaux ou rêveries souvent rétractés jusqu'à l'aphorisme. Amie de la mémoire et scandée au rythme des pas, la sentence n'est-elle pas, au fond, le seul genre que le marcheur puisse pratiquer sans artifice ? Né au grand air, ce carnet ne demande qu'à y retourner. Il s'adresse en priorité à ceux qui l'emporteront dans les bois, dans les marais, sur les névés aveuglants ou tout simplement au fond de leur jardin - partout où la lecture peut redevenir, comme la marche, ressourcement et accueil silencieux de tous les frissons de la nature.
Ce livre raconte trois histoires qui s'entremêlent tragiquement. Il raconte la vie de Jean-Marie Tjibaou, cet homme de paix qui incarnait l'espérance de ses frères kanaks et qui a été assassiné pour cause de main tendue à ses adversaires, parce qu'il avait choisi la non-violence au moment où la Nouvelle-Calédonie basculait dans la guerre civile. Il raconte la saga du peuple kanak, « découvert » tardivement, à la fin du XVIIIe siècle, par les navigateurs venus d'Occident, d'abord trompé par ses colonisateurs, puis nié dans son existence, souvent méprisé, trop sous-estimé, toujours marginalisé, fort de sa légitimité originelle mais ballotté, depuis la « prise de possession » de 1853, entre ses coutumes et la modernité, finalement devenu indépendantiste presque à contrecoeur. Il raconte - en apportant de nombreuses révélations sur la période insurrectionnelle de 1984-1985, sur les dessous des spectaculaires accords de Matignon de 1988 et sur les circonstances de l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou au printemps 1989 - l'histoire de la dernière grande aventure coloniale de la France. Une France écartelée entre la défense des grands principes et celle des petits intérêts, mais en passe peut-être aujourd'hui de donner au monde l'exemple d'une première décolonisation réussie en douceur grâce à la réconciliation des ennemis d'hier.
Le jaseur boréal est un oiseau chatoyant, mais c'est un oiseau de mauvais augure. Dans la tradition médiévale, il est censé annoncer le retour des trois malheurs ancestraux : la faim, la peste, la guerre. Partis de Sibérie, les jaseurs déferlèrent sur la France en janvier 1914... Manfred Opilio, le héros de ce roman, naît en Germanie, sous le règne d'Otton le Grand, vers 970. À plusieurs reprises, le jaseur boréal infléchit le cours de sa vie. D'abord élève dans une école monastique, le jeune Saxon se trouve finalement emporté dans la tumultueuse aventure des Vikings et, d'étape en étape, parvient sur le rivage américain, avec le fils d'Éric le Rouge, Leifr le Chanceux, qui aujourd'hui a sa statue à Boston. Ce récit, tantôt mystique tantôt sensuel, tantôt exaltant tantôt désespéré, pose l'éternelle interrogation de l'homme qui se veut libre face au chaos de l'histoire et au silence de Dieu. C'est aussi une peinture saisissante d'une civilisation peu connue, à la croisée de la nature et de la culture, de l'espace et du temps.
Au soleil de la mort, un père soudain s'arrête, ébloui. Maintenant il sait que l'heure de la délivrance est enfin venue. Et, avec une frénésie étrange, il se jette, à corps perdu, dans une folle entreprise : il écrit, il n'en finit pas d'écrire à sa fille. Cette lettre est bien autre chose qu'une confidence ou un aveu ; cette lettre-fleuve frissonne au vent des grands estuaires ; cette lettre possède une océane dimension : elle transporte, elle berce, elle caresse, elle engloutit. À n'en pas douter, ce père, à l'équinoxe de sa vie, se laisse emporter par les grandes marées de l'amour. H va loin - trop loin, diront certains : l'infini, l'indicible et même l'inconcevable s'enlacent ou se brisent sur les rivages de sa fille. La passion, ici, grâce à la magie de l'écriture, compose avec la mer une musique d'une étincelante fraîcheur. Comment s'étonner dès lors que l'île de Ré soit la clé de sol de cet opéra marin ? Le clocher d'Ars, les venelles éclatantes, la blancheur des salants orchestrent cette symphonie en Ré.