Mauprat
Mauprat
« Impulsif, impérieux, hypomaniaque... Balzac l'aura été avec un souverain éclat. « Forçat de la gloire, forçat de l'amour, forçat de l'argent et, par-dessus tout, admirable forçat des lettres, Balzac, toute son existence, aura vécu rivé à la plus lourde, à la plus dure, à la plus exigeante des nécessités intérieures : celle de se ruer sans trêve à l'assaut du monde, afin de se sauver des affres, sans cesse renaissantes, de l'inexistence. « Cette énorme avidité, ce fut sa chiourme. Cet immense effort jamais achevé, sa galère. Mais ce forçat ne fut pas un paria. Ce colosse porta superbement ses chaînes. Mieux : il s'en servit pour tirer de l'océan de ses angoisses la plus belle oeuvre qui soit. « Et cette oeuvre aura été pour lui, non pas le « paradis », mais le simple univers perdu et retrouvé. Non pas la « fiancée » que chantent ses héros, mais, bien plus profondément, la mère, elle aussi perdue, détruite, dévorée et enfin reconstruite, restituée, rejointe par la voie de l'art. » C'est ainsi qu'André Mauprat achève son analyse d'un des « cas » les plus fascinants de la littérature : celui d'Honoré de Balzac. Coucher l'auteur du Père Goriot sur le divan, seul un romancier psychiatre pouvait tenter une telle entreprise. Avec sa sensibilité d'écrivain et sa pertinence de spécialiste, André Mauprat propose ici un Balzac au risque de la psychiatrie. Tour à tour clinique, existentielle, psychanalytique, esthétique, son enquête se lit comme un roman policier. Qui débusque, dévoile, décrypte une à une toutes les singularités, toutes les contradictions, toutes les énigmes d'une vie et d'une oeuvre pleines de bruit, de fureur et de génie. En 1986, en témoignage d'admiration, André Mauprat adresse un premier état de son ouvrage à celui qu'on a appelé « notre Balzac bis » : Georges Simenon. Le 11 août lui parvient de Suisse une longue lettre détaillée et passionnée : « C'est l'étude la plus poussée que j'aie lue sur Balzac, écrit notamment Simenon... Vous avez déclenché en moi des curiosités lancinantes. » On conçoit qu'un tel essai ait chance de captiver tous ceux qui cherchent réponse aux mystères du « cas Balzac » et de la création romanesque.
Au soleil de la mort, un père soudain s'arrête, ébloui. Maintenant il sait que l'heure de la délivrance est enfin venue. Et, avec une frénésie étrange, il se jette, à corps perdu, dans une folle entreprise : il écrit, il n'en finit pas d'écrire à sa fille. Cette lettre est bien autre chose qu'une confidence ou un aveu ; cette lettre-fleuve frissonne au vent des grands estuaires ; cette lettre possède une océane dimension : elle transporte, elle berce, elle caresse, elle engloutit. À n'en pas douter, ce père, à l'équinoxe de sa vie, se laisse emporter par les grandes marées de l'amour. H va loin - trop loin, diront certains : l'infini, l'indicible et même l'inconcevable s'enlacent ou se brisent sur les rivages de sa fille. La passion, ici, grâce à la magie de l'écriture, compose avec la mer une musique d'une étincelante fraîcheur. Comment s'étonner dès lors que l'île de Ré soit la clé de sol de cet opéra marin ? Le clocher d'Ars, les venelles éclatantes, la blancheur des salants orchestrent cette symphonie en Ré.